‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 28 sur 59 · V. — CONFRÉRIE DU BUHABO · texte numérisé non relu

V. — CONFRÉRIE DU BUHABO

Le mot buhabo signifie sans doute partage, communisme. Il dérive du radical aba (anciennement gaba ou haba) partager entre soi.

Les non-initiés, les profanes sont appelés par les bahabo : « balumyangulungu » fils de l'antilope boschbok.

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Cette confrérie est fort immorale. Elle a de grandes ressemblances avec le Burungu. Toutes deux ont d'ailleurs une commune origine , venant du Nord- Ouest de rUruwa.

J'ai entendu désigner aussi le Buhabo sous le nom de « nkimba ». Aurait-il des points d'attache avec la confrérie nkimba du bas-Congo ? Je laisse à de plus experts que moi d'élucider la question.

10 Origine.

11 y a trente ans à peine, trois ou quatre Baluba, ayant eu l'occasion de voir les rives de la Lubumba, s'y laissèrent initier au Buhabo. Revenus dans leurs villages, ils forcèrent leurs concitoyens à entrer dans la secte, soit par la peur, soit par l'audace, soit même par la menace de les ensorceler et de les faire mourir. Actuellement encore ce sont les grands moyens de propagande des Bahabo. Ils eurent soin d'y ajouter un moyen plus lucratif, dès que leur audace se fut accrue en raison de leur nombre. S'ils voient un indigène dans l'aisance riche en troupeaux et maître de champs en rapport, ils se rendent en commun à sa demeure, le forcent à se laisser imposer le collier des Bahabo, et le plument d'importance. « N'est-il pas devenu leur frère ? Ses biens ne sont-ils pas devenus leurs biens » ? Le malheureux du reste n'a qu'une chose à faire : supporter avec patience sa mésaventure, quitte à se dire : « je me rattrapperai à mon tour ». Jadis les chefs du pays firent à la secte naissante une vive opposition ; aujourd'hui ils lui font bonne figure. Trois ou quatre d'entre eux en sont devenus dignitaires ; une cheffesse de village se trouve même parmi les gradées bansangonkazi.

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2° Admission des Bahabo Balume.

Quiconque désire faire partie de cette société secrète, se rend chez l'un des dignitaires possesseurs du fétiche kabwelulu, lui offre en cadeau une poule et demande à être revêtu du collier. Ce collier est une sorte de chapelet composé de fruits épineux appelés « mpiki », de dents de cochon, de léopard, de potamochère, etc. Le chef initiateur, sans trop tarder, met la poule sur le feu ; il y ajoute deux cailloux pris dans le panier oii réside son fétiche. Pendant la cuisson, il présente à l'aspirant le cœur tout cru fixé au bout d'une flèche. Celui-ci le saisit avec les dents et l'avale. Dès que la poule est à point, le chef prend un des cailloux, y met un petit bout de viande qu'il présente à l'aspirant, mais sans la lui donner, et jette cette première bouchée au feu. Il prend une seconde bouchée qu'il dépose sur ce même caillou ; cette fois l'aspirant accepte la viande et le caillou, met tout en bouche de telle sorte qu'il puisse avaler la viande seule sans le caillou. Le chef alors s'écrie avec emphase : « Tu as maintenant mangé le génie de la montagne » : « ubali ngulu », sans doute pour signifier qu'il s'en est imprégné. En conséquence il reçoit le collier de la confrérie, et peut désormais se joindre aux anciens, dans les réunions habituelles. Il est devenu « muhabo mulume» compagnon mâle.

Avant de passer outre il est utile de dire un mot du fétiche Kabwelulu, le génie protecteur de la confrérie. Son nom est composé de Kabwe : petite pierre, et de

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lulu : montagne ou génie. Il est représenté par une statuette de bois, perforée au centre dans le sens de la longueur et revêtue d'une ceinture d'escargots et de peaux. Cette statuette repose dans un panier dont le fond est garni d'ossements humains ainsi composés : quelques parties du crâne 1° d'un homme tué par une lance; 2^ d'un homme mort hydropique; 3° d'un homme trouvé mort dans la brousse; 4^ enfin d'un cadavre « muhungu » c'est-à-dire déterré et partiellement détruit pour le châtier d'avoir molesté les vivants. Près des os sont aussi des cailloux provenant de diverses montagnes, des poudres rouges et blanches, des fragments de moelle, de la raclure de l'intérieur des dents d'éléphants et des ossements de chien sauvage appelé muhonda. Un couvercle conique recouvre ce panier magique. C'est le kihau ou panier à remèdes.

3^ Initiation des Bahayo.

Après un stage plus ou moins long, le muhabo mulume cherche à prendre rang parmi les Bahayo ou initiés proprement dits. 11 en fait la proposition au même dignitaire. Celui-ci va de nuit à la demeure de l'aspirant, accompagné de quelques membres de la secte, munis de leurs tambourins et du fétiche Kabwelulu. 11 va recevoir les serments du candidat Muhabo. Dès qu'il en donne le signal, tous quittent leurs vêtements et s'accroupissent en cercle dans la cabane. Au centre se tiennent face à face le dignitaire et le récipiendaire, séparés seulement par le fétiche Kabwelulu. L'initiateur alors se met à défaire toute la chevelure du jeune muhabo, pour lui donner un aspect farouche, puis il entame le colloque suivant :

— Ainsi donc, tu n'es pas heureux au village ; on te méprise; tu viens te réfugier dans notre confrérie?

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— Non, chef Muhabo, personne ne me méprise. Si je viens à vous, c'est par amour du Buhabo.

— Eh bien, si tu es sincère, jure sur notre fétiche tout puissant, sur Kabwelulu, que jamais tu ne dévoileras les secrets qu'on te confiera. Prends une paille, et comme gage de ton serment, dépose-la dans l'intérieur de notre fétiche.

Le récipiendaire alors saisit une paille ou une herbe, la met dans la statuette en disant :

— Kabwelulu, je te le jure, jamais je ne révélerai les secrets du buhabo. Toi, ô ma mère, que tu me tues, si j'osais trahir mes compagnons. Obe Mo, ukangihae si nkasahwila bakwetu.

Le chef reprend : « Et si tu es ivre ? »

— Si je suis ivre et que je trahisse, je veux que Kabwelulu me tue.

— Et si tu es en dispute ?

— Si je suis en dispute avec ma femme ou avec qui que ce soit, et que je trahisse, je veux que Rabwelulu me tue.

— Et si ton père ou ta mère te le demande ?

— Eh bien, si je leur dévoile nos secrets, que Kabwelulu tue et mon père et ma mère. Ces secrets resteront en moi seul jusqu'au delà de la mort.

A ce moment, sur l'ordre du chef initiateur, il détache sa ceinture qui lui restait aux reins, la place en forme de croix sous les pieds de la statuette, coupe une touffe de ses cheveux qu'il dépose dans le creux de la statuette et dit :

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— Kabwelulu, tu es mon gardien, mon père, ma mère ; je suis à toi, je te le jure.

Le chef continue : Promets, promets encore : hika, hika !

— Je jure de ne jamais me laisser instruire de la religion des blancs, et ce disant il jette sa paillette dans le fétiche. Ce dernier serment est d'introduction récente.

Les confrères alors lui font diverses recommandations, qu'il jure d'observer. Ils lui font entre autres la défense absolue de manger la viande du ngulungu (boschbok), du nungu (hérisson), du tundu, ngama, katumba. Enfin le chef initiateur saisit des deux mains le fétiche, le met sur la tête du récipiendaire, et s'écrie : « Kabwelulu, notre maître tout puissant, te voilà sur le crâne de l'aspirant Muhabo ; eh bien, brise-le, et venge-toi, s'il doit être infidèle à ses serments. »

Alors le chef va chauffer au feu son arrière-train, et vient le frotter sur la face du récipiendaire.

A l'instant même tous se dressent, sortent précipitamment, se mettent à courir comme des fous vers la montagne en agitant furieusement leurs étoffes et des branches, et en criant, à tue tête : brûu aa, brûu aa ! A bahabo, Brûu... aa ! Brûu... aa ! A bahabo... ! A bahabo.., I Pieè... ! Pieè... ! Lubâ I Lubà (il s'agit peut-être ici de Luba, chef de la race des ba-luba). Cela s'appelle : emmener le récipiendaire à la montagne. Les « balumyangulungu » les non-initiés, redoutent beaucoup la rencontre de cette bande en délire. A son approche tous se blotissent au fond de leur case. Ils croient de fait que le récipiendaire se rend à une montagne éloignée, au sein de laquelle il pénètre pour recevoir les révélations du génie qui l'habite. De la sorte les profanes n'ont pas l'attention attirée sur le grand secret.

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En réalité, les confrères vont vers un lieu préparé dans le voisinage, oii se trouve le trou de l'initiation. Ce qui s'y passe constitue le grand secret du buhabo. Le chef y fait coucher le jeune Muhabo et lui dit : « Reste ici bien tranquille ; ne dérange pas les branches et la terre qui vont te recouvrer, jusqu'à ce nous te rappellions. Au second appel, tu sortiras. Ne reviens pas avant, quoi qu'il arrive ; je te le défends sous peine de mort. » Alors les confrères recouvrent le trou d'une toiture de branches et de terre. Après quoi tous se retirent. En se retirant, l'initiateur jette au prisonnier quelques racines de manioc. Le pauvre hère reste donc là, seul, sur la terre humide, couché dans un trou sombre, sans habits, sans feu, sans lumière, quasi sans nourriture, soumis à une épreuve digne d'un plus noble but. Le chef cherche sans doute à exténuer sa victime pour éprouver sa résistance, son énergie, et aussi pour en extorquer des émoluments plus lucratifs. Il cherche probablement aussi à donner aux profanes le change, à leur faire croire, quand le récipiendaire reparaîtra avec son air fatigué et négligé, que celui-ci revient vraiment d'un long voyage souterrain. Cela ne peut que donner du prestige aux membres du buhago et les faire redouter davantage.

Après trois ou quatre jours , l'initiateur revient en compagnie des confrères, et retire de son cachot souterrain le malheureux réduit trop souvent à l'état de cadavre ambulant. Il n'est pas rare que le récipiendaire

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y meure de faim et de froid. Si ce fâcheux accident se produit, le chef fait combler la fosse, et avertit la famille que leur fils a été retenu par l'esprit de la montagne, que l'antre où il a pénétré, s'est refermé sur lui. Si par hasard le chef craint un dénoûment fatal, il se rend au trou par un long détour, et porte très secrètement au malheureux prisonnier un peu de nourriture placée sur un van recouvert d'une peau de genette. La peau de genette est un talisman contre la mort violente.

Pendant que l'aspirant Muhabo attend anxieusement dans son cachot le retour des confrères, ceux-ci réclament des parents, bon gré mal gré, une chèvre, des poules, des perles, voire même un esclave, si leur fortune le permet. Cela ne se fait pas toujours sans tapage : mais résister pourrait leur coûter cher, à eux aussi bien qu'à leur fils. Ils finissent par donner. Enfin quand les exigences des Bahabo sont satisfaites, le chef initiateur réunit son monde à l'aube du jour par ces mots qu'il chante d'une voix criarde : « Munsakisye mwana, mungomba alila ». Aidez-moi à retrouver mon fils, il pleure dans le trou (ces mots « mungomba alila » peut se traduire aussi par « l'oiseau mungomba chante». C'est donc un jeu de mots destiné à tromper les profanes. Puis il crie aux échos d'alentours : « Malheur à qui irait aujourd'hui couper du bois ou cultiver ses champs de tel côté du village; nos sortilèges l'attendent; car le jeune Muhabo revient de la montagne. » Et tous les confrères réunis de crier à leur tour sur la limite du village : « Mwana ! Mwana ! lubulula ! lubulula ! fils ! fils (du buhabo) reviens, reviens ! » Un instant après ils répètent le même cri. Le prisonnier dans son trou a entendu le second appel. Il soulève de son mieux le toit de branches et de terre qui le recouvre, sort, et vient aa

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devant des confrères qui viennent vers lui. Le chef lui frotte alors tout le corps avec du sable mouillé, en remplit toute sa chevelure, en un mot, il essaie de lui donner l'aspect d'un homme qui sort du sol, afin que les profanes croient qu'il revient vraiment du sein de la montagne. Autour des reins, il lui met une sorte de crinoline en fibres de palmier, devant et derrière il pend une touffe d'herbes. Les confrères comblent la fosse, arrangent de sol de manière que rien n'y paraisse, puis la troupe reprend sa course furibonde vers le village, emmenant le jeune Muhabo et criant à tue-tête : « Mwana...a ! » « Voici le fils du buhabo ». La troupe en délire s'arrête devant la case du récipiendaire, ou bien devant la case que les bahabo possèdent en commun au village. L'aspirant, d'un bond, saute sur !e toit et se cramponne à la pointe supérieure. Les confrères le recouvrent d'une natte de jonc qu'ils fixent à la paille avec des piquets. Le chef alors lui ordonne d'insulter sa mère. Et le docile récipiendaire se met à maudire et à invectiver de façon outrageante et honteuse I celle qui lui a donné le jour. Après quoi le chef reprend : I — A quelle montagne es-tu allé ? — A telle montagne i

— Nous n'en croyons rien ; quelle preuve donnes-tu de ton assertion ?

' — Voici mes preuves. Et ce disant, le récipiendaire jette sur le sol un vulgaire caillou, qu'il dit avoir ramassé au fond de la montagne. Les profanes admis à

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cette scène ne doutent pas qu'il dit vrai. Le caillou est aussitôt déposé dans le panier du Kabwelulu. Le chef à ce moment lui passe une poule vivante et dit : «Mords». Il obéit. D'un seul coup de dents il arrache la tête, la fixe sur le haut du toit, et jette par terre la pauvre volaille. Celle-ci peu après sera mangée en commun; toute la partie dorsale sera réservée au chef.

L'aspirant aussitôt glisse à travers une ouverture, que les confrères ont pratiquée dans le toit à l'aide d'une hâche, d'une houe et d'une lance, et saute derrière le foyer; les confrères rentrent en même temps par la porte. L'un d'eux s'en va demander des perles à la famille du récipiendaire et vient les lui remettre. A ce moment, l'aspirant demande la permission de se laver; ses compagnons le lavent et reçoivent dix perles. Puis il manifeste le désir qu'on lui rase la tête; il paie encore dix perles. Il doit de même racheter les habits qu'il a laissés dans la cabane avant d'aller s'enfermer dans la fosse. Enfin le chef lui frotte le front de poudre rouge et blanche qu'il puise dans Kabwelulu. Ainsi remis à neuf, l'aspirant réclame à son tour des cadeaux. Chaque confrère, chaque membre de sa famille lui donne alors quelque chose. Il ramasse le tout, et passe avec la troupe au milieu des spectateurs qui sont accourus et qui, tout en se tenant prudemment à distance, ont assisté à la scène. Le chef initiateur se badigeonne ensuite le bas du dos avec de la terre blanche, saisit des dents une peau de genette, fixe aux parties d'ailleurs recouvertes d'une touffe d'herbes une chaînette de perles, et s'avance en se dandinant, le corps penché en avant. L'initié saisit de la main la chaînette de perles qui passe entre les jambes du chef, marche derrière lui, et fait tout ce qu'il fait. Tous deux sont recouverts d'une

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natte comme d'une carapace. Aux côtés du nouvel initié marche une petite fille qui lui adresse les insultes les plus grossières ; c'est sa Kaïambi. Cette petite est souvent une parente ; mais elle n'est pas encore membre de la secte. Ils s'avancent ainsi en chantant : « Mulumyangulungu, nyemene lubilo kayeba », Fils d'antilopes (boschbok) fuyez vite le kayeba, c'est-à-dire les parties ornées du chef. Après avoir fait un ou deux tours, l'aspirant jette la natte qui les recouvre, s'assied sur un mortier renversé, écarte les jambes, et met entre ses genoux le fétiche Kabwelulu. Il se penche au-dessus et le regarde fixement. Le chef est debout près de lui, il tient d'une main un pilon planté dans le sol ; de l'autre il fait tournoyer tout autour une poule en disant :

— Fils du buhabo, quel nom choisis-tu ?

— Je ne connais pas les noms du buhabo.

— Veux-tu le nom Mulumba? Veux-tu le nom Kileme? Et le chef de citer les noms propres à la confrérie. Le

récipiendaire reste silencieux; c'est aux confrères de répondre pour lui. Dès que l'initiateur prononce le nom qu'ils veulent imposer au nouvel élu, tous ensemble disent : Oui ! Au même moment le chef fracasse la tête de la poule sur le pilon de bois. Le jeune muhabo va embrasser celui des confrères qui porte le même nom, et lui fait un léger cadeau. Ce sera désormais son « nguli ». Les autres au contraire se mettent à l'importuner et à le harceler de demandes qui reviennent toutes à ceci :

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— Quels sont les objets de ta maison dont nous puissions user à notre guise ?

Le jeune muhabo leur dit dans quelles limites ils peuvent user de ses biens : il leur abandonne l'usage de sa hache, de sa lance, de ses flèches, même et surtout de ses femmes. 11 est vrai qu'à la rigueur il peut leur refuser l'usage de sa femme préférée. C'est le communisme en tout. Dès ce jour les bahabo ont droit de se servir de tout ce qui lui appartient. Malheur au récipiendaire trop dûr à la détente; il risquerait fort d'être envoyé dans l'autre monde. On cite le fait de plusieurs bahabo trop avares, qui furent de ce fait accusés d'avoir lancé le mauvais sort et brûlés vifs. Si le cas se présente, la famille du malheureux est elle-même condamnée sans recours à payer un esclave qui prend dans la confrérie la place du défunt.

Le communisme des femmes, voilà bien le vrai but de cette confrérie.

Vient ensuite une cérémonie répugnante. Je prie le lecteur de faire un petit effort sur sa délicatesse. La voici : le chef apporte un pot neuf, oh se trouvent des écorces de « musye » et de « kifombe » noyées dans un liquide composé de farine et de bière. Chaque confrère se penche à tour du rôle au-dessus du vase, et... y dépose un crachat gluant. Quand tout le monde s'est exécuté, le chef saisit gravement cet écœurant breuvage, et dit au récipiendaire : « A présent, bois ! » Et celui-ci de vider la coupe, non sans faire la grimace. Après quoi le chef reprend : « Tu as bu quelque chose de nousmêmes. Sache que désormais tu ne saurais nous nuire par tes maléfices, car après notre mort nous aurions le pouvoir de nous venger et de venir te saisir. » Il brise ensuite le pot, prend la poule dont il a fracassé la tête

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sur le pilon, et la mange avec ses confrères. Les tessons, les plumes, le bois du foyer qui a fourni le feu pour la cuisson, tout est porté dans le trou d'une termitière. Au sommet de celle-ci on pique une corne sacrée.

On prépare ensuite un copieux repas dont le jeune muhabo paiera d'ailleurs les frais, on apporte de nombreuses jarres de bière et les tambourins font rage pendant plusieurs jours et plusieurs nuits. L'aspirant est initié; il est « muhabo sorti ». Il prend rang parmi les Bahayo.

Les Bahayo sont divisés en cinq classes : 1° ceux qui ont le nom Mulumba; ils ont pour totem l'oiseau kasozo ; 20 ceux qui s'appellent Kileme, ils ont pour totem l'oiseau kininga; 3^ les nommés l'undulu dont le totem est l'antilope tundu ; 4° les nommés Mulenda, qui ont pour totem l'oiseau tuba; 5° enfin ceux qui portent le nom Luhele; leur totem est la tourterelle ou le crocodile. Chacun d'eux honore son totem et ne consentira jamais à se nourrir de sa chair. Le tuer ou le manger en sa présence, c'est lui faire un affront.

4° Dignitaires Bene ba Kabwelulu.

Les bene ba Kabwelulu (m. à m. possesseurs de Kabwelulu) constituent le groupe des dignitaires. Pour atteindre ce grade il faut être initié; de plus, il faut avoir fait l'acquisition du génie de la secte ou mieux d'un fac-similé de ce génie. Pour cela, il suffit de se munir d'une chèvre, de trente à quarante colliers de

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perles (valeur de deux esclaves), de plusieurs poules, et d'aller trouver un dignitaire possesseur d'un ou plusieurs fétiches Kabwelulu. Celui-ci accueille habituellement avec faveur son compère muhabo et procède aussitôt à l'investiture de la nouvelle dignité. Dans ce but il consacre un fétiche de réserve. Voici comment : Il coupe le cou de la chèvre, et laisse couler le sang dans la partie creuse de son fétiche. Puis il prend un coq, dont le chant a toujours été très aigu, lui coupe le cou, badigeonne de son sang le fétiche à « consacrer », et va piquer la tête sur le sommet du toit. Voilà tout. Le candidat dignitaire ramasse la statuette et tout l'attirail dont j'ai parlé précédemment et s'en retourne au village. Les membres de sa famille en apprenant l'heureuse nouvelle, s'empressent de le féliciter ; ils se congratulent avec lui d'avoir au foyer un si puissant protecteur, et comme gage de leur joie lui font chacun un petit cadeau.

5° Chefs : Kalun^a-muhabo,

Cette dignité s'appelle bukata bwa kabwelulu (grandeur de kabwelulu) ou lizina likata (le grand nom). Le vrai nom est bukalunga-muhabo, état de kalungamuhabo, qui est le nom donné au grand-maître de la confrérie. Les initiés appellent leur grand-maître, avec une crainte respectueuse : tata bulume, père de la virilité. L'autorité du grand-maître se transmet par héritage ou même par achat.

Il est le gardien attitré du vrai, du grand Kabwelulu, fétiche modèle ou principe des autres petits Kabwelulu, qui sont entre les mains des dignitaires bene ba kabwelulu.

Kalunga-muhabo partage avec les chefs de race ou

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balohwe la faculté de pénétrer dans le groupe Bahabo sans se déshabiller comme le font les simples initiés.

Quand un Muhabo obtient d'acquérir le grand fétiche par achat, voici comment les choses se passent. Il se rend chez un maître sculpteur de fétiches, muni d'une houe, d'une hâche, d'un couteau et d'une lance, lui remet le tout, et le prie de lui fabriquer l'image de Kabwelulu le grand. Dès que le travail est achevé, le sculpteur l'apporte et dit : « Prends ta chose ». Il doit bien se garder de citer le nom du fétiche, car celui-ci éclaterait en deux.

Muni de sa statuette, l'aspirant grand-maître fait part au « tata bulume » de ses désirs. Celui-ci convoque alors les petits chefs bahabo de son obédience, et tous se rendent à la forêt. L'aspirant doit fournir les frais d'un copieux repas : farine, poules, chèvres et bière à satiété. Quand tout le monde est bien repu, ils continuent processionnellement leur marche jusqu'à la montagne voisine. Le « tata bulume » prend alors le fétiche « à vendre », lui enfonce dans la tête une corne d'antilope bourrée de remèdes superstitieux et attend. La pluie doit tomber sans retard, comme pour apporter la preuve que le nouvel aspirant grand-chef est agréé par son fétiche. S'il ne pleut pas, on vide la corne, et on attend jusqu'à ce qu'il plaise au fétiche d'amener les nuages. Les intéressés savent évidemment choisir le moment favorable. Quand donc le nouveau Kabwelulu a disposé les nuages, les compères bourrent une deuxième

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fois la corne, et attendent patiemment « l'ondée miraculeuse ». Aussitôt après, ils retournent au lieu du festin, font table rase de ce qui reste, et regagnent leurs pénates. Le nouveau Kalunga-muhabo paie une chèvre, une lance, une houe, une hache, un couteau et un collier de perles, et emporte son puissant fétiche au milieu des siens, qui viennent le féliciter et offrir force petits cadeaux. Le premier chef de son côté réunira ses sous-chefs quelques jours plus tard, pour les régaler de sa chèvre : la garder pour lui seu! l'exposerait à tomber victime de leurs maléfices.

De même que dans la confrérie Bulungu, le grandmaître du Buhabo a ses Basangonkazi. Ces femmes, d'ailleurs peu nombreuses, forment une caste à part, ont le pas sur les hommes, et reçoivent du Kalunga-muhabo la recette de maléfices très redoutés. Toutes sont donc sorcières. Je regrette de ne pouvoir vous donner plus de détails. Inutile de dire combien leur conduite laisse à désirer.

6^ Réunions.

Les réunions ne se tiennent pas à jour fixe, comme serait l'époque de la nouvelle lune. Elles ont lieu dans les mêmes circonstances que pour les membres du Burungu.

7° Enterrement,

A la mort d'un muhabo, on se réunit devant la mortuaire pour chanter et danser. Si c'est une femme, son père reçoit un cadeau des membres ; si c'est un homme, le père ou la famille doit faire initier quelqu'un des siens, ou bien payer un esclave qui sera initié à la place du défunt. Quant à l'enterrement du muhabo défunt, les choses s'y passent comme pour tout le monde; à part cette particularité qu'on l'enterre derrière une termitière

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et qu'on lui tient un pilon dans la bouche, pendant qu'on comble la fosse. Cette « cheminée » permettra aux libations de venir jusqu'au cadavre. Les libations consistent en bière indigène mêlée des cendres de l'arbre luhe. En l'honneur du mort, on débrousse une termitière ; sur le sommet on met un pot renversé ; par devant on construit un bout de chemin qui rejoint la termitière au sentier voisin ; on barre ce chemin avec une corde d'écorce fixée sur deux piquets. Tous les confrères^^quijpassent par là déposent sur cette corde une petite branche. C'est sur la termitière aussi qu'on verse en son honneur la bière mêlée de farine.

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