‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 24 sur 59 · II. — A. BUYANGWE · texte numérisé non relu

II. — A. BUYANGWE

Ceux qui ne sont pas initiés sont désignés par les confrères sous le sobriquet « Mwana-Kaomba » (littéral. : jeune Kaomba (espèce d'oiseau).

Les hommes seuls sont admis aux rites du Buyangwe.

2° Admission ou imposition du collier {Kukolekwa jilande).

Le noir qui veut entrer dans la confrérie, s'adresse à l'un des chefs, au « bwana nyengele », lui offre deux « mitunda ». En retour il reçoit le collier de la confrérie. Ce collier est composé de petits cylindres (bouts de roseaux longs de 4 à 6 centimètres) enfilés sur des ficelles, et formant dix à quinze tours. C'est le jilande. Dès que l'aspirant en a été revêtu, il est admis dans le groupe. Il peut à ce titre prendre part à certaines de leurs danses, sans pouvoir cependant assister aux réunions d'initiation.

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Après un petit stage, il peut postuler l'initiation proprement dite.

3° Initiation appelée Kuluhuka {= sortir)

Le postulant Muyangwe va de nouveau trouver le chef Bwana nyengele et lui expose son désir d'être initié. Celui-ci accepte et fixe le jour et aussi le prix : huit poules, des perles et un grand panier de racines de manioc. Pendant la nuit, qui précède la cérémonie, il envoie quérir les confrères déjà initiés et attend.

Au petit jour l'aspirant vient trouver le Nyengele dans sa case et lui donne la grande salutation appelée Kuimuna mu libuki ; dans ce but il s'accroupit devant lui à la manière des esclaves, se frotte trois fois la poitrine avec de la terre qu'il tient en main et dit : « Jô Kalo^nbo ».

Le Bwa7îa Nyengele répond : « Eyo vilye », et lui dit :

— Pourquoi viens-tu? Est-ce pour recevoir l'initiation du Buyangwe ?

— Oui !

— As-tu des mitunda?

— Oui !

— Et des racines de manioc et des poules ?

— Oui !

— Alors, c'est bien, approche !

Le jeune aspirant vient s'accroupir devant lui.

Cependant une houe a été chauffée à blanc. Le Bwana Nyengele la prend et la lui met un instant sur la tête en disant ces mots : « Si tu es ensorceleur, que tes cheveux ne brûlent point ». Il enlève la houe et regarde;

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les cheveux sont plus ou moins roussis, c'est bon signe ; l'aspirant est apte à entrer dans la confrérie. A ce moment, ils sortent de la case. Le Bwana Nyengele lui fait une légère entaille à la poitrine, au front et à la nuque ; y frotte un peu de pâte prise dans la corne de santé (kilambo). A l'instant l'aspirant tombe dans une profonde syncope. Deux anciens le ramassent et vont l'étendre sur une natte dans la maison. Le chef y entre avec eux, le touche aux mains et aux aisselles en disant « buka réveille-toi » ; et la vie revient aussitôt. Le récipiendaire remet alors ses premiers émoluments. Les vieux sortent pour les considérer et peser leur valeur à loisir. Y a-t-il bien cinq mitunda ? Si oui, le Bwana Nyengele en reçoit assurance. Il invite ses confrères à conduire l'aspirant vers la forêt. Celui-ci est déposé dans un hamac improvisé, et emporté, au milieu du vacarme assourdissant des tambours et des chants des bayangwe, jusqu'au lieu réservé pour l'initiation. C'est un emplacement perdu dans les bois, bien loin des regards indiscrets des « jeunes Kaomba ». Un grand trou a été préparé. C'est une ancienne tombe dont on a retiré le cadavre. Au fond du trou se trouve le fétiche de la confrérie, Kasongo- Muyembe. Il est recouvert d'un grand pot de terre renversé. Sur le bord de la fosse les confrères ont fixé le fétiche Kalibu, armé de ses deux hameçons avec lesquels il saisit les ensorceleurs invisibles ; et Kalunga ndozi, le fétiche protecteur du Bwana Nyengele.

Arrivés sur les lieux, l'aspirant se lave la figure avec de l'eau lustrale, dans laquelle on a mis de la farine et un collier sacré (sompo, bikoti). L'initiateur prend alors deux bâtonnets en bois de mufukufuku et de mulebelebe, les frotte un instant dans ses mains, et les dépose dans une écuelle de terre ; il y trempe un balai, une sorte de

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goupillon, formé avec des feuilles de palmier, en asperge la tombe en disant : « Toi, mort qui habitas jadis cet endroit, ne tue pas mon fils, car je veux l'initier ici même au buyangwe ». Après cette prière, il dit à l'aspirant :

« Descends au fond de la fosse; découvre le fétiche; embrasse-le et saisis-le dans tes bras ». Et aussitôt il agite avec forcé les clochettes magiques près du fétiche protecteur de la secte en disant à haute voix : « Kalibu, génie tutélaire, si l'aspirant ici présent est un lanceur de maléfices, un mfwiti, enfonce-lui dans le corps la pointe de tes crocs, et fais-le rentrer sous terre : « si mfwiti umukwatile, ukamutwezye hansi ». Il met sur la tête du jeune muyangwe un morceau de crâne humain, lui ordonne de mettre sur le fétiche Kasongo un pot et une natte, prends lui-même deux poules qu'il passe aux confrères, leur fait enlever le crâne humain de dessus la tête de l'aspirant par ces mots : « Sundulai kabala ka mufu, i. e., enlevez le crâne du mort ». Puis il invite le récipiendaire à faire les serments.

A ce moment, le jeune muyangwe sort du trou et fait sous serment des promesses assez semblables à celles que font les Bahabo : de ne jamais dévoiler les secrets de la secte; 2° de ne jamais m.anger la viande des hérissons (nkuvu), des boschbocks (ngulungu), des serpents (nyoka). Cette cérémonie finie, le Bwana Nyengele ordonne à l'un des initiés de lui faire peur, afin de voir s'il n'est pas un poltron. Le confrère désigné se transforme de son mieux avec des peaux de fauves,

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s'approche et imite le rugissement du lion. Le récipiendaire, sur Tordre du chef, doit faire semblant d'avoir peur, et de vaincre son effroi. L'homme-lion se jette sur lui à l'improviste, le fait rouler au fond du trou sur le fétiche Kasongo Muyembe, et s'enfuit précipitamment.

Le Bwana Nyengele s'approche et dit : « N'aie pas peur, mon fils, celui qui t'a bousculé est un faux-lion. Mais sache qu'à présent il faut payer quelque chose, sans quoi nous te laissons au fond du trou mourir de faim «Oboamwanauituhelukwabo luheto,tukuhe nsima». Celui-ci promet le prix convenu, et demande qu'on aille chercher la chèvre qu'à cet effet il a laissé chez un parent. La bête est égorgée, et tous ensemble se mettent à préparer le repas, puis font bombance à l'ombre d'un arbre voisin. Quand ils ont mangé, ils reviennent vers la tombe oix gît toujours le récipiendaire, plus ou moins abruti par les précédentes cérémonies; ils l'aident à en sortir, afin qu'il assiste à une séance curieuse. Devant lui deux confrères s'enfoncent dans le ventre une longue aiguille, et tirent à travers le corps une lanière de cuir. D'une main ils la tirent en avant, de l'autre en arrière, et font pendant tout un temps ce mouvement de va et vient comme s'ils avaient un tube du nombril à l'épine dorsale. Au fond ce n'est qu'une manœuvre truquée. Ils ont eu soin en effet de fixer à la ceinture des tiges de bananiers habile- < ment dissimulées sous des peaux. C'est à travers ces tiges qu'ils font passer aiguille et lanière. Quand ce manège a suffisamment duré, le Bwana Nyengele leur dit : « Cela suffit; si vous continuez, mon fils va avoir > peur et s'enfuir. Allons manger ». Et le repas recommence. Lorsqu'ils sont enfin repus à outrance, le Bwana Nyengele s'écrie : « Je vais voir mon fétiche

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Kalunga ndozi ; il vient de s'adjoindre un autre génie, qui ne veut être vu que de moi seul », et il va vers la tombe. Un instant après il revient. « Kalunga ndozi, dit-il, m'a parlé de la sorte : Prends quatre bois différents, mets-les à cuire dans de l'eau; verse une partie de cette eau dans une courge sacrée, et que le récipiendaire la boive; verse le reste dans la tête creusée du fétiche Kasongo-Muyembe, et que le récipiendaire la boive également». L'ordre s'exécute sur le champ.

Les confrères alors font la toilette du récipiendaire. Ils le lavent, le frottent de terre blanche, lui mettent aux reins des peaux de bêtes, placent sur sa tête le « nkaka » chapeau de peau et de plumes semblable à celui des sorciers.

De là, tous se rendent à un carrefour de sentiers. Avec de la terre blanche sacrée, ils se tracent sur la figure une marque en forme de croix de Saint-André, allument un grand feu et se jettent par terre tout du long, comime des gens qui veulent éviter des balles ennemies ; en fait c'est pour éviter d'être touchés par le lutin Mulenda qui à ce moment parcourt les airs au-dessus d'eux, afin de saisir et d'emporter dans l'autre monde l'aspirant déjà initié mais encore privé d'un fétiche protecteur.

En venant, Mulenda dit ces paroles : «Naenda kuisimhwila mwana, mbike kwami. Je vais m'emparer de l'âme du jeune, que je la place chez moi. »

Le Nyengele, pour empêcher que ce malfaisant Mu-

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lenda ne pose le pied à cet endroit, lâche toute une armée de fourmis rouges à morsure cuisante « des mpazi et des minyau », qu'il tenait prisonnières dans une calebasse, puis il s'écrie : « Allons vite au village, car mon fétiche a faim ». Toute la bande y court aussitôt. Le nouvel initié fournit les poules pour le fétiche affamé. Les confrères en font un pot au feu. Dès qu'elles sont cuites, le chef les porte publiquement devant son fétiche, dans sa cabane, et dit à haute voix : « Mange, laissenous seulement un peu de sauce », et il s'enferme près du fétiche pour se régaler lui-même pendant que dehors les initiés dansent. 11 leur laisse un peu de sauce. Puis il fait un trou dans la paroi de sa cabane : « C'est, dit-il, la porte par oii rentrera mon fétiche quand il viendra la nuit suivante réclamer une poule ». L'aspirant la lui fournit encore, et reçoit enfin son fétiche protecteur Kakuli. L'initiation est achevée. Les parents de l'élu lui apportent tous un petit cadeau et l'acclament aux échos d'alentours.

4° Dignitaires bayangwe.

Les dignitaires forment le groupe des Bwana Nyengele. A eux revient le droit d'initier les novices. On peut leur adjoindre le groupe des Batumbe (pl. de Mutumbe).

Pour devenir dignitaire, l'initié s'adresse à l'un des . Bwana nyengele, lui offre une chèvre, des poules et trente colliers mitunda. Au jour convenu, tous deux se rendent au lieu réservé aux initiations, à la tombe dont il a été question précédemment. L'initiateur fixe au fond du trou le fétiche Kasongo-Muyembe, d'un côté de la fosse le fétiche Kalibu gardien de la confrérie, de l'autre un fétiche nommé Kalunga ndozi, sculpté mais non

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« consacré ». Il passe à l'aspirant-dignitaire le cubitus d'un squelette humain, une poignée de criquets d'eau, un « goliath » et un autre insecte amphibie, et lui dit : « haka kinsanka » , ce qu'on pourrait traduire par ces mots : « réduis tout en poudre, et mets-le par moitié dans la tête creuse des deux fétiches «. L'aspirant s'exécute. Ceci fait, tous deux les recouvrent de nattes, et s'écartent assez loin de là. Pendant leur absence, un sous-dignitaire, sorte de domestique du Bwana nyengete, vient en cachette remplir tout à fait le creux pratiqué à la tête de la statuette fétiche, Kalunga ndozi, qui n'a été que partiellement bourré de poudre magique.

Après quoi les deux opérateurs viennent soulever la natte. L'ancien voyant la tête du nouveau fétiche bien remplie, dit à son jeune compère : «Tu le vois, Kalunga ndozi consent à ce que tu deviennes Bwana nyengele. Oîfrons-lui un cadeau », et ils immolent ensemble plusieurs poules. Le nouveau dignitaire alors empoigne son fétiche en lui-disant : « Kalunga ndozi, mon protecteur, garde-moi et toute ma famille ; éloigne les génies malfaisants qui chercheront à nous nuire ». La cérémonie est terminée, et chacun rentre à son village. Le nouveau Bwana nyengele s'installera à son tour, cherchera une tombe dont il retirera le cadavre, recevra des aspirants, les initiera à la secte, et touchera les émoluments.

Il arrive qu'à ses pouvoirs d'initiateur, il veuille ajouter celui de se rendre invisible pour se promener dans les airs sous forme de mfwiti. (On appelle nifwiti,

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les lutins, les lanceurs de maléfices, les vampires, etc.) Il devient alors « mutumbe ».

Pour posséder ce titre et ces charmes il achète à un autre mutumbe un panier magique qui contient des débris d'ossements humains. Dès qu'il a son panier, tous deux vont couper une racine d'où découle un suc rouge sang, et c'est tout. Cette racine, disent-ils, est habitée par l'esprit d'un homme qui a succombé aux maléfices, et a été ravi mentalement à son corps, par un pouvoir magique.

Le chef mutumbe est devenu mfwiti. Désormais s'il veut jeter le sort sur un ennemi, il lui suffit de frapper de sa hache l'empreinte que celui-ci a laissée sur le sable. Il peut aussi entrer dans le corps d'un crocodile, d'un serpent, d'un lion ou d'un léopard, et tuer son adversaire par la dent ou les griffes de ces animaux.

Comme on le voit, les Baluba croient à la bilocation. Ils se figurent qu'à l'aide de certains remèdes ou de pratiques superstitieuses, les hommes ont le pouvoir de se quitter pour ainsi dire eux-mêmes. Une partie immatérielle, un double, se détache de leur personne sans que rien n'y paraisse dans les membres ou l'intelligence. ' C'est tout juste si la vie semble moins agitée. Ce quelque chose d'impalpable pénètre dans le corps d'un animal, dans une plante ou dans un objet quelconque pour produire des effets nuisibles, quitte à revenir dans son propre corps après avoir perpétré ses forfaits invisibles.

50 Chefs,

La confrérie est dirigée par un grand-maître, qui porte le nom de Kazûba, assisté de quatre membres de sa famille qui sont appelés Batumbe. Tous sont de la descendance de Mbuli, dont le pays se trouve à l'embouchure de la Lukuga.

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Le titre de tous ces chefs leur revient par droit d'hérédité.

Les batumbe ont en plus de leur titre, un nom spécial. Il y a le bwana nyengele, le bwana kaomba, le bwana kihoyele et le bwana kiketa. Ce dernier est le domestique rituel du précédent comme le bwana kaomba est le domestique du premier.

J'ignore si ces chefs sont soumis à une initiation au moment d'entrer en possession de leur titre.

Tous semblent avoir pour emblème un animal totemique. Bwana nyengele a pour totem la fourmi ordinaire, le mpazi; bwana kaomba a pour totem l'oiseau kaomba. J'ignore le totem des deux autres.

Le bwana nyengele et les batumbe dont il est ici question sont à distinguer du groupe des dignitaires dont je viens de parler auparavant. Ils sont probablement destinés, vu l'hérédité dont ils jouissent, à empêcher que le groupe des dignitaires ne vienne à disparaître.

6° Réunions.

Les bayangwe se réunissent à la nouvelle lune, à l'enterrement d'un membre et aux jours déterminés par le chef de groupe, par exemple aux jours d'initiations.

Pour la danse ils ont leur costume rituel : des colliers de mitunda croisés sur la poitrine, des résédas, du blanc sur la figure, un nkaka, chapeau de sorcier sur la tête, et des hochets en mains. Leur chant s'appelle chant de Kabembe.

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7^ Enterrement des Bayangwe,

Quand un membre de la secte meurt, les confrères se réunissent et dansent en son honneur tout près de la hutte où gît le cadavre. Au jour désigné pour l'enterrement, ils lui mettent le cou dans une fourche de bois, lui enfoncent dans la bouche son génie Kakuli. Sous la paroi de sa cabane, ils creusent une rigole assez spacieuse, et c'est par là que, au milieu de l'obscurité de la nuit, ils tirent le cadavre dehors.

Pendant ce temps les confrères font un tapage infernal avec des clochettes, des tambours et des chants. Puis ils emportent le corps suspendu par le cou au bout de la fourche. Arrivés à l'endroit de la sépulture, ils déposent au fond de la fosse quelques débris d'ossements humains, enlèvent de la bouche du mort la statuette Kakuli et lui adressent ce discours d'adieu :

« Tu as reçu des os de morts qui te conserveront dans l'autre monde ta puissance de muyangwe. Tu es décédé parceque Kabezya Mpungu (le tout puissant) t'a appelé à lui; repose en paix. Ne te lève jamais pour venir saisir les vivants. Adieu. Oboa, i lufu bwa Kabezya Mpungu. Ubafuj ukalale. Ke kubùka kukwata bantu ba bene. Kolala. Puis l'on comble la fosse. Le reste se fait comme à l'ordinaire ».

Après ce petit discours et cette dernière prière, le corps est enterré, et chacun revient s'acquitter des observances coutumières que j'ai dites ailleurs. Toutefois chaque muyangwe a droit à son « mausolée ». Les confrères iront donc débrousser une termitière en son honneur, tout comme les bagabo, ainsi qu'on le verra ciaprès.

Ce qui vient d'être dit a lieu quand le défunt a succombé à un accident, ou à une mort naturelle, comme

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serait la vieillesse, ou à une épidémie, ou à une maladie commune et apparente. Quand la cause du décès reste douteuse, que font les bayangwe? Alors, ils cherchent tout d'abord à en avoir le cœur net. Ils iront aux informations pour savoir si oui ou non leur confrère est tombé victime de la magie noire. Pour y arriver, les membres du buyangwe ont une méthode à eux. Ne sontils pas apparentés aux grands sorciers bilumbu dont j'ai parlé anx n^s 95, 101, 103, 106, 117, à ces hommes redoutés qui se font fort de reconnaître si le défunt a succombé à un maléfice, et quel en est l'auteur? Ne sont-ils pas sorciers eux-mêmes et pratiquants de la magie noire? Bref, voici comment ils s'y prennent.

Le Bwana nyengele invite les confrères à venir considérer le cadavre. Tous accourent et l'examinent avec lui. Il prend ensuite deux fétiches : Kababu, et Ilungabwanga, les dresse ou les fixe en terre. Puis il allume un feu avec le lurjyo, planchette à feu sacré; met à bouillir de l'huile; dès qu'elle bout, il en répand un peu sur la tête des fétiches et regarde avec attention si les narines des fétiches laissent suinter du sang; c'est la preuve certaine que le confrère défunt a été la victime d'un maléfice. (Il se pourrait que sous l'action de l'huile bouillante, le bois assez fraîchement taillé laissât suinter un peu de sève rouge, que les indigènes d'ailleurs désignent sous le nom de masi, sang; telle est entre autres la sève du mutondo et du kabamba rouge, si commun en Uruwa.

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Supposons à présent que la petite statue ait saigné du îiez. Il y a donc maléfice. 11 faut à tout prix en découvrir Tauteur, le châtier et autant que possible l'annihiler. Voici comment ils y arrivent.

Le Bwana nyengele prend un petit pot rouge (Kahulu) et le pose à moitié plein d'eau sur son feu de luvyo. Il y jette de la poudre rouge de nkula, de la poudre blanche de pemba et de la poudre noire de charbon de bois. Il circonscrit le feu par une ligne tracée sur le sol.

Quand le liquide surchauffé produit de gros bouillons, il donne avec l'index de petites chiquenaudes contre le bord du vase. A chaque coup il cite un nom, c'est sa manière à lui d'interroger les esprits. A chaque fois que le liquide bouillant déborde, les esprits lui donnent leur réponse. C'est ainsi qu'il poursuit son enquête, d'abord sur les villages, pour connaître celui oii le coupable se tient caché, puis sur les rues, sur les huttes, enfin sur le sexe.

Malheur à la personne que le liquide révélateur a accusé. Supposons que cette personne soit une femme mariée, une mère de famille.

Sans plus attendre, le Bwana nyengele et ses adeptes : se rendent à la demeure indiquée et forcent la pauvre ' femme à assister elle-même à l'épreuve nouvelle, ou ' mieux à la contre-épreuve. Sûre de son innocence, et ' persuadée que le liquide va le proclamer hautement, celle-ci s'y prête sans trop de peine.

Le Bwana nyengele allume un nouveau feu de luvyo, \ met à bouillir une potion semblable et attend. Si le liquide ' passe de nouveau par dessus bord, il n'y a plus à en ^ douter, la malheureuse est coupable et condamnée à mort. ' Si voyant le liquide monter et s'approcher du bord, 1 l'infortunée cherchait à fuir, elle s'avouerait coupable, et

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serait sur le champ abattue à coups de lances et de haches.

Il ne lui reste donc qu'à subir Tépreuve du poison. La pauvre femme berce un dernier espoir qui bientôt sera déçu, car sa mort n'est qu'ajournée. Le Bwana nyengele saura bien s'arranger de manière à n'être pas molesté par la famille de la malheureuse. Il fera préparer un poison à dose assez forte pour tuer sûrement sa victime. Allons le voir à l'œuvre.

Les bayangwe à ses ordres déposent sur une assiette de bois un scarabée nommé kikeka, un rat de maison (mpuku) et du sang de coq. Ensemble ils vont trouver le chef du village de l'accusée et lui remettent deux esclaves (ou deux enfants) et deux colliers que la famille de « l'ensorceleuse présumée » a livrés à cet effet. Puis ils prennent un morceau d'écorce de mwavi, qu'ils réduisent en poudre, et jettent dans de l'eau bouillante pour en faire une tisane mortelle. De là ils vont dans la brousse emportant l'écuelle et le poison. Une foule les suit ordinairement jusqu'au lieu de l'épreuve. Allons-y avec eux.

Un tas de bois a été préparé. La malheureuse est là déshabillée, ne gardant sur le corps qu'un petit tablier de verdure; près d'elle un bûcher de bois mort! Sur l'ordre des bayangwe, elle va s'accroupir sur le bois. A côté du bûcher se trouve un jeune enfant; devant elle le Bwana-nyengele, aussi peu habillé que la femme. 11 lui présente le breuvage, en disant : «Toma, bois ». L'enfant

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s'approche et goûte au poison, comme pour dire à la femme de boire sans crainte. La famille anxieuse suit toutes les péripéties de ce drame sauvage. La femme avale la tisane empoisonnée. Tout le monde attend; ordinairement l'attente n'est pas longue. Le poison agit et la victime s'affaisse. Cependant il arrive que l'estomac soulevé rejette au dehors ce breuvage de mort; aussitôt la femme est déclarée innocente. D'autres fois, le poison semble ne pas vouloir agir ; dans ce cas la famille demande à un sorcier de produire chez l'accusée un vomissement. Le sorcier désigné lui jette sur la poitrine des ingrédients magiques : « Kabuo ka mpaswamalungu ne kitenye » ; souvent cela suffit pour faire vomir. Si après cela la victime éprouve des vertiges, elle le dit au sorcier. Celui-ci lui présente alors de l'eau dans laquelle il a placé un fruit de l'arbre à poison et un fruit de l'arbre mutondo, toujours dans le but de faire vider l'estomac.

Qu'arrive-t-il si la femme réussit à rejeter la boisson empoisonnée? Dans ce cas, l'accusateur lui doit réparation. 11 lui tond la tête, la frotte d'huile, la revêt de perles, d'étoffes, de tout ce qu'il a de mieux et la porte sur ses épaules en triomphe au village, oii elle reçoit les félicitations de tous. Avant de descendre, elle se fait payer quatre esclaves ou enfants libres et un grand collier.

Comme on peut le penser, ce cas est une exception. En règle générale, le poison est mortel, car le Bwana nyengele a soin de préparer une potion capable de tuer sur le champ. Dans ce cas, la victime éprouve d'abord des vertiges, et s'affaisse sur elle-même. C'est la preuve certaine de sa culpabilité. Aussitôt les bayangwe lui ' fendent le crâne, mettent le feu au bois et laissent lé ' corps se consumer entièrement. Il ne reste bientôt plus

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que quelques os calcinés perdus au milieu des cendres. Le mfwiti est détruit, l'âme est annihilée, le confrère défunt est vengé.

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