‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 29 sur 59 · VI. — CONFRÉRIE DU BULINDU · texte numérisé non relu

VI. — CONFRÉRIE DU BULINDU

La confrérie du Bulindu n'admet que des femmes. Les hommes ne peuvent se faire initier. Si quelquefois on les tolère à la danse, jamais ils ne peuvent assister aux réunions intimes.

Les non-initiées sont appelées : bamusula, incirconcises.

Les balindu ne se servent pas de ces remèdes superstitieux, composés d'ingrédients magiques, comme nous l'avons constaté dans les autres confréries. Elles recourent plutôt aux remèdes naturels, dans lesquels, dit-on, elles sont très entendues.

Les balindu honorent les animaux suivants : nsimba (genette, civette), jongwe, jobo (serval?) nfungo, muzeo (chacal) mumbwe (renard bleu) nguruwe (cochon).

Baluba. Congo, D, b, iig^

Sauf pour ce dernier, elles s'abstiennent d'en manger la chair. Ces animaux sont, semblent-ils, totems et tabous.

1^ Origine,

C'est du Kabwire que cette secte a fait irruption en Uruwa. Le Kabwire est situé sur les hauts plateaux Mugila, à l'Est d'Uruwa. Il est occupé par une pleuplade apparentée aux Batabwa. La confrérie, dans ce pays, a englobé presque toutes les femmes.

2^ Admission et initiation.

Les femmes qui veulent en faire partie en font la demande à la grande-maîtresse. Celle-ci attend que l'une des balindu passe de vie à trépas. Pendant la réunion que ce deuil occasionne, se font l'admission et l'initiation. Bien simples sont les rites du Bulindu.

Les initiées étant réunies pour la danse devant la mortuaire, la grande-maîtresse ordonne à la récipiendaire de passer et de repasser trois fois par-dessus le cadavre, pendant que les danseuses ont le regard fixé sur la nouvelle recrue. Et c'est tout.

3^ Chef fesse.

Toutes les balindu d'une contrée sont dirigées par une seule grande-maîtresse. Le titre et le nom est Wakioma. J'ignore les rites de son initiation.

4^ Réunions,

Les Balindu se réunissent habituellement dans une spacieuse cabane. Là, les portes étant closes, elles s'accroupissent en cercle autour d'un panier recouvert d'une étoffe 011 se trouve le groin d'un porc. Dans ce groin réside, d'après leur croyance, le génie de leur association. Ibique circulo sedentes, vestibusque post terga depositis,

— ôig —

BALUBA

(Congo.)

D, 119 (suite).

verenda iterum atque iterum îricant locustrarum cruribus, usquedum sanguinis guttula appareat; multisque aliorum impudicitiorum generibus indulgent, verenda fricant ad medicamina inducenda.

Elles chantent en battant des deux mains la cadence et toutes viennent à tour du rôle, au moment déterminé par la cadence, soulever l'étoffe, souffler et renifler une fois près du groin, séjour du génie tutélaire, pendant que toutes les Balindu lancent leur youyou joyeux.

Seules les femmes Balindu osent manger de la viande de porc, et encore n'est-ce qu'au jour de l'initiation.

A en croire leurs chants, les Balindu pratiquent la circoncision. Elles adressent aux autres femmes l'insulte de musula (incirconcise).

Dans tous les chants, dans les pratiques en honneur, un leit motif revient, obsédant : augere verenda atque laudare ea.

L'augere s'obtient par la feuille mbidi,

A peine trouve-t-on deux ou trois chants qui supportent la traduction.

A noter celui qu'elles adressent au cadavre autour duquel elles dansent : Bamumbwe ne nfungo, bamuletela nyamayenu. (Le renard bleu et le chien des bois porteront au mort votre viande.) Ces deux animaux sont tabous pour les Balindu.

En voici deux autres à titre d'exemples : Ui mulindu, ukalye nguluwe. (Tu es mulindu, mange donc du cochon.)

Baluba, Congo. b, iig.

Musula wamone nsimba, kailangene kowaya. (L'incirconcise que la genette regarde ne réfléchit pas où elle va. 5° Enterrement,

L'enterrement se fait après plusieurs jours de danse. La mulindu est déposée dans un cercueil d'osier. Quand elle a été mise au fond de sa tombe, une enfant y descend et remue à plusieurs reprises la tête du cadavre. Puis on comble la fosse et on revient au village construire la hutte des morts.

Peu de temps après, une « brasseuse » mulindu parcourt les villages, la tête couverte de plumes, en criant : Hé ! Hé ! Hé, C'est le signe du ralliement autour des jarres. On commence par répandre de la bière devant la hutte des mânes de la défunte, conformément aux rites. Puis l'on danse et l'on boit jusqu'à ce que la dernière goutte de bière soit bue.

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