LA TE"\T\T
cre sa mauvaise fortune ; mais , nous lavons dit, il était chétif et de petite mine : nul ne voulait d'un docteur si pauvre , si laid et si mal logé.
La jalousie commençait à entrer dans le cœur de Thomas :
— Pourquoi, se demandait-il avec désespoir, pourquoi Lenoir, qui est un ignorant auprès de moi, a-t-il tout le bonheur, et moi tous les dégoûts? Peut-être , s'il n'était pas venu , aurai-jc pris la place qu'il occupe.
Et il se prenait à souhaiter que , quelque beau jour, le cheval de son ami se cabrât, et puis encore que...
Mais il n'avouait point cela, et il aurait rabroué bien fort quiconque eût achevé tout haut sa pensée.
Lenoir et lui s'étaient tant aimés î
Maintenant encore , ils s'embrassaient sur les deux joues quand ils se rencontraient , et le chirurgien en vogue descendait de sa monture , en plein pavé, pour serrer plus com-
niodémcnt la ni.un <m p.niMr lien- , (|ii li nppclnitson .'H"i. iii.Mi< niKiiirl il iw pn'tnit point d'argent.
Parle fait, Thomas avnil ni^nii.
Rien, chez Lcnoir, ne justilinit les faveurs de la fortune.
II avait peu de science , et jamais il ne lui vint à l'esprit de soulager la détresse de Thomas.
— Tu es mon miMlleur niiii , lui disait-il toujours. Je prétends que nos enfants, si nous en avons, et qu'ils soient de sexe différent, deviennent mari cl femme... Pas d'objection ! Je suis le plus riche, mais c'est mon idée.
C'était une idée pleine de générosité, mais de générosité h long terme.
Nous savons une foule d'honnêtes gens, chirurgiens ou non, qui sont généreux de cette façon.
Les choses demeurèrent ainsi, ou à peu près, pendant fort longtemps.
LA TKNTATIOÎI. 17
Thomas, toujours pauvre et obscur, gagnait néanmoins du terrain, et au bout de dix ans, il pouvait pourvoir, à laide de son art, à sa modeste existence.
Il semblait qu'il dût s'arrêter là, et luimême ne paraissait point porter beaucoup plus haut son ambition , car , vers celte époque il fit ce que les hommes d'argent appellent se casser le cou, c'est-à-dire qu'il épousa une jeune fille pauvre.
Vers ce même temps , Lenoir concluait un brillant mariage.
Il épousait la fille unique d'un médecin célèbre, et consolidait ainsi la belle position que lui avaient faite son teint frais, sa science et sa jambe.
Une fois marié , Thomas vit revenir le besoin.
Le mince émolument de son travail ne suffisait plus pour entretenir sa maison.
En cette extrémité, il se souvint d'une formule trouvée autrefois à l'université, en com- 2 2.
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pagiiie (If Leiioir, ri sr rtihiit nui -Ir-rliamp chez ce dcrnior pour le prier de lui aliniidonner la propriël<^ de la recette.
— Pauvre ami ! lui dit Lenoir avec une fatuité pendable, qui aurait jamais cru que tu te ferais apothicaire! Mais sois tranquille, nous marierons nos enfants.
— Ma femme est enceinte, répondit Thomas.
Lenoir lit la griniaro; mais il r('>il('>(*iiit (lu'ij lui restait une quinzaine (raïuit'rs pour se dédire, et reprit en souriant :
— La mienne aussi ! Ccst un ménage tout fait qui va venir au monde... Quant à celte misère, la formule en question, je te la donne, mon ami, en propriété entière; elle est à toi, rien qu'à toi. Il ne me convient pas, tu sens bien, de spéculer sur des bagatelles de cette sorte.
Thomas prit congé, moitié irrité par l'air de supériorité de son ami, moitié satisfait par l'heureux résultat de sa visite.