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INTRODUCTION

De tous temps l’histoire de la colonisation a toujours compris deux phases successives et bien distinctes : la conquête et la mise en valeur des pays acquis. Pour le nouvel empire colonial de la France, la première période semble aujourd’hui terminée.

Il s’agit maintenant de faire œuvre pacifique et utile, de mettre en valeur les immenses territoires que nous possédons dans toutes les parties du monde. Or, de l'avis unanime de tous ceux qui se sont occupés de la colonisation, si nos colonies n'ont pas encore acquis l’état de prospérité auquel elles pourraient prétendre, c’est faute de posséder l’outillage et les capitaux qui leur sont indispensables.

Toutes les colonies, sans exception, doivent, pour -prospérer, être dotées d’un certain nombre d’organismes dont la civilisation moderne ne peut plus se

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passer. Ces organismes entraînent des dépenses qui constituent une première mise de fonds inévitable.

Les capitaux que nécessitent cette installation ne peuvent, en aucun cas, être demandés aux ressources actuelles des colonies naïssantes. Les colonies ressemblent aux enfants: les frais de leur entretien et de leur éducation incombent d’abord aux parents, sauf à régler plus tard, si l’on veut, la question du remboursement par la colonie devenue adulte et puissante. Si l’on prétend procéder autrement et demander à la colonie de faire prématurément les frais de son outillage, on se heurte à l’un de ces deux dangers : ou bien d’ajourner indéfiniment l’établissement et la mise en train de cet outillage indispensable, ou bien d'imposer à la colonie un fardeau qui l’écrase et pèsera longtemps sur elle.

Les capitaux de premier établissement doivent donc être cherchés non pas dans la colonie, mais dans la métropole. Et la seule hésitation qui puisse se produire porte sur ceci : faut-il les demander à l'État, sur les ressources ordinaires de ses budgets, ou aux particuliers par la voie de l’emprunt (1)?

Jusqu'ici l'État français ne s’était pas montré parüsan pour ses colonies du régime des emprunts et

(1) A ce sujet lire: Bourdarie : « De la création de l’outillage éco-

nomique aux colonies. Subvention ou souscription? » Revue politique el parlementaire, 10 août 1899, p. 335.

s'était efforcé plutôt de faire exécuter les travaux publics indispensables au moyen de crédits régulièrement inscrits dans les budgets, soit des colonies, soit surtout de la métropole. Cette méthode a en- .traîné de longs délais dans l’exécution de l’outillage colonial. IL en est résullé que le développement économique de nos colonies a marché avec une extrême lenteur. Mais récemment on est entré dans une nouvelle voie pour l'exécution du réseau ferré de notre colonie de l’Indo-Chine et si les résultats viennent confirmer les espérances il est probable que cet exemple sera suivi de beaucoup d’autres.

Une autre cause s’est opposée au développement de nos colonies. C’est que jusqu'ici ceux de nos compatriotes qui sont disposés à émigrer aux colonies sont surtout des personnes disposant de plus d’énergie que de capitaux et que justement nos colonies, elles, n’offrent guère d'avenir qu’à des colons suffisamment munis de capitaux.

Ces colonies, en effet, pour la plupart, ne sont pas, comme celles que nous possédions sous l’ancienne monarchie, ou comme celles que possèdent encore aujourd’hui les Anglais, des colonies de peuplement. Elles sont presque toutes placées sous des latitudes où l’Européen peut vivre assurément, mais où il ne. peut pas travailler de ses mains, au moins pendant toute l’année. De plus elles renferment presque toutes une population indigène nombreuse, fournissant

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une main-d'œuvre abondante et à bon marché, avec laquelle l'émigrant européen ne peut pas raisonnablement espérer entrer en concurrence.

IL en résulte que, dans nos colonies, si nous voulons en lirer le parti qu’on en peut tirer, nous devons nécessairement y importer non pas tant des travailleurs que des capitaux.Ces capilaux, mis en œu vre par des hommes d'initiative et ayant Le sens de la direction, trouveront dans nos colonies à la fois les matières premières el la main-d'œuvre et, grâce à ces deux éléments, pourront développer de grandes richesses, soit dans l’industrie, soit dans le commerce, soit dans l’agriculture.

Et c'est seulement lorsque les capitaux se seront engagés dans les affaires coloniales et que leurs entreprises auront pris corps et auront progressé, que nos colonies seront en mesure d'offrir, à la partie la moins riche de nos concitoyens qui veulent, même au prix de grands efforts, se créer au loin des situations plus lucratives, des emplois de directeurs de comptoirs et de succursales, de contremaîtres, d’inlendants.

Pour ces raisons, très sommairement résumées, il est donc indispensable, si nous voulons faire non plus de la conquête, mais de la véritable politique coloniale, d'appeler, d'attirer dans nos colonies les capitaux français.

On comprend, par cet exposé sommaire, quelle

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importance considérable présente en ce moment la question de l’organisation du crédit aux colonies. Nous n’entreprendrons pas ici d'exposer comment ce crédit, sous ses formes diverses, doit être distribué dans ces pays neufs dont la prospérité future doit entraîner avec elle celle de la France : il v à là, en effet, un problème beaucoup trop vaste pour les limites de notre modeste étude, et les questions délicates qu'il soulève demandent, pour être traitées avec compétence, une plume plus autorisée que la nôtre. Nous voulons seulement nous occuper d’une tentative très curieuse faite dans nos anciennes colonies. |

Au lendemain de l’abolilion de l'esclavage, dans le but d’atténuer pour nos possessions d'outre-mer les conséquences que devait nécessairement entratner celte mesure, le législateur crut nécessaire de fonder aux Antilles, à la Réunion, à la Guyane et au Sénégal, qui constituaient alors, on peut le dire, presque tout notre empire colonial, des banques coloniales.

Ce sont ces établissements que nous voulons éludier : il ya là en effet un exemple dont devront s’inspirer ceux qui chercheront la solution du problème que nous avons indiqué plus haut, pour limiter si les résultats oblenus ont été satisfaisants, sauf à apporter bien entendu les changements nécessités par la diversité des situations, pour le rejeter, au con-

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