DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
sur leur localité respective. Et cela s’explique. On n’a eu aucune donnée sur l'altitude des stations où les plantes ont été recueillies; on apprend seulement qu'elles viennent de l'Inde, du Brésil, du Mexique ou de pays à peu près analogues. L'Inde, le Brésil, le Mexique, ce sont des pays généralement fort chauds, alors on expose indistinctement ses végétaux à la température très-élevée d’une serre chaude; on redoute pour eux le moindre refroidissement; on leur refuse l'air, qui pourrait les froisser; on leur ménage l’eau, qui pourrait les refroidir, et, dans le plus grand nombre des cas, les plantes étouffent, elles s’étiolent, elles périssent d’épuisement. Si l'on avait su que ces pauvres plantes habitaient, dans l'Inde, dans le Brésil, dans le Mexique, des parties élevées, parfois très-élevées, où le climat se modifie, où la chaleur est modérée, où mème les neiges apparaissent, on se füt bien gardé de les dorloter si imprudemment, on les eût placées dans la serre tempérée, quelques-unes peut-être dans la serre froide; ou bien on leur eût procuré le plus possible cette humide chaleur dont l'atmosphère du pays natal les baïgnait sans cesse; on les eût sauvées.
Ces insuccès tendent à se moins renouveler maintenant. La géographie botanique a été plus étudiée ; on en a apprécié les avantages ; les botanistes voyageurs ont eu soin de joindre, aux échantillons récoltés, des notes aussi exactes que possible sur les conditions où se trouvaient les végélaux; les collectionneurs de plantes vivantes ou de graines ont fait de même, en sorte qu'aujourd'hui on rencontre dans les cultures un bien plus grand nombre de végétaux exotiques, qui non-seulement ornent nos serres, mais qui peuvent en sortir sans danger, pour aller, durant la saison estivale, décorer nos jardins privés ou publics, pour lesquels jusqu'alors ils étaient inconnus.
Les premiers Bambous, venant des régions tempérées de la Chine et du Japon ou des parties montagneuses de l’Inde, n’ont pas échappé aux mauvais traitements qui étaient alors en usage; nous nous rappelons parfaitement avoir cultivé en serre chaude le P hyllostachys nigra lors de son introduction à Paris, et nous devons avouer qu’il y faisait triste figure. Ce n’est que
plus tard, lorsque nous avons appris qu’il habitait, dans son pays, les régions froides ou tempérées analogues aux nôtres, que nous l’avons cultivé à une température moins élevée. C’était déjà un progrès. Plus tard, pour connaitre son degré de rusticité on le livra à la pleine terre, où 1l végéta avec plus de vigueur; c’est ainsi maintenant qu’on le cultive.
Il est donc important, on le voit, lorsqu'on reçoit des végétaux exotiques, de savoir à peu près à quelle altitude ils ont été recueillis; plus cette altitude sera élevée, moins la plante exigera de chaleur, et plus facile en sera la culture dans nos régions.
La végétation suit par échelons les zones d'altitude, et elle se modifie selon les circonstances. Les espèces aussi changent, elles sont remplacées par d’autres qui deviennent plus rustiques au fur et à mesure qu'on arrive vers le sommet. La plante qui doit habiter la plaine ne se rencontre donc pas sur la montagne, et celle qui doit vivre sur cette dernière n’est pas organisée pour vivre dans la plaine; les conditions climatologiques n’y sont pas les mêmes; il peut faire très-chaud dans la plaine et n’y avoir qu'une chaleur très-tempérée sur la montagne.
Les espèces de Bambous sont disséminées, nous l’avons vu; il en est qui ne croissent que dans les contrées chaudes et d’autres que dans les zones tempérées ou froides. Certaines espèces habitent les deux hémisphères, particulièrement le Bambusa vulgaris, mais on croit que c’est par la culture qu'il s’est naturalisé dans l’un des deux. On le trouve abondamment dans l’île Maurice. Il a été recueilli par Wallich au Silhet et par Hooker à Chittagong. Il est encore dans les Indes occidentales et sur divers points de l'Amérique du Sud, mais toujours cultivé, et à Ceylan, où 1l est probablement sauvage. C’est, du reste, la seule espèce cosmopolite.
Le genre Arundinaria, assez nombreux en espèces, se rencontre aussi dans les deux hémisphères, mais celles d’un hémisphère ne se trouvent pas dans l’autre.
Les espèces se localisent souvent; elles se confinent dans des régions qu’elles ne franchissent pius : c’est ainsi que certains Bambous particuliers à diverses parties de la Chine et du