Rapports sexuels avant ou en dehors du mariage
Les parents ne surveillent guère leurs enfants, au point de vue de leur conduite sexuelle intime, tant garçons que filles; la jeunesse se livre, hélas! à ses instincts débridés. Même avant la puberté, garçons et I filles se fixent des rendez-vous secrets, dans les herbes ou sur le bord de la rivière.
Entre frère et sœur cependant, il n'y a pas de , promiscuité.
Le garçon en âge de se rendre compte de ce que font ses parents — au point de vue sexuel — vers l'âge de 7 à 8 ans donc, est écarté. Avec deux, trois ou plus d'enfants de son âge, enfants de voisins, par exemple, il vit dorénavant dans une cabane à part, que ces gamins élèvent généralement eux-mêmes, à proximité de leurs familles. Ce sont parfois de véritables dortoirs communs. La mère de l'un des enfants apportera la nourriture et leur vie collective se poursuivra ainsi jusqu'à ce que, devenus adolescents, ils entrent dans le quartier d'un masangune, comme on l'a vu au n^ 46).
Il existe aussi, dans certains gros villages, des maisons pour les petites filles : on en voit ainsi cinq à six réunies.
Il y avait jadis, et il y a encore en Uruwa de l'Ouest, des dortoirs de filles plus étendus, mais je n'en ai plus vu dans notre région.
Bahba, Congo C, c, 76.
Une fois nubile, la jeune fille est installée dans une case, à proximité de celle de ses parents; elle y vit seule, quelquefois avec une sœur ou une amie.
Assurément le sentiment de Tamour existe.
Le baiser est donné volontiers par la maman à son enfantelet, encore à la mamelle; mais c'est un baiser spécial que son nom définit : kufifya (sucer). C'est, en effet, un baiser par succion; il se donne sur le bras, sur le corps, sur la figure surtout.
On m'a soutenu que dans l'intimité, le baiser sur la bouche se pratiquait.
N'oublions pas que dans l'Uruwa règne une certaine pudeur publique. Les actes affectifs de diverses natures ne se font que dans la stricte intimité.
Le célibat volontaire n'existe pas. Il est parfois obligatoire, lorsque, par exemple, un grand sorcier, parlant au nom de son fétiche, défend à un jeune homme de se marier, sa vie durant; cette défense, rare d'ailleurs, est portée à la suite de pratiques magiques accomplies à l'occasion d'une maladie qui accablait le jeune homme. Le résultat d'une défense de cette nature ne sera pas la continence. Ah non, par exemple.
La continence volontaire est inconnue.
Par suite des causes que nous expliquons plus loin, il y a beaucoup de gens de 25 à 30 ans qui ne sont pas mariés; mais ils ne restent guère continents.
La masturbation se pratique.
Les jeunes filles se livrent, dès leur plus tendre enfance à des pratiques contraires à la pudeur. Ces pratiques, enseignées par la mère ou une vieille, ne sont pas, je pense, chez ces Baluba comme ailleurs, des pratiques ayant directement pour but d'exciter ou de satisfaire le plaisir charnel. Elles ont pour fin de
BALUBA
(Cong-0.)
C, 76 (suite.)
préparer le corps de la fille au mariage. Dans ce but, on cherche à élargir les parties intimes. Divers moyens sont en usage. Certaines plantes, tel que la feuille du « mbuji » par exemple ont, prétend-on, la vertu de détendre les muqueuses intérieures et le tissu extérieur; on emploie aussi des racines de manioc ou patates douces taillées à cet effet. Quand elles approchent de la puberté, les filles cherchent à briser l'hymen et les premières règles sont fêtées comme un événement heureux. Dans certains villages voisins des Baluba, on promène une loque souillée du sang de cet accident et toute la jeunesse fait une ovation à l'heureuse fille qui est entrée en puissance de mariage. Mais je n'ai pas vu pratiquer ceci chez nos Baluba.
Les crimes contre nature sont pratiqués plus ou moins. Ils ne sont pas très fréquents, à cause de la facilité de satisfaire les instincts suivant la nature.
Il n'y a pas de prostituées en titre. On trouve seulement les bihelo : ce sont des jeunes femmes qui ne veulent pas se marier, soit pour ne pas être « esclaves » d'un mari, soit pour toute autre raison ; elles se donnent à qui se présente, moyennant cadeaux évidemment. Elles vivent de ce commerce.
Parmi les bihelo on trouve des filles et des femmes divorcées. Elles ne sont pas nombreuses, du reste. On m'en signala une à huit heures de chez nous et deux au gros village voisin.
Baluba. Congo, C, c, 76.
Elles sont déconsidérées et méprisées par la masse de la population.
Comme exemple de prostitution à caractère plus ou moins religieux, on peut signaler en Uruwa :
a) La secte Bugabo, dans laquelle les femmes sont communes pour tous les membres de la secte; biens et corps tout est commun; c'est le communisme.
b) Dans la secte Burungu, le grand maître Ntambo Murungu (le lion civilisé) a sa prostituée « religieuse ». C'est une jeune esclave, de laquelle il use d'abord pour lui-même, puis pour faire séjourner, d'après un rite déterminé, sur et dans les parties délicates, des remèdes qui sont ensuite distribués aux membres. C'est le fils même du grand maître, et dignitaire lui-même de la suite, qui m'a dit et confirmé ces mœurs infâmes. J
On peut voir d'autres détails de|ce genre dans la description des rites usités dans les sociétés secrètes.
P. Colle. :1
i BALUBA
^ (Congo.)
I C — Vie Familiale.
c) Mariage.