‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · Ecriture · texte numérisé non relu

Ecriture

Les baluba, les caractères graphiques, l'écriture proprement dite. Hormis les procédés pour parler à distance (double son du tambour, de la cloche, de la trompe ou du sifflet) je ne leur connais aucun signe destiné à représenter un son de voix humaine. Ils n'ont ni incisions sur bois, sur pierre ou sur ivoire, ni dessins au trait ou à la couleur, ni marques quelconques par lesquelles ils cherchent à exprimer un mot ou une idée.

Je n'appelle pas du nom d'écriture les dessins dont ils ornent les écuelles ; ceux-ci varient avec la fantaisie de l'artiste.

Je note cependant trois signes conventionnels par lesquels les membres de certaines sociétés secrètes se reconnaissent entre eux. Ce sont : 1^ le zigzac, emblème du serpent; 2^ le cercle, image de la lune et 3^ le triangle, symbole de la houe. Il en est d'autres encore, propres aux chefs bahabo (voir n^ 119) mais je ne les connais pas.

Baluba. Congo, E, a, i23.

BALUBA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts

124, — Langage,

La langue des Baluba-hemba appartient au groupe des langues agglutinantes. Elle rentre dans la classe que les linguistes ont désignée sous le nom de langues bantu (bantu est le pluriel de muntu, homme). Ces langues se distinguent de toutes les autres par les deux caractères suivants : P la division des noms en un certain nombre de classes ayant chacune un préfixe propre; 2*^ l'accord des adjectifs et des pronoms avec le nom auquel ils se rapportent, au moyen d'un préfixe qui correspond au préfixe du nom. La phrase suivante montre clairement ces deux caractères : kihona kiakio kiami kiya kihonene; cette belle chaise de moi est tombée. Au pluriel : bihona biabio biami biya bihonene.

Voici d'ailleurs un résumé très succinct du système grammatical des Baluba-hemba.

Tout substantif se compose d'un radical précédé d'un préfixe (1).

Les substantifs peuvent appartenir à neuf classes différentes. C'est le préfixe singulier ou pluriel placé devant le radical qui détermine dans quelle classe doit être placé chacun des substantifs.

(i) En certains cas, le préfixe disparaît devant le radical, ou se trouve englobé par lui.

Baluba. Congo, E, a, 124.

Tableau des classes :

classe : préf. sing. mu ; préf. pl. ba. Ex. : mu-ntu, uir homme ; ba-ntu.

2® classe : préf. sing. mu; préf. pl. m. Ex. : mu-ti,. un arbre ; mi-ti.

classe : préf. sing. et pl. : n, ny, ou nh. Exemple : n-tanda, pays; ny-oka, serpent; nh-enze, criquet.

4e classe : préf. sing. ki\ préf. pl. bi. Ex. : ki-hona, un siège; bi-hona, des sièges.

5^ classe : préf. sing. bu^ ou ku^ ou li, ou lu^ ou ny^ nh.

Le préfixe pluriel est toujours ma. Ex. :

Bu-ta, un arc ; ma-ta.

Ku-ulu, un pied; ma-ulu.

Li-konde, une banane ; ma-konde.

Lu-hi, une giffle ; ma-hi.

N-zibo, une maison ; ma-zibo.

Nh-oma, tambour ; ma-oma.

6e classe : préf. sing. ka; préf. pl. tu. Ex. : ka-solwa, une hache; tu-solwa.

7e classe : préf. sing. lu ; préf. pl. ny, nh. Ex. : lu kasu, une houe ; n-kasu.

8e classe : préf. sing. et pl. ku. Ex. : ku-fwa, mourir, ou le mourir.

9e classe (classe des locatifs) : préf. sing. et pl. mu, ha, ku. Ex. : mu-nzibo, dans la maison ; ha-nzibo, à la maison ; ku-nzibo, vers la maison.

Les préfixes qui se trouvent en tête des substantifs passent devant tous les mots qui dépendent de ces substantifs; c'est en cela que consiste l'accord.

Les préfixes d'accord sont donc semblables aux préfixes des noms que nous venons de voir, à cette différence près, que le préfixe n, ny, nh, se change en i ou mi, et que le préfixe mu, mi, devient u, i. En voici quelques exemples :

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (suite,)

Mu-ntu mu-ya, un homme bon.

Bi-hona bi-zito, des sièges lourds.

Mu-ti mu-tila ou u-tila, un arbre rouge. N-kasu i-fita, des houes noires.

Un mot sur les verbes.

Au moyen de quelques particules invariables, les Baluba parviennent à donner au radical verbal toutes les nuances possibles de temps et de mode.

Voici les principales particules : 1^ les préfixes : ba indique que l'action vient d'être faite; ba-ya : il est parti.

A indique un temps déterminé.

Ki indique que l'action commencée se continue encore.

Ka indique la nuance : Aller faire.

Swa donne la nuance vouloir et pouvoir faire.

2° les suffixes :

Anga traduit l'idée de continuité dans l'action.

Ile indique un temps entièrement passé ou bien encore un état, une manière d'être.

De plus, au moyen de certains préfixes ou suffixes ajoutés au radical du verbe primitif, nos baluba forment une série de verbes dérivés qui rendent une foule de nuances que nous traduisons d'ordinaire au moyen de nos adverbes, de nos prépositions, de circonlocutions.

Ainsi le radical des verbes simples : ku-longa (faire) et ku-londa (suivre) donnera les dérivés suivants :

lo le préfixe i donne au radical un sens réfléchi. Ex. : ku-ilonga : se faire soi-même.

20 le préfixe i et le suffixe ena donnent au même

Baluba. Congo, E, a. 124.

<ii

radical le sens d'un verbe réciproque. Ex. : ku-ilongena : se faire Tun l'autre.

30 le suffixe ika, eka en fait un verbe neutre. Exemple: ku-longeka : se faire (sens neutre).

40 le suffixe ikya, ekya en fait un verbe intensif. Ex. : ku-londekya : suivre de près.

50 le suffixe isya, esya, izya, ezya en fait un verbe causatif. Ex. : ku-longezya : faire faire; ku-londesya, faire suivre.

60 le suffixe ola, ula, ona, una en fait un verbe réversif. Ex. : ku-longo!a : refaire (employé plutôt à la forme doublement dérivée : kulongolola).

70 le suffixe olola, ulula, onona, ununa en fait un verbe itératif. Ex. : kulongolola : refaire.

8° le suffixe akana en fait un verbe réitératif. Ex. : kulondakana : suivre à plusieurs reprises.

90 le suffixe ila, ela, ina, ena en fait un verbe applicatif. Ex. : kulongela : faire pour quelqu'un.

10^ le suffixe ilila, elela, inina, enena en fait un verbe augmentatif. Ex. : kulongelela : faire beaucoup de choses.

11° le suffixe wa ajouté à chacun des verbes des dix classes précédentes ainsi qu'au verbe simple en fait des verbes passifs. Ex. : kulongwa : être fait.

Ces quelques remarques suffiront pour donner une idée générale du système grammatical des Baluba.

Pour plus de détails, prière de se rapporter à la grammaire et au dictionnaire des Baluba-hemba, par le R. P. Vandermeiren des Pères Blancs. (Vroman, rue de la Chapelle, Bruxelles.)

A côté du langage compris de tous il existe un langage, ou plus exactement, un certain nombre de mots employés par les membres des confréries et par

BALUBA

(Congo)

E, 124 (suite).

les sorciers. Ces mots sont peu nombreux. J'ai pu en recueillir quelques uns. Je les ai notés à l'article des confréries (119), ou même à celui des sorciers.

On ne peut donc pas dire que les initiés des sociétés secrètes usent d'un langage spécial, pas plus d'ailleurs que les sorciers. Ils ont, il est vrai, quelques mots qu'ils sont seuls à connaître, et qu'ils tiennent ignorés du vulgaire; mais ces mots sont isolés. Ils ne pourraient s'en servir pour tenir une conversation suivie.

Les Baluba ne sont pas dépourvus de toute littérature. Ce qu'ils en ont, se trouve consigné dans les fables et apologues qu'ils racontent le soir, au coin du feu, et aussi dans les chants, les récitatifs et même en quelque sorte dans les devinettes.

Ils désignent tout cela par le mot lusimo (plur. nsimo), c'est-à-dire, racontage, dans le sens étymologique du mot.

Il y a le : 1<^ lusimo Iwa myele i. e. conte d'histoire; 2° lusimo Iwa manga i. e. conte à remèdes; 3'^ lusimo Iwa makuta i. e. conte à choses liées.

La première catégorie désigne des fables qui rapportent des aventures d'animaux, fables dont la portée morale n'est pas exprimée. La deuxième catégorie comprend les mêmes fables, mais leur morale se trouve exprimée ou sous-entendue. Telles sont les deux fables racontées ci-après. Le lusimo Iwa manga se déroule tout entier dans la bouche du même individu, mais de telle sorte qu'il ménage des arrêts pour permettre aux

Baluba. Congo, E, a, 124.

auditeurs de se mêler au récit. Pour cela, le narrateur attire l'attention par une interrogation à laquelle tous répondent en chœur. La réponse est très souvent chantée. La troisième catégorie comprend les devinettes : lusimo Iwa makuta : histoire des choses liées. Le narrateur pose une question; bien souvent cette question n'a aucun sens par elle-même, mais elle suscite une réponse appropriée que tous récitent en chœur.

Voici deux modèles du genre • Le narrateur : Dans le creux d'un arbre ? Les auditeurs : Il y a le serpent walembelembe qui ne mord pas.

Le narrateur : Un petit feu brûle sous la rivière ?

Les auditeurs : Ce sont les gens de Kalunga (les mânes des ancêtres) qui enterrent un des leurs.

Ces devinettes servent beaucoup à enseigner le nom des plantes et des animaux, ainsi que certaines coutumes et croyances.

Voici quelques fables ou contes à histoires . nsimo ya myele.

La perdrix et le léopard

Un jour une perdrix alla chercher un emplacement déboisé pour y construire une cabane, après quoi elle revint à sa demeure.

Le léopard lui aussi alla faire des recherches, là même 011 la perdrix s'était choisi une place avant lui. 11 se mit à débrousser avec soin.

Kwali ne nge

Kwali wakakimbe kamutenta ha kuubaka. Kwenda wakêlubula kwazalalanga.

E nge nandi kwenda kukimba honka ha kibundi kyabalile kwali. Nge kuseba ne kuseba.

BALUBA

E, 124 (suite.)

La perdrix de nouveau vint à l'emplacement dont je parle volontiers, qu'elle avait laissé couvert de hautes herbes, et elle vit qu'il s'était débroussé. Elle dit : « Coupons des perches, et dressons la charpente. » Quand elle eut coupé les perches, elle s'en retourna.

Le léopord revint au même lieu, dont j'aime à parler. « Je l'ai laissé, dit-il, seulement dépouillé de hautes herbes, et je le trouve planté de perches qui viennent de s'y dresser. Il dit : « Je veux les lier par le sommet ». Il le fit et s'en alla.

La perdrix y alla encore, et dit : « Le lieu dont j'aime à parler, je l'ai quitté couvert de perches simplement dressées sur le sol, et les voilà rejointes par le sommet. Elle se mit alors à couper des roseaux souples pour fixer la charpente, et à les y lier ; et puis s'en retourna à son village.

Le léopard revint à son tour, et dit : « L'emplacement dont j'aime à parler, j'y ai laissé la charpente seulement

Kwali nandi kuya kamutenta kami ne kunswa, ne kôsile byombo, ne kutana kabêseba. Kwali nandi amba : « Nkitiba nsonde nsimike » Baho kutiba nsonde belubula.

Nge nandi e kwenda ka mutenta kami ne kunswa : « nêkasile kasebe, nêkatana nsonde ibêsimika » Amba : « leka nami ntênge ». Aye kutênga. Nge kufunduka.

Kwali nandi abaiya, amba : « Kamutenta kami ne kunswa, nêkasile nsonde isimike, natana ibetênge ». E kutiba mambalwa e kubambala. Aye kwenda kuilubula munzya.

Nge nandi kuya, amba : « ka mutenta kami ne kuns-

Baluba, Cong-o. E, tf, 124.

liée par le haut, et voilà qu'elle s'est recouverte de roseaux ». Il se mit à arracher des herbes à couvrir, les plaça près de la hutte, et s'en fut en sa demeure.

La perdrix dit : « L'emplacement, dont j'aime à parler, j'y ai laissé la charpente simplement liée avec des roseaux, et j'y trouve du chaume qui s'est arraché du sol; je la couvrirai donc de chaume », et elle couvrit. Quand elle eut fini, elle dit : «Je retourne vers mes enfants et ma femme ».

Le léopard encore une fois revint et dit : « L'emplacement que j'aime, je l'ai laissé avec du chaume seulement arraché et voilà que celui-ci s'est mis sur la charpente ». Et lui aussi s'en alla chez ses enfants et sa femme.

Il y dépêcha ses enfants et sa femme, les fit entrer dans la maison, et ils y demeurèrent.

La perdrix elle aussi arriva avec sa famille. Y voyant de la fumée, elle dit : « Il y a déjà des hommes ». Et

wa, nsile itênge natana ibebambala ». Nandi e kutukuna nsoni, e kubika ha nzibo.

E kwenda kuilubula kwandi.

Kwali nandi amba : « ka mutenta kami ne kunswa, nsile ibambale, natana nsoni ibetukuna ; nami nkifimpa », bafimpa. Baho kufimpa amba : « nakendela bana ne mukazi.

E nge nandi kuya amba : « ka mutenta kami ne kunswa, nsile katukune nsoni natana kabefimpa ». Nandi bakendela bana ne mukazi.

Batentekezya bana ne mukazi babatwela munzibo kabazalele.

Kwali nandi e kuya ne bandi, nandi abamone mwisi amba : « Kahali kala bantu ». E kufika ha kibelo amba :

(Congo.)

j E, 124 (suite,)

I s'approchant de la porte, elle dit : « 11 y a déjà des hommes ».

Le léopard répondit : « Perdrix, rentre toi aussi ; tu es mon aînée, tu pourras donc t'établir sur la couchette, et moi je me mettrai derrière le foyer ».

Un petit de la perdrix se dit : « Grattons le sol ». Un petit du léopard dit à son père : « Père, le petit de la perdrix me jette du sable dans les yeux ». Le papa répondit: «Imbécile que tu es, empoigne-le et croque-le». Et lui de le saisir et de le manger.

Peu après, une autre petite perdrix se dit : « Grattons la terre ». Un petit du léopard dit : « Papa, le petit de la perdrix me jette du sable dans les yeux ». Le papa' répondit : « Prends et croque-le ». Le petit le saisit et le mangea.

On mangea donc les deux petits.

La perdrix femelle à son tour se mit à gratter la terre. Le petit léopard dit : « Papa, la femelle me jette du

« Kuli bantu. »

Nge nandi amba : « Kwali, twela ne obe ; mukulu obe ukazalele mu butanda, nami nzalele ha Iwaba ».

Kana ka nkwali amba : « Nsale miloba ». Kana ka nge amba : « A tata, kana ka nwali kabampuha miloba menso ». Syandi amba : « Ui mulinli, kwatako ulye ». Aye kukwata, kulya.

Kuizya kangi kana ka nkwali amba : « Nsale miloba ». Mwana wa nge amba : « A tata, kana ka nkwali kabam-

Baluba. Congo. E, a, 124.

sable dans les yeux ». Son père lui répondit : « Prends-la et mange-la ». Le petit le fit.

Et voilà que le mâle sortit précipitemment et s'enfuit vers la forêt. Là, il se mit à récolter du caoutchouc, en grande quantité (il en fit un mannequin) dont il orna la tête de longues plumes de mbusu (petit oiseau à longue queue) et de plumes de nduba (plumes rouge-sang). Il rhabilla d'étoffes, et lui mit en main deux lances et un arc. Il alla le placer là où Ton puise de Teau.

La femelle du léopard y arriva, et dit : « Monsieur, bonjour ». Celui-ci ne répondit pas. Mais les plumes se mirent à se balancer. Elle puisa de Teau, et alla le rapporter à son mari disant : « Il y a un homme au puits ». Le mari lui répondit : « Va préparer un brouet, et puis tu l'appelleras ». Elle prépara un plat de brouet, et alla l'appeler, disant : « Mon maître t'appelle ». Alors

puha miloba menso ». Syandi amba : « Kwatako ulye ». Aye kukwata, kulya.

Babali ke tubili twana.

Nkwali mukazi nandi abasala miloba. Kana ka nge amba : « A tata nkwali mukazi abampuha miloba menso ». Syandi amba : « Kwatao, ulye ». Aye kukwata, kulya. Keyo nkwali mulume batambemo lubilo, banyemena kulito. Kulito abasale bulundu bwine bukata, e kuibuvwika mitenga ya mbusu ne nsala ya nduba, ne kisandi, ne mikobe ibili, ne buta. Bakabikaho musimwa.

Mukazi a nge e kuya amba : « Mukele makomaho ». Kakalunga. Honka mitenga izinganyanga. E kuteka mêma, e kulombola mulume amba : « Hali muntu ha musimwa ». Mulume nandi amba : « Enda uteke nsima, uende umwite ». E kuteka nsima, e kwenda kumwita amba : « Mukele bakwita ». Honka mitenga izingananga,

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (suite),

les longues plumes balancèrent, mais Thomme resta silencieux. Elle dit : « Peut-être veut-il être porté ». Elle le ramassa et s'en alla avec lui, et l'emmena jusque près de la porte oii elle le déposa en disant : « Seigneur, rentre dans la maison ».

Alors les plumes se balancèrent, mais l'homme ne dit rien.

Elle se dit : « Peut-être veut-il être mis à l'intérieur ». Et elle le rentra, puis lui dit : « Seigneur lave-toi (les mains) ».

Et les plumes tremblèrent, mais l'homme ne parla pas.

Elle se dit : « Peut-être veut-il que je le lave ». Elle entra donc dans la maison, et lui lava les mains. « Seigneur, dit-elle, prends de la nourriture ». Les plumes tremblèrent, et l'homme ne dit rien. Elle prit donc un bout de brouet, le lui mit dans la main, disant : « Seigneur, porte la main à la bouche ». Et les plumes se balancèrent et l'homme ne dit mot.

Elle se dit : « Peut-être veut-il qu'on lui porte la main

muntu kalungile. Amba : « Kabule usaka kutekunwa ». E kumutekuna e kwenda nandi, kumufikizya, wamubika ha kibelo, amba : « Mukele ukatwele munzibo ».

Honka mitenga izingananga muntu kalungile.

Amba : « Kabule usaka kutwezibwa ». E kumutwezya. « Mukelenge ôwe mêma. »

Honka mitenga izingananga muntu kalungile.

Amba : « Kabule usaka kôwesibwa ». E kutwela

Baluba. Congo, E, a, 124.

à la bouche » ! Et elle dit : « Seigneur, mangez ». Les plumes tremblèrent, et Thomme ne parla pas. Elle se dit : « Peut-être veut-il qu'on lui mette la nourriture en bouche ». Et elle lui mit à la bouche une boulette de brouet; mais le bonhomme tomba par terre, rebondit en Tair, tellement qu'il fit trembler toute la maison. Le léopard et les siens déguerpirent aussitôt.

La perdrix revint près du léopard, et lui dit: « Léopard, quand tu diras en toi-même, je vais me chauffer un pot d'eau pour préparer le brouet, dès qu'elle commencera à chanter, je serai là ». Le léopard dans le lieu de sa fuite mit un pot d'eau sur le feu, et l'eau se mit à chanter. 11 dit alors : « Ma femme, jette cette eau, et fuyons; la perdrix arrive ». (Et n'ayant pu préparer sa nourriture) un des petits mourut de faim. Il avait eu trop peur des bonds du caoutchouc; il avait cru que c'était un homme orné de longues plumes.

Ils s'enfuirent. Ils retournèrent ensuite dans la cabane ; il dit : « Ma femme, la faim nous presse, prépare de la

munzibo e kumuowesya mêma. « Mukelenge ubatibe nsima ». Honka mitenga izingananga, muntu kalungile. E kumutibila, e kumuha mu makasa. « Mukele babelele ». Honka mitenga izingananga muntu kalungile.

Amba : « Kabule usaka kubelelwa ? » — E kubelela, « Mukele balye ». Honka mitenga izingananga muntu kalungile. Amba : « Kabule usaka kulisibwa ^ E kumulisya kitolo ha kanwa ; aye kahona katumbuka katantuka nzibo yonso. Nge ne bandi banyema lubilo.

Nkwali basokoka kwahali nge, amba : « Nge ukangalakananga : nami nekakabisya mbuyu, ne maswaswa nafika ». E kuile nge kwanyemene, bakabisya mêma ha mulilo, kaswama.

BALUBA

(Conn^o.)

E, 124 {suite).

nourriture que nous puissions manger ». Elle mit de Teau sur le îeu; mais Teau fit bientôt swa ! swa ! swa ! (bruit de Teau avant de bouillir). Il dit : « Ma femme, verse-la, fuyons; la perdrix arrive ».

Et elle de verser Teau. L'autre petit mourut de faim. Ils revinrent encore, et le léopard dit : « Ma femme, la faim nous presse ». Celle-ci de puiser de l'eau. Ils la firent chauffer sur le feu. L'eau de faire : swa ! sv^a ! swa ! « Ma femme, dit le léopard, verse-la et fuyons ». Et eux de fuir. La femme elle aussi mourut. Le léopard resta tout seul. Il alla lui aussi (vers la cabane), et dit : « La faim me presse, que je chauffe de l'eau. » Peu après, l'eau fit des swa ! swa ! Et lui de la verser. Il ne tarda pas de mourir lui aussi.

Amba : « Mukazi ami, mwangao tunyeme ; nkwali abafika ». Mwana umo bafu nzala. Wali utina bulundu butantukanga; ûmine : i muntu uvwêle mitenga.

Babanyema. E kwenda honka mu nzibo, e kunena amba : « Mukazi ami, nzala ibatonda, tuteke bilibwa tulye ». E kuteka mêma ha mulilo ; mêma e kulonga swa ! swa ! swa ! Amba : « Mukazi ami, mwangeo tunyeme, kwali abafika ». E kumwanga mêma. Mwana mukwabo bafu nzala.

E kuzyokela honka, e kunena : « Mukazi ami nzala ibatonda ». Aye kuteka mêma; bakakabisya ha mulilo. Mêma e kulonga swa ! swa ! swa ! « Mukazi ami, mwangao tunyeme ». Abo kunyema. Mukazi nandi abafu.

Baluba. Congo, E, a, 124*

La perdrix revint habiter dans son village (dans sa cabane).

Racontons encore l'histoire du veuf qui en a assez de son veuvage

Un homme s'ennuyait d'être veuf. Il s'en alla creuser deux trous-pièges. Un peu plus tard, il alla voir, et y trouva une libellule. Et lui de prendre un petit bout de bois, et de se dire : « Que j'assomme la libellule ». Mais celle-ci lui dit : « Sois généreux pour moi, à mon tour je serai généreux pour toi quand tu m'auras rencontrée dans le pays de chez nous ». L'homme fut généreux, et la libellule partit.

Un autre jour, il alla de nouveau et trouva un ngama (1) qui s'était pris au piège. Sur lui il leva sa lance et chercha à le tuer. Le carnassier lui dit : « Sois généreux pour moi, et je serai généreux pour toi quand tu

(i) Petit carnassier rayé comme le fourmillier.

Basyala ke bunka bwandi. E kwenda nandi amba : « nzala ibatonda, nkaalika mêma ». E kuizya, mêma abalonga maswaswa. E kumwangao. Kuizya nandi ubafu.

Kwali uzyokele kuikala ku kibundi kyandi.

Tubange honka manga ya Muntu utondelwe ne buzike

Muntu utondelwe ne buzike, e kwenda bakakola mbao ibili, e kwenda bemutana munyunzula. Aye kuata kamuti ka manyala, aye amba : « Nkuhile munuynzula ». Munyunzula nandi amba : u Ngabule (1), nami nakakuabula, wakantene mu ntanda ya kwetu ». Bamuabula kaenda.

E kwenda honka bêmutana ngama bêhataminya mu

(i) M. à m. passe moi de l'autre côté.

BALUBA

E, Î24 (suite,)

m'auras rencontré dans le pays de chez nous. » L'homme fut généreux, et l'animal partit.

Le veuf y alla une autre fois, et trouva un éléphant qui s'était fait prendre. Il voulut le tuer de son épée. L'éléphant lui dit : « Sois généreux pour moi, et moi je serai généreux pour toi quand tu m'auras rencontré dans le pays de chez nous ».

Une autre fois, le veuf y alla. 11 y trouva une jeune fille. Et lui de dire : « Je cherchais à me marier, et je trouve une femme ».

Et le Grand Esprit, lui, partit à la recherche de sa fille (il vint près du veuf) et dit : « N'as-tu pas vu ici mon enfant » ? L'homme lui dit : « J'ai trouvé ma femme dans le piège )>. L'Esprit lui dit : « Si tu veux la marier, viens chez moi ».

Et l'homme alla chez lui. Là, on lui prépara de la

lubao monka. Aye amba batulula mukobe, kasake kumutaha. Amba : « Ngabule, nami nkakuabwila, wakantene ntanda ya kwetu « Bamuabula kaenda.

Kwenda honka bêmutana bêhataminya nzovu. Kasake kumutaha kahalo. Amba : « Ungabwile, nami nkakuabwila wakantene ntanda ya kwetu ».

E kwenda, bêm.utene muntu nsongwa kazi. Aye amba : « Nali nsaka kuvumbika, namone mukazi ».

E Kabezya mpungu nandi baiya usaka mwana, amba : « Ubamwene mwana kuno » ? Aye amba : « Natene wami inukazi mu lubao ». Aye amba : « Si usaka luvumbiko ukaye kwami ».

Baluba. Congo, E. a, 124.

nourriture, beaucoup, et de toutes les espèces qu'il y a au monde. L'esprit lui dit : « Mange tout cela, et tu pourras marier ma fille ».

L'homme fut impuissant à manger cela. Et jetant les yeux par terre, il vit le carnassier creusant un trou, et qui lui dit « Que t'ai-je dit ? Sois généreux pour moi et je serai généreux pour toi quand tu m'auras rencontré dans le pays de chez nous. Peux-tu achever cette nourriture ? )> ce Non, dit l'homme, je n'en suis pas capable. » « Eh bien, dit le carnassier, fourre tout dans ce trou. » Le Grand Esprit vint voir, et il dit : « Il a tout mangé ». Tous les hommes du Grand Esprit le virent aussi et dirent : « Il a achevé de manger ».

Le Grand Esprit vint ensuite et lui dit : « Si tu veux te marier, débrousse un espace d'ici (Lukulu) jusque chez Makumbo (1) en un seul jour ». Il fut impuissant à couper (tant d'arbres).

(i) Village situé à 20 lieues de Lukulu.

E kwenda kwandi. Babamutekela bilibwa bine bingi, byonso bya hano ha kanzya. Amba : « Uhwe byabyo, uvumbike wami mwana ».

Nandi kuizya wakankalwa byo kulya. E kutala momu hansi, ngama batubula kîna, amba : « Nkunenene namini ? ngabule nakakuabwile ukantene mu ntanda ya kwetu. Ukiswakuhwa bilibwa? » Aye : « Huwe, nakankalwa ». Aye •' « Utwezye mu kîna )\ Kabezya mpungu kuya kutala, amba : « Baho kulya ». Bantu bonso babamone amba : « Baho kulya ».

E ke kuizya amba •• « Si usaka kuvumbika, tema luunda ne kwa Makumbo, lyuba limo ». Kuizya bakankalwa kutiba. Nzovu baiya : amba : « Kuswakuhwabyo byabyo ? » Aye amba : a Nakankalwa ». E ke nzovu kuhita,

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (sîiite.)

L'éléphant apparut, et dit : « Pourras-tu achever tout cela » ? 11 répondit : « Je suis vaincu ». Et l'éléphant de passer, et de renverser en un seul jour les arbres jusque chez Makumbo. (Ce que voyant, le Grand Esprit dit) : « C'est bien, demain tu marieras ta femme ».

Et voilà qu'au matin, il fit sortir dehors toutes ses filles. Il les avait habillées toutes (de même façon). Il dit : « Si tu veux le mariage, choisis la tienne, celle qui a été dans le piège ». Et depuis tout le temps qu'il fut dehors il ne choisit pas, il se tenait là en vain. Et voilà que la libellule arriva, et dit : « Veux-tu ne pas réussir » ? 11 répondit : « Je ne réussis pas. Je suis vaincu ». Elle lui dit : « Eh bien ! que t'ai-je dit » ? Il répondit : « Sois généreux pour moi et je serai généreux pour toi quand tu m'auras trouvé au pays de chez nous ». Elle dit : « Vois, regarde bien là oix je vais ». Elle dit : « Celle

kahonesya miti lyuba limo ne kufika kwa Makumbo. « E ke biya, kesya ukavumbika mukazi. »

E ke nyansya, bonso bana ebaluhwila hanzya.

Bonso baho kuibavwika. Amba : « Si usaka luvumbiko boya ôbe uile mu lubao ». E kasya uimene bituhu. E ke munyunzula baiya, amba • a Ukiswakuibihwa » ? Aye nandi • « Nakankalwa ». Amba : « Lelo nkunenene namini » ? Amba : « Ngabule nami nkakuabwile ukantene mu ntanda ya kwetu. Amba : « Tutilila ha ngendanga ». Amba : « Wanswakume ne lisala ku linso, e ôbe uile mu lubao ». Amba : « Ne ôbe umukwate mu kuboko ».

Baluba, Congo, E, a, 124.

dont mon aile frôlera Tœil, c'est la tienne, celle qui entra dans le trou. Et toi, prends-la par le bras ».

La libellule alla lui frôler l'œil. L'homme la prit par le bras. 11 s'écria : « C'est ma femme, celle qui entra dans le piège ». Tous les hommes (suivants du Grand Esprit) le virent et dirent : « Il a choisi la sienne, celle qui fut prise au piège ».

Le veuf la maria, et l'emmena chez lui.

On trouvera dans la grammaire du P. Vandermeiren, d'autres fables.

J'ajoute ici quelques devinettes : « nsimo ya makuta », fournies par le P. Vandermeiren.

D. Munzu uimene. Une épidémie menace.

R. Mbalanga ke muntu, wali mukwa nginobe wamiiilwa. Le varioleux n'est point un homme, et fût-ce même un parent du côté de ta mère, tu ne le connaîtrais pas.

D. Kyatimpwatimpo kyatimpwa. Comme il est pétri, pétri, comme il est pétri ? ? ?

R. Musongi wa nkisi wasonga , ali ha kuhanga bya munda. Le sculpteur de statues sculpte, mais quant à créer ce qu'il y a à l'intérieur ! (sous-entendu, il ne le peut).

D. Kitùtu kya luvùnvu, La souche du luvùnvu (arbre).

R. Mukwenu wangulwanga buzito, kangulwa busimgu. Mon compagnon m'aide pour ce qui est lourd, et il ne m'aide point, pour ce qui fait mal.

Aye kumukuma ku linso. Muntu kumukwata ha kuboko. Amba : « i wami mukazi uile mu lubao ».

Bantu bonso babamona. Amba : « baboya wandi uile mu lubao ».

Ke kuvumbika, bayi nandi kwabo.

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (suite.)

(Pour comprendre, il faut se rappeler que les nègres se blessent souvent en buttant du pied contre une souche.)

D. Nkuhe muzinga lono uhwaye ? Que je te donne une devinette embarrassante, la finiras-tu?

R. Mozi ôvwele ha bunkasa iili kwehi? La ficelle que tu portais dans ton enfance, où est-elle ?

D. Ha katesi! A l'enlèvement.

R. Kisuku kya mulilo kiteulwanga ku mulilo, kateulwanga ha bukata. Un pot qui est sur le foyer et que Ton enlève du feu, n'est point enlevé (en le prenant) par le dessous.

D. Kiziba mukata ntunki-ntunki ! Un grand marais à mouvements ondulatoires!

R. Mali nso mubande nywene, Kabula aitengenyi, Kasinge uitengenyi. 11 y a dedans une silure aux cheveux tressés, Kabula (nom de personne ou de génie?) l'a touchée, Kasinge (nom de personne ou de génie?) l'a touchée.

D. Kabuteba/Un morceau de viande!

R. Kana ka mbuzi kabutulwanga ne tulyoma. Le petit d'une chèvre nait avec de petites cuisses.

D. Naela kasolwa ma kyulu, bonge! J'ai jeté la hache dans la termitière, pouf!

R. Makena asumenanga kibengo, minyaii isumenanga kutambwa. Les soldats des fourmis blanches mordent par orgueil, les fourmis (grosses et noires) mordent parce qu'elles sont attaquées.

Baluba. Congo, E, a, 124.

D. Misenga mu bwato!{\\ y a) du sable dans la barque!

R. Umwene nyoka ne misenga mu kyali. Tu as VU (c'està-dire tu croirais voir) un serpent avec du sable dans la poitrine.

D. Hatuli hanoîPewà^ni que nous sommes ici! R. Habulwe uitutikilwe. 11 y a probablement (quelqu'un) qui nous hait.

D. Kwetu ku kimakonde! Chez nous au pays des bananes !

R. Kulele hafu milongo. Il y a des rangées de morts. D. Kwetu ku Kintoke! Chez nous à Kintoke! R. Kulele hafu nkama. Il y a des morts en masse. D. Kakonde kakéke! Une petite banane coupée! R. Kazina ka huhika kakahu. Le petit nom d'esclavage ne finit pas!

D. Kifumhe kiflta mani! Le kifumbe (arbre) est noir en toutes ses feuilles.

R. Bakazi ha syohe haflta honso. Les femmes de ton père sont toutes noires.

D. Tala hoha! Regarde là-bas !

R. Hatamhe mhwa, kikolwe e mwineho. Quand sort le ! chien, l'oiseau de proie y est aussi (tous deux vont vers la charogne).

D. Kimama kimaku! Chemin bombé!

R. Luayo kamweka hufuku. La trace du pied ne paraît pas la nuit.

D. Mani a kifumhe nkafinankafilLes feuilles du kifumbe (arbre) (sont) l'une sur l'autre !

R. Syohe ke mulimi nkasu likumi. Ton père ne cultive-t-il pas (avec) dix pioches?

D. Eyo lolo, eyo lolof Oui mère, oui mère !

R. Kuivukunya kwa nzyolo e kwandi kuowa. Se tourner dans le sable, pour la poule, est sa manière de se baigner.

BALUBA

(Congo)

E, 124 {suite).

D. Muti mukata bandamine mu mema! Un grand arbre penché sur l'eau !

R. Bakazi ha syobe bandamine mu memi. Les femmes de ton père sont penchées sous le fruit qu'elles portent dans leur sein.

D. Jibwe wa lolo Kasongo, jibwe! Une pierre de mère Kasongo (génie), une pierre!

R. Uhelwanga malungo, kakahelwa luku. On lui broyé des perles, on ne lui broyé pas de l'éleusine.

Le Muluba n'a pas, comme les muets de nos pays, un langage composé uniquement de gestes. Toutefois, en parlant, il gesticule beaucoup. Tout parle en lui : ses mains, son regard, les muscles de sa face, tout son corps, en un mot, vient renforcer sans cesse les idées qu'il cherche à exprimer. Mais ce ne sont là que des moyens employés pour souligner l'expression de la parole. Il a évidemment, comme tous les peuples, ce langage muet qui consiste en signes d'assentiment, de négation, d'étonnement, de dégoût, d'approbation, etc.

Il n'a pas le « langage des marins », oii des signaux optiques servent à traduire la pensée.

Quant au langage « tambouriné », qui s'exprime par des coups de baguettes, nous allons en parler.

Notons d'abord que les Baluba disent à haute voix chacun des mots qu'ils confient au tambour. On dirait vraiment qu'ils transmettent à distance leurs paroles par les sons qu'ils provoquent avec leur baguette.

Je les crois moins habiles en cet art que certaines

Baluba. Cong-o, E, a, 124.

autres peuplades. Si les spécialistes parviennent à dire et à faire comprendre tout ce qu'ils veulent, il n'en est pas moins vrai que la plupart ne connaissent que des phrases quasi stéréotypées. J'en donne ici quelques exemples :

lo Pour réunir les gens, on « bat » cette formule : Kali hala muihunge (bis), Kaliho asahwile mukwaho (bis).

Que ceux qui sont loin se groupent; Que quiconque n'y est pas, soit averti par son compagnon.

2° Pour réunir les amis invités à boire de la bière : Kabendebende (-malwa) ke bululu. Bampungulwila ntoma.

Kaliho iya.

Nabulwe mukenzi, natume kyondo kyami.

La bière n'est pas amère.

On va vous verser à boire.

Que celui qui n'y est pas encore vienne. Je n'ai pas d'homme pour appeler; j'envoie mon tambour le faire.

3° Pour le klmu, offrande d'hommages :

Bantu bail katenkate, Bantu bail milwe milwe, Babulwe mianda, Basenteka tukanwa.

Les hommes sont en grand nombre.

Les hommes sont en troupes nombreuses, Que les paroles s'arrêtent.

Et que les bouches soient penchées en avant.

4° Pour la guerre :

Bilonda balume, Balumiani batembo mu nkukila.

Aux armes, o hommes, Soyez des héros pour frapper.

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (suite,)

5° Pour la retraite :

Lya bula batahi,

Lyasendeka makosi.

Il (l'esprit) enlève les tueurs.

Il courbe les nuques.

En somme, les Baluba-Hemba, comme du reste la plupart des peuplades congolaises, ont l'art de communiquer, de « parler » à distance. Au moyen du tambour, d'une clochette double, d'un sifflet ou d'une corne à deux tons, ils disent à peu près tout ce qu'ils veulent. Ces instruments sont faits de telle sorte qu'ils puissent donner une note grave et une note aiguë ou moins grave que la précédente. Supposons que ce soit do et la : do la note aiguë, la la note grave.

On sait que les langues bantu, auxquelles appartient la langue des Baluba, sont des langues chantantes. Les sons graves, alternant avec les sons aigus, en font un langage harmonieux, surtout dans la bouche des femmes et des filles. Chaque mot comporte un accent, qui n'est pas l'accent prosodique, mais l'accent tonique, musical, ou aigu. Ces trois derniers mots désignent cette même inflexion élevée (le do aigu). Voici un mot de trois syllabes ; il possède deux sons graves et un son aigu ; le son aigu frappe soit la pénultième, soit l'antipénultième; on dira, par exemple : lùhnzi (une grande chèvre), ôàluba, avec l'accent aigu sur là et sur bà; ou bien kamàntu (un petit homme), avec l'accent aigu sur mù. Il en est de même des mots plus courts et plus longs.

Baluba. Congo, E, a, 124.

Or, c'est précisément sur Texistence de cet accent aigu et sur la longueur des syllabes qu'est basé le système de « téléphonie sans fil ». A l'aide de l'instrument, nos noirs accentuent chacune des syllabes sonores et aiguës.

Dans la téléphonie par tambour, trompe, sifflet, clochettes, etc., les artistes tiennent compte, non seulement de l'accent tonique et musical, mais encore de la longueur des syllabes longues, semi-longues et brèves. C'est grâce à la mesure et à la tonalité, qui diversifient les phrases que, par le moyen de deux sons bien rythmés, ils arrivent à faire dire à leurs instruments tout ce qu'ils veulent, et se font comprendre.

Je suppose donc qu'un noir cherche à exprimer cette phrase : « le chef dit : viens avec deux chèvres ».

Mulôhwe àmha, lya ne tîihUzi tùbili „ il produira, en les espaçant plus ou moins, les sons suivants : la do la do la, do la la do do do do la la.

Inutile de dire qu'il faut une certaine habitude pour saisir la phrase. Presque tous y comprennent quelque chose. Mais il y a, dans bien des villages, des « maîtres tambours », quelque chose comme les télégraphistes de la télégraphie sans fil.

Pour opérer, nos noirs commencent par faire une roulade, afin d'appeler l'attention du « tambour » du village qu'ils désirent. Celui-ci ne tarde pas à répondre, et à citer à son tour le nom de celui qui l'appelle afin de bien préciser les personnages qui vont lier conversation. Chacun est donc à son appareil. Le premier récite une phrase, et, tout en la récitant, exprime chacune des syllabes sur son instrument. L'autre reprend la même phrase pour montrer qu'il a compris, et donne ensuite la réponse. Et ils continuent ainsi leur conversation. Chaque

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (suite).

membre de -phrase est répété deux fois de part et d'autre.

C'est au moyen du tambour qu'ils parlent au chef s'il est hors du village et qu'ils se communiquent les nouvelles publiques : arrivée d'un blanc, attaque de l'ennemi, appel des combattants, etc., et surtout réunion des membres d'une société secrète.

Les Baluba-Hemba ne font pas un très grand usage du tambour pour exprimer à distance leurs idées. Ils font un usage plus fréquent du sifflet, de la corne-trompe et des clochettes doubles; ils semblent s'en servir avec plus de facilité.

Les Baluba ont une politesse qui sans être la nôtre, n'en est pas moins l'expression des règles de civilités et de convenance telles que ces natures frustes les conçoivent.

Je ne puis mieux faire que de vous donner ici les notes du Père Vandermeiren :

Avant d'entrer chez les gens on tousse [kukohola] : ou dans le cas où il n'y a aucun empêchement on crie de l'intérieur : e mwandi, il est chez lui..., ou encore muli too..., il y fait clair (c'est-à-dire tout est en ordre).

Si, au contraire, il y a quelque empêchement, on crie : lêmbeha bili, attends un peu... ou bien nùmbulule utwèle biya, que je nettoie d'abord pour que tu entres bien.

Hoo ! est un cri que l'on jette à l'entrée de la maison du chef. Ce cri sert à demander s'il y a quelque empêchement.

Baluba. Congo, E, a, 124.

Dès que l'étranger a passé le seuil, ceux qui sont à l'intérieur lui disent : waiya^ tu es venu, et lui de répondre : eyo vilyè ou eyo mwa, selon que l'étranger est un homme ou une femme. On lui présente alors soit une natte, soit une petite chaise en lui disant : sikatàho, assieds-toi là-dessus. L'étranger répond de nouveau : eyo vilyè ou eyo mwa.

L'étranger veut-il quitter la maison, il dira : naenda, je m'en vais. On lui répond : eyo ènda, oui, va. Si l'étranger vient d'un autre village, le maître de la maison dira : nakusindika bili, je te donne un pas de conduite.

Celui que l'on reconduit est-il membre de la famille, on lui dit : enda hukomo, ke kutompola ma lisinda, i kibundi kyobe kinoki, vas en santé, ne murmure pas en chemin, ce village-ci est le tien.

L'étranger qui va pleurer un mort ne salue personne, ni en entrant au village ni en entrant dans la maison. Après quelques lamentations {malilo), qui durent environ dix minutes, il sort et fait les salutations d'usage. Il dit aux membres de la famille : wakomàho, tu y es en santé, et il lui tapote sur les deux bras. L'autre lui répond : eyo vilye ou eyo mwa, et lui tapote de même les deux bras (cela s'appelle kuikukizyna. )

Les pleurs {malilo^ pour un chef ne commencent qu'à l'arrivée du successeur. C'est ce dernier qui crie : tusake muntu tusabule, tululule malilo a mjumu ubafu, cherchons un homme que nous tuions (en lui brisant la nuque) que nous commencions (litt. : que nous élevions) les pleurs pour le chef qui est mort.

A l'occasion d'une naissance on ne tousse pas avant d'entrer, mais on dit : ami nkyatwela, est-ce que je rentre? et l'on répond twela^ rentre. A l'arrivée du père, on crie à l'intérieur : fya mwana, siandi baiya, asokolwe ne luheto,

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (suite.)

cache l'enfant, son père arrive, qu'il soit trouvé au moyen de l'argent. Le père ensuite donne un cadeau à sa femme pour pouvoir contempler son enfant.

On salue le père du nouveau-né en disant : nakumonèho, ne lubutulo, je t'y reconnais avec la naissance ; ou encore : nakumonèho, eyo ubàkule, je t'y reconnais, oui, tu es un homme fait. Le père alors répond : eyo i biya, oui c'est bien, et la mère : eyo a tàta, eyo a lolo, oui, père! oui, mère! Tout en disant cela, ils se tapotent les bras les uns des autres.

Lors du mariage, on salue le mari en disant : nakumonèho ne mukazi muhya, je t'y reconnais avec ta nouvelle épouse ; et à l'épouse on dit : nakumonèho ne buluo bobe buhya, je t'y vois avec ton nouveau mariage.

Deux chefs, qui sont d'égale grandeur ou de grands amis, se prennent la main, et tout en la laissant glisser deux fois l'une sur l'autre d'abord et la portant ensuite à chaque fois sur la poitrine, ils disent : wakomàho viiye^ tu es en santé par l'esprit ; l'autre répond : eyo vilye, oui, par l'esprit.

L'un des deux est-il inférieur, il s'arrêtera à quelque distance de son supérieur, ramassera un morceau de terre dure, le brisera dans sa main, et puis, en s'en frottant la poitrine, il dira : lamhwe kalomho ou lyo kalomho. Il répétera la phrase trois fois; cependant, à la seconde fois, il se frottera le bras gauche et, à la troisième fois, après avoir laissé glisser le restant de la terre dans la main droite, il se frottera de la gauche le bras droit.

Baluba, Congo, E, a, 124.

Cela s'appelle : kuimuna mu Hbuki, Tout homme qui respecte son chef le salue de la sorte. L'esclave en plus se met à genoux.

Le chef qui répond à la salutation de son inférieur ne prend point de terre, mais, faisant de la main les mêmes mouvements, il dit : wakomaho syabo, tu y es en santé, par leur père ; ou encore : wakomaho tata, tu y es en santé, par père ; ou encore : wakomaho mwana, tu y es en santé enfant ; quelquefois même il répond simplement : eyo, oui.

Quand un homme rencontre la femme du chef, il dit pour la saluer : mulungantu wakomaho, femme du chef tu es en santé, et tout en disant cela il tend d'abord vers elle la main, mais sans la toucher; puis ramasse un peu de terre et fait les trois frottements d'usage, décrits plus haut, et sans ajouter de paroles. La femme se met à genoux et, se frottant les poignets d'un peu de terre, elle dit : ei/o mwa, oui, je le jure.

Une femme qui veut saluer la femme du chef dira, en s'accroupissant et en se frottant de terre les poignets : ngina mwana naimuna mwa, mère de l'enfant, je te salue je te le jure. La femme du chef répond comme tout à l'heure : eyo mwa.

Une femme qui salue son chef ou son mari ou son maître s'accroupit, se frotte les poignets et dit : naimuna mwa, je te salue je te le jure, et l'homme de répondre, tout en faisant semblant de ramasser de la terre : lolo wakomaho, mère, tu (y) es en santé.

Le chef ou l'un des grands vient-il près d'un groupe de simples sujets, tous se lèvent sans rien dire. Les femmes seules restent assises. Le chef, répondant à la politesse, leur dit aussitôt : ikalayi ou sikatayi, « asseyez-vous », ce qu'ils ne feront qu'après le départ du chef. S'il reste à causer, tous resteront debout.

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (suite.)

A l'arrivée d'un étranger que Ton connaît, surtout s'il est de la famille, on court au devant de^lui en disant : mwènyi, étranger, et lui de répondre : mutane, rencontré. De part et d'autre, ce mot se répète jusqu'à ce qu'on se rencontre. Alors selon le degré d'affinité ou de parenté, on se tapote les bras ou les mains l'un de l'autre. Après quoi, on soulage le nouveau venu en lui enlevant tous les objets qu'il porte : pots, paniers, arc, flèches.

Voici les salutations les plus ordinaires. 11 est à remarquer toutefois, que Ton ne se salue que deux fois durant la journée, soit à la première et à la dernière rencontre.

Salutations du matin :

Homme à homme : namona vilyè, j'ai vu l'esprit ou encore : wakomaho, tu y es en santé. On répond : et/o vilyè, oui, par l'esprit. En même temps on se frotte la poitrine, le bras gauche et le bras droit avec de la terre que l'on ramasse entre le pouce et l'index.

Deux grands ou deux dignitaires se saluent ainsi : wakomaho a mukwètu, tu y es en santé o mon frère, et ils se donnent la main ou se la glissent l'une dans l'autre la reportant chaque fois sur la poitrine.

Deux femmes de même rang se saluent de la sorte : lolo wakomaho, et l'autre de dire : eyo mwa, tout en glissant sa main droite dans celle de sa compagne.

L'enfant dit à ses parents : tata, lolo, wakofnaho, ou bien waimuka, tu es salué; en même temps, il laisse glisser deux fois la main droite dans celle de ses parents

Baluba. Congo, E, a, 124».

et la reporte chaque fois sur sa poitrine. Les parents font de même en répondant eyo.

Le plus jeune frère dit à son aîné : mukele wakomahoj seigneur tu (y) es en santé, et Taîné, répondant à son frère qui le succède en âge, qui a par conséquent droit à sa succession, dira : mpyana, (successeur), wakomaho.

A celui que Ton a déjà salué dans la journée et qui vient au village, on dit, waiya, tu es venu ; et il répond eyo.

Si quelqu'un quitte un groupe, il dit : nkiénda ktino, je m'en vais d'ici, ou encore : nkinanga bili, je me promène un peu, et l'on répond : énda ou eyo ou encore eyo ne kuikala, oui, avec le demeurer, ou enfin : eyo ne kifuha, oui avec la place.

Salutations du soir :

Le soir, en s'en allant ou en se séparant, on dit : kolala, bonsoir, ou bien nakulalika, je me sépare de toi; entre-temps on se frotte trois fois comme pour les salutations du matin. On répond à cette salutation par eyo vilye ou eyo mwa.

La salutation du soir (kulalika) n'est pas donnée à un chef.

Le remerciement est : lyo kalombo (qui est une exclamation), ou bien nakumoneho , je t'y vois, je t'y reconnais.

Quelqu'un revient-il des champs, de la promenade, on le salue par ce mot : wako, abréviation de wakomaho.

Pour demander si l'on se porte bien, on dit : lelo bali hanzya, ainsi on est dehors ? bali bakomo^ ou bakomene, on est en santé ?

La politesse exige que le chef mange et boive seul et à l'écart. Fixer du regard un chef qui mange ou boit est une impertinance qui mérite un châtiment.

Un gendre ne peut manger en présence de son beaupère ou de sa belle-mère.

BALUBA

(Congo.)

E, 124 (suite).

La retenue {bumvu)est de règle dans la politesse d'une femme.

Quand quelqu'un éternue on dit : ubalasula ndasye^ tu éternues, et Ton répond : eyo vilye ou eyo mwa,

P. Colle.

Baluba. Congo, E, «, 124.

BALUBA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts 125. — Peinture, Dessin.

Les Baluba savent dessiner et peindre. Les sujets qu'ils représentent le plus souvent dans leurs dessins sont des formes géométriques, des animaux, et des scènes de genre : danses, chasses, etc. Ils dessinent le plus souvent d'après nature.

Souvent, les dessins ornent les écuelles, les pipes, les ustensiles de ménage, les armes, les parois de maisons. Les propriétaires de ces meubles ornés y attachent une grande valeur. On trouve de ci de là des planches ornées de dessins géométriques dans les huttes ou devant la porte des habitations de notables. Ces dessins sont soulignés de couleur rouge, jaune, noire ou blanche.

Les matériaux employés et la fabrication des couleurs sont également primitifs.

En général, ils délaient dans l'eau ou l'huile des poudres coloriées. La poudre rouge ordinaire n'est autre que du bois ou du minerai de fer concassé, puis moulu à la pierre. Le rouge fin s'obtient en broyant des semences de roucou (vermillon végétal) ou de la raclure de certaines racines. La poudre blanche n'est autre qu'une sorte de kaolin, le pemba. La poudre noire est du charbon de bois moulu. La poudre jaune est une espèce d'argile ferrugineuse. Ce sont les seules couleurs employées.

P. Colle.

Baluba, Congo, E, a, i25.

BALUBA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts

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