DE LONDRES A GLASCOW
— Marthe ! s'écria le jeune comte d'une voix déchirante.
— Une fort jolie personne, ajouta de loin Eustache, qu'emportait le galop des chevaux de poste ; je suis mortifié, M. le comte, de ne pouvoir vous inviter à la noce...
Arthur demeurait à la même place, atterré , sans pensées , et comme frappé de la foudre.
— Marthe! répéta-l-il enfin, Marthe!...
Cet homme, dit-il vrai, mon Dieu !
Il reprit automatiquement le chemin de Londres ; puis , lorsque la présence d'esprit lui revint, il s'applaudit d'avoir suivi cette voie, espérant trouver au logis de Lointier quelque indice qui put le mettre sur sa trace ; car la route d'Edimbourg peut conduire à la moitié des villes du Royaume-Uni, et Arthur n'avait plus rien pour éclairer sa recherche.
Il était onze heures dn m;iiiii loî^qu'il arriva dans Piccadilly.
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Brunel venait de s'ëveillcp cl de lire le billet d'adieu que lui avait laissé Eustaehe.
Il était furieux, et n)ulait duus sa tète mille projets de vengeance.
u Citoyen Brunet, lui disait Eustaehe dans sa lettre , je vous souhaite des jours longs et prospères.
u Je quitte Londres un peu à cause de vous, qui me gênez plus que je ne puis vous dire, et beaucoup pour mon Sosie A. d'A..., qui m'est tombé sur les bras cette nuit, au rout de lady Mac-Rea.
u Je vous laisse en partant ma bénédiction et une demi-couronne que vous trouverez, avec le présent, sur votre table de nuit.
« Je vous laisse également mes dettes.
« Que l'Être suprême vous tienne en santé! »
Arthur ouvrit sans frapper et rr»tr?t [«lécipitammcnt.
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firunet, à la première vue, le prit pour Eustache, et s'élança vers lui !
— Tu reviens? s*éeria-t-il, tu nas pas pu partir, sans doute... Mais, va ! je te tiens compte de l'intention... Ah ! se reprit-il tout h coup en relisant le billet; c'est cela... Pardon , M. le comte ; le hasard vous a donné une ressemblance si étrange avec ce misérable, que mon erreur ne peut être une offense... Je comprends tout maintenant..., car vous êtes bien le comte d'Arrhans, n*est-ce pas? le vrai comte Arthur d'Arrhans?
— Je le suis, répondit Arthur en tombant épuisé sur un siège.
— Vous êtes blessé ! dit Brunet qui vit du sang à la manchette du jeune comte; blessé par lui, je gage... Ah! qu'il va me payer cher son méchant tour !
— Savez -vous quel est le but de son voyage? demanda Arthur avec une inquiète vivacité.
1 90 LB» âVàirruMis »*i}ii taifiBt.
— J'en sais plus qu'il ne faut pour le faire pendre, répliqua Tancien serviteur de Carrier; je vais vous montrer tout à l'heure un chiffon qui vous apprendra, je lVs|>ère, où nous pourrons le retrouver. .
— Montrez, montrez î dit Arthur.
— Pansons d'nbonl votre blessure...
— Non, non î montrez sur-le-champ, je vous supplie.
Brunet mit la main à sa poche ; mais en ce moment la i>ortc s'ouvrit de nouveau, et la florissiuite ligure dr h*v\ T»'i!ti.|«?!iorc Dogg parut sur le seuil.
Milord avait sous le bras droit deux sous le bras gauche une paire de pistolet» géants.
— Que cherchez-vous? demanda brusifuement Brunet.
— Je vos pâle pas, groom, répondit lord Dogg qui s'avança vers le comte.
— Sir Arthur, ajouta-t-il, je laiss/* '* vo< le choâ...
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Il présentait d'une main les épées, de l'autre les pistolets.
-- Que signifie reli . monsieur? dit le jeune eomte étonné.
Je laissé à vos le ehoâ! répéta milord.
— Mais, monsieur, je ne vous connais pas î Milord se gratta l'oreille.
11 ne savait trop si l'homme qu'il avait devant lui était le gentleman séductor, ou le gentleman qui se permettait d'être jalu de milady.
— C'est encore quelque fredaine de ce coquin d'Eustache, murmura Brunet.
— No, groom, no... loustètche, no... c'été sir Arthur, que diabel !
— Finissons ! s*écria le comte avec impatience.
— Yes... je laissé h vos le choâ...
Ce fut h grand'peine que Brunet fit comprendre à milord qu'il y avait deux sir Arthur, et que le séductor était en fuite.
Restait à savoir pourquoi le vrai sir Arthur
193 LES AVBrrciiii •*iiii tiicat.
était jalu de roilady, nu préjudice de milonl
Le comte cul besoin, |)onr prouver son innocence, d'affirmer que c'était uniquement Lointier et non pas Indy Ophelia qu'il avait regardé si assidûment au rout de la veille.
Milord, convaincu enfin, présenta le doigt à Arthur.
Ensuite de quoi, il reprit :
— Je volé me batter conter ce sir loustètche Loinlery ! Pice que je défende à milady de rcgàdé ce gentleman; milady régédé lute de même... manifestement, le frefi!)!'* ô\ê dans le ménèdge de moâ !
— Lointier , un gentleman ! se récria Brunet; allons donc, milonl. vous avez la berlue...
— Ménèdgé vos exprécbions, groom !
— Lointier est un fils de manant, un filou, un escroc, un...
Milord serra ses épées et ses pistolets.
— On puvé boxer conter fiifo !c monde ' dit-il en fermant les yeux.
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Arthur, cependant, manifestnit ënergiquement son impatience.
Comme Brunet sentait parfaitement qu'il était de Fintérét de sa vengeance de lancer au plus tôt le jeune comte sur les traces de Lointier, il coupa court h son entretien avec milord et sortit de sa poche un papier imprimé.
— Voici ce chiffon dont je vous parlais, dit-il à Arthur. Je Tai pris dans la poche d*Eustache... Veuillez lire ces lignes de la quatrième page.
Arthur y eut à peine jeté les yeux qu'il changea deux ou trois fois de couleur.
— Le marquis ! murmura-t-il enfin ; Marthe! Oh! je te remercie, Dieu, qui me mets enfin sur sa trace!... Ils pensent à moi ! Ils se souviennent de moi... Ce moment de bonheur paye de bien longues souffrances!
— Mais lui, dit Brunet, Eustache?...
— loustètchc ! prononça milord pour se bien mettre ce nom-là dans la mémoire.
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— Eustachc ! répéta Arthur; c'est \rai ! 11 est parti ! il a de Tavance sur moi : il a mes papiers, et cette fatale ressemblance!... Il faut que je parte ! que je parte sur-Ic^hamp pour Glascow.
Il s'élança vers la porte, mais, à moitié chemin, il s^arréta.
— Je n'ai pas d'argent, murmura-t-il avec accablcmnit.
— Pour ça, M. le comte, dit Brunet, je vous en offre autant.
Lord Dogg prit dans sa poche une bourse de soie longue comme une peau d*anguillc.
— Je volé prêter à vos de PAgent, dit-il ; prenez, if you please, pour oblidgé moâ.
Il est des instants où In coiirloisie n'a point d'exigences.
Arthur fit un geste de remercîment passionné, saisit la bourse et sortit sans mot dire.
Un quart d'heure après, il brûlait le pavé sur la route de Glascow.
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— A nous deux, milord, dit Brunet quand Arthur fut sorti ; voulez-vous que je vous fasse retrouver cet Eustacbe ?
— loustètclie... yes... je volé.
— Tenez-vous prêt h partir ce soir pour rÉcosse.
— Yes, diabel ' je téné prêt à pààtir !