INFLORESCENCE DE L’ARUNDINARIA FALCATA
F1G. 60. Inflorescence. — Fc. 61. Épillet. — Fire. 62, Fleur ouverte (grossie)
Fi. 60.
pointe ou par une languette extrêmement petite. Entre le sommet et le point d'insertion de la languette est une ligule développée à peine. Les gaînes, écailleuses, sont d’une couleur légèrement violacée, qui disparaît peu à peu pour devenir d’un jaune pàle.
Immédiatement après ces organes écailleux apparaissent les épillets, au nombre de trois à sept, uniflores et fertiles. Chacun d'eux se compose : 1° d’un pédoncule variable dans sa longueur, de 1 à 5 millimètres ; 2° de deux petites écailles membraneuses très-minces, larges de 1 millimètre et longues de 3 à 6, acuminées, bordées quelquefois de petits cils blanchâtres, d’une couleur légèrement violacée au début, mais devenant Jaunâtre en vieillissant; elles portent de deux à quatre nervures longitudinales ; 3° de deux autres écailles plus longues, 8-10 millimètres, plus larges, en forme de nacelle un peu fermée, d’une plus grande consistance, de même couleur, légèrement striées de lignes verdâtres, et portant assez souvent à leur extrémité un petit faisceau de soies blanchâtres ; 4 d’un sillon assez profond partant de la base de ces deux pièces bractéales, occupant toute la longueur de la partie dorsale, et d’une arête linéaire, insérée à sa base et sur le même plan, logée dans lesillon et le dépassant en longueur ; ces deux organes sont entourés de petites soies blanchâtres à leur point d’adhérence ; 5° de deux petits organes membraneux, de couleur transparente violacée, légèrement ciliés sur les bords et à l’extrémité, qui se termine un peu en pointe, placés à la base des deux dernières écailles et enveloppant l'ovaire (fig. 62). Ces deux organes, qu’il faut considérer comme les glumellules, ne se trouvent pas sur le même plan; ils alternent avec les deux grandes écailles. C’est au milieu d'eux que se trouvent placés les étamines et le pistil (fig. 62).
Les étamines sont insérées à la base de l’ovaire et sont au nombre de 3 (fig. 62). Chacune est composée d’un filet et d’une anthère. Le filet, qui est extrêmement ténu, pendant, blanchâtre, est long de 5 à 10 millimètres. L’anthère, de 5 à 6 millimètres, est d’un brun violacé et de forme biloculaire,
312 LES BAMPBOUS.
Les deux loges s'ouvrent dans toute leur longueur en devenant ondulées, et souvent, après cette phase, elles prennent une couleur brun olivätre. L'ovaire est très-petit, presque globuleux, ovoide quand il est observé au moment de la floraison ; le style, extrèmement court, de couleur blanche, est terminé par un stigmate trifide, blanc et plumeux (fig. 62).
Quand tous les organes qui constituent la fleur sont complétement formés, les quatre premières pièces bractéales s’entr'ouvrent; c’est alors que l’on remarque que la troisième bractée sert d’abri à l’une des trois étamines qui est venue y adosser son anthère, les deux autres occupant la même position dans la bractée supérieure; l’ovaire apparaît au centre de la fleur, surmonté du style et du stigmate. La fleur reste ainsi ouverte pendant quelque temps; après quoi, les anthères, prêtes à laisser échapper le pollen, sortent de leur abri. Aussitôt après, les bractées se rapprochent pour enfermer complétement l'ovaire, pendant que le filet de chaque étamine, qui est très-ténu, s’allonge ; c’est ce qui rend celles-ci pendantes, et elles restent ainsi jusqu’à ce qu’elles soient détruites.
Dans ce Bambou, l'ovaire nous à paru être entièrement soudé à la base de la quatrième bractée ; ce qui nous confirme dans cette opinion, c’est que, dans les nombreux échantillons que nous avons étudiés, nous avons toujours eu beaucoup de peine à séparer ces deux organes, tant ils étaient adhérents l’un à l’autre; mais, après la fécondation, l'ovaire, qui s’est développé el qui est devenu la graine, se rend libre.
Les épis sont donc composés d’épillets fertiles, uniflores, disposés en deux rangs sur la petite tige qui les porte, et penchés très-légèrement vers un même côté, en sorte que l’on dirait qu'ils sont unilatéraux.
Quand la floraison de nos Arundinaria falcata a été sur le point de s’accomplir, toutes les feuilles que portent leurs nombreuses ramifications ont commencé à jaunir pour se dessécher peu à peu, puis tomber. Quelque temps après leur chute complète, de petits bourgeons écailleux se sont concentrés à leur place et bientôt après sont devenus des épis à fleurs.
Un fait des plus curieux à constater, c’est que les fleurs apparurent simullanément sur toutes les tiges à la fois, anciennes ou nouvelles, et, en même temps, sur toutes les ramifications, quelque chétives qu'elles fussent. Les trois pieds d’inégale force, cultivés dans les serres tempérées du Luxembourg, fleurirent en même temps et présentèrent les mêmes phénomènes. Pendant ce temps-là, le Jardin du Hamma d'Alger nous fournissait des échantillons de cette même espèce, fleurissant pour la première fois et dans les mêmes conditions.
Ce qui est encore fort remarquable dans les floraisons que nous venons de signaler, c’est que, sur des tiges développées depuis deux mois environ, les ramifications, qui sortent habituellement en grand nombre de chaque nœud, furent remplacées par des inflorescences, des épis portant des fleurs. Au Hamma, les graines mürirent dans le courant de l'été; puis la plante ne donna plus aucun signe de végétation; les chaumes devinrent secs et cassants, et l'examen attentif de la souche établit que la plante était bien morte. C’est ainsi que viennent de disparaître nos deux échantillons remarquables par la pureté de leur type; mais ils nous ont laissé des graines fertiles, dont la germination produit déjà de jeunes et vigoureux sujets, cultivés dans une terre légère et à l’abri du grand soleil.
La mulüplication de l'Arundinaria falcata se fait par la division des touffes ; 1l est délicat à la reprise, et à ce moment, en Europe principalement, il doit être traité en serre.
En France, cette espèce supporte, pendant quelque temps, le climat du centre, mais elle ne prospère guère que dans les pays méridionaux.
C'est une plante rustique en Algérie, mais qui s’efface devant l'effet décoratif du Bambusa gracilis. Nous avons remarqué sa robusticité dans des expositions chaudes et sèches, et nous lui avons vu traverser des étés entiers sans le secours de lirrigation. Au point de vue ornemental, elle rendra des services dans toutes les contrées où le B. gracilis, plus délicat, ne pourra résister.
Arundinaria Fortunei. Fol. var.
Bambusa Fortunei. Fol. var. Van Houtte.
50 à 60 centimètres de haut. — 2 à 4 millimètres de diamètre,
(Végétation vernale et rhisoines traçants.)
Cette petite graminée, originaire du Japon, dédiée par Van Houtte au voyageur Robert Fortune, parait être, par son facies et quelques-uns de ses caractères, ou un Phalaris ou un Panicum.
Au Hamma elle ne s’élève pas à plus de 50 à 60 centimètres de hauteur. Son rhizome, très-grêle, esttraçant, portant beaucoup de chaumes, qui constituent une masse compacte garnie de feuilles panachées d’un très-bel effet. Le chaume, de 2 à 4 millimètres de diamètre, est recouvert, pendant sôn développement, de gaines vertes striées, plus ou moins poilues, bordées de poils sur les bords, gaines terminées par de petits limbes qui, au sommet du chaume, se transforment en véritables feuilles. La ligule est courte, accompagnée, sur ses deux bords latéraux, de longs cils blancs.
Les feuilles sont lancéolées, terminées en pointe, arrondies à la base, s’attachant à la gaine par un court pétiole. Le limbe est divisé en grandes lignes parallèles, blanches, plus ou moins larges.
Les chaumes se ramifient peu ; ces ramifications très-simples portent trois ou quatre feuilles à leur sommet.
Celte plante ne peut rendre que des services purement décoratifs dans les jardins ou dans les serres. En Algérie, elle demande un peu d'humidité et l'ombre légère de plus grandes espèces. En France, on la cultive par potées, en bordure ou en touffe gazonnante.
Sa multiplication est très-facile par le sectionnement de ses rhizomes accompagnés des chaumes, qui peuvent supporter la déplantation sans trop en souffrir, si l’on opère rapidement.
—— pet ot
Bambou carré.
Ce Bambou à chaume carré, d'introduction récente dans les cultures européennes, est dû à M. Renard, membre de la Société d’acclimatation, qui, en 1875, a appelé l'attention sur cette espèce qu'il avait essayé de rapporter du Japon dès 1871.
Encore jeunes, ces plantes peuvent être difficilement classées. On a lieu de croire qu’elles résisteront au climat moyen de la France. Les pieds microscopiques qu’on en possède au Hamma ne peuvent encore servir à la moindre description.
À l’état naturel, suivant M. Renard, ce Bambou pousse, dans les belles plaines environnant la grande ville d'Osaca au Japon, en bosquets serrés d’une hauteur de 10 à 12 mètres, ce qui constituerait une grande espèce pour nos pays tempérés d'Europe.
L'aspect du chaume est vert foncé, pälissant en séchant. Les nœuds sont rapprochés, dit-on ; cependant, sur les échantillons secs que nous en possédons, les mérithalles sont écartés d’une vingtaine de centimètres. Le chaume est droit et carré, à angles arrondis, mais présentant bien quatre faces planes. é
On à paru émettre quelque doute sur l’origine naturelle de cette configuration carrée, qui aurait été le résultat d’une pression pendant la croissance; mais l’assertion de lauteur et l’arrivée de Jeunes plants, bien qu'ils ne présentent pas encore ce caractère, suffisent pour établir la véracité du fait. On ne peut nier cependant que les échantillons de chaumes secs que nous avons reçus n'aient été l’objet d'une première préparation : d’abord les nœuds sont à peine saillants et semblent être effacés par l’effet d’un polissage ou d’un grattage, parce que ces nœuds sont plus ou moins accusés sur un même chaume, et aussi parce que la fine gouttière circulaire qui emprisonnait la base de chaque gaine a disparu, bien qu'on en retrouve quelques traces. Les emplacements des ramifications alternes et distiques sont encore marqués pour un æil exercé, et le sillon laissé par les ramifications
sur une des faces du chaume est encore assez apparent, bien que réduit par un râpage réitéré.
Nous pensons que cette nouvelle espèce sera une bonne acquisition pour toute la zone tempérée du bassin méditerranéen, au point de vue industriel, parce que ses tiges sont légères et en même temps assez résistantes, quoique d’une solidité moindre que celle de nos autres Bambous.