‹ Les BalubaChapitre 88 sur 90 · Manière d'agir envers les décédés · texte numérisé non relu

Manière d'agir envers les décédés

Dès que la fosse est comblée, elle est nivellée avec soin ; elle prend l'aspect d'un plancher d'argile, uni et lisse.

Le but de cette pratique, comme il a été dit au n^ 98, est d'empêcher la violation des tombes par les anthropophages, dont les sectes infestent TUruwa. Pour enlever le cadavre, les voleurs devraient évidemment toucher au plancher d'argile, et, malgré toutes leurs précautions, la famille s'apercevrait du larcin : ce qui lui permettrait d'ouvrir aussitôt une enquête, de découvrir les voleurs et de les poursuivre sans pitié. Les violateurs de tombes ne pourraient espérer échapper que par la mort ou la formidable amende de deux esclaves, à payer à la famille du défunt.

Notons, en passant, que ce sont les sectes d'anthropophages, voleurs de cadavres, hyènes humaines, qui procurent aux sorciers les ossements humains dont ils ont besoin pour confectionner leurs amulettes (voir no 95).

En Uruwa, rien n'est déposé sur les tombes des particuliers.

Quelques mois après l'enterrement, lorsqu'on a fait la récolte, la famille vient répandre sur le bord de la tombe ou au moins au village un peu de bière et un peu de farine délayée avec de l'eau. Le mort est censé absorber cette nourriture.

Bahiba. Congo, C, e, 99^

Cette cérémonie ne se fait qu'une fois. i

On n'arrache pas les herbes qui poussent sur la tombe.

Le passant se détourne-t-il de la tombe? Je ne l'ai jamais remarqué. D'ailleurs les tombes sont dans la brousse; l'herbe a bientôt caché le tout. On n'y fait plus attention. On n'entretient pas les tombes en Uruwa. Les morts sont honorés au village. Je n'ai pas eu connaissance de croyances au sujet de tombes autres que celles relatées à propos des sociétés secrètes.

Les autres offrandes destinées au mort se font près de la case, devant le mausolée ; ce mausolée est élevé pour honorer la mémoire du défunt, ou mieux, pour lui donner un lieu de séjour sur la terre. Si la tombe est éloignée des cases et rapidement délaissée, le mausolée, lui, est tout proche de la case, et l'objet d'un culte périodique.

Il y a trois types de mausolées. ^ L Un fils a perdu son père; quelques jours après l'enterrement, il construit à côté de sa case, une hutte minuscule : toit conique en paille, placé sur quelques | piquets fixés en terre; ce petit temple est haut de 70 à j 80 centimètres.

C'est là que le mort viendra habiter quand bon lui semblera, de nuit ou de jour; car, notons qu'il peut quitter sa tombe ou les alentours de sa tombe quand il lui plaît. C'est là qu'il recevra les honneurs des vivants et notamment les offrandes et les sacrifices. Ce qui se déplace ainsi, alors que l'âme est chez Kalunga-nyembo, serait-ce donc le double du défunt? Je n'ose me prononcer à ce sujet.

Si les morts se sentent délaissés, malheur aux vivants; la vengeance est proche, seuls les sacrifices propitiatoires, accomplis suivant les rites, peuvent l'arrêter.

BALUBA

(Congo.)

C, 99 (suite).

Devant l'entrée de ce petit mausolée, le noir dévot creuse un trou pour recevoir l'eau mêlée de farine, et un second, tout à côté, destiné à recevoir un pot de terre à fond perforé dans lequel il verse de la bière. Est-ce le repas du défunt? Peut-être. Mais c'est assurément une offrande qui a pour but de se rendre les mânes favorables. C'est aussi là qu'il apporte le charbon enflammé, destiné à réchauffer le mort. J'y ai vu déposer de la viande et des perles.

Ce culte des mânes est très vivant en Uruwa. Fréquemment un membre de la famille vient au mausolée faire des actes de réparation ou d'invocation. Il cherche à se concilier les génies protecteurs du foyer, avec lesquels il se sent en solidarité intime (voir n^ 102).

La prière aux mânes se fait devant le mausolée; le dévot se met à genoux, assis sur les talons.

2. Le plus souvent, ce n'est pas la case minuscule unique qu'on aperçoit à proximité de la case familiale, c'est une série de cases minuscules, placées Tune à côté de l'autre sur une espèce d'étagère en bois, d'une hauteur de 1 mètre. Ce sont, si l'on veut, autant de mausolées à des morts différents de la famille.

C'est alors, devant toutes ces habitations de mânes, en bloc ou séparément, suivant le cas, que les vivants offrent leurs hommages, leurs offrandes, leurs réparations ou leurs invocations.

Quand ces cases se font vieilles, on les arrache et on les jette à un carrefour; on ne peut les jeter ailleurs.

Baluha. Congo, C. e, 99.

Le carrefour joue un grand rôle dans le culte des Baluba : c'est que les génies, les mânes, etc., affectionnent les endroits oii les sentiers se croisent ou bifurquent.

3. Le troisième type de mausolées est celui des chefs. C'est une cabane en forme de ruche, fixée en terre; elle atteint une hauteur de 1 m. 50 environ. La case est vouée aux mânes des ancêtres, non seulement des parents immédiats du chef, mais des grands-parents, des aïeux.

Ces cases se trouvent habituellement au centre de la cour du chef. On y suspend, ainsi qu'il a été dit au n^ 98, les restes détachés du cadavre du dernier chef décédé ; et dans le sol on enterre les mêmes restes des anciens chefs.

P. Colle.

il C. — Vie Familiale.

e) Mort

Page 1