‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 41 sur 59 · Astronomie · texte numérisé non relu

Astronomie

Voici quelques-unes des idées que nos Baluba-Hemba se font des phénomènes astronomiques.

lo Soleil. — Le soleil (Juba ou Lyuba) part le matin. Après avoir achevé sa course, il descend pour se rafîraî- €hir, éteindre ses clartés dans le lac Endelende. A la faveur des ténèbres, il revient sur ses pas vers l'endroit de son lever. A son retour, on ne le voit pas, attendu qu'il fait nuit et qu'il a éteint tous ses feux.

Qu'est-ce que ce lac Endelende? Nos noirs n'en savent rien, sinon qu'il se trouve là bas, très loin vers l'occident, et que de petits hommes à grosse tête et longue barbe habitent sur ses bords et ont pour demeures des termitières vides. Ils appellent ces petits hommes : « Tumandwa twa maseba » (1).

2° Lune. — La lune (Kwezi) est le séjour d'un génie, répondant sans doute au nom de Kaiye. C'est, en effet,

(i) Les Baluba admettent que les premiers habitants, les vrais aborigènes de leur pays sont des nains, les tumandwa twa maseba. Ils ne confondent jamais ces pygmées avec la race de chasseurs nomades répandus un peu partout dans les forêts équatoriales, je veux dire les Batwa ou Batembo. Au dire de nos noirs, ces petits hommes étaient des chasseurs nomades, au corps trapu, couvert de poils, à la chevelure rousse. Non moins étonnant est le nom qu'ils leur donnent : « tumandwa twa maseba » est un nom d'origine Kitabwa ; il signifie les petits vaincus des hauts plateaux dénudés (de andwa, être vaincu, et maseba. hauts plateaux déboisés et arides). Ce qui donnerait à penser que la race conquérante qui aurait envahi leur pays serait venue s'établir à l'est du pays des pygmées, les aurait refoulés vers l'occident, où ces petits hommes auraient vécu sur les hauts plateaux arides. Et, comme ces « maseba » se trouvent entre l'Uruwa et le Tanganika, l'envahisseur a dù venir du sud-est le long du Tanganika, ce qui est confirmé d'ailleurs par les légendes et les généalogies des chefs (voir no 7}.

Baluba. Congo, E, b, 134.

par ce nom qu'ils saluent la lune à son apparition : « Kaiye, Kaiye, peut-être que toi aussi tu mourras,... mais je te vois bien portant aujourd'hui ; c'est pourquoi je veux orner ta tête des plumes de nduba (plumes rouge-sang) » (voir n^ 108).

Je n'ai pu savoir ce que les « savants » pensent de la lune ; voici ce qu'en dit le vulgaire : Kabezya mpungu créa la lune (génie de sexe masculin) et lui donna deux femmes; la première l'accompagne pendant les jours qui suivent son apparition, après quoi elle s'attarde jusqu'à se cacher derrière l'horizon du côté du couchant ; peu de jours après, il se fait accompagner de sa deuxième femme, l'étoile du matin, lubanga. Mais celle-ci est pour lui une marâtre ; elle fait si bien que son mari en dépérit et en meurt.

Pour la question du mois lunaire, voir n^ 139.

30 Etoiles. — Les étoiles (tumbalambala), grandes et petites, sont les sujets de la lune; sauf les deux précédentes qui sont ses épouses.

La voie lactée porte le curieux nom de : limite entre la saison sèche et la saison de pluie (mukalo wa buyoo ne busiho).

L'étoile du soir s'appelle la femme du soleil, mukazi wa juba.

Les nébuleuses se nomment : kinhulukwa.

Les étoiles filantes ne sont autres que des lanceurs de maléfices (mfwiti ou ndozi) en balade nocturne. Quand le voyageur en voit quelqu'une, il ne peut sans danger aller plus loin ce soir là (voir p. 423).

Les comètes {tumbalambala twa mitenga, c'est-à-dire étoiles à longues plumes), malgré leurs présages sinistres, ne semblent pas fort effrayer nos Baluba. Elles sont cependant prophètes de malheurs. Elles ont la spécialité

BALUBA

(Cons:o.)

E, 134 (suite),

d'enlever de ce monde les chefs de villages. Celle de 1900 a enlevé le grand chef Kyombo-Mkubwa. Les indigènes de rUruwa et des pays limitrophes ont conservé le souvenir d'une comète remarquable qui a été vue jadis du côté du sud-est. Cette comète porte le joli nom de « Kangina Leza », petite mère de Dieu. Elle consistait en un noyau de feu qui tournait sur lui-même,en spirale. De ce centre sortaient deux grands rayons, qui, euxmêmes, laissaient échapper de petits rayons lumineux. Elle avait des couleurs comme celles de l'arc en ciel. Sa forme ressemblait au buste d'une belle jeune fille; de là est venu qu'on l'a prise comme emblème de la beauté. Voici comment nos voisins, les Batabwa, la chantent encore aujourd'hui. Le premier vers est même passé en proverbe, et se dit couramment à la jeune fille trop fière pour la rappeler à la réalité de sa condition. Ce chant se compose de trois strophes de trois vers chacune. La première strophe s'adresse à la jeune fille vaniteuse ; la deuxième s'adresse à la belle comète; la troisième parle du lieu oii elle habite. Le refrain se mêle au texte. Voici ce chant kitabwa avec sa traduction littérale :

Kanundwe Iwameka, kangina-lolo wakamwene?

Jeune fille, toi qui scintilles, la petite mère l'as-tu vue ? Mpango palibwe na menda mwine Iwakasyala. Sur le rocher Mpango et sur l'eau elle-même s'arrêta. Efwe twakamwene pa kapili kavwele na mmasimba. : Nous-mêmes l'avons vue sur la montagne, parée de ses

amis (parée de ses beaux atours).

Baluba, Congo, E, 6, 134..

Kamâwe Iwameka kwa Leza nkoko watwêle.

Petite mère qui scintilles chez Dieu une poule tu as portée. Kamâwe Iwameka, kwa nôko nakalileko ki?

Petite mère qui scintilles, chez ta mère (chez Leza) j'y

mangerai quoi?

Kwa nôko nakalile kibya ku mukombo wa kapindi. Chez ta mère je mangerai de la brêde dans une anse de

courge.

Natalila kyatalila, ma buzya; nga mwaho Je regarde comme regarde (celui qui est) dans l'esclavage; comme chez eux, U kuhêpazya " mwalya hwino „ bakacheka Qu'il leur demande « on mange bien ici », on fera place. Ndi nakaya ne mwipwa-ngami nkalale. Je m'en vais, moi la nièce, née enfant libre (la petite

préférée), je m'en vais me coucher.

Refrain

Oheel yaluba. Ohee! yaluba.

Ohee! elle est invisible. Ohee! elle est invisible. Na lelo.

Même aujourd'hui.

Cette comète parût au temps de l'invasion des Matûta venus du sud, il y a quatre-vingts ans environ. Elle surpassait en éclat les splendeurs de la lune. On la vit deux ans de suite. Les témoignages ne concordent pas sur le temps : les uns disent qu'on la vit chaque jour, d'autres disent neuf jours par mois. Tous affirment que la deuxième année elle tua beaucoup de chefs et de sorciers»

4° Arc-en-ciel (voir n^ 105, Mwamba-Kongolo). — J'ajoute ici cette variante. Quelques noirs m'ont dit que l'arc-en-ciel, n'est autre que la vapeur, la fumée qui sort de la gueule d'un gros serpent rouge appelé Kongolo.

BALUBA

(Congo.)

E, 134 (suite.)

Jadis ce serpent était un homme nuisible et méchant. I! crache sa fumée ailleurs qu'en l'arc-en-ciel. Ainsi, quelquefois, des termitières sort une fumée noire. C'est Kongolo qui crache. Malheur à l'imprudent qui voudrait regarder de trop près, il mourrait aussitôt.

50 Eclair et tonnerre. — Les Baluba disent que le tonnerre est un animal, appelé nzazi, sorte de chèvre noire, à queue de paon. Toutes les fois qu'il ouvre sa queue pour faire la roue, il en part des étincelles de feu. En temps ordinaire, il habite une caverne; en temps de pluie, il monte en haut. 11 se déplace toujours avec un formidable fracas. Le bruit qu'il produit s'appelle nkuba (tonnerre). Souvent, il lance ses traits étincelants vers la terre; s'il touche un objet, un animal ou un homme, c'est pour en emporter la substance et s'en nourrir. Les hommes atteints sont toujours des sorciers. Tout mluba, à la vue d'un éclair, se penche afin d'éviter les traits de nzazi.

Les os des foudroyés sont forts recherchés ; on en fait des bwanga puissants. Pour cela, on réduit ces os en poudre, on les met dans une corne, on y verse de l'eau chaude, et l'on forme son intention, c'est-à-dire que, en esprit, on désigne la personne dont on voudrait se débarrasser, et... un violent éclair sort de la corne, et s'en va tout droit foudroyer l'individu désigné. Tout le monde peut, mais les sorciers et les devins osent seuls employer ce bwanga.

60 Grêle (mvula ya mabwe; m. à m. pluie de pierres).

Baluba. Congo, E, b, 134..

— La grêle est due au passage dans les airs du génie Kibwe. Ce jour-là et le suivant on ne cultive pas.

Tremblement de terre (ntensi). — 11 est dû à la lutte des âmes dans le monde souterrain. Les guerres de chez Kalunga-Nyembo sont si violentes que notre sol en est agité. N'oublions pas que les mânes habitent tout contre la surface, en-dessous de nos^pieds.[Ce jour-là, un chef doit mourir.

P. Colle.

BALUBA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

b) Sciences 135. — Mathématiques.

Les Baluba pour la plupart savent compter jusqu'à 100 sans difficulté. Une centaine se dit : « katwa ». Je ne crois pas qu'ils puissent sans peine aller loin au-delà. En tout cas, je n'ai pas trouvé de mots pour cette éventuelle numération. 1! y a bien le mot lukama (plur. nkama), qui semble avoir le sens de cinq cents, mais il est surtout employé pour traduire : un très grand nombre. Pour désigner mille, les plus savants disent : cinq cents et cinq cents : tutwa tutano ne tutwa tutano.

Ils usent du système décimal ou mieux du système double-cinq ; ce qu'ils manifestent en comptant sur les doigts ou en s'aidant de bâtonnets. Ce dernier mode est très utile pour les ignorants, car on en trouve encore qui savent à peine compter jusque cinq. Les pieds n'entrent pas en jeu, ni les ongles des mains non plus, comme chez les Batabwa, pour multiplier chaque nombre par dix.

Une dizaine se traduit par kihwi ; dix se dit : likumi, au pluriel, makumi.

Voici les noms des unités : 1, -mo ; 2, -bili ; 3, -satu; 4, -nna ; 5, -tano ; 6, -samba ; 7, habulwa mwanda ; 8, mv^anda ; 9, habulwa likumi.

Les nombres 7 et 9 se disent : il manque un de huit, il manque un de dix.

Baluba, Congo. E, b, i35.

Nos noirs désignent les nombres à Taide des doigts :

1 L'index tendu de la main droite ;

2 = Les deux premiers doigts de la main droite, tendus ;

3 Les trois derniers doigts de la main droite, tendus ; le pouce posé sur Tongle de Tindex;

4 = La main ouverte, les doigts tendus séparés en forme de V, au milieu, de façon qu'il y ait deux doigts de chaque côté, le pouce étant replié ou même négligé ;

5 = Le poing de la main droite, fermé ; le pouce replié sous les doigts ;

6 = Le poing droit fermé avec l'index de la main gauche, introduit entre les doigts qui semblent serrer cet index. On forme encore 6 en indiquant trois à chaque main;

7 = Le poing de la main droite fermé et les deux premiers doigts de la main gauche tendus, ou glissés dans les doigts comme pour six; ou bien les quatre doigts de la main droite tendus deux par deux en forme de V et les trois derniers doigts de la main gauche tendus ;

8 Les deux mains ouvertes (2 fois 4) ou encore la main droite saisissant les trois derniers doigts de la main gauche, pour exprimer cinq et trois ;

9 Le poing droit fermé et quatre doigts de la main gauche, tendus ;

10 = Les deux poings fermés (comme pour 5) et une fois cognés l'un contre l'autre ;

20 = Les poings fermés sont cognés deux fois ;

30 = Les poings fermés sont cognés trois fois, etc.

Pour dire 60, 70, 80, les gros chiffres, ils ne répètent pas six fois, sept fois et plus le même geste ; dans ces cas, le plus souvent, ils ferment les poings qu'ils cognent deux ou trois fois, et disent : 6, 7, 8, etc.

BALUBA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

b) Sciences 136. — Sciences de l'ingénieur.

Ils ne pratiquent pas Tirrigation, c'est-à-dire la déviation des ruisseaux pour arroser leurs champs. Ils connaissent le drainage et l'appliquent régulièrement, ils font des rigoles pour évacuer les eaux stagnantes.

L'endiguement est connu et pratiqué en vue de la pêche ; c'est ainsi qu'ils arrêtent un ruisseau et placent des nasses aux endroits convenables.

Ils construisent des ponts de lianes. Ils tendent d'une rive à l'autre et les fixent solidement aux arbres choisis d'avance deux ou plusieurs grosses lianes maîtresses, sortes de câbles, séparées par deux mètres d'intervalle environ, A ces lianes, ils suspendent perpendiculairement d'autres lianes moins fortes, de telle sorte qu'ils puissent lier ensemble les lianes d'un câble aux lianes de l'autre câble. Ces lianes secondaires sont espacées trois ou quatre par mètre, et forment une série de demicercles ouvert par le haut, sur lesquelles ils peuvent alors déposer des rondins. Ceux-ci placés et fixés les uns à côté des autres donnent un plancher primitif sur lequel le voyageur passe en se tenant aux lianes qui de chaque côté font office de paroi.

Pour les routes (voir n° 164).

P. Colle.

Baluha. Congo, E, b, i36.

BALUBA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

b) Sciences

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