Danse
A ma connaissance, les Baluba n'ont pas de danses autres que les danses de confréries et les danses d'agrément.
Les premières s'exécutent entre confrères. Chaque société a ses danses propres. J'ai déjà dit au 119 que ces danses ont lieu à l'occasion du décès des confrères ou d'une initiation, d'un sacrifice, etc.
Pour danser, les Baluba se mettent le plus souvent à la queue leu leu : le maître danseur se trouve en tête, puis viennent les anciens, en queue sont les plus jeunes. Tous se placent autant que possible par rang de taille. A la suite de leur coryphée, ils exécutent des mouvements cadencés. Tantôt, ils s'avancent en imprimant au corps mille contorsions et décrivent, comme un vaste serpent formé de corps humains, des zigzags, des ronds et des spirales qui se ferment et s'ouvrent avec grâce; tantôt ils s'entrecroisent comme le font en mainte danse nos petites écolières blanches ; tantôt enfin tous les danseurs font cercle, pendant qu'à tour de rôle ils se détachent pour exécuter seuls, ou à plusieurs, des mimiques applaudies, au milieu du groupe.
A côté et quelquefois au centre des danseurs se tiennent deux ou trois batteurs de tambours. L'un d'eux fait en même temps l'office de préchantre et de directeur de la danse.
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Les anthropophages, en leur danse, se placent également l'un derrière Tautre. Chacun tient d'une main une hache, de l'autre, la tête de l'oiseau (totemique) nyuzya ou du moins son image. Ils ont la figure et la poitrine badigeonnées de blanc (pemba).
Les membres du Mbulye dansent en deux bandes, celle des hommes et celle des femmes. Ils ont les reins ceints de peaux de singes. Cette danse devient facilement lascive, surtout la nuit. D'ailleurs on voit de temps à autre des couples de danseurs se détacher et se rendre dans une hutte voisine. L'homme qui veut dans ce but se détacher du groupe, efface un coin de blanc dont sa figure est couverte. Une femme ne tarde pas à faire de même. C'est le signal convenu. Cette remarque touchant l'immoralité des danses s'applique d'ailleurs à toutes les confréries, avec cette seule différence que le signal « tentateur » n'est pas le même.
Les bahabo ont une danse différente. Ils se tiennent en cercle, debouts, ayant entre les genoux un minuscule tambour, qu'ils frappent des mains, suivant le rythme ou la cadence du chant.
Les balindu, secte des femmes, dansent la makokolo; la cadence y est marquée par le battement rythmé des mains. Elles n'ont point de tambours. Outre les danses de sociétés secrètes, il y a aussi les danses d'agrément. La danse des misiba mérite une mention spéciale. Misiba signifie flûte de Pan. On croirait, à voir se dérouler la mimique de ces danseurs spéciaux, assister à une danse des bergers d'Arcadie.
Pour danser donc la danse des flûtes de Pan, les noirs se réunissent chez le chef coryphée. Chacun y reçoit sa flûte. Celle-ci se compose de un ou plusieurs roseaux plus ou moins longs et larges, réunis ensemble à l'aide
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de fibres entrecroisées. 1! y en a de 4, 6 et 8 tubes. Ce sont les misiba ya mizanzo; il y en de 3, de 2 et même de 1 seul tube. Les premières sont données aux artistes et servent pour le chant; les autres sont distribuées un peu à Tavenant. Elles remplissent l'office de basse, c'està-dire la deuxième ou troisième partie, ou même simplement font le contre-temps qui joue un si grand rôle dans la musique nègre. Au signal convenu, tous se mettent en ligne, à la suite du maître danseur. Celui-ci, habillé de peaux, tient en main une lance et un bâton; derrière lui vient le meilleur artiste, puis tous les autres un peu par ordre de taille et d'âge ; les enfants se mettent à la queue. A côté des danseurs se trouvent deux ou trois joueurs de tambours; et, parmi eux, le coryphée ou préchantre.
Mais, attention! les instruments ont été essayés, chacun a reçu une instruction spéciale, tout le monde est au poste. Sur l'ordre du coryphée, la bande se met en branle. Le maître-danseur s'avance suivi de tous ses confrères. H exécute une danse semblable à celle que j'ai décrite plus haut. Tous les danseurs imitent chacun de ses mouvements, pendant que la symphonie s'en donne à cœur joie. Malgré son air sauvage, cette musique flatte agréablement l'ouïe. On y distingue au moins quatre parties en parfait accord. La mesure déroute un peu nos habitudes. On dirait que tout se fait en contretemps. Bientôt le chef danseur se met à tourner autour des tambours; toute la bande le suit, en touchant de
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la main restée libre l'épaule gauche du voisin. Ils font, en cadence des cercles, des spirales, qui se ferment et s'ouvrent; ils vont entourer les spectateurs, toujours en jouant de leurs instruments. A certains moments, la bande animée s'arrête; et tous ensemble se mettent à chanter un refrain pour répondre au préchantre, puis, soudain, reprennent la symphonie des flûtes. Les hommes seuls prennent part à cette danse. Je n'y ai rien vu d'immoral. Elle est vraiment intéressante. Entendue de loin, le soir, dans le silence de la nuit, cette musique impressionne, on croirait entendre un air du pays natal.
Il me reste un mot à dire de la danse que les femmes et les filles exécutent seules.
Dans ces danses privées, il n'y a pas de tambours. Les danseuses se tiennent debout, en cercle. La cadence est donnée, tantôt par le battement des mains, tantôt par des coups secs et nerveux des pieds contre le sol, faisant tinter bien haut les anneaux fixés aux chevilles. Toutes ensemble chantent le refrain, à la fin des couplets de la préchantre. Souvent, l'une après l'autre sort des rangs, va faire une ronde au milieu de ses compagnes et revient à sa place. L'on continue ainsi jusqu'à ce que la fatigue se fasse sentir. Jeunes et vieilles apportent à cette danse tout ce qu'elles ont d'agréments, car les spectateurs masculins s'amènent en foule admirer les danseuses.
Il est une danse oii les danseurs sont revêtus d'un costume spécial : aux bras et aux jambes une sorte de sac en écorce d'arbre, aux reins des peaux, au cou un immense collier en fibres, suspendues à un anneau ; sur la tête un gros masque de bois. Ils dansent généralement deux à deux; l'un représente un génie-homme, l'autre un génie-femme; celui-ci est reconnaissable aux dimensions
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plus grande du casque. Tous deux ont à la main une énorme massue en bois d'ambach, plus léger que le liège. Leur danse se fait en l'honneur de certains génies.
P. Colle.
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a) Arts E. — Vie intellectuelle.