I.A TE?rTAT10?l
livres et non par louis qiril faudrait compter ses bénéfices.
— C'est vrai, pensait le docteur faisant un dernier effort pour combattre l'irrésistible désir qui s'emparait de lui ; mais c'est une affreuse manœuvre, monsieur !
— Hé ! hé !.. . flt Pascal, je suis prêt h faire serment que vous êtes un homme honnête... et vertueux... et rigide sur ce qui touche à la conscience ; mais, h tout prendre, que ça soit vous ou le docteur Lcnoir, cela se fera, et quand on ne peut pas empêclier une chose de se faire...
— Cest^Tai, murmura encore et involontairement Thomas.
Pascal riait dans sa barbe.
— Mais, reprit-il, chacun a sa manière de voir, et si l'affaire ne vous convient pas, le docteur Lenoir s'en arrangera peut-être; et alors, quand vous entendrez dire ; Le fameux Lenoir par -ci. L'illustre Lenoir par -là... alors... mais il ne sera plus trm|>s!
38 ' r Torr nr pxto^
— Tais-toi !... tais-toi !... dit Thomas on proie à une agitation extraordinaire.
— A l'honneur de vous revoir, mon respectable monsieur.
Et Pascal mit la main sur le marteau de la porte de Lenoir.
Thomas, en ce moment, se redressa tout à coup et arrêta le bras de Pascal.
— J^accepte ton offre, dit-il les dents serrées, et d'une voix si basse qu'il Hillnit l'oroille d'un pirate de terre ferme pour IVnlnKiir.
Pascal l'entendit et lâcha le martoaii.
— A la bonne heure ! dit-il joyeusement. Ce soir vous aurez de mes nouvelles, mon excellent monsieur. En attendant...
Il n'acheva pas, mais il tendit la main.
Le docteur Thomas y dëposa sa bourse, et Pascal, saluant avec une humilité ironique, disparut aussitôt.
— Que Dieu me pardonne ! murmura le docteur chancelant et prêt à défaillir; j'ai vendu mon âme h Satan.
Le soir de ce même jour , à la tombée de la nuit, trois hommes étaient accoudés sur une table de cabaret, dans la partie de la rue du Vieux -Colombier qui avoisine la Croix-Rouge.
L'un de ces hommes était M. Pascal.
Les deux autres, déguenillés et porteurs de physionomies patibulaires, étiuent presque aussi repoussants que lui.
O Ll TOOl DO B4T01I.
Ils étaient ranges en triangle autour de la table , et leurs têtes, penchées en avant, formaient voûte au-dessus d'une large mesure d'eau-de-vie.
Us parlaient bas, bien que le cabaret fût désert.
— Mes excellenls anu>, «li i P.i-r il, r'est comme j'ai la siilisfaclion de mjii.> ialliriiier; notre fortune est faite. Toi , Rondel , qu^ as des goûts champêtres, dans un an, tu auras une bonne ferme en Sologne...
— Ou en Picardie, interrompit Uoiuiel.
— Ou en Picardie. C'est ton afTairc... Toi, Grouïn, connu conmic tu l'es par ton élégance et la distinction de tes manières, tu pourras acheter une charge noble et damer le pion à tous les muguets de la cour.
Grouïn posa le poing sur sa hanche, et ngita sa main avec grâce, comme si elle eût été entourée de ces riches touffes de dentelles qui formaient la manche des dandys du dixhuitième siècle.
Ce geste et cette attitude formaient un si parfait contraste avec son visage de lépreux et la saleté hyperbolique de ses haillons, que ses deux compagnons se prirent à sourire.
— Qu'est - ce à dire, messieurs ? s'écria Grouïn en fronçant le sourcil. Savez -vous qu'un sourire insultant vaut un coup de rapière, entre gens de bon lieu ? De par tous les diables!...
— Ami Grouïn, interrompit Pascal, nous sommes trop pauvres pour porter rapière, et tu sais que mon poing en vaut trois ! Raisonnons.
— Au fait, dit Grouïn d'un air boudeur, vous ne nous avez rien expliqué encore, M. Pascal. Vous promettez, mais...
— Ça, c'est la vérité ! appuya le champêtre Rondel ; M. Pascal promet beaucoup.
— Mais vous ne donnez jamais, acheva Grouïn.
Ronde] hocha la tète en sigm- d assentinirnt.
44 Ll TOtlK Dl' BATON.
— Ingrats ! prononça {Nitliëtiquement Pascal.
En même temps il frappa sur son gousset, où était la bourse du docteur Thomas.
Ses deux acoljrtes se rapprochèrent instinctivement.
Leur avide regard semblait vouloir percer le drap de la culotte de Pascal, |)our voir ce que contenait ce gousset si bien sonnant.
Puis il se fit un silencr
Au bout de quelque temps, (•ruiiiii rqink à voix basse :
— Combien y a-t-il à gagner?
— Je vous Tai dit : pour toi , Rondel, un petit manoir en province; pour toi, Grouïn, du velours, des dentelles, un feutre h plume et une rapière aussi longue que IVpée du paladin Renaud.
— Que faut-il faire ?
Pascal regarda par la leiictrcj l;i nuit était tout à fait venue.
— Prendre vos gourdins et me suivre,
répondit-il. En chemin, je vous taillerai votre besogne.
Rondel et Grouïn échangèrent un regard d'intelligence, puis leurs yeux se tournèrent en même temps vers le gousset de Pascal.
Ce fut l'affaire d'une seconde.
— Au petit bonheur, dirent-ils en se levant; nous allons vous suivre, M. Pascal.
— Mes excellents amis, dit celui-ci avec douceur , je crois deviner que vous comptez me dévaliser en sortant d'ici. Je ne prétends point vous imposer mes opinions, mais je prends la liberté de vous donner un bon avis : nous allons dans un endroit particulièrement propice pour le dessein que vous venez de former. Personne ne se trouvera là pour me secourir ; mais, quand je vous aurai brûlé la cervelle à tous les deux (il tira brusquement de son sein deux pistolets de taille raisonnable), personne ne m'empêchera de ra'aller coucher, comme il convient à un homme paisible qui a fait sa petite promc-
40 Ll TOOl »0 BAT05I.
nade du son ii maintenant, mes fils, en route !
Pascal sortit le premier.
— Pas moyen de le prendre sans vert , murmura Grouïn h Toreille de Rondel.
— Aux champs seulement n*habitc point la défiance, repondit le bucolique bandit. O laboureurs, que vous êtes heureux !
Comme Rondcl ne connaissait pas le latin, nous prenons sur nous d'aflirmer qu'il n'avait point pille cette apostrophe dans Virgile.
Nos trois aventuriers descendirent silencieusement la rue du Vieux-Colombier , du côte de Saint-Sulpice.
La ville commençait h se faire sombre; néanmoins, Pascal marchait devant, comme s*il eût voulu témoigner de s;» mnifilAti^ sécurité.
Arrivé k Tangle de la rue du Pot-de-Fer, il s'arrêta.
— Halte ! mes excellents amis, «lit-ii à voix basse. Voici notre poste d'affût. Dans
une heure, toutes ces lumières que vous voyez encore aux fenêtres seront éteintes... Je connais la place, et nous pourrions démolir la grosse tour de Saint-Sulpice sans que personne y trouvât à redire.
C'était en effet un lieu admirablement choisi pour une attaque nocturne.
La maison qui formait Fanglc de la rue du Pot-de-Fer avait été jetée bas pour être rebâtie.
Les réverbères, trop éloignés et mal entretenus, n'envoyaient là qu'une clarté si faible qu'il était à peine besoin de l'aide des malfaiteurs pour casser le cou des passants attardés : les débris de matériaux qui jonchaient de tous côtés le sol eussent suffi, eux seuls, pour cela.
A la place où avait autrefois existé la maison, quelques pans de muraille restaient encore debout, comme si, de propos délibéré, on eût voulu rendre cet endroit favorable à un guet-apens.
48 I ^ : i>i K i>t n.\Tnt.
Neuf heures ira>nii>iit point (micoit sonné aux nombreuses horloges du quartier.
Mais il régnait là un silence si morne, Taspect du lieu était si néfaste, que les deux bandits subalternes ne purent s*empéchcr de frissonner.
Ils se souvinrent que Pascal était armé, et que, vu la connaissance trop intime qu'ils avaient de ses aventures passées, il était de son intérêt de fermer leur bouche h jamais.
Ils flrent bonne contenance, néanmoins, car il n'était plus temps de reculer.
Pascal les avait embusqués derrière un pan d.e muraille et leur barrait le passage.
— Mes bons camarades, leur dit-il, prenez patience; le diable ne nous laissera point manquer de gibier.
— Que Dieu nous protège! murmura Grouïn ; je n'aime point à entendre parler du diable, à une heure et dans un lieu pareils.
— Il est toujours temps de donner un sou-
venir à un vieil ami, mon garçon, répondit PasCfil en ricanant.
— L'impiété est une plaie qui ravage les villes, pensa Rondel ; la religion s'est réfugiée sous le chaume modeste du villageois.
— Écoutez, M. Pascal, reprit Grouïn d'un Ion décidé ; je ne me sens point en humeur de tuer cette nuit, et il faut que vous vous passiez de moi.
— Ah bah ! fit Pascal ; tu n'as donc plus envie d'être gentilhomme?
— Campagne, soupira Rondel, il faut que je renonce h toi!... M. Pascal, je vais suivre Grouïn.
— Et le manoir de Picardie? demanda celui-ci sans se déranger pour leur livrer passage.
Les deux bandits hésitèrent un instant, mais la frayeur l'emporta.
— Que voulez-vous, M. Pascal ! dit Grouïn, il y a des jours où l'on est bête. Aujourd'hui, tuer quelqu'un, fût-ce même un trai-
MS IIAIiniTft ^i 5
no II TOUR DC BATOFI.
Uiil, Jiii- Minblcrait une mniivaisc nrfion.
— C'est comme moi, reprit Uondel.
Ils firent un pas |>our gagner la rue, mais Pascal les saisit chacun par une épaule, et les repoussa si rudement, que Ronde! alla tomber sur un tas de décombres, ce qui lui donna sujet de penser qu*à In campagne, et dans une occasion semblable, il eut au moins eu la chance de tomber sur le gazon.
— Mes bons amis! dit Pascal, qui donc vous a parle d'assassiner? Je suis. Dieu merci, fort éloigné d'une idée condamnable. Allons, ne tremblez plus et écoutez-moi. Je vais vous faire votre leçon.
Il parla longtemps.
A mesure qu'il parlait, la frayeur de ses deux acolytes semblait se dissiper peu à peu.
Quand il eut fini, tous deux partiront ?» In fois d'un gros éclat de rire.
— Du moment qu'il ne s*agit que d'assommer, dit Grouïn, c'est une autre affaire.
— Cela change complètement la question , ajouta Rondel.
— Et nous ferons cela tous les soirs ? demanda Grouïn.
— Tous les soirs, répondit Pascal.
— Ici?
— Non pas. Tantôt ici, tantôt ailleurs.
— Et nous aurons?...
— Votre pain quotidien tant que cela durera, et 10,000 livres à partager entre vous deux quand cela sera fini... sans compter les profits, car on ne vous défend point de fouiller les clients, au contraire.
— Encore un mot. Le nom du docteur ?
-^ Chut ! fit Pascal. Voici venir la clientèle. On entendait, en effet, un bruit de pas au
bout de la rue du Pot-de-Fer.
C'étaient deux bons bourgeois de la rue du Four qui regagnaient leur gîte , après avoir été chez un ami commun disserter une heure ou deux sur le goût naissant du jeune roi pour le beau sexe.
Comme ils touitiuiciil 1 uiigie forme pur lu maison dëmulie, Puscul fit un signe et les deux bandits sélancèrcnl.
Les bourgeois, terrasses dès les premiers coups, se prirent à pousser des cris lamentables.
Grouîu et Rondcl ncii liit{)|).iii.ia que mieux ; ils s'arrêtèrent seulement lorsque Pascal leur eut dit : Assez. Encore la comédie n*était-elle point terminée.
Au moment où les deux bandits lais^iHnt trêve, Puscid s'élança à son luur, et lira ses deux pistolets en Tair, ce qui mit en fuite aussitôt Rondel et Grouïn.
Pascal fit mine de les poursuivre et revint bienl4^t porter les premiers seeoiir- ^iv Immiigeois à demi assommés.
Les malheureux gémissaient et se plaignaient fort.
Pascal se désespérait, car il ne connaissait point, disait-il, ce quartier , et ne savait où trouver un docteur.
— Conduisez-uous chez mailre Thomas, notre voisin, dit Tun des bourgeois d'une voix faible. C'est un pauvre homme ; mais il est tard , et notre état demande de prompts secours.
Le docteur Thomas était seul dans son cabinet de travail.
Il avait passé toute la soirée en proie à une agitation fiévreuse.
Le pacte qu'il avait fait l'épouvantait et le dégoûtait en même temps; ses yeux suivaient avec anxiété les aiguilles de sa pendule.
A mesure que le temps s'écoulait, il espérait ne point entendre parler, ce soir-là, de Pascal.
— C'est un fripon... se disait-il; un fripon qui en voulait à ma bourse. Maintenant qu'il a réussi, je ne le verrai plus.
Et il s'applaudissait d'échapper à ce pacte damnable, tout en ayant empêché son odieux confrère, le docteur Lenoir, de s'en appliquer les coupables bénéfices.
54 Ll TOUI m BATO^.
U était plongé dans ses réflexions, lorsque plusieurs coups violents retentirent frappés à la porte de sa maison.
Le docteur pâlit et sentit sa respiration s'arrêter.
Quelques instants après, son duniestique, aidé par Pascal , introduisait les deux bourgeois plus morts que vifs.
— M. le docteur, voilà de la besogne, dit Pascal en entrant. Maintenant que j*ai remis entre vos mains ces dignes personnes, mon rôle est fini, et je nai plusqu*à vous tirer ma révérence, en priant Dieu qu'il donne à vos drogues toute l'efficacité que je leur souhnitc.
II fit mine de s'éloigner.
Les deux bourgeois mirent en même temps la main à la poche pour récompenser ses services; ils s'aperçurent seulement alors qu'ils avaient été dévalisés.
— Laissez en paix vos bourses , mes bons messieurs, croyez-moi, reprit Pascal, qui ne
LE PROCÉnÉ DE M. PASCAL. 55
put s'empêcher de sourire; je suis trop bien payé par la conscience d'avoir fait, ce soir, une action charitable.
— Homme généreux ! murmurèrent les deux bourgeois.
Pascal sortit ; mais au lieu de prendre le chemin de la rue , il entra dans la chambre du docteur et s'installa dans un fauteuil.
— Les drôles , pensa-t-il , ne leur ont pas laissé seulement de quoi me payer de ma peine ! Il faudra bien qu'ils partagent à l'avenir, ou je les destituerai de leurs fonctions.
Cependant le docteur , resté seul avec ses malades, s'empressaient autour d'eux et leur prodiguait ses soins avec une ardeur extraordinaire.
Le malheureux semblait vouloir réparer, autant qu'il était en soi, le mal dont sa faiblesse l'avait fait le complice.
Son domestique et sa servante, étonnés du zèle fougueux et inaccoutumé de leur maître^ recevaient dix ordres à la fois, et se multi-
56 Ll TOUa Bli lATON.
pliaient, pour ainsi dire, afin de les exëcu- 1er.
Les bourgeois furent panses, rrictionnés, lotionnës.
Le fameux vulnéraire jouo son rôle, et, nu bout d'une b<Miref ils furent (*n état de remuer bras et jambes sans jM»ii<-.rf «l- i..... ..i .;..»i|c
gémissements.
— Vous êtes la perle des dueteurs, maître Thomas, dit Tun d*eux enchanté de ce prompt résultât. Je veux mourir si, moi et mes connaissances, nous emplovouN jamais d'autre chirurgien que vous .
— Et votre vulnéraire , reprit l'autre, est un souverain baume. Tudieu ! à mesure qu'on m'en frottait, je me sentais reprendre vie et redevenir gaillard... Désormais, le docteur Lenoir, qui avait ma pratique, peut aller au diable. J'aurais eu le temps de mourir dix fois avant de trouver sa maison... Touchez là, docteur Thomas! Dorénavant je suivrai vos ordonnances, et mon épouse aussi,
LE PKOCÉOÉ 0£ H. PASCàL. 57
et mes enfants, et mes oncles, neveux, tantes et nièces aussi... Tudieu ! je ferais une partie de barres, à Theure qu'il est.
Thomas recevait leurs actions de grâces d*un air froid et contraint : il tenait les yeux
La présence de ses hôtes lui était évidemment pénible.
Cependant au nom de Lenoir, un fugitif sourire vint dérider son front.
— Mes conseils et mon vulnéraire sont fort à votre service, messieurs mes voisins, répondit-il. Quant à présent, vous avez seulement besoin de repos. Vous ferai-je préparer des lits dans ma maison ?
Les bourgeois firent l'essai de leurs jambes encore endolories, et déclarèrent qu'ils voulaient regagner leur gîte habituel.
On ne rencontre pas tous les soirs des voleurs qui vous brisent les côtes, et c'est bien le moins qu'on puisse, en forme de compensation, raconter à sa famille assemblée
58 LE TOI R Ul U\|iM.
la terrible histoire dans toute sii primeur.
Le docteur les reconduisit jusquu la porte de la rue, et remonta lentement rescuiier.
Ce qui venait de se passer lui semblait un rêve extravagant et plein de fièvre ; il doutait, tant il avait horreur du pacte et de ses résultats : mais bientôt la réalité se présentait, invincible, écrasante.
Ces gens qu*il avait soignés tout à l'heure étaient h la fois ses victimes et ses clients.
La plaie qu'il avail cicalriséi* rf.iil rcnivrage de ses mains.
Avant de secourir, il avait frappé, et son secours aurait néanmoins un salaire *
— El ce sera là ma vie, désormais ! pensat-U. Les fléaux qui désolent Thumanité ne sont point assez nombreux; il faudra que moi je leur vienne en aide! J'attendrai ma victime au détour d*une rue sombre, le fer d'une main, le remède de l'autre. Je frapperai, puis, je tâcherai de la guérir... Mais, si je ne pouvais pas guérir?
LE PROCEDE DE M. l'ASCAL. 59
— Ce serait, mon excellent monsieur, un hasard tout à fait déplorable.
Thomas fit un saut en arrière.
Son bougeoir s'échappa de sa main tremblante, et s'en alla rouler sur le sol.
Tout en conversant avec lui-même, il avait regagné sa chambre à coucher sans le savoir, et c'était Pascal, toujours étendu dans son fauteuil, et massant une prise de tabac dans la propre boîte du docteur, qui avait répondu à sa dernière question.
Dans rétat de malaise moral où se trouvait Thomas, cette apparition inattendue lui sembla presque surnaturelle.
Il n'avait point vu Pascal prendre le chemin de sa chambre, ou, du moins, ce fait était sorti de sa mémoire, et il le croyait dehors depuis longtemps.
Le docteur restait là, debout et immobile, devant son complice.
Il voulait l'interroger, mais son gosier refusait passage à tout son.
ftO 1 1: TOI
Pascal se leva et i m i^>>a h iiMiiiilIcnirnl le bougeoir; puis s'a\;u»vanl vtr?» I«? doclriir, il lui frappa sur l'épaule avec une imjKTliiiente familiarité :
— Eh bien! patron, dit -il, qu'y a-t-il donc? Nous avons Tair tout déconcerté. Tout h l'heure je vous admirais ; peste ' quel zèle * quels soins empressés ! Vous traitiez ces gros bourgeois comme des gens de qualité; et je vous promets, foi d'homme d'honneur, qu'ils n'oublieront point le chemin de votre maison. Bien joué, ptron ! bien joué, corhicu ' c'est ainsi qu'il faut agir; et je m'appiniidis d'avoir fait choix d'un compère aussi matois que vous.
Thomas prétait l'oreille sans comprendre. et fixait sur Pascal son regard hébété.
— Mais, maintenant, reprit celui-ci, vous voilà presque aussi contrit que le renard d'Esope; vous savez, ce renard auquel on avait coupé les oreilles ou la queue ; quelque chose enfin... Que diable! mon respectable
monsieur, ou plutôt, patron (je veux vous appeler ainsi à Favenir, puisque nous faisons actuellement des affaires ensemble); que diable ! pourquoi me regardez-vous comme cela ? Thomas passa la main sur ses yeux d'un air égaré.
— Comment étes-vous entré dans cette chambre? demanda-t-il avec effort.
Pascal se renversa sur son fauteuil, et, se livrant à un éclat de rire olympien :
— Assurément, dit-il, quand son éclat de rire fut terminé, je suis entré par la porte, patron... Mais, parlez-moi franchement, vous me prenez pour le diable, n'est-ce pas?
Le docteur méprisa ou n'entendit point cette raillerie.
Il alla s'asseoir à l'autre bout de la chambre, et mit sa tête entre ses mains.
— Patron, reprit encore Pascal, je crois que ça ira. Voici déjà qui ne commence pas mal, qu'en dites- vous? Pour ce qui est du scrupule que vous avez manifesté tout à
69 I.E TOI R nt • - ' -r
l*lieurc, il vous honoiT ; : i iiHniiiiiscz-
vous. Nous ne sommes [.ui> ilr^ novices, et quand on a dëpéché de temps en temps, dans sa vie, quelque badaud pour Tautrc monde, on sait ce qu*on fait, patron, et si on tue, ce n'est plus par mégardc... Vous tressaillez? Ma foi, ne vous gênez pas. Je m'interromprais trop souvent, si je faisais attention k toutes vos simagrées... Or, j ai beaucoup de choses h vous dire, très-respectable patron. Et d'abord, faite<i-inoi pn*f»»rer un lit ce soir, s'il vous plaît.
— Un lit ! s'écria le docteur ; pour vous ?
— Patron, vous n'êtes pas aimable. Pour qui donc vous demandera is-jc un lit, si ce n'était pour moi ?... D'ailleurs, quand je dis un lit, c'e^t une manière de parler, et, pour ce soir, je me contenterai volontiers de la moitié du vôtre.
Thomas fit un geste de dégoût.
— Allons ! dit Pascal, cela ne vous convient pas, n'en parlons plus. Je coucherai tout seul.
11 se leva, ouvrit la porte et appela le domestique.
— Que faites-vous? demanda le docteur.
— Vous allez voir.
Le domestique entra.
— Mon ami, lui dit Pascal, cet excellent et respectable M. Thomas veut me retenir à coucher ; je serais fâché de le desobliger par un refus, faites-moi un lit dans son cabinet, mon ami... allez!
Il referma la porte sur le nez du domestique.
Thomas restait muet de surprise.
— Voilà la chose arrangée, reprit Pascal en se rasseyant. Or ça, patron, tandis que cet honnête garçon va exécuter vos ordres, expliquons-nous :
« La première fois que j'ai eu le plaisir de vous voir, vous ne m'avez point donné le temps de vous déduire mon plan.
<: Depuis ce jour, je n'ai jamais eu d'occasion convenable pour vous entretenir...
64 LB TOVB Dl' BATO!<l.
« Vous m'aviez fait fermer votre porte , n'est-il pas vrai?...
«( Ne niez pas ! le mensonge est un péché.
» Quoi qu*il en soit, vous n'avez de mon procédé, — Pascal appuya sur ce mot, — <|u*une idée notablement impnrf]iitc.
«i Vous croyez que je m'en vais aller au bout de votre rue chaque soir, avec quelques bons camarades, assommer le premier venu.. . hein?
«. Ehhit'ii, |>.itron,vous vous trom|)ez. J'^ii plus dlmagination que cela, soit dit sans me vanter.
u Ceci est la partie brute, le rudiment de mon procédé. En remployant ainsi à l'étourdie, on gagnerait à peine de quoi acheter les gourdins nécessaires à l'opération.
» Mais vous vous endormez, patron I »
Thomas n'avait garde.
Le malheureux se perdait dam» des léflexions de plus en plus mélancoliques.
 mesure que Pascal parlait, l'aversion du
lE PROCÉDÉ Oh M. PASCAL. 65
docteur pour ce misérable qui s'imposait à lui devenait plus irrésistible.
— Monsieur, dit-il, en acceptant vos offres honteuses, je vous ai donné le droit peut-être de me parler sur ce ton. Parlez donc. Quand vous aurez tout dit, je vous ferai savoir mes volontés.
— Vos volontés ! répéta Pascal avec un ricanement équivoque; mais ne disputons pas sur les mots. Comme je vous disais, il est temps que vous sachiez à quoi vous en tenir sur ma manière de faire. Notre but, c'est de vendre votre drogue. Cette drogue est bonne ou mauvaise, je m'en soucie fort peu dans un sens ; mais néanmoins, si elle était bonne, par hasard, les choses n'en iraient que mieux... Est-elle bonne?
— Son effet est certain, répondit le docteur, incapable de se taire quand il s'agissait de son élixir.
— Alors, patron, tout ce que nous allons faire est œuvre pie, puisque nous propage-
66 »F TOIK '" "^ '""^
rons lîi coniuiissaiict m ( c iiiiuiiic bicnlai^iuil et trop ignoré jus<iirà cf jour.
u Ce soir, j'ai assommé des bourgeois. Demain on en parlera dans la ville. Eux-mêmes, pour rendre leur histoire plus toucluiutt* , diront : Sans le vulnéraire du docteur Thomas, nous étions morts ! Vous saisisse/
«i Après demain, j'assommerai un ou deux juges ; je vous les amènerai : vous les guérirez ; ils raconteront au Palais le giiet-apciis et la vertu mi meuleuse de voire baume... Saisissez-vous?
» Les jours suivants, mon bâton caresser» les épaules de quelque gentilhomme, et votre nom pénétrera à la vnwv h- nis ^ùr (]\u' vous saisissez.
Pascal ôta son chapeau.
— Enfin, eontinua-t-il, bien que je sois fervent catholique, si la clientèle du clergé vous fait envie, mon gourdin...
— Paix, drôle! paix! dit Thomas en se levant. Ce que tu feras désormais sera pour
toi, non plus pour moi, car je renonce à toute part dans tes infâmes machinations.
Pascal se leva à son tour.
— Patron, dit-il, je vous souhaite la bonne nuit. Si j'étais méchant, je vous prendrais au mot et me rendrais, de ce pas, chez le docteur Lenoir, votre savant confrère.
— Encore ce nom! murmura Thomas avec rage.
— Mais, poursuivit Pîiscal, j aiinc mieux profiler pour cette nuit de votre offre obligeante, et voir si vous n'aurez point changé d'avis demain matin... Que Dieu vous envoie un sommeil paisible, mon excellent monsieur !
A ces mots prononcés de ce ton patehn et obséquieux qu'il avait mis de côté pendant le reste de l'entretien, Pascal s'inclina profondément et disparut.
Il trouva son lit fait dans le cabinet du docteur et se coucha, après avoir fermé prudemment toutes les portes à double tour.
08 IB TOUR »t BATON.
Avant de seiKliu'iiiii-, il <«• IVolta le> mains plus d'une fois.
— Bënie soit mon étoile ! pensait-il. Voici désormais quelle sera ma chambre à coucher; car ce bon M. Thomas va faire fortune et je veux vivre et mourir avec lui.
Quant à Thomas , il demeura longtemps à la même place, comme si la foudre Teût frappé.
Le dernier mot de Pascal, eu touchant une fibre qui, chez lui, ne pouvait remuer en vain sa haine récemment excitée contre Lenoir, venait de lui fermer la porte de derrière par laquelle il espérait encore, un instant auparavant, échapper à cette odieuse association.
Il se sentait lié et perdait le courage de secouer sa chaîne.
— Lcnoir! murmurail-il avti: mif amertume profonde, sans toi, je serais resté honnête homme. Dieu puisse-t-il te punir, loi, qui as été mon mauvais génie !
LE procCdé de m. pascal. 09
Au bout de quelque temps, machinalement et par habitude, il prit son bougeoir et entra dans la chambre où dormait sa fille pour lui donner le baiser du soir.
Clémence, charmant enfant de douze ans, reposait, la tête appuyée sur son bras nu.
Thomas la contempla longtemps avec amour et en silence.
Puis ses sourcils se froncèrent.
— Tu seras belle, dit-il, et je vais te faire riche, enfant. Je voudrais que le fils de cet homme adorât un jour ta beauté ou convoitât tes richesses. Comme tu me vengerais alors, ma fille !
II mit à son front un baiser plein de passion, car ce vague espoir de vengeance venait de doubler son amour pour sa fille, et il s'en alla chercher le sommeil.
in
A dater de ce jour , la fortune se déclara pour le docteur Thomas.
Quelle que soit l'opinion du lecteur sur le procédé mis en œuvre par Pascal, on doit croire qu'il était du moins efficace , car la cour et la ville apprirent bientôt le chemin de la maison du docteur.
Pendant les premiers temps de cette pros-
74 LE TOUR •V BATOTI.
périté, M. le lieutenant de police eut de grands embarras à Paris.
Chaque soir il se comroeli ni ().ii la mIIc <|uelque nouveau méfait.
Tantôt c'était un traitant que d'audacieux bandits avaient roué de coups h vingt pas de son comptoir ; tantôt cVtait un gentilhomme que son épce de cour n'avait pu protéger contre le gourdin des assommeurs.
Tout le monde avouait que, sans Télixir du docteur Thomas, dont, par bonheur, la vertu miraculeuse s'était révélée au niom(>nt même où le mal commençait, les nocturnes biindits auraient bientôt fait de Paris une vaste infirmerie.
M. le lieutenant de police redoiihlait de zèle et de patrouilles. C'était en vain.
Tous les soirs le marteau du docteur retentissait sur la vieille porte vermoulue , et des voix lamentables demandaient secours.
Au bout de dix à douze mois, les attaques nocturnes firent trêve tout h coup ; mais cela
ne nuisit en rien à M. Thomas, qui avait porté le prix de ses fioles a un louis d'or, et qui en vendait tout autant qu'il en pouvait fabriquer.
Vers la même époque, une petite ferme de Picardie fut achetée par un homme du nom de Rondel, et les estaminets du quartier du Palais-Royal comptèrent un habitué de plus : un cadet de Gascogne, M. Grouïn de Rabastoul, qui trichait au passe-dix, portait une brette de deux aunes, et jurait par ses ancêtres plus souvent qu'il n'était besoin.
Le procédé de Pascal avait fait son effet.
Tout le monde était content, sauf peutêtre quelques assommés qui, malgré les soins du docteur, avaient perdu à ce jeu bras ou jambe.
Il était inutile désormais de recourir à ces moyens extrêmes , et Pascal dut renoncer à cette réclame à main armée, bien autrement productive que celle de nos journaux.
M. Thomas continua paisiblement le cours de ses succès; il eût été heureux si Pascal,
70 tl TOUR •V BATON.
comme un remords vivant, ne fût resté toujours là , près de lui, cl n'eût éveillé sans cesse le cri de sa conscience.
Le docteur lui offrait bien souvent la moitié, les deux tiers de tout ce qu'il possédait, & condition qu'il s'éloignât.
Mais l'ascal ne voulait point entendra" N ♦'♦•» arrangement.
- Mon vénéré patron , répondnit-il, c'est une faiblesse, mais je vous aime et veux rester près de vous jusqu'à la mort. D'iiillcurs, il faut être juste : les bénéGces ne font que commencer; si je partageais maintenant, ce serait un marché de dupe; cela contrarierait mes habitudes.
Pascal avait raison.
Les bénéfices ne faisaient que commencer, mais ils allaient sans cesse en augmentant.
Le docteur Thomas avait végété vingt-cinq ans dans une laborieuse et honnête pénurie : en huit ou neuf ans, il acquit une forliine réellement colossale.
Pendant ce temps sa fille croissait en âge et en beauté ; on eût trouvé difficilement sa pareille; il semblait qu'elle fût née dans cette opulence où se passait maintenant sa vie.
Le docteur, comme nous l'avons dit, sans changer l'apparence extérieure de sa maison, avait fait de l'intérieur une sorte de palais; Clémence en était la reine.
La tendresse passionnée de son père ne mettait jamais obstacle h aucun de ses désirs.
Il était veuf depuis longues années , et sa fille était le seul être au monde sur lequel il pût exercer ce besoin d'affection qui est au fond du cœur de tous les hommes.
Par suite de cette pudeur, ou plutôt de cette honte , trop justifiée par la source plus qu'équivoque de sa fortune , qui avait porte le docteur à garder une maison d'aussi modeste apparence au dehors , il vivait fort retiré; sa fille faisait de même; mais, dans l'intérieur de ses appartements, elle faisait une toilette somptueuse, r\ nr <^o montrait jamais 2 7.
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aux pensionnaires du docteur que couverte d'éblouissantes parures.
A cause de cela, sa réputation d'extraordinaire beauté s*ëtait répandue dans le quartier et même dans toute la ville.
Le mystère qui Tentourait n'avait pas peu ajouté à son prestige, et plus d'un jeune seigneur, alléché par les ravissantes peintures qu*on faisait de la fille du vieux docteur, avait, quelque jour, laissé son carrosse au coin de la rue du Four, |>our parvenir pédestrenient à lu ruelle et inspecter l'une après l'autre les fenêtres dépareillées de la maison.
Ces jeunes seigneurs en avaient été pour leur peint
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presque sans exemple du docteur Thomas se fût élevée sans exciter de cruelles jalousies parmi les membres respectables du corps médical, qui est le corps le plus jaloux qui soit ici-bas.
Mais, parmi toutes ces envies tenaces,
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haineuses , qui empêchaient de dormir k"s trois quarts et demi de la faculté, il y en avait une, si démesurément développée, qu'elle laissait les autres bien au-dessous d'elle.
Le docteur Lenoir dépérissait littéralement sous le coup des succès de son ancien ami ; c'était là un déboire si imprévu, si complètement inexplicable !
Ce Thomas avait été si longtemps malheureux !
Aussi les attaques de goutte de Lenoir se rapprochaient-elles dune façon inquiétante, et le dernier poil noir de ses sourcils commençait à grisonner.
Pour tromper sa haine il composait des mémoires, où, suivant la coutume médicale, il injuriait son glorieux confrère; mais, comme on sait, Lenoir n'était pas fort : ses injures, maladroitement dirigées, retombaient sur lui-même.
Le docteur Thomas ne daignait même pas lui répondre.
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Ces deux hommes se haïssaient mortellenient.
Thomas jouissait impitoyahlement de son triomphe, et Lcnoir comptait sur son fils, qui était près de finir son cours de médecine à MontpeUier, pour avoir vengeance dans l'avenir.
Il avait fait deux ou trois fois le voyage, pour juger par lui-même des progrès de ce fils unique.
Il avait trouve un charmant enfant, iiitiiligent, instruit même, mais non pas en chirurgie.
— Edmond est comme moi, se dit l'ancien chirurgien -médecin des belles dames de la cour de Louis XIV. IJ a des façons de gentilhomme... Mais fera -t -il un médecin?
Ceci était fort douteux.
Vers le commencement de 1751, Lenoir cessa subitement de recevoir des lettres de son fils.
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II attendit un mois, puis deux mois.
C'était l'époque des examens.
Peut-être Edmond, absorbé par son travail, n'avait-il point le temps d'écrire.
Quoi qu'il en soit, l'inquiétude du vieux médecin devenant par trop violente, il prit le coche et se rendit à Montpellier.
Edmond n'y était plus.
Nul ne savait de quel côté il avait dirigé ses pas.
Le pauvre Lenoir revint à Paris désolé.
Ce dernier coup comblait la mesure.
Il n'eut même pas la force d'achever un factum brûlant d'indignation dont il avait écrit les premières pages avant de partir pour Montpellier, et qu'il destinait à anéantir son heureux rival.
A cette même époque, un soir, deux jeunes gens qui semblaient avoir à peine dépassé leur vingtième année , étaient assis devant une bouteille de vin muscat dans une tabagie delà place du Palais Roynl.
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Ils étaient fort échauffés, et dans un état voisin de ri\resse.
Sans doute, ils étaient entrés \k au hasard et sans savoir, car ni leurs costumes ni leurs uianicres n'étaient en rapport avec la société qui les entourait.
Cette tabagie était, par aventure, le lieu que favorisait de sa présence habituelle notre aneienne connaissance M. Grouïn de Rabastoul.
L ex-bandit avait dissipé depuis longtemps les 5,000 livres qu'il avait reçues autrefois «le Pascal pour ses bons services, pendant Tannée où Ton avait chauffe le vulnéraire du docteur Thomas.
Tandis que son confrère Rondel elail aile satisfaire ses goûts champêtres en Piciirdie, il était venu, lui, vivre parmi cette bande de joueurs, d'escrocs et de souteneurs, qui infestait les environs du palais du régent, et parmi lesquels on n'en eût pas trouvé un seul qui ne se dît gentilhomme.
Ses 5,000 livres avaient duré un an.
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Depuis lors, il vivait de son industrie.
Nos deux jeunes gens causaient fort vivement, sans s'inquiéter de leur entourage.
Grouïn, assis à quelques pas d'eux, les écoutait curieusement.
— Baron, disait l'un d'eux, bel adolescent à la chevelure btonde et bouclée, tu es un fanfaron, mon ami; et si je voulais m'en donner la peine, j'aurais cette jolie enfant aussi vite que toi, je gage.
— Toi ? vicomte ! répondit le baron d'un ton provoquant; allons donc î
— Pourquoi pas ? demanda l'autre en mirant dans une glace voisine son espiègle et gentil visage.
— Parce que... tu es un enfant.
Le vicomte éclata de rire.
— Palsamblcu ! dit-il en se donnant des airs de roué , nous savons plus d'une belle dame qui pourrait vous donner un démenti, M. le baron. Mais, en tous cas, êtes- vous donc beaucoup moins enfant que moi?