‹ Les banditsChapitre 16 sur 31 · LA TE5T\TI0?I · texte numérisé non relu

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qu'on s'y puisse asphyxier avec une chaufferette.

Le docteur était veuf et n'avait qu'une fille, à laquelle il destinait le fruit de ses travaux, se réservant de lui choisir un époux de qualité.

La fortune lui importait peu, mais il lui fallait à toute force un gendre titré, parce que, disait-il, la fille unique du premier chirurgien du quartier Saint-Sulpice n'étiiit pas faite pour épouser un homme de peu.

Clémence, ne connaissant point les desseins de son père, n'avait garde de les combattre ; et d'ailleurs, pourquoi les eût-elle combattus? marquis et vicomtes sont fort ridicules à la Comédie-Française et infiniment grotesques au boulevard ; néanmoins, dit Thistoire, les jeunes filles riaient moins souvent d'eux qu'avec eux.

Outre sa fille et ses domestiques, qui étaient fort nombreux, à cause des pensionnaires que renfermait d'habitude sa maison, le doc-

iO IK TOI R m BATO^

leur Thomas avait chez lui un fiersonnage qui tenait le milieu entre Tumi et le serviteur, mais qui notait ni Tun ni Tautre.

C^était un homme de cinquante ans environ, vigoureusement constitué, et possédant une de ces physionomies qui donnent à penser aux sergents de ville et font rêver les directeurs de théâtres mélodramatiques, en quête d'un traUre, chef d'emploi.

Son visage offrait un fort laid assemblage d'hypocrisie et de cynisme , ou [tlutôt un cynisme appris y dominait une expression naturelle d'astuce.

Son petit œil vairon, caché aous les touffes épaisses et grisonnantes de ses sourcils, s'essayait parfois au sourire, parfois encore il se baissait avec une feinte humilité; sa voix s'adoucissait alors et prenait une inflexion pateline ; mais il y avait de l'insolence sous cette douceur, et une effrontée raillerie sous cette humilité.

En somme, qu'il mit ou non un masque,

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il ne pouvait enlever à ses traits l'expression repoussante que la nature leur avait infligée.

Il ne le voulait peut-être pas.

Ce personnage avait nom Pascal.

Bien qu'il ne fût point admis à vivre sur le pied d'égalité avec le docteur; bien qu'il ne mangeât point à sa table et portât un costume analogue à sa position équivoque, il traitait en toutes occasions M. Thomas avec un sans-façon qui frisait l'inconvenance.

Poli, obséquieux même avec tout autre, il prenait, dès qu'il s'adressait au chirurgien , un ton rude et presque brutal.

Les valets de la maison ne s'étonnaient point trop de ce fait, vu que parfois les bons maîtres passent bien des choses à leurs anciens serviteurs.

Or, il y avait longtemps que M. Pascal appartenait au docteur.

Ce dernier était un petit vieillard chélif et portant sur son visage des traces évidentes de souffrances morales.

13 LK TOUR Dl* BATOil.

On ne peut dire (ju il fût inëchnnt de cœur, bien qu'il eût commis en sa vie, comme nous pourrons le voir, une nmltitudo Je méchantes actions.

Mais il y avait eu lui uiu- iiu.imk ni.m^.iiM si vivace et si développée quVlle atteignait les proportions d'un vice.

11 était vaniteux et (>oussait jusqu'à la passion Torgueilleuse estime qu'il avait de sa propre science.

Or , en ce temps , où la réclame n'était point {Mssée à l'état d'expédient usuel, et si simple que personne ne s'en prive, il était assez malaisé de se faire un tmm.

Le chirurgien Thomas, en arrivant à Paris, trente et quelques années avant l'époque où commence notre histoire, était pauvre, et ne possédait guère que son diplôme, conquis à force de travail, près l'universilé de Montpellier.

Il était alors lami intime d'un de ses jeunes confrères, le docteur Lenoir, qui avait.

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lui aussi, lait ses études chirurgicales à Montpellier.

Tous deux débarquèrent le même jour par le coche, et, comme ils étaient tous deux dépourvus de patrimoine, ils travaillèrent à lenvi l'un de l'autre.

Lenoir, grand et beau garçon, muni d'un visage rose et de jambes qui eussent fait honneur à la culotte d'un duc à brevet, fit rapidement son chemin.

Il ne se donna bientôt pas à la cour un coup d'épée sans que la sonde de Lenoir fût de la partie, et en même temps qu'il guérissait régratignure de tel mari, la femme dudit mari lui demandait ses conseils touchant d'obstinées vapeurs qui ne lui voulaient point laisser de relâche.

Lenoir donnait bravement ses conseils.

Il recommandait le bal et la comédie, et tâtait le pouls d'une si adorable façon, que pas une dame n'eût voulu guérir de ces jolies petites souffrances qu'avaient les femmes

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avant que la névralgie fût inventée, par (r»utrcs ordonnances que celles du petit docteur, lequel n avait guère que cinq pieds huit pouces et quelques lignes.

Les médecins en titre en séchaient de dépit, mais ne savaient qu'y faire.

La destinée du pauvre Thomas était tout autre.

Tandis que son heureux camarade prenait domicile aux abords des Tuileries , et faisait ses visites monté sur un cheval de prix , en attendant qu'il eût un carrosse, Thomas végétait dans cette même maison du quartier Saint - Sulpice , où nous Favons trouvé au commencement de ce récit.

Mais alors la maison était, à l'intérieur comme au dehors, une pitoyable masure, et d'ailleurs Thomas n'y occupait qu'une petite chambre , où le valet de Lenoir n'eût point voulu mettre son lit.

Courageux et soutenu par son orgueil , Thomas fit des efforts surhumains pour vain-

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