II. — B. KABWALA
La confrérie du Kabwala pourrait être appelée la confrérie des mangeurs de chiens. Elle est communément désignée sous le nom de « mbulye wa bikolo » mbulye est le nom d'une autre confrérie, comme on le verra ci-dessous, bikolo signifie : queues de courges, allusion au collier des membres du kabwala. En sorte qu'on pourrait traduire : confrérie de ceux qui se revêtent de queues de courges.
Le kabwala est apparenté, du moins par son origine, au buyangwe.
Les non-initiés sont appelés : « twinankwenze » les cadets de l'animal nkwenze. J'ignore si les femmes peuvent se faire initier dans cette confrérie. Si elles le peuvent, elles ne le font pas en grand nombre. Cependant chaque nouvel initié est accompagné d'une jeune fille ou d'une jeune femme appelée kaïambi.
2° Admission ou imposition du collier (kukolekwajiland^).
Pour se faire admettre dans le kabwala, le postulant va trouver le chef, pique une flèche en terre devant lui, et fait sa demande. Si elle est agréée, le chef lui remet un collier appelé kikolo. Ce collier est fait avec des queues de courges enfilées sur une corde pèle-mèle avec
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des dents de chien. Dès ce jour le postulant a droit au titre de kiswabwanga, c'est-à-dire, amateur de la confrérie. Il peut participer à certaines réunions.
3^ Initiation {appelée kuluhuka, sortir).
Quand un kiswabwanga désire se faire initier, il en avise le chef qui lui conseille de se procurer tout ce qu'il faut pour payer son initiation : 2 nattes de jonc, un paquet de clous, des colliers de perles, une chèvre ou un panier de poisson fumé. Quand il est en possession de ces divers objets, il s'amène chez le chef au jour désigné par lui. Les confrères ont été convoqués pour prendre part à la fête. Ils entourent le chef.
Le chef met devant l'aspirant de la terre blanche et rouge, qui représente l'un la magie blanche, l'autre la magie noire, et lui dit : «Choisis» . S'il prend la terre rouge, tous témoignent un profond étonnement, se mettent à chuchotter à l'oreille l'un de l'autre comme pour se dire : « En voilà un qui n'a pas peur, il a envie d'expédier des vivants dans l'autre monde ».
S'il prend la terre blanche, tous l'acclament, le félicitent de ce qu'il vient, plus pour s'amuser que pour ensorceler et tuer ses semblables. Le chef alors lui impose le serment de ne jamais manger de hérissons, de boschbok, de tuba (échassier), de serpents, etc., et lui défend sous peine des plus terribles représailles tel que meurtre de sa mère et de sa kaïambi de jamais dévoiler les secrets de la secte. Il l'autorise à manger tant qu'il veut de la viande de chien.
Après quoi tous ensemble s'en vont à un carrefour, où se trouve la fosse des bakabwala. C'est une ancienne tombe dont le cadavre a été retiré. Au fond ils déposent une natte. Le chef met aux reins du récipiendaire une
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tresse d'herbes, lui ordonne de s'asseoir sur le bord du trou, lui donne une coupe pleine d'eau lustrale et lui dit de boire en suçant du bout des lèvres. Ce breuvage composé de jus de matungulu etc., doit l'enivrer et le faire rouler au fond de la fosse; les confrères au besoin l'y font dégringoler sans façon. Aussitôt on lui jette sur le corps une natte, du menu bois et branches épineuses; on verse par dessus plusieurs pots d'eau lustrale, pendant que des confrères frappent à coups redoublés à l'aide de pilons ce tas d'épines en citant à gorge déployée les noms propres aux bakabwala. Ces noms sont : Songwe, Muleba, etc. Au fond de son réduit, l'aspirant écoute, et dès qu'il entend le nom qu'il veut adopter, il pousse un cri strident. C'est ce que les confrères attendent.
Pendant ce temps, le chef initiateur parcourt les herbes avoisinantes ; il fait semblant de scruter coins et recoins pour trouver l'aspirant. Dès qu'il perçoit le cri strident, il accourt vers la fosse, arrête les pilons, s'adresse au récipiendaire enterré pour lui énumérer tout ce qu'il doit payer pour sortir de là. Le récipiendaire promet tout.
Alors une jeune fille, le plus souvent une parente, qu'il a amené pour son initiation, se met à lancer des youyou joyeux et bruyants. C'est sa « kaïambi ». Les compagnons enlèvent aussitôt épines, branches et natte, sa kaïambi se tend vers lui et l'aide à sortir du trou. Les confrères lui lavent tout le corps, lui tracent au-dessus
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de l'œil une ligne avec de la terre blanche, lui attachent aux reins des peaux de bête (sempele), lui fixent sur la tête le chapeau de sorcier (nkaka), referment tous ensemble le trou, y plantent un pilon et puis reviennent au village en chantant : « twinankwenze, e kya rnusobkwela mambo », vous qui n'êtes pas initiés, parce que vous n'êtes pas initiés vous aurez des histoires. 4° Dignitaires,
Le kabwala, comme le buyangwe, a quatre catégories de dignitaires qui sont initiés à peu près de la même manière, et dépendent du même grand-maître. Ce sont bwana-ntondo, nkulimba (= le pigeon), ntengakinyama et muleba. J'ignore les rites de leur initiation.
5^ Che).
A la tête des bakabwala se trouve le grand-maître Mutumbe. C'est tout ce que j'ai pu découvrir à ce sujet.
6^ Réunions.
Les réunions ont lieu dans les mêmes circonstances que celles des bayangwe. Pour la danse ils se revêtent du costume décrit pour l'initiation, tiennent en main des hochets remplis de graines sèches (munyanga) et se servent des tambours ordinaires. Le principal chant est celui qui nous avons vu plus haut : twinankwenze, e kya musokwela mambo. Un autre a pour refrain ces mots : (Iwimbo) Iwa ngombe, eyo! (le chant) du bœuf, oui! (1)
7^ Enterrement.
Tout se passe comme pour les bayangwe.
lî. — C. BULUMBU
La confrérie du Bulumbu n'est autre que la caste des grands sorciers Bilumbu dont il a été question déjà aux
(i) Les Bakabwala chantent donc le bœuf gnombe, eux qui n'ont pas de gros bétail Cela vient peut-être de ce que leur confrérie a été introduite d'une région située au nord, et où les bœufs sont connus et honorés. Serait-ce le Lya ngombe des Benya-bungu et des Banyaruanda du Kivu ?
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95, 101, 103, 106, 117. Les relations de ces sorciers avec les deux confréries précédentes se remarquent déjà à ce seul fait que le sorcier Kilumbu, possédé par l'esprit Banza porte au cou le collier des bakabwala, tandis que le Kilumbu possédé par l'esprit Kibawa revêt le collier des bayangwe.
J'ai parlé déjà de leur initiation, réunions et opérations magiques. Il est donc inutile d'y revenir ici.