‹ Les banditsChapitre 14 sur 31 · LES AVEnTCllS B*U(I tHIttRt · texte numérisé non relu

LES AVEnTCllS B*U(I tHIttRt

eut voulu comparer ses souvenirs aux deux visages qui étaient devant ses yeux

— Mon pcre, dit-elle d'une >oi\ gm^f et solennelle en élevant la main vers Arthur, voici le véritable d*Arrlians.

— C'est intolérable ! s'écria madame de la Veyre.

Le marquis lit nu geste d'éner<;ique mécontentement.

— Écoutez-moi, au nom du ciel!.. \ >ii lut continuer Marthe.

Mais la marquise quitta son laiihiui n un nir digne, prit la jeune fille par la main et Icntraina hors de la salir.

La pauvre Marthe ne put qu'échanger un dernier regard avec Arthur, dont la résolution commençait h défaillir.

Le marquis, cependant, mit la main sur le fermoir du portefeuille.

— Cher comte, dit- il en s'adressant à Eustachc, pardonnez cet incident et soyez persuadé que ma conviction est formée d'à-

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vance. Si j'ouvre ce portefeuille, c'est uniquement parce que vous en manifestez le désir.

— Rienî... pas de preuves !... Rien, prononça Arthur d'une voix basse et saccadée.

— Si fait, monsieur, repartit M. de la Veyre en tirant plusieurs papiers du portefeuille ; voici plus de preuves qu'il n'en faut pour vous confondre... Croyez-moi , renoncez, pendant qu'il en est temps encore, à votre téméraire dessein. Quittez Glascow.

— 0 mon père, mon père, cria sourdement Arthur en pressant convulsivement son front humide; ne m'inspirerez-vous pas?

Madame de la Veyre rentra.

Elle avait conduit Marthe à sa chambre.

— Monsieur, monsieur! reprit Arthur qui sembla tout à coup recouvrer espoir; veuillez m'entendre... m'entendrc sans témoins. Je vous dirai des choses qu'un fils seul peut savoir; je vous dirai...

— Mon pauvre père, interrompit froidement Eustnrlif. nvnif m ro ni;»lh(Mirrnx une

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confiance inexplicable et dont M. le marquis a dû s'étonner plus d'une fois.

— Rien de plus vrai ! répliqua M. de la Veyre, et je lui en disais souvent ma façon de penser.

Il se leva et tendit le portefeuille à Eustache.

— Cher toiiiU', dit-il, ceci ne ma rien appris, mais a pu servir, j'en conviens, à rendre ma conviction inébranlable... Quant à vous, monsieur, je vous prie de sortir de chez moi.

— Vous me chassez, monsieur ! . . . commença Arthur, qui , par un fatal assemblage de circonstances, ne pouvait dire, pour sa défense, un seul mot qui ne tournât contre lui.

— Oui, monsieur, je vous chasse, répliqua durement le marquis. Je pourrais faire quelque chose de plus; mais nous sommes ici on pays étranger ; vous êtes Français : j'ni pitié de vous.

LES CISE%CX DK LORD DOGG. ?95

Arthur regarda Eiistache en face.

Celui-ci ne sourcilla pas.

— Non î s'écria le jeune comte d'une voix ferme et grave , je ne sortirai pas... Je suis gentilhomme, M. le marquis, et, à part tout intérêt personnel , mon devoir de gentilhomme m'oblige à me placer entre ce misérable et mademoiselle de la VejTe : la force seule pourra m'éloigner d'ici.

— Alors, dit le marquis avec emportement nous aurons recours à la force... Veuillez sonner, madame... Le reste est Tafifaire de mes gens.

La marquise sonna.

Il y eut un moment d'anxiété véritable, car Arthur avait croisé ses bras sur sa poitrine et semblait résolu à pousser l'aventure jusqu'au bout.

La porte s'ouvrit.

Mais au lieu des valets attendus, ce fut un gros homme très-rouge qui parut sur le seuil.

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Uoe espèce de laquais se tennit iloniri-f lui et resta en dehors.

— N'oubliez pas les ciseaux ! dit le laquais h voix basse et sans se montrer.

— Je n*àblië pas, gro<»ni ' n''pon<lif ]v «ro'i homme rouge.

— C'est au bras gauche...

— C'ëté trcs-bienne, groom î

A la vue du gros homme, qui n était auiir que lord Templomore Dogg, Eustachc pâlit; Arthur, au contraire , se sentit revenir un vague espoir.

Le marquis avait fait quelques pas au nom de milord.

— A qui ai-je l'honneur de parler, demanda-t-il, incapable de mettre de câtë, même en cet instant d'émotion extrême, les formules de l'urbanitc française.

— Vos âvé lé honneur de pâle à moâ, répondit lord Dogg avec un magniûque sérieux.

Puis, écartant sans façon le marquis, il se dirigea vers Arthur.

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— Pas celui-là, milord ! dit Brunet qui se cachait toujours derrière la porte.

— C'été l'auter?... murmura milord en pivotant sur lui-même.

Ce mouvement le porta au-devant d*Eustache.

— Vos été, reprit-il , mister loustètche Lointery ?

Au lieu de répondre, Eustache se tourna vers le marquis étonné, et lui dit à voix basse :

— Cet Anglais est fou, et je gagerais que ceci est un nouveau tour de notre rusé coquin...

— Je le crois comme vous, répliqua le marquis en faisant signe h madame de la Veyre, qui mit de nouveau la sonnette en mouvement.

Lord Dogg, cependant, secouait très-rudement le bras d'Eustachc de la main gauche et tendait la droite au comte en disant :

— J'élé sir Arthur, yonr servant... Vos,

^^^ LL> AN L^rURK.s U LS EllGHK.

luisUr loustètche , t*>. ièv/. , ;1 w>u {tleasc , voter visédge ; je vole, voye-vos, pâàlc avct vos.

Comme Eustache n'obéissait pas assez viti% lord Dogg lui imprima un mouvement lU rotation si violent, que le malheureux Lointier tourna deux fois sur lui-même, et s'arrêta, étourdi, face k face avce milord.

— Je demandé pââdon 5 milady, murmuni froidement rrlui-ri m «^.-ilii-inf niad-fv ''•• ! i Veyre.

A cet instant, on entendit un bruit de pas dans rantichaml)!

— Dépéchez-vou> , inilord, crm Hruiirl.

voici toute une escouade de valets.

Le marquis et sa femme accueillirent cettc annonee avec une évidente satisfaction.

Quant à Lointier, la vue de lord Dogg, In voix de Bru net, qu'il reconnaissait parfaitement, lui donnaient grandement à craindre.

Ce n'était déjà plus le même homme, et si M. de la Veyre l'eût regardé en ce mo-

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ment, il aurait sans doute tiré de fâcheuses conséquences du désordre de sa physionomie.

Lord Dogg tira fort paisiblement de sa |)Oche une paire de ciseaux en acier tout neufs, et au moment où trois valets du marquis se présentaient au seuil, il fit le geste d'attaquer la manche du frac de Lointi^r.

— Pas ce bras-là, milord, pas ce bras-là ! disait Brunet de son poste.

— Ah! c'été Tauter, diabel?... répondit lord Dogg, qui, d'un seul coup bien appliqué, creva la manche gauche d'Eustache.

— Mais c'est un fou furieux ! s'écria le marquis en se hâtant au secours de son futur gendre^

— Lapierre! Germain! Comtois! appela madame de la Veyre effrayée.

Les valets s'ébranlèrent.

Eustache se débattait de son mieux sous le poignet d'acier de milord.

Il était pâle.

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De grosses gouttes tl« ->.. .ii ..Mil.nciit Aison front sur ses joues.

— Laisseï mon bras! murmura-t-il d'une voix étouffée ; que voulez-vous faire de mon bras?

— Je volé cApcr voter habit... Lepierre ! Dgerroaine! Comtoâ! Je défende à vos de tâcher moi... Je demandé péàdon à milady.

Bruoet était entré à la siiiii <1« > s.iltis.

— Laissez faire milord, monsieur et madame, dit-il en saluant gauchement, vous allez voir quel beau comte nous avons là.

— Au secours ! cria Eustache qui perdait la tête.

Arthur d*Arrhans avait toujours les bras croisés sur sa poitrine, et demeurait immobile.

Les yeux du murquis rencontrèrent les siens par hasard, et ce dernier retint Tordre qu'il allait donner à ses valets de fondre sur milord.

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Un doute venait enfin de traverser son esprit.

Le regard ferme et digne du jeune comte faisait un tel contraste avec la détresse d'Eustache, que M. de la Veyre ne put manquer d'en être frappé.

— Aurions-nous donc été trompés? pensa< t-il tout haut.

— Fi ! monsieur ! répondit la marquise ; n*allcz-vous pas abandonner ce malheureux jeune homme , et souffrirez-vous plus longtemps la brutale insolence de cet Anglais?

— Au secours ! répéta Eustache avec angoisse.

Les ciseaux de milord avaient fait leur devoir.

La manche coupée laissait voir la chemise.

Eustache, pâle et les yeux hors de leurs orbites, fit un suprême effort pour se dégager.

— Mais retenez donc cet homme ! dit la marquise ; il va blesser M. le comte... Germain, Lapierre, Comtois, je vous ordonne...

— Dgenu.iiiu', Lt'pu-nr, (^oim<ui : mtnronipit milord, je délciulé à vos... diabcl!

Pendant que les valets ht^sitaient, un dernier coup de ciseau trancha la chemise et mit le bras à nu.

Brunet frappa dans ses maÎDs en éclatant de rire.

Eustaehc baissa la tête et n'opposa plus aucune résistance.

Lord Dogg écarta nicttiodiquenient les lambeaux d'étoffe , mit le lorgnon à Tœil et examina le bras d'Eustaehe.

— Cété remâquabelment choquante ! gronda-t-il après quelques secondes de silence.

— Mais regardez donc, monsieur, mais regardez donc, madame, disait Brunet qui se pâmait de rire. Tous les titres de M. le comte ne sont pas dans le portefeuille de maro<iuin. Il y a sur son bras tout un diplôme '

M. et madame de la Veyre, pris d une curiosité involontaire, s'approchèrent à la fois d'Eustache.

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La marquise ne jeta qu'un regard sur son bras, puis elle recula vivement en murmurant une expression de dégoût.

Quant au marquis, il demeura stupéfait et tourna vers Arthur un regard qui semblait implorer son pardon.

Arthur s'approcha à son tour.

— C'été remâquabelment ignobel ! répéta lord Dogg ; je demandé pàâdon à milady.

Eustache, les yeux cloués au sol, ne donnait plus signe de vie.

— Puis-je espérer que vous me pardonnerez cette malheureuse méprise , M. le comte? dit M. de la Veyre à Arthur.

La marquise, s'appuyant au bras de son mari, fit une gracieuse révérence.

— M. le comte, dit-elle, je sollicite une part en votre clémence. Nous étions aveugles!...

Arthur lui baisa la main et serra cordialement celle que lui tendait le marquis.

Le lecteur désire peut-être savoir quelle 1 20.

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sorte de talisman avait causé cette révolution soudaine et inattendue.

Nous n'avons aucune espèce de raisoD pour garder le secret d*Eustaclie.

Eustache avait sur les bras une de ces vignettes indélébiles gravées à l'aide d'acides et de poudre h canon, un tatouage enfin, comme chacun en a pu voir sur les bras de tant de concierges , anciens soldats de lempire, ou peut-être sur la poitrine velue d*un pensionnaire du bagne.

Mais le tatouage d'Eustache n'était pas aussi innocent que les illustrations dont fait usage, en pareil cas, le commun des guerriers français : c'était une bonne plaisanterie républicaine, exécutée probablement durant quelque orgie de septembriseurs.

En un mot , son tatouage représentait une guillotine timbrée d'un bonnet rouge et entourée d'une guirlande de sujets obscènes.

Au-dessous , afin que nul n'en ignorât, ou lisait ces mots écrits en lettres de sang :

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Mort aux aristocrates! — 1793. — Le sans-culotte Eustache Lointier.

Avec un pareil diplôme, comme disait ce malicieux Brunet, il n'y avait plus moyen, on en conviendra, de jouer le rôle d'Arthur d'Arrhans.

— Faites sortir cet homme ! dit le marquis à ses gens, en se détournant de lui avec mépris.

Eustache ne demandait pas mieux, mais ce n'étail pas le compte de lord Dogg, qui repoussa les valets , et prit une physionomie funeste.

— J'été rcmàquabclment jalu, dit-il d'une voix sombre ; je né pôvé pns , voye-vos , me batter en diouel conter cette misérabel...

Il s'arrêta et roula terriblement ses gros yeux :

— Oh yes ! reprit-il ; cette misérabel ! . . . mais je pôvé descender sur le square, et boxer conter lui, diabel! de main de mastor.

S3C LES àVE?ITt'»M bVn tVIGRft.

— Y penst'z-\ou>, iinloni, di' Vitlmi vous commet Ire avec cel homme

— Je pense, goddam!... Je déman«l

don h milady... cetle vil |)ersonnè<l)|;c élë iune très-rédôlèble séduclor... oh yes... cetle détesUibel, voye-vos, avé appùté le Ireuble dans le mënèdge de moâ !

Tout ce qu'on put dire à milord pour le détourner de son dessein fut inutile.

A toutes les représentations, il ré|)ondit en retroussant les manches de son ridiiujcoat :

— J'ëté jalu, voye-vos... rcmâquabclment... oh!

Lorsqu'il eut retroussé ses manches, il saisit Eustache par le collet, et, repoussant Dgcrmaine , Lepierre et Comtoâ , il opéra sa retraite avec son captif.

On le vit bientôt paraître sur la phu » , ^m, ser Eustache en face de lui, et lui enseigner courtoisement à se mettre en garde.

Quand il crut avoir avancé suffisamment

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l'éducation de son adversaire, il jeta son chapeau, ferma ses gros poings, et poussa, droit à l'estomac du malheureux Lointier, un coup capable d'assommer un taureau.

L'effet fut tel que lord Templemore Dogg n'avait pu le prévoir.

Eustache, en effet, au lieu d'attendre le coup, rompit quelques semelles, puis tourna le dos et s'enfuit à toutes jambes.

Milord ramena ses manches à leur position normale et se recoiffa.

Cela fait, il braqua son lorgnon dans la direction suivie par le fugitif.

— Cette filu été siourprenante! grommelat-il. Brunette î

Brunet se présenta.

— Je retônédans London, groom.

Brunet prit les devants, et milord le suivit

d'un pas majestueux.

Nous ne saurions dire au lecteur en quelle partie de notre globe Eustache Lointier alla se faire pendre.

Un mois après lu scène que nous avons racontée, Arthur d'Arrhans cl mademoiselle Marthe de la Vcyre furent unis.

Un seul et fort léger nuage troubla les apprêts de cette heureuse cérémonie.

Ce fut une toute petite querelle entre le maniuis et sa femme, qui s accusèrent récipro<iucroent d'avoir provoqué la méprise dont Arthur avait failli être la victime.

— Au demeurant, dit le marquis, le diable s'y fut trompé î

— Le fait est, ajouta madame de la Veyre, qu'il avait des manières de grand seigneur... et puis, cette étrange ressemblance...

— Deux gouttes d'eau ! dit le marquis.

— Ah ! sans ce plaisant original de lord Templemore Dogg. . .

Marthe se pencha à l'oreille de son mari :

— Il ne m'avait fallu qu'un coup d'œil, à moi, murmura-t-elle.

FIN Dt TOME PREHl».

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