III. CONFRÉRIE MBULYE YA MUTUMA
De toutes les confréries indigènes, le mbulye ya mutûma, ou mbulye tout court, est celle qui compte le plus d'adhérents. Il est peu de gens, en Uruwa, qui n'en fassent partie, ce qui n'exclut pas leur initiation dans d'autres confréries.
Le mot mbulye est commun à plusieurs sociétés secrètes. Il est employé pour le Buyangwe, qui s'appelle aussi mbulye ya bikoti ; pour le Kabwala qu'on nomme encore mbulye ya bikolo. Ces deux confréries, avec le mbulye ya mutûma, semblent être les plus anciennes du pays, celle-ci pour la partie située au Sud, les deux autres pour la partie située au Nord de la Luisi-Lubilé.
Tous les non-initiés sont désignés sous le surnom de « mpukuta ».
lo Origine.
Le mbulye ya mutûma a pris naissance aux environs du lac Kisale, au pays de Ilunga nsungu, l'un des ancêtres
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de la race. Son origine remonte donc au berceau même des Baluba proprement dits. C'est la confrérie nationale par excellence.
2° Admission (Kusama ou Kukambd).
Le mpukuta qui veut se faire initier, doit commencer par se faire imposer le collier (kukolekwa jilande). En retour d'un petit cadeau qu'il offre au « musenge » celui-ci lui remet le collier de la confrérie, fait de graines de « mpiki » enfilées sur une corde. Dès ce moment l'aspirant peut se joindre à la danse, sauf à celle qui s'exécute pendant les initiations.
3^ Initiation préparatoire [Kahâla ka mbulyé).
Pour recevoir l'initiation proprement dite, il faut avoir suivi les réunions pendant un temps plus ou moins long, et offert un petit cadeau au grand-maître musenge. A la réunion suivante, celui-ci invite les membres à aller le lendemain matin nettoyer le chemin à un endroit qu'il détermine. Dès que le soleil paraît à l'horizon, tous se rendent au viilag:e du récipiendaire. Le grand-maître lui donne à renifler une herbe dont j'ignore le nom. Cette herbe produit une syncope instantanée et une saignée abondante du nez. Peu après, le musenge lui jette avec force de l'eau au visage. La victime se réveille, se lève, et suit ses futurs confrères dans la brousse. Tout le monde se met à défricher un emplacement long de 50 mètres environ et large de 3 ou 4. Le récipiendaire se tient alors au bout, près de quelques anciens ; le chef à l'autre bout dresse 3 rangées de minuscules statuettes de bois, images des génies tutélaires de la confrérie. En tête de celles-ci une statue plus grande est cachée sous une jarre renversée recouverte d'une étoffe indigène.
BALUBA
(Congo.)
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Son nom est Kibawa; elle représente le grand génie protecteur de la confrérie. Quand tout est disposé, le récipiendaire s'avance entre deux rangées de confrères, jusqu'auprès des génies ; le chef lui en révèle les noms l'un après l'autre. 11 l'amène finalement devant le génie couvert de sa jarre : « Ici se trouve, dit-il, notre principal protecteur, Kibawa kya mbulye. Garde-toi bien de jamais révéler son nom aux mpukuta ; au moment oii son nom sacré tomberait de tes lèvres, il te tuerait ».
Après ce petit discours, l'idole est découverte; et le nouveau confrère est badigeonné de terre blanche puisée dans le mboko (courge sacrée) qu'habite le génie Mande vilye. L'initiation est finie. La fête s'achève au village dans une danse effrénée et des rasades sans fin.
4^ Initiation proprement dite [Kukanda lukala).
Après un stage de quelques mois, le nouveau mbulye peut aller chez le grand maître derechef pour demander à se faire initier aux rites secrets. 11 doit évidemment se faire accompagner de nombreuses jarres de bière. Le chef mbulye convoque sans retard tous les membres déjà initiés, se rend avec eux dans la forêt, et bien loin, au carrefour de deux sentiers, il fait creuser une fosse, qu'il recouvre avec soin de branches et de terre. Une ouverture est ménagée à chaque bout, on dirait une vaste taupinière. Le nouveau venu est amené là, et forcé de grimper dans le trou. La tête n'a pas plutôt pénétré dans l'ouverture, qu'un ancien déguisé en léopard lui saisit les jambes avec violence.
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pendant que d'autres imitent à l'ouverture opposée le cri de divers fauves, et semblent mettre tout en jeu pour le terroriser. Le grand maître alors s'approche et tâche d'extorquer tout ce que le malheureux possède, y compris le droit d'user de ses épouses, tout comme les bagabo. S'il n'a plus rien à promettre, on permet qu'il sorte de son trou, on lui rase tout le devant de la tête, on lui peint les sourcils et le milieu du front d'un triangle emblème d'une houe, ou d'un cercle, emblème de la lune.
De là, tous se rendent à la demeure du grand maître. Les parois en sont recouvertes de figurines, emblèmes de serpents, de rats, de fauves, etc. Chaque figure a son nom, et désigne un des génies tutélaires. Le nouvel élu reçoit l'explication de tout. C'est en nommant chaque figurine par son nom propre que les confrères étrangers se reconnaissent entre eux, et se traitent en conséquence. Quant aux non-initiés, ils doivent prendre garde à ne pas trop considérer ces dessins; qu'ils se gardent surtout d'en faire part aux autres; ils seraient obligés de se laisser initier, ou de se racheter par l'abandon d'un esclave qui serait initié à leur place.
Tels sont les grands secrets de la confrérie. Malheur à l'initié qui oserait jamais les révéler aux profanes. Une forte amende serait le moindre de ses châtiments.
Le voilà bon mbulye ; il peut désormais se mêler de droit à toutes les danses et se frotter de pemba comme tous les bambulye.
5° Réunions.
Ils se réunissent à la nouvelle lune, à l'initiation et à la mort d'un confrère.
BALUBA
(Congo.)
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Pour danser, ils s'accompagnent de tambours, se revêtent d'un habit en écorce de ficus neuf, et tiennent en main une queue d'hippopotame.
Leur danse se fait surtout en l'honneur de Kibawa et Mande. Chant : Twazile nabo. Yangu e bêzila! Nous avons dansé avec eux (nos ancêtres); ô mère, c'est pour eux-mêmes qu'ils dansent !
60 Chefs.
La société est dirigée par le grand chef qui porte le titre de Mwirambwe. Il est aidé par des chefs inférieurs > parmi lesquels se trouve le Musenge, chef initiateur» J'ignore les rites de leur initiation.
Le fétiche protecteur est Ilunga-nsungu.
7^ Enterrement des bambulye.
A la mort d'un initié, les confrères se réunissent autour de son cadavre. Après avoir dansé pendant plusieurs jours, quelques-uns d'entre eux l'accompagnent jusqu'à sa dernière demeure. Pendant le trajet, on lui met dans la bouche une cuisse de poulet. Avant de combler sa tombe, on lui enfonce dans la bouche le bout d'un pilon à manioc, de telle sorte que l'autre bout arrive à fleur de terre. Quand plus tard on reviendra lui offrir le « tompo » (libation de farine délayée d'eau ou de bière) on enlèvera le pilon avec précaution et l'offrande sera versée dans cette cheminée d'un nouveau genre. L'ouverture est alors bouchée. S'il fallait revenir encore pour de nouvelles libations, on se contenterait
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de répandre l'offrande sur le sol. C'est ce qui a lieu pour apaiser Tâme ou pour la décider à quitter les personnes qu'elle moleste.