LE TOUS BD B4T0K
pris... Moi, je puis vous la faire gagner.
— Vous! répéta Edmond sans déguiser son mépris et son incrédulité.
— Moi, qui suis ce que vous voudriez être, mon jeune monsieur, gentilhomme et fils de noble maison. Vous trouvez que je n'en ai point l'air? Que voulez-vous? des malheurs et ma générosité trop grande...
— Il ne s'agit pas de cela, interrompit Edmond.
— Bien parlé ! il î> agit, ii est-ce pas, de gagner votre gagcuri* ? Eh bien ! je connais intimement, non pas le docteur Thomas, mais un homme qui, dans la maison du docteur Thomas, est plus puissant que le docteur lui-même. Si cet homme veut vous prêter secours, vous serez admis au nombre des pensionnaires, et alors, mon jeune maître, vous savez mieux que moi ce qui vous restera à faire.
Edmond tira sa bourse.
— Monsieur, dit-il, le conseil est bon ; je
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vais en profiter et me présenter chez le docteur en qualité de malade.
II se leva, et mit un double louis dans la main de Grouïn.
Celui-ci empocha le louis.
— Vous ne serez point reçu, dit-il ; pensez-vous que vous soyez le premier qui ait eu celte idée? Le docteur Thomas aime bien Targent, mais il aime sa fille davantage, et ne reçoit pour pensionnaires que des gens graves, avec lesquels la vertu de mademoiselle Clémence est en parfaite sécurité.
Edmond se rassit.
— Quant à cet homme dont je vous parlais, continua Grouïn, un mot de lui vous ferait accueillir.
— Ne peut-on le gagner?
— Si fait. Il a de l'or, plus d'or que vous n'en avez vu de toute votre vie, mais il est avare, et une centaine de louis...
— Peste ! dit Edmond.
— C'est pour lui une bagatelle... Une ccn-
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laine de louis, disais-je, sans compter un millier de livres que vous m'offrirez pour droit de commission...
— Peste ! fit encore Edmond.
— . Mieux vaut, mon jeune monsieur, dit Grouin, sacrifier la moitié (|ue {lordre le tout. Avecîw cnniMM' lîwl-vviiv r .fT.iii* iwnirra s'arrangcM .
— Je la donnerai.
A la bonne heure, vous êtes plus avisé «|iie votre ami.
— Quoi! lui auriez-vous proposé?...
— Le mall^eur des temps roc force à ne rien négliger ; je lui ai fait la même proposition qu*à vous. II a refusé net. Alors, comme un bon marchand doit avoir de la marchandise pour toutes les bourses, je lui ai suggéré un autre moyen.
— Comment! s'écria Edmond, vous servez les deux h la fois ?
— A la rigueur, je ne puis le nier ; mais, en définitive, celui que je sers est celui qui
me paye le mieux. Le gentil seigneur en sera pour ses dix louis, et quelque autre chose dont je veux vous laisser la surprise. Vous verrez. L'expédient qu'il a choisi est assez adroit et méritait un meilleur sort... Or çà, mon jeune seigneur, sous quel nom vous annoncerai-je ?
— V^icomte de Landal ! répondit Edmond en rougissant jusqu'aux oreilles.
— C'est un joli nom, et maintenant que j'y songe, il pourrait se faire... Savez-vous que la fdlc du docteur aura cinquante mille écus de rente?... Adieu, mon jeune monsieur ; si vous gagnez ce gros lot, vous vous souviendrez de moi, n'est-ce pas?
Et Grouïn , sans exiger son payement d'avance, s'éloigna, après avoir dit à Edmond de se trouver à la brune devant la porte du docteur.
M. Pascal n'avait point trop changé depuis l'époque où nous l'avons vu pour la première fois.
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C'était toujours la même pendable figure, demi-panthère, demi-renard, et son succès ne l'avait point rendu plus fier.
11 était bien riche pourtant.
En attendant que vînt le jour des parto^ entre lui et le docteur, il se faisait donner parce dernier des sommes considérables qu'il ne dépensait |K)int.
Tous ses vices semblaient s'être confondus en un seul :
L'avarice !
L'avarice avide et in>ahiil)ii-.
Outre les sommes qu'il extorquait h Thomas, il avait gardé d'autres branches d'industries occultes et recevait de toutes mains.
Nul ne savait à combien pouvait se monter son trésor, mais chacun supposait (fu'il égalait déjà la fortune du docteur.
Ce dernier, bien que sa répugnance pour Pascal eut peu diminué, avait cessé de combattre son influence et se laissait dominer par lui complètement.
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Pascal avait, il est vrai, son ordinaire à part, et, en apparence, ne vivait point avec le docteur et sa fille sur le pied de l'égalité; mais c'était un de ces hommes qui tiennent plus à la réalité qu'aux apparences, et, en réalité, il était le maître de la maison.
Ce fut près de Pascal que se rendit Grouïn, en quittant Edmond.
L'ancien assommeur avait toujours conservé avec son chef d'emploi des rapports d'affaires.
Il déterrait les dupes que plumait Pascal, et , comme celui-ci , depuis qu'il avait de l'argent, se livrait à l'usure avec une sorte de passion, Grouïn lui amenait de temps à autre quelques fils de famille que Pascal metlait à même de manger leur héritage en herbe.
Il payait maigrement.
Grouïn le détestait, mais il le servait.
Pascal était assis dans son cabinet, qui participait de la luxueuse magnificence répan-
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duc dans tout Tintérieur dv la maison dv Thomas, lorsque Grouïn rentra.
L'ex-bandit ne garda point en prëscnce de Pascal cet air d'insolente familiariti^ qu'il savait si bien prendre vis-à \i^ 1. • ire.
Il se sentait là devant son raaitre.
— Je viens vous proposer une affaire, dit-il en restant debout et découvert.
— Quelle aiTairr ?
— Voilà ! lu fils (le manant, (jm > (;>t affublé d'un nom de gentilhomme, a fait un insolent pari, touchant la vertu de la fille de votre ma if
— Je (1,11 point (le iii.iiii" . mien oiiniit
Pascal.
— Vous me comprenez, c'est tout ce qu'il faut. Je veux parler du docteur.
— Celui-là moins que personne, murmura Pascal. Va toujours.
— Et, comme pour séduire une jeune fille, il faut la voir, je lui ai conseillé de s'a-
dresser à vous pour être admis au nombre des pensionnaires...
— Combien donnera-t-il ?
— Deux mille quatre cents livres.
— Il est donc bien pauvre ?
— C'est un enfant.
— Tu l'appelles ?
— Son vrai nom, ou son nom de commande ?
— Tous les deux.
— Son nom de guerre est vicomte de Landal : celui de son père est Lenoir.
— Le chirurgien Lenoir? demanda vivement Pascal.
- Je le suppose, car le jeune homme est étudiant en médecine.
— Et il vient de Montpellier, n'est-ce pas?
— Comment savez-vous cela ? demanda à son tour Grouïn.
Pascal ne répondit point et se prit a réfléchir.
98 Ll TOVI •!! BàTOlf.
— L'affaire fHiurrait devenir bonne, |)en8al-il; elle a plus d'un côté.
•( Le père a déposé sa plaint4; ù la police ; il cherche son fds, et jouit encore d'une belle aisance ; il payerait bien celui qui le lui ferait retrouver.
« D'autre part, ir jruur liommc... autant eelui-là qu'un autre !
M Je compte peu sur sa reconnui!»saii(T, mais un contrat en bonne et due forme est un remède surcontre l'ingratitude...
•t D*autre part, encore, ce cher et vénéré patron, que je déteste de tout cœur, et qui mourra de dépit en voyant un pareil mariage...
« S*il ne meurt pas, il |».«N<-ni, mv je Ir menacerai de tout révéler à son gendre.
« C'est une compensation...
« Mais 2,400 livres, voilà un bien pitoyable denier !
Il prononça ces drnnVr^ rnots à voix haute.
— C'est à prendre ou à laisser, dit Grouïn, et sauf meilleur avis, je crois qu'il vaut toujours mieux prendre.
— Tu crois?... eh bien! je prendrai, et, comme il faut que tu sois récompensé de ta peine, je te donnerai un écu de six livres.
Quand Grouïn fut sorti, Pascal se fit annoncer chez le docteur.
La vue de cet homme causait toujours à Thomas une sensation douloureuse, en éveillant chez lui de pénibles et honteux souvenirs; en outre, comme Pascal ne l'abordait guère que pour lui demander de nouveaux sacrifices, il avait double motif pour redouter sa présence.
Il le reçut d'un air contraint et inquiet.
Pascal, suivant son habitude, s'étendit dans un fauteuil, mit les pieds sur les chenets, et commença d'un ton léger et plein de confiance :
— Comment va la santé, patron ?
Et sans attendre la réponse il ajouta :