La tribu et ses subdivisions
Cette question a été traitée aux n^s 2, 4 et 176.
P. Colle.
Baluha. Congo, F, e, 180-181.
BALUBA
(Congo.)
F. — Vie sociale.
e) Organisation politique Î82. — Organisation financière.
Le payement de la redevance se fait comme il a été rapporté plus haut au n^ 177.
Elle se paie en mains propres et sans collecteurs intermédiaires.
11 n'existe nulle part de droit de péage sur les chemins. Par contre, chacun paie quelque petit objet au passeur d'eau, quand la rivière n'est pas guéable. Cette redevance est fort variable. C'est une flèche, quelques racines de manioc, une dizaine de perles sur les rivières étroites. C'est même un collier complet sur des rivières comme le Luvwa.
P. Colle.
Baluha, Cong-o, F, 182.
BALUBA
(Congo)
F. — Vie sociale
e) Organisation politique 183. — Situation politique des étrangers.
Il convient tout d'abord de spécifier le sens du mot « étranger ». Au sens indigène est étranger (mweni) quiconque n'est pas attaché à une chefferie. Il devient membre de la communauté par le fait de son adoption parmi la clientèle d'un chef ou d'un grand.
Ainsi défini, l'étranger n'a absolument rien à voir aux affaires du pays. S'agit-il de prendre une décision grave, il n'est pas même consulté. D'ailleurs, les étrangers ne résident jamais longtemps ; ce sont gens de passage, et comme tels, gens à exploiter plutôt qu'à consulter.
En principe, tout étranger de passage est accueilli avec politesse ; il reçoit sans trop de peine la nourriture et le couvert, s'il a eu soin d'aller au préalable saluer le chef. C'est le chef qui l'héberge. En pratique, l'étranger est souvent molesté, s'il fait partie d'une communauté antipathique ou ennemie.
Mais dès qu'ils sont accueillis dans la clientèle, ils en partagent tous les devoirs et tous les droits; qu'il s'agisse d'individus venus d'un clan ou d'un village différent, ou qu'il s'agisse d'individus venus des tribus avoisinantes. Les esclaves affranchis eux-mêmes sont traités sur le pied de tous les indigènes libres.
P. Colle.
BaMa. Congo, F. e, i83.
BALUBA
(Congo.)
F. — Vie sociale.
e) Organisation politique 184. — Relations pacifiques.
Je n'ai jamais entendu dire que nos Baluba pratiquent l'échange du sang.
D'un tempérament fort indépendant, ils ne supportent pas de joug. Toute manifestation qui semble y porter atteinte, les révolte.
Entre eux, ils montrent beaucoup de simplicité dans leurs rapports journaliers; ils n'ont pas cette morne méfiance de beaucoup d'autres peuplades. Ils aiment à se rendre visite, à inviter à boire la bière le groupe des amis, ils sont heureux de passer de joyeuses soirées dansantes avec leurs invités.
Il est assez imprudent de s'éloigner du village, chargé de vivres ou de valeurs, à moins d'être en nombre. Les grands ne se font pas scrupule de dépouiller les faibles et les petits.
Quand un chef va voir un autre chef, il est logé dans les propres cases de ce chef ; il n'a pas besoin d'amener sa femme; son hôte met à sa disposition l'une des siennes pour cuire sa nourriture et pour tous ses besoins. Il peut y rester tant que bon lui semble.
Il n'y a pas de traités proprement dits, à ma connaissance, entre nos Baluba et les peuples voisins. Cependant, ils ont certains accords de circonstances, des ententes de solidarité offensive ou défensive contre un ennemi commun.
Baluba. Congo, F, e, 184.
Seuls les Batumbwe de l'Est, apparentés à nos Baluba, sont considérés comme tribu amie. Les autres peuvent être exploitées, et nous avons vu au n^ 175 que nos Baluba-hemba n'y ont pas manqué.
Pour un rien, la paix est rompue, et la guerre éclate avec un village ou une tribu voisine. Une jarre de bière renversée fut le point de départ de plus d'un grand combat.
Les Baluba ont des limites bien précises qui distinguent nettement l'étendue des territoires. Ce sont des limites naturelles : montagnes, rivières, lisière de forêt, clairières, rochers, marais ou même gros arbres.
Ils aiment à faire le commerce. Pour ces relations commerciales, voyez le 162.
P. Colle.
BALUBA
(Congo.)
F. — Vie sociale
f) Relations avec l'extérieur 185. — Relations guerrières.
La guerre est fort en honneur parmi nos Baluba. Pour les causes les plus futiles, ils recourent aux armes. Race de batailleurs, ils trouvent un plaisir infini à courir sus au voisin. Aussi la guerre était-elle de tout temps leur « sport » privilégié. Heureusement, celle-ci est rarement fort meurtrière.
Et cependant les villages ne sont pas fortifiés. Durant ces dernières années, ils est vrai, plusieurs agglomérations se sont cantonnées derrière des palissades, mais ces « boma » sont copiés sur celui des Arabisés venus dans le pays. Paramino sur les bords de la Luwiboso, Bukala sur la Nyemba, Kafindo sur le Lualaba, abritèrent en effet derrière des haies de rondins leurs déprédations et leurs rapines. Les blancs en ont purgé le pays.
Le village des Baluba est donc exposé de toutes parts aux incursions et aux surprises. Echelonnées le long de plusieurs rues parallèles, les cabanes n'ont pour abri que la surveillance du Tompa et du Kinamasinda, d'une part, des gardes du chef d'autre part. Peut-être, n'estce pas sans intention stratégique que les jeunes gens occupent les ailes, et les esclaves le pourtour du village.
La guerre peut être déclarée pour des motifs bien différents. Tantôt, c'est le désir de conquérir de nou-
Baluha. Congo, F,/, i85,.
velles terres arables, un marais ou une rivière poissonneuse tantôt , c'est la répression d'un sous-chef insoumis ou la soif d'assouvir une vengeance sur un chef voisin ou l'un de ses clients, le châtiment pour refus d'impôts. Parfois, c'est la conséquence d'une simple dispute d'ivrognes, ou d'une bataille d'enfants. D'autres fois, mais rarement, enfin, c'est la dispute de deux compétiteurs au même trône de chef. Ces guerres portent trois noms : 1° « livita lya luana » ; 2^ « livita lya kibuli » ; 3^ « livita lya musumba ». Le premier nom peut se traduire par : guerre de succession; il s'applique à toute guerre de compétition de trône ou de pays. Le deuxième signifie guerre d'arrogance, et s'applique à tous les combats qui ont pour but de châtier, de venger, de réduire des insoumis. Le troisième enfin indique les guerres de razzia. J'en ai parlé au n^ 175.
La guerre offensive est presque toujours discutée en Conseil. Les anciens du village sont consultés et donnent librement leur avis. Souvent aussi, le chef recourt à un vrai référendum.
Dès que l'on a décidé d'assaillir l'ennemi, tout le monde prend ses dispositions. Chacun met en lieu sûr ce qu'il a de plus précieux. Les enfants, les femmes et les vieillards sont envoyés dans la brousse ou chez des parents habitant d'autres villages. Une défaite en effet est toujours dans l'ordre des possibles, et alors le village court grand risque d'être saccagé. Les guerriers mettent leurs armes en état, préparent du poison frais.
Au jour marqué, Kalala, nommé alors « mulya vita » fait résonner le tambour de guerre. Aussitôt, tous les hommes valides accourent d'un pas accéléré. On dirait qu'ils vont à une fête. Nous avons vu au n^ 124 la formule d'appel. Bientôt, les premiers contingents sont là,
BALUBA
(ConfTo.)
F, 185 {suite).
frémissant d'aise, aux allures martiales, la bravade à la bouche. A les en croire, il vont conquérir le monde.
Bien souvent, le Conseil a décidé de s'adjoindre des alliés. Les chefs voisins, qui sont toujours prêts pour pareille besogne, répondent vite à Tappel. C'est ce qu'ils nomment : « kuloba mulohwe » pêcher un chef. Dans ce but, un ambassadeur (mukenzi) est député chez le chef désiré. Arrivé devant lui, il fixe en terre une flèche et dit : « chef X, mon maître t'appelle au secours. Veux-tu, oui ou non, l'aider à faire la guerre à...» Le chef consulte les anciens. S'ils consentent, le chef ramasse la flèche. Puis, il appelle son Kalala mulya vita (littéralement général dévoreur de combats) et lui dit de battre le tambour de guerre et de se tenir prêt à partir avec ses hommes. Cependant, l'ambassadeur est venu apporter la réponse. Le chef alors appelle le Kalala mulya vita, le Tompa et le Kimenkinda (généraux), le tambour de guerre résonne de nouveau, les guerriers se massent. Le chef alors leur dit : « muunvwane mianda ya livita libaya kwa mulohwe kakenge kamulwizye » ? Entendez le bruit de guerre qui vient de chez le chef... un tel ; ne l'aiderez-vous pas au combat? Et puis, il donne à son Kalala mulya vita, une étoffe rouge pour en faire un étendard (ceci est sans doute d'introduction récente), une lance, un bouclier, un paquet de plumes rouges de nsala, quelques plumes longues et éfilées (mitenga). Tout est prêt. On peut appeler l'allié. Aussitôt un
Baluba. Con^o, F,/, i85.
estafette se détache et court lui donner le plan de campagne et la marque distinctive des alliés.
Nos Baluba en effet ont une marque pour se reconnaître. Chaque guerrier des troupes alliées doit se mettre dans la chevelure quelques plumes, ou des feuilles de maïs ou même de petites branches. Et les troupes de renfort s'amènent au village en chantant sur un ton unique et en cadence ce simple mot : « kabeya ye, kabeya ye, kabeya ye, etc. » Tous ont Tare à la main et les doigts sur l'encoche. Dès que leur voix est entendue, les hommes du chef principal répondent sur le même ton : « lubende ye, lubende ye, lubende ye ».
Cependant, il a fallu faire une déclaration de guerre à l'ennemi. Celle-ci se fait bien simplement. Dès que l'attaque est décidée, et les mesures prises, le premier homme du camp adverse qui passe, est prévenu que, pour tel ou tel motif, on va venir combattre son chef. A lui alors d'avertir qui de droit. S'il n'y croit pas, tant pis. 11 arrive que cette déclaration prend une allure solennelle. Au milieu du silence de la nuit, le chef monte sur un tertre et lance sa voix (baela mbila) ce qui signifie qu'il crie à haute voix à son ennemi de mettre femmes et enfants en sûreté. Mais le plus souvent, il n'y a aucune déclaration de guerre ; l'assaillant préfère tomber sur l'ennemi à l'improviste.
Tous marchent donc au combat. En tête vient le « Tompa ». Aux approches du village ou de l'armée adverse, il s'avance jusqu'à la distance d'un jet de flèche et jette une lance. C'est le signal de l'attaque.
Au premier rang viennent les jeunes gens, ou plutôt les enfants désireux de conquérir leurs grades. Ils décochent leurs flèches. Si c'est une guerre en règle, les fronts des armées sont séparés à peine de 50 à
BALUBA
(Congo.)
F, 185 {suite),
100 mètres. Aussi presque toujours des enfants sont blessés à cette première attaque. Mais les adultes s'élancent conduits par le Kalala, Tompa et Kimenkinda. Les flèches fendent l'air par centaines à la fois. Chacun s'efforce d'éviter leur atteinte. C'est une vraie danse endiablée. Les hommes se jettent à gauche, se jettent à droite, se baissent, se dressent, sautent, se couchent, se rélèvent, chacun à sa guise, au milieu de cris, d'imprécations. Les corps ruissellent de sueur. Bientôt quelques hommes tombent de part et d'autre. Mais le Kalala pousse le front des troupes, Tompa et Kimenkinda cherchent à tourner les ailes afin de prendre l'ennemi de travers.
Le combat n'est jamais de longue durée. Dès que la lutte bat son plein, un des deux ennemis cède. Le front recule, les ailes sont enfoncées. C'est un sauf qui peut général. Le vainqueur s'élance à la poursuite des fuyards. Bientôt les villages sont atteints. Le pillage commence. Tout homme valide est massacré; les femmes et les enfants, s'il y en a, sont capturés et réduits en esclavage ; bêtes et biens sont emmenés. Les maisons sont livrées aux flammes. Tout ce qui ne peut être emporté est brisé. Les cadavres des vaincus sont livrés aux anthropophages.
Cependant, les vaincus se sont reformés. Ils ont eux aussi appelé en hâte du renfort. Le lendemain ou le surlendemain, ils reviennent à l'assaut. Cette fois, le
Baluba. Congo, F,/, i85.
vainqueur de la veille peut être enfoncé. Malheur alors à lui. Il subit le sort qu'il a fait subir à l'ennemi.
La guerre n'est jamais longue. Pendant tout ce temps, les femmes des combattants viennent au camp porter leur nourriture, et chercher, le cas échéant, les dépouilles.
A la fin, quand le vaincu a décidément quitté le champ de combat, le vainqueur s'en revient à ses foyers. L'allié partage le butin ; quelquefois même, il reçoit un morceau du territoire conquis. Arrivant au village, le mulya vita s'avance vers le chef qui presque toujours est resté en lieu sûr, et lui rend compte de ce qui s'est passé. Avec lui sont entrés tout ceux qui n'ont pas tué d'ennemis. Quant à ceux qui ont couché un adversaire sur le flanc, ils doivent s'arrêter aux abords. Ce sont les « bamanzi ». Ils ont à se purifier tout d'abord. Dans ce but, le chef leur envoie un bélier, un bouc ou un coq. Tous perforent l'animal au moyen de leur lance ou à défaut d'une lance, au moyen d'une flèche fixée au bout d'un bâton. Sur ces entrefaites, le sorcier du village s'amène avec des talismans. Il frotte sur le front des bamanzi une corne pleine de remèdes, puis de l'ocre rouge, fixe à cet endroit un scarabée immortel (katuba) ou un petit fruit gros comme une bille, leur pique dans les cheveux une plume rouge de nduba. C'est l'insigne de leur triomphe, leur « médaille de la légion d'honneur ». A présent, ils peuvent entrer. L'âme des tués ne pourra plus leur nuire. Ils pénètrent au village sans tambour ni trompette.
Arrivés dans leurs foyers, tous les guerriers chantent leur chant de triomphe, pendant que les femmes lancent sans fin les youyou de félicitations. Voici les paroles de ce chant de victoire :
F, 185 {suite).
BALUBA
(Congo.)
Tiii bana baani? Tui bana ba Kabeya rtibo. Twanyemene ka? Twanyemene nzala ka buko Ne muko mwiné? Bamwasa lisongo ku mutwe.
Trad. : Nous sommes fils de qui? ^ Nous sommes les fils du buffle Kabeya.
Qu'avons-nous fui?
Nous avons fui la faim de chez nos beaux-parents. Et la belle-mère?
Qu'on lui lance un dard à la tête.
Après la guerre, les chefs ennemis finissent souvent par faire une sorte d'alliance, de traité de paix. Mais ce traité laisse toujours au vaincu l'espoir d'une revanche.
P. Colle.
Baliéa, Congo, F,/, i85.
BALUBA
(Congo.)
F. — Vie sociale
/) Relations avec l'extérieur 186. — Contact avec les civilisés.
Le 8 juillet 1898, trois missionnaires partaient de Baudouinville dans le but de fonder une mission chez les Baluba. Voici comment le Supérieur, le P. Claeys, décrit son installation :
« La fondation de TUruwa fut décidée après un voyage d'exploration dans TUruwa. Sa Grandeur Mgr Roelens s'entendit avec M. le Commandant du district du Tanganika sur l'emplacement. Le sultan Makumbo fut choisi pour recevoir le premier poste de mission. Etabli sur la Luisi, petite rivière qui se jette dans la Lukuga, chez Mbali à quatre jours d'ici, Makumbo avait autrefois sept ou huit sultans qui reconnaissaient son autorité. Depuis l'arrivée de Bukala, un noir se disant envoyé d'Albertville et venu s'installer ici chef du pays, ces sultans n'ont plus osé venir chez Makumbo, et, à la suite de tracasseries de toutes sortes, le pauvre chef est venu demander du secours à Baudouinville.
Le village de Makumbo, deux cent cinquante à trois cents maisons, n'est pas le plus important que nous ayons vu dans notre voyage; cependant nous choisissons cet endroit : il nous sera plus facile de nous établir là et de prendre ainsi pied dans le pays.
Je pris les devants avec une partie des porteurs pour prévenir les villages afin qu'ils préparassent des vivres
Baluba, Congo, F, /, i86.
pour le gros de la caravane, qui suivait avec le P. De Meulenaere et le frère Marcellin.
J'arrivai le 14 juillet. Un jour, je m'étais arrêté au village de Kabeke. Vers le soir, tout le monde saute subitement sur les arcs et les flèches; les femmes et les enfants fuient dans la forêt. On avait entendu un coup de fusil tiré par un partisan de Songoro, individu se disant aussi envoyé d'Albertville pour récolter tout l'ivoire du pays, et en un instant le village avait été abandonné. Le lendemain je vis la fumée qui sortait du village; Songoro l'avait incendié. Les jours suivants deux ou trois villages subirent le même sort. La terreur et l'affolement étaient partout. Je retournai alors sur mes pas, huit jours après mon arrivée, et allai voir ce Songoro pour connaître ses intentions; j'en fis un rapport à Mgr Roelens, et M. le Commandant envoya immédiatement arrêter cet imposteur. Le pays est redevenu tranquille, au moins relativement, car il y a toujours ce fameux Bukala qui terrorise la population. Lui ausssi est appelé à Mtowa.
Makumbo nous reçut très bien. On choisit l'emplacement pour bâtir, et en moins d'une semaine, deux mille noirs furent sur le chantier. « Le sultan seul sera payé; nous, nous travaillons pour rien », dit-on un jour, sans aucune raison, et le travail cessa et les misères commencèrent. Makumbo lui-même n'osa pas employer la force et contraindre ses gens.
Au commencement de septembre, un village, le même qui, menacé de l'incendie par Songoro, m'avait appelé, est venu bâtir dans notre enceinte.
La population nous est assez favorable; plusieurs!' sultans des environs sont venus nous saluer et nous apporter leurs cadeaux : poules, chèvres, enfants
BALUBA
(Congo.)
F, 186 (suite.)
esclaves... J'attends que les premières cultures soient terminées pour appeler les enfants en classe.
Dans cette population, il y a, semble-t-il, un beau fond pour établir l'édifice de la vie chrétienne; mais il nous faut la grâce de Dieu.
Le P. De Meulenaere a eu sa première hématurie alors que nous étions encore sous la tente. Il se porte bien maintenant. »
Le 22 décembre de la même année, il écrit encore à Mgr Roelens :
« Notre poste, dont la fondation est achevé au matériel, commence à marcher doucement aussi au point de vue spirituel. Nous avons dû remettre jusqu'à présent les classes et les catéchismes ; d'abord à cause de la pénurie des étoffes qui ne nous permettait pas de donner à nos écoliers l'élémentaire feuille de vigne, ensuite à cause d'une expédition de prélèvement d'impôts que Makumbo, le chef chez lequel nous sommes établis, est allé, faire avec tous ses sujets chez ses subordonnés.
D'après nos suppositions il manquerait une vingtaine de garçons. Les uns sont partis pour éviter d'être appelés en classe; les autres sont retenus parleurs parents. 11 est difficile d'avoir les filles : les femmes doivent travailler, non être instruites; c'est la mentalité d'ici.
Nous sommes très bien avec les chefs des environs. Ils font trois à quatre jours de marche pour venir nous voir, nous offrant esclaves, chèvres, vivres, etc. Ici les
Baîuha, Congo. F,/. i86.
esclaves sont nombreux : en cinq mois, nous en avons reçu ou racheté soixante, et nous avons dû en refuser en grand nombre, nos ressources ne nous permettant pas de les racheter. »
Au mois de juin 1899, le P. Claeys succombait à une hématurie pernicieuse, pendant que le Fr. Marcellin était atteint d'une hématurie avec rechute. Le P. De Meulenaere fut nommé supérieur. Peu auparavant le P. Butaye était venu s'adjoindre à la communauté.
Ce même mois, le Vicaire Apostolique envoyait sur un autre point de l'Uruwa, trois jeunes missionnaires. Le 12 juin, les PP. Termaat, supérieur, Colle et le Fr. Octave partaient joyeux de Baudouinville pour fonder une mission sur la rivière Lukulu. Après douze jours de marche à travers une région inexplorée, nous arrivons dans le pays de Kyombo-Mbayo. Ce grand chef n'eut pas plutôt appris notre arrivée, qu'il envoya des hommes pour nous saluer en son nom.
Il est trois heures du soir quand nous entrons enfin dans la cour du grand chef, séparée du reste du village. Un groupe d'hommes est accroupi à l'ombre; à notre approche, tous se lèvent d'un bond. Nous regardons,, mais pas de chef. Enfin une femme court derrière un buisson réveiller le fameux Kyombo-Mbayo, un des plus grands chefs de l'Uruwa. Surpris dans son sommeil, il se ; lève en sursaut, et accourt nous souhaiter la bienvenue. . Afin de nous recevoir dignement, le cher grand homme , a eu soin de s'affubler de toutes ses amulettes : dents | de crocodiles, cornes d'antilopes, carcasses d'insectes, ^ statuettes d'ivoire, queues d'hippopotames, que sais-je , encore? Sa peau noire avait été frottée d'huile de , sésame; ses yeux brillaient comme l'éclair, et son esprit ' était quelque peu déséquilibré par de copieuses rasades.
BALUBA
(Congo.)
F, 186 {suite).
Il avait voulu se donner du cœur et une belle contenance. Nous supposons que c'est la coutume et nous lui en savons gré tout de même.
Dès qu'il nous a serré la main, Kyombo nous fait signe de le suivre. Il nous promène à travers son village d'un bout à l'autre. A la fin, il nous dit avec un sourire de satisfaction en se redressant fièrement et en se frappant la poitrine : « tout cela est à moi ». Nous l'en félicitons. C'est vraiment le plus grand village que nous ayons vu. Sept rues parallèles, chacune de quatre-vingts cases, mais... il est absolument désert, et la brousse l'envahit de toutes parts. La cause? Les gens se sont dispersés dans les cultures afin d'agrandir leurs champs de manioc.
Dès le lendemain, nous voulûmes voir quelques-uns des habitants chez eux. Au retour à notre campement, nous ne fûmes pas peu surpris de voir tous le hommes valides, en grand costume de guerre, se diriger au pas de course vers l'ouest. Qu'est-ce donc? Où allez-vous? — A la guerre ! A la guerre ! nous crie-t-on de toutes parts. Beau commencement, pensions-nous. Pour essayer de percer le mystère, le P. Supérieur arrête la bande furieuse, et dit au chef de nous expliquer tout d'abord la situation, espérant ainsi prévenir une de ces guerres tant aimées de nos Baluba. Tout le monde se groupe autour de notre tente. Kyombo introduit son vassal Kabanga, chef aux allures distinguées, établi à une lieue à l'ouest. Il raconte avec force gestes, la cause de la
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guerre : « Hier soir, dit-il, pendant que nous vidions de grandes cruches de bière, une dispute s'engagea entre mes hommes et nos invités, gens d'un autre chef nommé Kabanga, qui demeure au Lualaba. Suit un long réquisitoire sur les faits passés, présents et futurs de ce chef, en vue d'exciter contre lui notre indignation. Mais au grand étonnement de tous, nous restons calmes, et refusons d'employer nos fusils pour exterminer avec Kyonibo et Kabanga, leur ennemi du Lualaba. Nous leur proposons d'arranger la chose à l'amiable, mais cela ne satisfait pas leur soif de rapines, et surtout le désir de notre Kyombo d'ajouter à son pays un lambeau de territoire conquis sur l'ennemi. Aussi à notre proposition succède une clameur générale : Vita : Guerre ! et nos guerriers de s'éloigner au galop. Le soir de ce même jour, une estafette du chef nous apporte des nouvelles. Le combat a eu lieu dans une large vallée. Kyombo a chassé l'ennemi, lui a tué... 2 hommes, et a lui-même un homme tué. Peu après un nouveau courrier nous arrive tout en sueur : il vient de la part du chef réquisitionner tous les hommes capables de se battre, car l'ennemi ayant reçu du renfort s'apprête à venger sa défaite. « Notre position est très dangereuse, dit-il incidemment, si nous sommes vaincus, il viendra brûler notre grand village et vous attaquer avec nous. » Conclusion : aidez-nous de vos fusils. Pour nous, nous avons confiance que la divine Providence veillera sur nous, et nous nous endormons en paix sous sa garde.
26 juin. Le matin, après la Sainte-Messe, les porteurs chrétiens qui ont apporté nos caisses, et que nous avions gardés hier pour nous assister le cas échéant, nous racontent combien le tambour de guerre a gêné leur sommeil. A chaque instant des hommes arrivent du
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champ de bataille raconter ce qui s'est passé et ce qui ne s'est pas passé pendant la nuit : combat au clair de lune, victoire de Kyombo, nouveaux renforts de l'ennemi qui possède maintenant plusieurs fusils (ces fusils ont été achetés aux Portugais en échange d'esclaves).
Nous nous méfions de tous ces racontars de noirs ; voulant enfin connaître la vraie situation et terminer au plus tôt le conflit, le P. Supérieur et le Fr. Octave, accompagnés de huit chrétiens armés de « chasse-pots » se rendent sur le théâtre de la guerre. Tout ce qui reste de valide dans les villages oii passent mes deux confrères, les suit, en sorte que ceux-ci sont bientôt entourés d'un vrai corps d'armée. A une heure de distance, ils traversent le champ de bataille de la veille et plusieurs villages incendiés ; enfin, après deux heures de marche, ils se trouvent au milieu de l'armée de Kyombo. Le chef, voyant les missionnaires, court à leur rencontre; le gros tambour de guerre résonne avec furie, tous entonnent leur chant de victoire... en l'honneur des visiteurs. Ils croient sans aucun doute que nos fusils viennent achever leurs triomphes.
Une grande activité règne parmi ces huit cents à mille guerriers.
Nombre de femmes apportent constamment de l'eau, pendant que d'autres pilent le maïs et font cuire de gros tas de patates dans d'énormes pots de terre. Les hommes préparent ou réparent leurs arcs, leurs flèches, leurs lances ou leur costume de combat. Car, le repas
Baluha. Congo, F,/. i86.
fini, il faut aller à l'attaque de rennemi. Grâce à Dieu, le P. Supérieur, à force de discourir, obtient de Kyombo un délai, afin que ses hommes nous aident dans les plus urgentes constructions. C'est la fin de la guerre, car le Père a profité de l'armistice pour concilier les parties belligérantes. Malgré tout, le chef ne peut s'empêcher de brûler encore une dizaine de villages avant de revenir. Pendant leurs pourparlers avec Kyombo, les deux missionnaires sont témoins d'un acte de lâche cruauté. Au cours de la conversation, passe tout-à-coup une bande de guerriers, hurlant, criant de tous leurs poumons, et traînant par le pied, à travers les herbes, une pauvre vieille, capturée la veille. Le Père, indigné, demande à Kyombo des explications ; celui-ci répond que la bande de Bakazanzi (anthropophages) va tuer cette femme. Le Père veut empêcher cet acte de cruauté, mais il est déjà trop tard; sous ses yeux on vient d'assommer à coups de bâton, la malheureuse victime. Aux reproches, Kyombo répond en riant : « Ce n'est qu'une vieille, ça n'est bon à rien. »
Sous ces impressions, mes confrères se hâtent de quitter le camp. Le soir même, Kyombo revenait avec ses gens, suivi d'une quantité d'esclaves chargés de provisions, butin fait sur l'ennemi. Nous dûmes être témoins, le même jour, d'un autre acte de barbarie, afin d'être initiés, dès notre arrivée, aux hideuses coutumes de ce peuple.
Nous cherchions, au coucher du soleil, un endroit de la rivière pour nous baigner, quand nous aperçûmes, à quelque cent mètres en aval, sous un grand arbre, un groupe de nègres badigeonnés de couleur blanche, chantant et dansant autour d'un grand pot placé sur le feu. Nous étions loin de soupçonner ce qui se passait.
BALUBA
(Congo.)
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Remarquant des femmes, venues là pour puiser de l'eau, fixer du regard ce groupe étrange, puis se détourner avec dégoût en proférant des paroles de mépris. «Qu'estce donc, demandons-nous. » Ce sont les Bakazanzi (anthropophages) qui cuisent la femme tuée ce matin pour la manger. A cette nouvelle, nos cœurs bondissent de dégoût, mais il faut refouler nos sentiments d'indignation et passer en faisant l'ignorant. Arrivés ici depuis deux jours seulement, nous devons éviter la moindre imprudence, pour ne pas compromettre notre œuvre. Nous nous contentons de prier pour la conversion de tous ces malheureux, demandant à Dieu de changer ces malheureux plus ignorants que mauvais.
27. Tous les chefs de quartier de l'ancien village, réunis en Conseil, acceptent de travailler avec leurs gens. Pendant que les uns iront couper du bois, les autres iront défricher l'emplacement de notre future mission. Voilà la résolution; quant à l'exécution voici : trois jours plus tard, nous voyons venir une bonne douzaine de travailleurs.
31. Pendant le dîner, une procession d'anthropophages, au retour d'un de leurs sinistres repas, passe devant notre tente en chantant et en s'accompagnant d'instruments de musique.
Juillet. Encore des bruits de guerre. On nous annonce que l'ennemi Kabanga revient à l'attaque, renforcé cette fois d'une foule de guerriers du Lualaba. En ce moment, Kyombo est entouré de tous les siens.
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Tout cela ne nous réjouit guère. Pour mettre fin à leur ardeur belliqueuse, le Supérieur décide d'aller parlementer auprès de Kabanga.
Le même soir, au moment oii nous prenions notre frugal repas, de nouveaux cris de guerre retentissent tout-à-coup. Nous allons aux informations, on nous dit que les vaincus de la veille veulent rentrer dans leurs villages incendiés et qu'ils veulent prendre l'offensive. Sans ajouter une foi entière à ces dires, le Père Supérieur juge bon de reconnaître les intentions de l'ennemi.
C'est pour répondre à ce désir, que le lendemain matin je partis en compagnie du Frère Octave et d'un seul noir. Au moins notre petit nombre ne pourra pas jeter l'alarme dans le camp. Nous partons avec l'espoir de n'être pas attaqués; mais pour plus de sûreté, nous prenons chacun un fusil et nous nous abandonnons à la divine Providence. N'est-ce pas pour la gloire de Dieu que nous avons tout quitté pour venir ici ?
Pendant une heure, nous traversons les villages soumis à Kyombo, nous pouvons en compter une vingtaine. Tout le monde se presse sur notre passage. « Comment, nous disent ces sauvages, comment, vous n'allez qu'à trois ?... vous n'avez pas peur? » Nous rions de leur frayeur et nous marchons. Arrivés à la limite du pays ennemi, nous sommes devant une vaste vallée hérissée de termitières en forme de petits minarets. Ces nombreux monticules artificiels donnent à la région l'aspect d'un immense cimetière.
Depuis deux jours, ces lieux sont déserts ; la vie, qui anime d'ordinaire le sentier sablonneux que nous suivons, a fait place à un morne silence. Une série de villages incendiés nous annonce que nous sommes proches du campement ennemi. Nous recommandons à Dieu notre
BALUBA
(Congo.)
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mission pacifique et nous avançons. D'ici, de là, de noires vapeurs s'élèvent encore, sinistres, vers le ciel. Le feu continue à dévorer les débris des huttes; ce n'est partout que ruines, que provisions dispersées, que décombres de toutes sortes.
Que sont devenus les habitants de ces parages ? Quelle direction ont-ils prise dans leur fuite précipitée ? Nous appelons, notre voix reste sans écho. Enfin, nous apercevons une tête qui émerge au-dessus d'une plantation de manioc. « Eh ! l'ami, viens ici, n'aie pas peur, ce sont des Blancs, qui viennent t'apporter des paroles d'amitié ». Pour toute réponse, le Noir crie à d'autres, cachés plus loin : « Fuyez, fuyez, les Blancs sont là, ils viennent manger notre pays ».
Notre attitude n'est nullement guerrière, aussi des hommes armés de lances et de flèches apparaissent bientôt ici et là. iVlais ils restent sur le qui-vive, leur maintien dit assez qu'ils ont peur et qu'ils songent plus à fuir qu'à nous attaquer. Nous parlementons à distance pendant un quart d'heure. Peu à peu la confiance naît dans leurs cœurs, les Noirs s'approchent jusqu'à trente mètres de nous. Pensant alors que la vue de nos armes leur fait peur, je dépose mon fusil et je m'avance seul pour leur serrer la main. Précaution inutile, les nègres, terrifiés, décampent tous comme une volée de moineaux.
J'avise alors un petit vieux, occupé à lier un panier de patates. Surpris, il se laisse approcher. « Toi, lui dis-je, tu es un brave, tu es mon ami, mais tous les
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autres sont des lâches ». A ces mots, prononcés à dessein d'une voix très forte, les fuyards se décident à faire amitié ». Décidément, se disent-ils entre eux, on ne dirait pas que ces Blancs nous veulent du mal ». Oh ! s'ils connaissaient nos intentions ! Ce n'est pas leur pays que nous voulons, mais le salut de leurs âmes.
Peu après, escortés par une troupe de guerriers, nous nous dirigeons vers le village du chef principal. Nous y arrivons à midi. La nouvelle de notre venue nous a précédés, car tout le monde : hommes, femmes et enfants, s'empressent autour de nous, avides de regarder, d'inspecter, de la tête aux pieds, ces Blancs dont on leur avait dit tant de mal. Nous apprîmes plus tard que les gens de Kyombo leur avaient annoncé que nous viendrions, en compagnie de leur chef, prendre tout le pays jusqu'au fleuve Lualaba.
Nous les détrompons : par notre bonne humeur, nous les mettons à l'aise. Le Frère obtient un véritable succès avec ses lunettes. Qu'est-ce que cela peut être ? Ce doit être une amulette ou quelque chose de semblable. Pour les détromper, le Frère met ses lunettes sur le nez d'un Noir. Celui-ci, surpris, ébahi, ne sait s'il faut rire ou pleurer; il reste immobile comme une statue, à la joie indicible de toute l'assemblée.
Une montre, un couteau, nos souliers surtout, excitent la surprise générale. Enfin, pour donner une haute idée de la puissance des Blancs et pour inspirer une salutaire terreur à l'endroit de nos personnes, le Frère leur montre le mécanisme de son revolver et leur explique qu'avec ce petit bijou, il peut foudroyer six ennemis en moins de temps qu'il n'en faut à un nègre pour bander son arc. Ces sauvages n'en pouvaient croire leurs oreilles.
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. Voyant que tout allait pour le mieux : « Amis, leur dis-je, il fait chaud, le soleil a fourni plus de la moitié de sa course. Apportez-nous un peu d'eau et quelques vivres, vous serez bien payés de votre peine. » En même temps, je tire de ma poche quelques poignées de perles. Aussitôt patates et poules abondent. On nous apporte même un panier d'arachides, je le distribue. Cette largesse me gagne la sympathie de tous les enfants du village.
Dès que nous fûmes un peu reposés, nous demandâmes à voir le chef. — « Il est absent, nous fut-il répondu, il est allé à la Lualaba, recruter des combattants pour continuer la guerre... 11 y a là pourtant le Kalaba (sous-cheî) et le conseil ». Les ministres convoqués s'accroupissent autour de la botte de paille sur laquelle nous nous reposons et je les charge de transmettre à leur chef les intentions du Père Supérieur :
« Les Blancs ne sont venus chez Kyombo ni pour faire la guerre ni pour conquérir du pays, mais uniquement pour faire du bien à tous les Noirs, les instruire et leur procurer un bonheur qui ne finira pas. A tout prix, il faut donc cesser la guerre. Si votre chef veut venir attaquer Kyombo, qu'il prenne garde à nos fusils. Quant aux villages incendiés et au partage des terres, que les chefs s'entendent entre eux, ou bien qu'ils aillent chez le Blanc de Mpweto. »
Ce petit discours produit le meilleur effet. Le Kalaba
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répond que son maître acceptera nos paroles, parce qu'il désire vivre en paix.
Nous n'avons donc plus qu'à remercier le bon Dieu de nous avoir procuré l'occasion de remplir, dès le début de notre arrivée, notre mission de ministres de l'Evangile.
A notre retour chez Kyombo, tout le monde vint nous remercier. Kyombo lui-même fit parler la poudre en notre honneur.
Dès le lendemain, les hommes partaient à la forêt, pour couper du bois, tandis que d'autres cueillaient des roseaux et des herbes pour construire notre habitation provisoire.
A la fin du mois d'août, nous pouvons enfin plier notre tente. La première maison en torchis est terminée. Elle sérvira en même temps de chapelle, de magasin, de chambre à coucher et de réfectoire. Nos braves Baluba, décidément, n'aiment guère le travail, et n'eut été le coup de main inattendu des porteurs chrétiens venus avec des charges de Baudouinville, nous eussions peut-être longtemps encore vécu sous la tente. Et pourtant dans ce village abandonné, sous un soleil de plomb, la vie de la tente n'est guère agréable. Depuis notre arrivée, pas un seul jour ne s'est passé sans que l'un d'entre nous n'était retenu par la fièvre.
Le 31, nous sommes encore témoins du poison d'épreuve. Le malheureux a été désigné par le grand sorcier comme ayant causé la maladie (variole) et la mort d'un individu de la Nyemba, à huit heures au Nord d'ici. En conséquence, il a du prendre le poison d'épreuve. Il n'a pu le vomir, preuve assurée de sa culpabilité. Les anthropophages y gagnent un repas. Quand nous étions encore sous la tente dans la cour de
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Kyombo, nous avions été les témoins d'un fait pareil. Kyombo, soupçonnant une de ses dix-huit femmes d'avoir volé un morceau de fer, lui enjoignit de prendre le poison. L'infâme boisson fut préparée au pied d'un fétiche et présenté à la malheureuse. Nous n'avions eu connaissance du fait qu'après l'absorption du poison. Tout de suite nous préparons un bon vomitif pour le lui administrer dès que l'on verrait un peu de difficulté à vomir. Le breuvage ne tarde pas à bouleverser l'estomac, et à produire un vomissement. Nous n'avions donc pas eu à intervenir, ce qui sans doute nous eut causé bien des désagréments.
Le mois de septembre s'écoule bien tranquillement, plus tranquillement que nous n'eussions souhaité. Nous devons subir le caprice des Baluba qui nous exercent quasi méthodiquement à la patience. Chaque jour ce sont de nouveaux subterfuges pour ne pas travailler, tant de la part du chef que des gens. Tantôt les constructions sont trop grandes, eux ne savent construire que leurs petites cases, et à cause de cela ils ne peuvent couper ni rondins, ni roseaux, ni herbes, ni même pétrir la terre plastique qui sert à faire les murs. Tantôt il faut mettre le feu aux herbes et chercher le gibier surpris par l'incendie. Un autre jour, ils sont trop fatigués par la légère charge de la veille, ou bien ils doivent aller danser et boire de la bière; presque toujours ils ont envie de se promener. Bref, ils ne font presque rien.
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Heureusement, le l^r octobre nous amène à Timproviste sept ménages chrétiens, formant un groupe de dix-neuf personnes. Mgr le Vicaire Apostolique nous envoie ce renfort pour remédier à l'incurable paresse des Baluba et, au besoin, nous aider contre un coup de main ; car dans ce pays de guerres incessantes, les hommes ont pour ainsi dire l'instinct de la guerre et des attaques clandestines. Et puis, n'avons-nous pas là tout près de nous, à quinze heures Nord-Ouest, et dix heures Sud-Ouest deux brigands aussi puissants que rusés. Nos soldats travailleurs pourront donc rendre de réels services, surtout s'il prenait fantaisie à nos deux brigands de venir nous molester chez nous. Bukala et Paranimo ont autour d'eux un ramassis d'anciens esclavagistes Wanyamwezi des bords du Tanganika, qui se sont retirés ici pour échapper aux coups des Européens. Grand est leur dépit de nous voir si près d'eux. Inutile de dire leurs rapines et leurs brigandages.
Le 15 octobre, nous rachetons le premier esclave. Malgré que le pays regorge d'enfants esclaves, la grande méfiance du chef et de ses gens les a, jusqu'à ce jour, empêché de nous vendre ces malheureux. Le petit libéré se joint à nos enfants chrétiens venus de Baudouinville.
Durant le mois de novembre, le Père De Meulenaere, Supérieur de la mission voisine Luisi Saint-Lambert, vient nous faire visite. Le Père Termaat et lui se décident à aller explorer le pays du côté du fleuve Congo. Ils partent le 23. Le voyage ne fut tout d'abord pas trop fatiguant. Mais vers la fin, ils arrivèrent dans une contrée dévastée par des brigands aux ordres d'un certain Kybombo, digne émule et compatriote des Bukala et Paramino. Les porteurs y éprouvent des difficultés
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inouiës pour se procurer des vivres. Pour comble d'infortune, le Père De Meulenaere est pris de fièvre. Il faut donc engager des porteurs de litière. Or, dès le lendemain 8 décembre, arrivés chez Kyulu, ils s'enfuient. Les nouveaux porteurs engagés font de même le soir, dès qu'ils sont arrivés au camp, dans la forêt, contre le territoire de Nzoa. Le lendemain, nouvelle fuite des porteurs de hamac. Le 11, pendant plusieurs heures on ne rencontre que des villages en cendres. Arrivés chez Mubeya, nouvelle disparition des porteurs. Le 12, en se rendant chez Kahende, le Père est pris d'hématurie. Les porteurs, le voyant en cet état, le jettent dans les herbes de la brousse. Force est donc d'attendre que les premiers porteurs, ayant déposé leurs charges à l'étape, puissent revenir le chercher. Chez Kahende même, pas âme qui vive ; tous sont à la recherche du caoutchouc avec Nzoa, Le soir, celui-ci rentre et promet des porteurs pour le lendemain.
L'hématurie n'a heureusement aucun caractère de gravité. La journée du 13 est rude. Le malade est abandonné de nouveau par ses porteurs dans la forêt, et c'est avec peine que son confrère parvient à en recruter d'autres. La marche est dure sous la pluie. C'est seulement à la tombée de la nuit que la tente se dresse dans le village de Mubaya. Le lendemain 14, on arrive enfin à la mission Saint-Lambert. Malgré tant de misères, le malade constate que les émissions de sang sont finies. Quant à son compagnon de route, il continue son voyage
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et rentre le 19 à Lukula-Sacré-Cœur. Quelques jours après il était lui-même atteint d'hématurie. Dieu merci, elle ne fut pas mortelle.
Janvier 1901. Pendant les six mois écoulés depuis notre arrivée, nous n'avons pas encore pu nous appliquer à l'œuvre de la mission proprement dite, à cause des préjugés du chef et de ses gens.
Il pense, notre Kyombo, que nous sommes venus ici pour prendre simplement son pays et même que nous l'enverrons un jour à Mpweto pour le faire tuer. Que de fois nous avons essayé de lui faire comprendre l'unique but de notre arrivée ici : toujours il proteste de sa joie de nous voir près de lui; mais par des tierces personnes, nous savons ses craintes puériles. Malgré tout, nous allons essayer de commencer la classe pour les garçons. Nous n'y arriverons qu'en distribuant de petites récompenses. Notre maigre budget y passera, mais tant pis. Nous commençons à inviter et à inscrire les enfants. Le bout d'étoffe promis fascine leurs regards : quatre-vingt environ répondent à l'appel. Aussitôt nous ouvrons l'école. Mais ce n'est pas facile de tenir l'ordre dans cette bande de petits sauvages. Dieu merci, après quelques jours, la classe allait son petit train.
Le mois suivant, nous voulons commencer l'installation des adultes. Eux aussi veulent une étoffe. Mais, n'en i recevant pas, nos salles restent vides. '
Cependant les étoffes de nos enfants commencent à disparaître et avec eux nos élèves. A Pâques, il nous ' faut faire une nouvelle distribution.
Le 26 mars nous apprenons que les Bakazanzi de chez | Kabanga se préparent à de nouvelles orgies. Ils ont | invité les confrères de nos parages. Un homme, ayant ' été accusé par le sorcier d'avoir été la cause de la mala- !
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die mortelle d'un individu, a été condamné au poison d'épreuve. « Une poule a dénoncé le coupable au sorcier. » La femme subira le sort du mari. Ces malheureux étant des gens peu considérés, seront sans aucun doute victimes du poison, et comme tels seront dévorés par nos anthropophages.
La maladie n'a pas encore terminé son œuvre. Vraiment il est dur de s'acclimater ici. Les fièvres succèdent aux fièvres; la terrible hématurie n'épargne personne. Le 15 mai, j'en fus atteint moi-même. Dieu merci, elle ne présenta pas de gravité spéciale. Il n'en fut pas de même chez notre bon Fr. Octave. Moins d'un mois après, il succombait, lui, à un accès d'hématurie compliqué de maladie de cœur. Ainsi se termine notre première année.
Comme on peut le voir par ces quelques faits, l'année de notre installation a été prodigue en misères; le caractère de nos paroissiens a eu le temps de se dévoiler à nous. Et que de détails j'ai dû omettre dans ces notes, détails qui eussent mieux décrit peut-être les difficultés de notre mission naissante. Tels quels, ces quelques faits peuvent donner une idée du changement que l'Evangile est appelé à opérer parmi ces natures déchues. Je ne raconterai pas l'histoire de notre mission pendant les années suivantes.
Je me contente de jeter, après douze ans de labeur, un rapide regard sur le travail opéré dans ce coin perdu de l'Afrique, par trois pauvres missionnaires.
Pendant ce temps, nous avons eu l'occasion d'étudier
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à loisir les obstacles innombrables qui sont venu opposer leur résistance à notre mission naissante, mais qui ont fini comme toujours par s'évanouir devant le signe de notre rédemption, je veux dire, la polygamie, les sociétés secrètes, les coutumes barbares du poison d'épreuve et de l'anthropophagie, les querelles et les guerres intestines, la profusion de sorciers et sorcières de tout calibre, l'esclavage et l'invasion des esclavagistes Wagoma et Bahuni, l'amour immodéré de l'indépendance qui éloigne nos noirs de tout ce qui sent la gène ou la contrainte, et par suite la fuite de travail régulier, de l'école, etc., enfin et surtout la sourde hostilité des grands et en particulier du chef Kyombo qui, par l'arrivée des missionnaires, se sont vus entravés dans leurs désirs d'accaparer les pays avoisinants, ont vu leur autorité arbitraire sur les faibles, les petits et les esclaves diminuer (pendant que ceux-ci prenaient conscience que l'heure de la liberté avait sonné), ont éprouvé des difficultés toujours plus grandes pour recueillir le tribut de vassalité qui fait leur richesse, et par conséquence naturelle, plus de peine à se procurer les femmes et les troupeaux qui leur donnaient du prestige.
Que de peines et de souffrances ont assailli la mission pendant ces douze années : fièvres et hématuries incessantes, actes de mauvais vouloir des chefs, menaces de mort à trois ou quatre reprises différentes, difficultés immenses pour nourrir nos nombreux esclaves rachetés, suppression de la mission Saint-Lambert à la j suite d'une mortalité telle qu'après six ans de séjour, huit missionnaires déjà avaient succombé.
Mais combien, depuis la fondation, les choses ont changé de face. Les guerres intestines ont disparu
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complètement du pays ; nos noirs ont pris Thabitude de porter près des blancs leurs différends et leurs contestations. Les sociétés secrètes trouvent des obstacles toujours plus grands pour faire de nouvelles recrues ; les anciens initiés désertent les réunions qui n'ont plus lieu comme jadis, au milieu des villages, mais bien au fond des bois et dans l'obscurité de la nuit. Les non-initiés redoutent de moins en moins leurs sortilèges et leurs remèdes magiques. Les sorciers et magiciens ont de la peine à trouver une clientèle; eux qui autrefois trônaient en maîtres sont obligés de fuir les abords de la mission pour ne pas mourir de faim. Avec eux disparaît l'horrible coutume du poison d'épreuves et de l'anthropophagie; les cas isolés qui se présentent, ont lieu dans le plus grand secret. La jeunesse de toutes parts vient vers les missionnaires, en qui elle a reconnu ses vrais bienfaiteurs, ses vrais amis; elle se laisse façonner par eux, elle se laisse transformer; elle commence à se rendre compte que son véritable bonheur consiste dans l'adoption de cette religion, de renoncement aux convoitises de la chair, de dévouement et d'amour pour le prochain et pour Dieu. Elle s'empresse de plus en plus autour de la mission, oii les plus généreux viennent entendre les paroles de l'Evangile, ou même s'établir dans ce centre de civilisation. Près de trois cents personnes ont obtenu l'autorisation de construire à côté de la mission, afin de se trouver en
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même temps sous la protection et l'influence de leurs prêtres.
Le voyageur de passage à Lukulu peut admirer aujourd'hui, de vastes bâtisses où habitent les missionnaires et leurs soixante orphelins, perdus dans des centaines d'orangers et de palmiers.
A cinq cents mètres de là, de vastes constructions qu'habitent quatre sœurs missionnaires et leurs cinquante petites rachetées ; entre les deux, le coquet village chrétien, partout autour d'eux de vastes et belles cultures qui garantissent tout ce petit centre contre la famine.
Afin de mieux montrer le chemin parcouru, je donne ici un tableau comparatif des œuvres en 1907 et 1912 :
Pères missionnaires
Sœurs missionnaires
Catéchistes noirs ....
Néophytes
Cathéchumènes inscrits .
Baptêmes d'adultes durant l'année .
Baptêmes d'enfants de néophytes .
Baptêmes in articulo mortis
Mariages contractés durant l'année .
Confessions
Communions
Confirmations. . . .
^ , i Garçons
Ecoles J pii,^g
Malades soignés durant l'année.
Ces chiffres n'accusent pas, j'en
conviens, les
superbes résultats obtenus dans d'autres missions; mais si Ton se rappelle combien nos Baluba se trouvent-
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enchevêtrés dans les liens de la sorcellerie et des coutumes les plus barbares, on sera forcé de reconnaître que ces succès sont de nature à consoler le cœur du missionnaire. Et si Ton veut bien remarquer en même temps que l'action des Pères de Lukulu commence à s'étendre au loin, que les noirs fixés à dix et quinze lieues de là aspirent à entendre dans leurs villages les paroles de l'Evangile, que les plus rébarbatifs eux-mêmes se sentent secoués, on m'accordera que le résultat est encourageant.
Avant de terminer, jetons un petit coup d'œil sur la basse-cour et le jardin de la station. Pour être moins intéressant, ce chapitre n'en a pas moins son utilité pratique.
La basse-cour de la mission contient :
Gros bétail, moutons, chèvres, poules (race améliorée), pigeons, lapins, oies, canards, dindons. Les ruminants trouvent leur nourriture toute l'année.
Moutons, chèvres, pour prospérer, doivent courir en liberté, avoir dans l'étable 1 mètre carré par bête, être lâchées après 8 heures du matin, à l'abri de l'humidité, avoir une étable à claire-voie. Petits séparés. Pas plus d'un mâle pour dix femelles; veiller à la qualité du mâle reproducteur. Châtrer les petits mâles avant trois mois, c'est le mieux (châtrer par strangulation).
Jamais plus de cinquante bêtes dans une chèvrerie, sinon elles attrappent la gale, ou une maladie des pattes avec morve. Alors que les indigènes réussissent, les
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blancs échouent presque partout, parce que, ils réunissent toutes leurs bêtes sur un même lieu, et les font garder.
Lapins : mangent feuilles de patates, et un peu de son, ils reçoivent à boire. Ils prospèrent, mais donnent en général moitié moins qu'en Europe,
Espèces : petits noirs de Zanzibar ; Albinos.
Canards et dindons réussissent assez mal ; les premiers sujets ont une sorte de diarrhée verte, les seconds meurent à la mue.
Poules : liberté est de rigueur, elles trouvent le reste.
Il y aurait trop à dire, si Ton voulait entrer dans les détails.
Potager : il faut faire venir les semences d'Europe. Aucun légume d'Europe n'est acclimaté absolument, sauf le blé, le blé noir, haricots, petits pois.
On peut semer toute l'année même l'été, si l'on peut suffisamment arroser.
11 faut couvrir de claies bien des légumes.
Légumes cultivés avec succès à Lukulu : tomates (plusieurs variétés), aubergines (longues violettes), carottes (courtes nantaises), laitues, chicorées, haricots (plusieurs espèces), surtout beurre d'Algérie, concombres, poireaux monstrueux, carentan, échalottes, choux cœur de bœuf, tétragones, bazelle, cresson des fontaines, choux rouges nains, et en général, tous les légumes nains, très hâtifs.
Légumes qui ont échoué à Lukulu : pommes de terre (elles poussent partout ailleurs), oignons des vertus, etc., lentilles, fèves des marais, épinards, choux-fleurs, blé, (froment dur et doux, épautre, etc.), choux lents, (schweinfurth, etc.), melons.
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Le terrain doit être fumé, il y a énormément de vermine, au-dessus et dans la terre; il faut plusieurs années, avant de l'en avoir un peu débarrassée. En général, nous cultivons sur planche élevée de 15 centimètres.
Arrosage matin et soir ; jamais entre 9 et 4 heures. Sarcler très souvent.
Autres cultures :
Arachides. Déjà indiqué.
On les plante à 50 ou 60 centimètres de distance, deux ou trois ensemble. Aiment une terre meuble. Brûlent facilement sous l'action du soleil, et sèchent. On peut y planter des tiges de manioc. Habituellement sur tertres ; quelque fois en pleine terre. Semence se conserve dans la gousse.
Les Baluba les cultivent peu, parce que le renard bleu, les corbeaux, les rats dévastent trop les champs d'arachides.
Vontzeia subterranea : sorte de pois chiche différent de l'arachide; un grain gros comme une bille, goût haricots, poussant en terre, se cultive à peu près comme les arachides ; encore moins répandu mais est délicat pour nous.
Colatier : inconnu.
Poivrier (petit poivrier de Cayenne) pousse sur l'emplacement des anciens villages, peu dans la brousse. Les noirs en consomment assez peu.
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— Sgo —
Ricin : ne se cultive pas. On se contente de récolter les grains des arbres qui ont grandi spontanément. Le ricin pousse partout comme de la mauvaise herbe, sur l'emplacement des anciens villages, et dans les villages, sur le fumier.
— Sgi —
G. — Caractères anthropologîques
a) SOMATIQUES 188. — Crâne et tête,
La moyenne de la taille des hommes est 1 mètre 65 centimètres. Les femmes ont de 5 à 7 centimètres de moins.
Il y a des hommes de grande taille, j'en connais qui ont de 1 mètre 80 centimètres à 1 mètre 85 centimètres. C'est l'exception. Chez Kyombo, sur un village de 500 habitants, je comptais trois géants pareils. Mais un nombre assez considérable comptait de 1 mètre 70 cent, à 1 mètre 75 centimètres.
Nos Baluba sont plus grands que les peuplades des autres races qui les avoisinent.
Voici le résultat des quelques mensurations faites sur dix hommes adultes, âgés de 20 à 30 ans, à la mission de Lukulu. Les mensurations furent faites au moyen d'instruments anthropométriques :
Taille
Grande envergure
Diamètre antero postérieur de la tête
Diamètre transverse maximum
Largeur du nez
Hauteur du nez
On'1495
P. Colle.
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G. — Caractères anthropologiques
a) SOMATIQUES