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tait cliaque mois quelque nouvelle ride sur son visage.
— Je suis vieux... se disait-il.
Et il s'enveloppait d'une résignation mome, silencieuse, mais pleine d'amertume.
Clémence était venue au monde à peu près à l'époque où le docteur Thomas commença à vendre son vulnéraire.
Quelques mois auparavant, la femme de Lenoir était accouchée d'un fils.
La renommée du docteur Leinm ;iN;iit considérablement fléchi durant ces dix dernières années.
Il avait pris du ventre et la goutte le travaillait périodiquement tous les trois mois.
En outre, son teint frais s'était couperosé.
C'était maintenant un gros père à la démarche lente, au sourire fixe et satisfait, au langage convenu, mais passé de mode depuis trois lustres en çà.
Or, pour être à In mode, il no faut point vieillir.
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Avec la vogue, le> ir(«Mios son iill;iu*nt.
Les jeunes dames dont les maris se battaient, au temps où le docteur Lenoir avait le teint frais, s'étaient faites douairières et n'avaient plus de vapeurs.
Leurs filles suivaient les avis de quelque nouveau venu, poudré à givre et ayant encore vingt ans devant soi avant d être pris de la goutte.
Néanmoins, la maison de Lenoir ne se ressentait point trop encore de cette inconstance de la mode.
C'était un homme prudent.
Pendant sa prospérité, il avait mis de cùtc de fort belles économies, et, n'eussent été les goûts dispendieux de madame Lenoir, sa compagne, il eût trouvé très -positivement dans sa réserve de quoi rouler carrosse jusqu'à sa dernière attaque de goutte.
Mais madame Lenoir, beaucoup plus jeune que son époux, aimait h la fureur les diamants et les cachemires, et il fallait enlever
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chaque année de la cassette des sommes considérables pour satisfaire cette inclination bien naturelle.
Malgré cette décadence de la maison Lenoir, il y avait encore une différence totale entre la position des deux anciens amis.
Aussi Lenoir, voyant son fils arriver à sa onzième année, et craignant qu^il ne prit envie à Thomas de réclamer un jour cette promesse, faite autrefois si souvent, d'unir leurs enfants, fit partir son héritier pour Montpellier, où il devait, quand il serait en âge convenable, suivre les cours de médecine à Funiversité.
Le jeune Edmond quitta Paris sans tro|> de peine, et son père se crut désormais à Tabri de toute tentative d'hymen de la part de Thomas.
Ce fut vers cette époque qu'on aperçut pour la première fois, dans la maison du docteur Thomas, la physionomie hybride, moitié tragique, moitié grotesque de Pascal.
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Il vint un soir « la nuil toiiiitantr, et réclama du docteur un entretien particulier.
Comme il prit grand soin de fermer toutes les portes à double tour avant de prononcer une parole, nous ne saurions trop dire quel fut le sujet de sa visite; mais, après quelques mots murmurés par Pascal d'une voix basse et timide, on eût pu entendre le docteur Thomas prendre un ton sévère pour lui ordonner de s*éloigner sur-le-champ et de ne plus revenir.
Pascal obëit aussitôt, et se confondit en excuses et en salutations fort respectueuses.
Mais, sur le seuil, il se retourna :
— Réfléchissez, mon bon monsieur, murmura-t-il; avec ce moyen-là vous serez le premier chirurgien du monde et votre vulnéraire se vendra au poids de l'or.
— Sortez ! répéta Thomas avec colère et mépris.
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Pascal cligna de l'œil et prit cet air que devait avoir Thémistocle en prononçant sou fameux : «t Frappe, mais écoute. »
— Je sors, dit-il, mais réfléchissez !
Et néanmoins, suivant involontairement son conseil, il se prit à réfléchir.
— Le misérable ! pensa le docteur dès que Pascal fut sorti.
11 fallait qu'il y eût dans l'expédient proposé par Pascal quelque chose de bien diflîcile ou de bien condamnable, puisque l'ardent désir de célébrité du docteur Thomas, si souvent et si longtemps trompé, ne put suffire à vaincre sa répugnance.
Au bout de quelque temps, il se leva et fit deux ou trois tours dans sa chambre d'un air agité.
— Cela ne se peut pas ! répéta-t-il à plusieurs reprises, comme s'il eût cherché à raffermir sa résolution chancelante. Dusséje mourir pauvre et obscur, je ne le ferai point.
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11 tint parole, pendant quelque temps du moins.
La portière de sa maison eut ordre de refuser entrée à Pascal, dont le signalement n'était point malaisé à traeer,ct le doetcur continua à vendre tranquillement son vulnéraire.
Mais il était écrit que le pauvre homme ne jouirait pas longtemps de cette paisible aisance qu'il avait acquise par des moyens licites et scrupuleusement honnêtes.
Madame Lenoir, à mesure qu'elle s'éloignait des belles années de sa jeunesse, avait besoin , pour réparer des ans l'irréparable, etc., d'une foule d'expédients qui devenaient de jour en jour plus coûteux.
Lenoir, dans son gros bon sens, se hasardait bien à dire quelquefois que quand les recettes vont diminuant , ce n'est point le moment d'augmenter les dépenses; maison lui riait au nez, et les prodigalités succédaient aux folies avec une prestesse merveilleuse.
Si bien, que le jour vint où, voulant voir
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clair au fond de ses affaires, Lenoir dut reconnaître que quatre ou cinq ans de cette vie le réduiraient à la mendicité.
Dans son effroi, le brave homme adressa au ciel une prière si fervente que le ciel en fut touché.
Le soir même, madame Lenoir revint du bal avec un commencement de catarrhe, qui, convenablement négligé, l'emporta en quinze jours.
Cette mort fut pour Lenoir une véritable aubaine.
Il héritait, par le fait, de tout ce que sa femme eût dépensé, si elle avait vécu.
Aussi fit-il élever à la mémoire de sa compagne un mausolée couvert d'inscriptions larmoyantes, sur lequel il alla de ses propres pieds, un jour que la goutte lui donnait relâche, déposer un bouquet de violettes et une couronne d*immor telle.
Cette dette une fois soldée, il se tint quitte et ne songea plus h la défunte.
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Nous nous trompons
Il y songea bien souvmi- <<n-, clunjiu" lois qu'il ouvrait sa caisse, il ne pouvait s'cmpécher de regretter les beaux ëcus qui en garnissaient jadis les vastes cavités.
Hélas! Ils avaient fui comme des ombres, et le temps était passé où les dames de la cour se seraient chargées de combler le vide occasionné par leur absence.
n fallait pourtant aviser à trouver quelques moyens de réparer ces brèches.
Lenoir chercha et ne trouva point.
II y avait longtemps qu'il n'avait vu son ancien camarade Thomas.
Dans cette extrémité, il résolut d'aller lui demander conseil.
Prenant donc sa canne h pomme d'or, car il craignait d'humilier son confrère en se présentant à sa porte en carrosse, il s'achemina vers le quartier Saint-Sulpice.
Arrivé devant la maison qu'il cherchait, il leva les yeux et lut :
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