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Habitations transportables

En elles-mêmes, ces habitations, comme on verra au n° 41, sont difficiles à transporter. On les dirait intransportables, tant les rondins fixés en terre sont bien enfoncés et nombreux.

Mais, en vérité, les Baluba n'hésitent pas à entreprendre ce transport dès qu'ils ont résolu de changer l'assiette de leur cité.

Souvent un village entier se déplace ainsi; on transporte non seulement les toits des cases, mais les poteaux, la carcasse et tout.

Assurément, si une portion de la case est trop vétusté ou si elle n'est plus utilisable, on la laissera; on n'enlèvera que les parties bien conservées. C'est ainsi que l'on transporte fréquemment la carcasse, dégarnie de son chaume moisi.

P. Colle.

Baluba. Congo, B, d, 40.

(Cong-o.)

B. — Vie Matérielle.

d) Habitation.

4Î. Habitation type.

Une fois remplacement choisi, le Muluba se met à l'œuvre. 11 marque sur le sol débroussaillé et nivelé le carré de la case qu'il va élever. Le carré a 3 à 4 mètres de côté.

Il plante une longue perche flexible (appelée nsonde) aux quatre coins du carré. Ces perches, il les taille en pointe au gros bout et ces pointes il les fiche en terre, solidement. L'épaisseur de ces pieux est de 5 à 6 centimètres à la base.

Alors il fiche de même en terre d'autres perches semblables, aux quatre côtés, à trente ou quarante centimètres l'une de l'autre. Ces perches ont toutes une hauteur de 4 à 5 mètres.

Entre ces longues perches, des rondins un peu plus gros et hauts d'un mètre à 1 .20 sont piqués en terre.

Remarquons que pour fixer ces perches et rondins dans le sol, le Muluba n'emploie pas la houe; il ne creuse pas le sol ; il opère par coups successifs ; il lève le pieu si haut qu'il peut des deux mains et le précipite avec force dans la terre : il secoue et balance le pieu et ainsi agrandit le trou de terre et délivre le bois pointu; il recommence l'opération plusieurs fois, jusqu'à ce que la pointe du bois soit enfoncée très solidement.

Sur les quatre faces alors, on place des roseaux

Balilba. Congo, B, d, 41.

horizontalement, à l'intérieur et à l'extérieur et on les lie sur les perches et les rondins avec des cordes d'écorce d'arbre. Ces roseaux sont espacés de 5 jusqu'à 10 centimètres — cela dépend des maisons. Cette espèce de cuirasse à claire-voie s'élève jusqu'à hauteur des rondins (1 m. à 1 m. 20 environ).

En ce moment on place habituellement un arbre au milieu, à l'intérieur : c'est l'échelle en haut de laquelle montera l'homme qui liera ensemble les bouts de toutes les longues perches que ses aides plieront toutes vers le milieu. Cela fait un vrai faisceau.

On comprend maintenant la fonction des rondins solides enfoncés entre les perches : ce sont eux qui retiennent en somme à leur place, les perches courbées de force par le haut, et qui évitent la déformation des parois basses de la case.

La charpente de la hutte est terminée. L'achèvement commence.

Le Muluba attache des tiges flexibles à l'intérieur, au plafond si vous voulez. Ces tiges, liées aux perches, sont les unes contre les autres. Elles forment une série de ronds qui partent du point central en grandissant toujours. Elles ferment hermétiquement. Cet espèce d'abat-jour se prolonge de cinquante centimètres à un mètre tout à l'entour.

A partir de ce moment, c'est la ligne de roseaux qui commence, dans le même sens; ces roseaux cependant sont espacés ; ils continuent jusqu'aux parois du bas.

Ces roseaux ne sont pas les roseaux creux et dûrs (matete), mais pleins et pliables (malenge).

Ainsi se trouve terminée la carcasse de la maison. Elle est carrée au bas, puis s'arrondit. Sans être rond, le sommet rappelle la ruche.

— iSg —

BALUBA

(Congo.)

B, 41 {suite.)

C'est rheure où Ton découpe remplacement de la porte. Au milieu, d'un côté du carré, face à la rue, un rondin est enlevé, et peut-être le bas d'une perche; puis tous les roseaux sont découpés sur une largeur de 80 centimètres. C'est l'ouverture de la porte.

Souvent à l'entrée des belles cases on voit une petite véranda, qui forme une véritable antichambre oix l'on s'asseoit pour deviser et fumer la pipe.

L'ouverture de la porte est fermée par une espèce de natte. On fabrique cette natte avec des roseaux et des cordes; elle est à claire voie; on pose ce fabricat à terre, on le couvre de feuilles dures et larges comme la main, on replie la natte sur elle-même comme on retournerait la page d'un livre. Les feuilles sont au milieu, prisonnières. Et c'est la porte qui ne laissera percer ni regard ni lumière.

Ils fabriquent aussi des portes en nervures de rafia et en lattes d'ambach liées ensemble.

Comment cette porte est-elle attachée à la case? Voici : A l'intérieur, contre les vantaux de la porte on plante deux rondins solides , on laisse un espace suffisant pour permettre à la porte d'y glisser sans peine. On ferme en glissant la porte entre les vantaux. On barricade avec une traverse et, en cas d'absence un peu prolongée, avec des épines.

Mais avant de confectionner la porte, le Muluba a couvert la carcasse de longues herbes sèches. Ces herbes pendent comme des chevelures.

Baluba. Congo B, d, 41.

L'indigène de TUruwa en trouve des quantités innombrables. Cette herbe plate est large d'un doigt; atteint une hauteur moyenne de plus d'un mètre cinquante. En Kiswahili, on l'appelle moto-moto (feu-feu) probablement parce qu'elle coupe et « cuit » comme un rasoir quand elle est bien vivace. Les Baluba-Hemba l'appellent : Nsoni.

Cette herbe se reproduit par la racine comme le chiendent; d'après nos observations, elle gagne plus d'un mètre par an. C'est un conquérant.

Trace-t-on un chemin, on est sûr de voir arriver l'envahisseur; il se précipite vers la terre débroussaillée avec toute la fougue d'un prisonnier qu'on délivre du cachot obscur oii le tenait l'implacable taillis équatorial.

Donc le Muluba, pour couvrir la carcasse de sa case, n'a qu'à prendre à pleines mains ces longues herbes sèches, il en fait de petits paquets de huit centimètres environ de diamètre, qu'il lie avec des cordes; il posera ces paquets les uns à côté des autres sur le toit; il les attachera à la charpente, le bas de la tige vers le haut; puis il accumulera les paquets, qu'il recouvrera couche par couche, de roseaux horizontaux.

La couche d'herbe sera épaisse d'une dizaine de centimètres et sera d'une solidité à toute épreuve. Pas une goutte d'eau ne passera pendant des années, si le travailleur s'est un peu appliqué.

Cette hutte résistera mieux aux intempéries que la maison du blanc.

Il n'y a pas de fenêtres. L'intérieur de la case est donc obscur, surtout quand la porte est close.

Pas de cheminée. Au bout de peu de temps, l'intérieur de la case est couvert d'une couche épaise de vernis

(Congo.)

I B, 41 (suite.)

noir, déposé là par la fumée du foyer et cela ne manque pas de cachet.

II n'y a pas de cave.

L'emplacement du foyer, à l'intérieur de la case, est sur le côté opposé au lit; souvent il y en a deux sur cette même ligne.

Au-dessus de ces foyers s'élève ce que nous pouvons I appeler le double grenier.

Le premier de ces greniers est une sorte de table à claire voie, fixée sur quatre ou six piquets, peints en rouge; elle a quatre-vingts centimètres de haut; c'est sur elle qu'on sèche le manioc et qu'on fume le poisson ou la viande.

Au-dessus de cette sorte de table, à 1 mètre 20 de haut, une autre table à claire voie, serrée comme une natte, où l'on emmagasine le maïs, le manioc sec et les autres provisions.

Ce type d'habitation est général dans l'Uruwa. Assurément la taille varie et les soins de l'achèvej ment. iMais en règle générale, l'aspect ne manque pas d'élégance, et ces herbes qui tombent en pleureurs font penser à de longues chevelures.

A qui revient le soin de construire la case ? Le père fait le gros travail. 11 est aidé par sa femme pour niveler, transporter les matériaux ; le plâtras est le ji travail de la femme; elle se fait aider par des compagnes ' ou ses filles. A la fin, amis et amies qui ont aidé, seront I invités à un repas et à une copieuse soûlerie.

Bahba. Congo, B, d, 41.

Un vieillard a sa hutte souvent construite par ses enfants, mais c'est presque toujours un travail sans valeur, une hutte qui abrite fort peu.

Le maître se fait aider par ses esclaves.

A côté de l'habitation principale, ou par derrière, s'élèvent souvent des cases plus petites pour les esclaves et pour les jeunes filles ou les jeunes garçons. Les formes de ces huttes sont les mêmes, mais plus réduites.

Pour la construction d'une case, point de cérémonies, mais au moment de quitter la case vétusté, le père de famille s'adresse à ses fétiches « Bavilye bami, twende tutunde»: Génies protecteurs, allons, déménageons. Puis il met ses fétiches, représentés la plupart par un morceau de terre blanche ou un caillou, dans un panier et les transporte à sa nouvelle demeure. Quand tout dans sa case est bien en ordre, il construit les minuscules cabanes des esprits.

P. Colle.

BALUBA

(Congo.)

B. — Vie Matérielle.

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