Divinités
La question de Dieu a été traitée au 113.
Si l'on entend par divinités les fétiches grossiers de nos noirs, ce sujet a également été vu aux n^s 101, 103, 116, etc.
Je me contente d'ajouter ici quelques mots sur le nom donné au grand Esprit. Les Baluba, on l'a vu, l'appellent : Kabezya Mpungu. Les Batumbwe de l'Est disent : Habedya Mpungu ; les Bayova, au Nord des Batumbwe disent : Habezya ; leurs voisins Babembe : /^betshia. Les Batabwa et Babemba de l'Est et du Sud disent : Lêza (pour Li-Eza). 11 est facile de voir que Li-eza, Ka-bezya, Ha-bedya, A-betshia ont la même racine. Cette racine est bez, wez ou ez.
Dans les langues bantu, b permute avec w; et cette lettre tombe souvent devant une voyelle. Li-eza fut donc jadis li-weza.
Or, il intéressant de remarquer que ez, wez ou bez donne l'idée de puissance, d'intelligence ou d'exécution (savoir-pouvoir). Cela se vérifie dans plusieurs langues bantu et mêmes dans d'autres langues. En Kitabwa on a par exemple : nh-m je sais ; en Kiswahili : na-weza, je puis ; mwenyi-^^z, tout puissant (w est tombé) ; en Arabe : azaz, être fort; en Grec : id pour Fid., voir, savoir; en latin : visio; en français, idée; en allemand, wissen ; en flamand, weten, wiskunde (1).
(i) Voir grammaire Kitabwa du R. P. De Beerst (Père Blanc).
Baluba. Congo, D, c, 120.
Que veut dire le mot Mpungu ? La racine est pung, hung; elle semble exprimer l'idée de suréminence. En Kiluba, on a Ku-hung-ila tomber en syncope. Or, la syncope pour nos noirs, c'est l'absence momentanée de l'esprit humain allant dans le monde d'au delà. En Kitabwa lupungu : guérite élevée; ku-pungalala regarder de haut.
D'ailleurs un muluba répondait à un de mes confrères qui lui demandait le sens de ce mot « mpungu ndiyo : anaikaa juu » ; mpungu c'est « il demeure en haut ». Bien plus, d'après ce même noir, ce nom ne peut se donner qu'à Dieu seul. L'homme qui s'installerait au haut d'un arbre ne serait pas un mpungu, car s'il l'était, il serait Dieu.
J'ai encore entendu donner à Dieu le nom de Kubê, mais celui-ci est moins fréquent.
P. Colle.
BALUBA
(Congo.)
D. — Vie religieuse.
c) Rites et Cultes 121. — Temples.
Tout ce que je sais par rapport à cette question des habitations des esprits a été traité aux n^s 99, 102 et 103.
P. Colle.
Baluba. Congo, D, c, 121.
BALUBA
D. — Vie religieuse.
d) Rites et Cultes 122. — Sacerdoce.
L'initiation aux diverses confréries a été traitée au no 119.
L'initiation des médecins est décrite au n^ 95, de même que celle des diverses catégories de devins et sorciers.
Leurs pouvoirs, leur situation sociale et le reste a été décrit aux mêmes numéros et encore aux numéros 101, 103, 106 et 117.
J'ajouterai ici quelques mots sur les sorciers kilumbu, dont il a été question page 386, et au n^ 119 et aussi sur les femmes des sorciers.
Quand un candidat-sorcier a entendu l'appel du génie, et qu'il a fait ses premières armes, il aspire naturellement à devenir sorcier complet, sorcier initié « kilumbu musubuke ». Pour cela, il lui reste à subir une épreuve.
Il va trouver un sorcier initié, et lui déclare qu'il vient de la part de son génie apprendre les secrets encore ignorés. L'ancien y consent, mais non sans mettre la sincérité de l'aspirant à l'épreuve. Il lui donne donc rendez-vous dans un village voisin, s'y rend lui-même avec un ou plusieurs autres grands sorciers. Là, il garnit de branches épineuses l'intérieur d'une hutte indigène, et y enferme le candidat. Puis les vieux s'en vont dans les environs cacher divers petits objets ; un objet est déposé dans un trou, un
Baluba. Congo, D, d, 122.
autre dans les hautes herbes, un autre dans les cendres d'un foyer ou dans le chaume des toits, voire même dans la chevelure des gens. A un signal donné, le jeune candidat doit sortir par la toiture sans déranger les épines, et marcher droit sur chacun des objets cachés. S'il réussit, les vieux le ramènent dans la hutte, prennent sa petite courge rituelle, mêlent celle-ci à d'autres courges semblables et les badigeonnent toutes d'une façon uniforme. L'aspirant-sorcier sort de nouveau par le toit de la hutte, vient considérer l'amas de courges rituelles et doit sans hésiter ramasser la courge qui lui appartient.
S'il réussit dans cette nouvelle épreuve, il est admis aux dernières initiations. Dès qu'il les possède, il va proclamer son triomphe dans tous les villages ; c'est sa réclame à lui, c'est sa manière de se créer une nombreuse clientèle. C'est ainsi qu'il parvient à se faire appeler partout : grand sorcier, kilumbu musubuke.
Mais malheur à lui s'il se trompe ou s'il dérange les épines ; c'est la preuve certaine qu'il a voulu ravir les secrets sans appel du génie. Les vieux aussitôt l'empoignent et le mettent à la cangue, jusqu'à ce qu'il ait payé une forte rançon.
Y a-t-il ici supercherie ou diablerie ? Je ne sais. Les vieux qui ont tout intérêt à ne pas se créer un nouveau concurrent, doivent sans doute veiller à ce que toute ruse soit écartée.
De prime abord on pourrait croire que les filles se résolvent difficilement à épouser un personnage si mystérieux. Il n'en est rien. L'espoir qu'elles ont de trouver près de lui le bien-être relatif, l'honneur et peut-être aussi des remèdes puissants, font qu'elles recherchent vivement une telle alliance.
BALUBA
(Congo.)
D, 122 {siate.)
La première femme d'un sorcier est chargée de cuire sa nourriture.
Cela ne se fait pas comme bon lui semble. Selon l'usage, elle doit se coiffer d'un bonnet spécial, se couvrir la poitrine et le dos de colliers formés de petits bouts de roseaux, se boucher une narine et une oreille. C'est également le costume qu'elle revêt toutes les fois qu'elle suit son mari en visite à domicile. Enfin quand son époux se trouve sous l'empire de son génie, à chaque fois qu'elle l'aperçoit, elle doit battre des mains en disant d'une voix flûtée : hi, hi, hi, Leza ! Leza !
Voici pour finir une petite histoire. C'est un de nos enfants, Banza notre cuisinier, qui me la raconta jadis. « J'habitais, me dit-il, au village de mes parents. » L'enfant de ma sœur était malade; mon beau-frère » résolut de consulter un sorcier. Nous obtînmes, moi » et sa belle-sœur à lui, de l'accompagner; j'étais y> curieux de voir le sorcier de près. Celui-ci consulta » d'abord le génie de ma famille, puis ceux de la famille » de mon beau-frère ; ils restèrent muets. Il parcourut » alors la série des défunts de notre parenté ; ceux-ci » restèrent également muets. Tout à coup son corps se » met à trembler avec force; de ses yeux jaillissent des » éclairs, et il s'écrie en désignant la belle-sœur de :» mon beau-frère : « saisissez-là, voilà l'auteur du » maléfice ; c'est elle qui a jeté sur l'enfant un » sortilège qui doit le faire mourir ». — Tous nous » avions bien peur et ne savions trop que faire,
Baîuba. Congo, D, d, 122-
quand pénétra dans la hutte celui qui au-dehors battait le tambour : « Leza, Leza, dit-il en s'approchant du sorcier, ne prends pas cette femme, pardonne-lui pour cette fois ». A ces mots le vieux kilumbu se calma, et ses "sens lui revinrent entièrement. La séance était finie. Nous eûmes hâte de sortir. Mon beau-frère alla sans retard offrir une chèvre à ce bon batteur de tambour. Mais redoutant pour lui-même le maléfice de sa belle-sœur, il lui lia les mains derrière le dos et la ramena au village pour lui faire boire le poison d'épreuve, selon la coutume. Ce que voyant, ma sœur intervint et obtint que l'accusée s'en allât en liberté. Elle craignait trop que, malgré son maléfice, la prisonnière ne parvînt à vomir le poison, et qu'alors sa vengeance ne s'étendit à toute la famille. On décida donc de la délier. Peu après l'enfant guérit. »
P. Colle.
BALUBA
(Congo.)
E. — Vie Intellectuelle.
a) Arts