Culte des ancêtres
On a vu (no 99) le culte que rendent les Baluba sur la tombe de leurs morts et devant leurs huttes mortuaires.
C'est surtout sous la forme de culte aux mânes que se pratique chez eux le culte des ancêtres.
Les Baluba offrent à leurs mânes un culte à peu près identique à celui qu'ils offrent aux autres génies tutélaires : néoménies, offrandes, libations, prières, actions de grâces, etc. En retour, les défunts protègent ceux qui les honorent; ils les préservent des malheurs, les défendent contre leurs ennemis, se vengent au besoin sur eux etc.
Les mânes donc, ont droit aux respects, aux hommages, aux offrandes et aux sacrifices. La famille leur adresse des prières. Ce sont les esprits tutélaires naturels du foyer. On les apaise quand ils sont irrités. On invoque leur protection contre les malheurs.
Le culte des mânes joue un rôle très important dans la religion des Baluba. Sans cesse, ils en sont préoccupés. C'est leur refuge dans tous les malheurs et contre toutes les incantations des ennemis et des mânes de ceux-ci.
Car, dans le monde des invisibles qu'elles habitent, les mânes restent ennemies comme elles l'étaient sur terre : peuplade contre peuplade, village contre village, etc.
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Les morts sont portés à protéger ceux qui les aimèrent de leur vivant et qui continuent à les honorer ; mais ils cherchent par contre à faire du tort à ceux qui leur ont fait du mal ou qui font du mal à leurs parents encore en vie. Alors ils vont se mettre en embuscade dans le chemin fréquenté par leur ennemi, se cramponnent à lui, lui font éprouver des vertiges, de façon parfois qu'il perd la tête et qu'un accident s'en suit, à moins que ce ne soit une maladie. D'autres fois, ils se posent dans un tourbillon de vent (kimimbili) une de ces tornades si fréquentes en Uruwa pendant les temps très chauds — et se mettent à la poursuite de leur ennemi ; ils réussissent souvent, dit-on, à le saisir et à le faire mourir dans une syncope. D'un tourbillon en marche ils disent : « Kimimbili Kinanganga », c'est-à-dire l'esprit Kimimbili se promène.
On dit dans le pays que lorsqu'il y a un tremblement de terre, c'est la suite d'une bataille entre mânes adverses, qui luttent entre elles à la façon d'humains vulgaires (1).
Dans l'autre monde, en effet, les morts sont groupés par village, comme sur terre et tous les esprits qui les animaient ici continuent de les animer là-bas. C'est le royaume de « Kalunga Nyembo ».
Assurément tous les Baluba ne sont pas des dévots ; il en va chez eux comme chez nous ; il y a les fervents et les plus ou moins indifférents. Mais la croyance générale veut que celui qui néglige un peu trop le culte des morts, est exposé à des malheurs ; les défunts méprisés se cramponnent à eux, leur infligent une maladie de langueur dont ils mourraient sans aucun doute si le
(i) Les peuplades des bords du Tanganika disent que le tremblement de terre est le passage de Kibawa amenant les âmes vers son antre.
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devin consulté ne leur dévoilait la cause du mal, et si une offrande réparatrice n'allait apaiser les mânes offensées.
II arrive qu'un malheureux, abandonné de tous, seul sur sa natte, gémit et se lamente de ne trouver nulle part un soutien bienfaisant; sa case est en ruines, la pluie et les vents y pénètrent de toutes parts ; plus de bois pour réchauffer ses vieux os et personne pour le soulager ou lui verser l'espérance. I! appelle la mort. Celle-ci ne tarde pas à venir; un parent invoqué ou même un défunt au cœur compatissant vient, avec la permission de Kabezya-Mpungu, l'enlever du monde.
C'est la mort par charité.
Pour être précis, j'avoue que c'est le seul cas de l'espèce que j'ai entendu citer.
Nombreux, au contraire, sont les cas de mort par vengeance.
Le culte des mânes, au sein de la famille, est réglé par la coutume.
Si le défunt a des enfants en vie, c'est à l'aîné surtout qu'incombe le devoir d'élever la hutte mortuaire et d'observer les pratiques du culte. A-t-il encore ses parents, ce sera la mère ou le père qui construira l'édicuîe. Le défunt est-il mort en bas-âge, le premier enfant qui naîtra de sa mère, après qu'il a été enterré, portera bien souvent son nom. En effet, la mère attristée le verra souvent en rêve. Or une femme enceinte qui rêve d'un mort, croit que ce mort veut être protecteur de son
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enfant. Le sorcier consulté la confirmera dans son idée, D'oii l'importance du nom au nouveau né. Dès que l'enfant en sera capable, il aura la garde de l'âme de son frère aîné.
Ce culte n'est pas difficile à pratiquer. A chaque nouvelle lune, l'officiant en titre viendra balayer la case mortuaire, se mettra à danser devant celle-ci pendant quelques instants, puis y creusera deux petits trous ; dans l'un il répandra un peu de farine à l'eau chaude et s'il a du pombe il en répandra un peu dans l'autre trou. Dès que le sol a absorbé ces vivres, le défunt est rassasié pour un mois.
De plus, pendant une série de soirs, au début du mois, le gardien de l'édicule viendra déposer quelques braises brûlantes afin que le mort n'ait pas froid. 11 en agit ainsi, du reste, chaque fois qu'il veut se concilier les faveurs spéciales; c'est l'accessoire presqu'obligé de la dévotion ou de l'impétration forte. Je ne pourrais affirmer que le feu est déposé devant la case de tous les morts. Il se pourrait que ce soit la spécialité de ceux qui ont porté le nom des esprits qui veulent être honorés par le feu de « luvilyo » ou bien leur ont été voués.
Notons qu'après avoir nourri ainsi le défunt, l'officiant se frotte le sourcil gauche avec de la terre blanche et s'abstient de cultiver ce jour-là, lui et sa famille, car infailliblement son champ serait stérile.
Accroupi sur ses talons, l'officiant dit, par exemple, en s'adressant à l'âme présente dans la hutte du mort : « Toi, mon père chéri, vois comme je suis triste; tu m'oublies quand je pêche, quand je chasse; aide-moi, et je te donnerai une bonne part, etc. » Ou bien : « Père chéri, ne tourmente plus ainsi mon fils ; laisse-nous en paix; je te soignerai bien etc.
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Pas de vêtement rituel spécial.
Lorsqu'il s'agit d'une offrande inaccoutumeé, ordonnée extraordinairement par le devin, c'est habituellement le consultant qui officie, à moins que ce ne soit le malade lui-même.
Pas de rite spécial, que je sache, pour apaiser les morts.
Les femmes peuvent officier aussi bien que les Tiommes.
Je n'ai pas observé que les esprits des chefs morts étaient considérés comme protecteurs du village ou de la peuplade et que les gens du village ou de la peuplade leur rendaient un culte spécial.
La famille des chefs honore ses auteurs comme les autres familles le font. Il convient toutefois de noter que les chefs « de sang royal », les balohwe, sont considérés comme des êtres à part, je dirais volontiers des êtres de sang sacré, ayant en eux le « bulohwe ».
Sur l'origine de ce « bulohwe » voyez la légende de Kongolo, no 118.
Il est un mode de traiter le cadavre du mort, qui doit être noté ici.
Un malade (ou son délégué) va consulter un sorcier sur la cause de son mal; le sorcier, après le rite d'usage, déclare que le coupable est l'âme d'un mort. Que faiton? Ou bien on lui fait un sacrifice, ainsi qu'il a été dit; ou bien, dans certains cas, on déterre le cadavre et on en brûle une partie, soit la tête, soit la moitié du tronc,
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etc. Pourquoi? Pour diminuer sa puissance d'action; le mort est trop puissant ; aussi, en diminuant son volume corporel, on lui enlève une partie de sa puissance.
Voici l'un de ces cas, le plus fréquent assurément :
Quand un noir voit souvent dans ses rêves l'image d'un mort, qu'il éprouve des cauchemars ou non, il croit que le mort veut réellement le molester. A ses yeux, ce mort importun est un Kizwa, revenant méchant, nuisible. Il cherche donc à se débarrasser de ses importunités. Il va trouver le sorcier, lui raconte l'objet de sa visite. Le sorcier, quelquefois, lui dit qu'il doit déterrer le cadavre, d'autres fois, il lui dit simplement de se procurer un muhasi, image sculptée du défunt. Dans le premier cas, le client va trouver deux bakazanzi, anthropophages qui ont des talismans capables d'arrêter toute nuissance de la part des morts. Ceux-ci brûlent une partie des os, en prennent pour eux une partie, quelquefois tout le reste du cadavre pour en faire des remèdes. Le client leur paie un esclave ou quarante grands colliers de perles bleues (mitunda).
Il arrive que les images redoutées continuent à troubler le sommeil du client. Dans ce cas il va trouver les parents du défunt ennuyeux, et là il est procédé au rite : « Kuhala », c'est-à-dire que le noir ennuyé par le mort reçoit, outre une chèvre ou même un esclave, si les parents sont dans l'aisance, une poule blanche et un morceau de fer (fer de lance, hache, couteau), nommé fer de santé : Kilonda kya bukomo. Il dormira désormais en tenant le fer en main. La poule est sacrifiée au mort. S'il ne ressent plus d'importunités, après quelques semaines il paie à la famille la valeur de ce qu'il en a reçu.
Si le sorcier a seulement dit à son client de se procurer un mukusi muhasi (statuette, image d'un mort),
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celui-ci ne tarde pas à acheter une statuette quelconque faite selon les indications du sorcier. Puis il couche cette statuette par terre, sur le dos, place devant elle du ntema, mélange composé de farine et d'eau. L'officient prend cette préparation dans la bouche et la crache sur le muhasi, d'après le cérémonial : c'est un jet de la bouillie qui est projeté. Aussitôt il dit :
« Nukusimbula, oboa muhasi wami; i ntema nakumwangilila; nangisye bukomo, oboa muhasi wami. »
« Je t'enlève une partie de toi-même, ô toi mon défunt; c'est une libation que je répands sur toi, accorde moi la santé, toi mon défunt. »
Cette cérémonie terminée, il emportera son « Kinwekelo kya mufu » portrait du mort, dans sa maison. A la nouvelle lune, il lui fera prendre l'air, l'aspergera de ntema, dansera devant lui, etc. Bref, il se comportera désormais envers lui comme envers ses autres fétiches.
P. Colle.
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D. — Vie religieuse.
a) Idées religieuses et philosophiques 103. — Fétiches,
A) Parmi les fétiches, il convient de distinguer les Mikisi Mihake des Mikisi Mihasi,
Mikisi, pluriel de Mukisi, signifie proprement des fétiches sculptés; par extension, des amulettes non sculptées ou même des statuettes non fétiches.
Mihake est un qualificatif; il signifie que la statuette ou l'amulette contient des ingrédients magiques enfermés là par le sorcier selon le rite voulu.
Mihasi, substantif pris comme qualificatif; indique que les statuettes sont considérées comme souvenirs du mort. Par extension, ce mot désigne les mânes ellesmêmes.
lo Les Mikisi Mihasi sont les représentations des morts, de vrais portraits si l'on peut dire, {Bimwekelo, les apparences). Ce sont des statuettes , habituellement en ivoire; elles prennent le nom du mort. Elles se portent d'habitude en bandouillère, parfois attachées au bras. Les dévots les badigeonnent d'huile chaque fois qu'ils s'oignent eux-mêmes : c'est un hommage aux ancêtres. Les chefs les fixent quelquefois au sommet de leur « sceptre ».
2° Les Mikisi Mihake sont souvent représentés par des statuettes de matières diverses; parfois aussi par de simples pierres, parfois par autre chose. On étend même le sens de ce mot aux amulettes proprement dites.
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A ces fétiches sont adaptés des ingrédients magiques, dans lesquels se rencontrent presque toujours des os concassés ou réduits en poudre ; ce sont des os humains ; l'âme à laquelle ils ont appartenu doit leur communiquer, et par eux au fétiche, la puissance que le sorcier indique (voyez la note à la fin du n^ 106).
B) Chaque esprit, pour ainsi dire, a son fétiche. Ainsi en est-il des esprits de l'Est et des esprits de l'Ouest. Au dire des Baluba tous ceux de l'Est fument le tabac, tous ceux de l'Ouest ne fument pas le tabac.
Voici à titre d'exemple, la description de quelques génies :