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La banque de la Réunion. — À la Réunion

(4) Sur ce point, lire la discussion de l’interpellation de M. Isaac. J. Off. Déb. parl., sess. ord. 1899, 30 mai 1899, pp. 654 et suiv.

la banque à vu des jours encore plus critiques, lorsque, à la crise monétaire que nous avons eu l’occasion de signaler plus haut, vint s'ajouter la crise sucrière de 1884; le change monta à 7, puis à 16 0/0, et la monnaie disparut de l'ile où se maintinrent seuls les bons de caisse. En 1885, on envoya un inspecteur des finances qui constata que le fonds de réserve avait disparu et que le capital était fortement entamé. L'année suivante, M. d'Hérissé, inspecteur de la Banque de France,fut nommédirecteur intérimaire et recommenca la reconstitution du cäpilal; sous son habile direction la situation ne tarda pas à s'améliorer (1).

Malheureusement, en 1890, le sucre, qui était remonté peu à peu aux environs de 60 fr., retomba à 36 fr. les 100 kilos; c'était une nouvelle et très gravé crise, qui eut son effet habituel : le change, dans l'exercice 1892-93, monta de 1 1/2 à 25 0/0. A ce moment une autre Cause vint encore aggraver la situation de la banque de la Réunion et la mettre à deux doigls de sa perte. Pour luller contre une concurrence très active, la banque, poussée par le Gouvernement, fit un arrangement avec la sociétédu Crédit agricole et commercial et se mit à éscompter les effets portant la signature de celle-ci. Le résul-

(1) Voir,sur cette période, le Rapport sur la situation de la Banque de la Réunion, à la séance de la commission de surveillance du

23 avril 1887, inséré dans le Journal officiel de la Réunion, du 25 mai 1887.

lat espéré se produisit aussitôt et l’ensemble de ses opérations augmenta dans des proportions énormes. Mais la banque ne prit pas assezses précautions, pensant que le Crédit agricole saurait mieux qu'’elleinême exercer un contrôle suffisant. La commission de surveillance signala bien les périls que comportait cette élévation à un chiffre considérable du compte d'un séul client, mais il étail trop tard : la société du Crédit agricole s’effondra en 1892, laissant la banque à découvert pour plus de 3 millions, sans compter beaucoup d'effets douteux : un moment les bons de caisse firent prime sur les billet de la banque.

Le Conseil général de la Réunion vota alors pour sauver la banque une subvention de 3 millions; ce vote a été approuvé seulement l’année dernière par décret du 8 juillet 1898 : la banque se trouve ainsi couverte des 1.500.000 fr. que lui à coûlés en définitive la faillite du Crédit agricole après réalisation de tout l'actif disponible que les autres créanciers lui ont abandonné.

Depuis deux ans, grâce à une sage direction, la banque de la Réunion commence à se relever. Le portefeuille a élé apuré et offre aujourd’hui toute garantie ; les opérations de change,qui avaient été pendant si longtemps une cause de pertes, sont maintenant pour la banque une source de profits ; sa provision en France est assez forte pour lui permettre de parer à toute éventualilé; le capital est depuis

plus d'un an entièrement reconstitué et la circulalion des billets au 30 juin 1899 élait inférieure au triple de l’encaisse métallique. La situation de cette banque est donc maintenant absolument régulière. Un dividende de 2,50 0/0 avait été autorisé par le gouverneur pour le deuxième semestre de 1897-98 et celte année encore le conseil d’administralion, en présence de l'amélioration sensible de la situation de la banque, proposait la distribution d’un dividende de 12 fr. 50 par action pour le premier semestre 1899; le gouverneur de la colonie se montrait favorable à ce projet, mais n'avait pas encore reçu la réponse du Ministre à ce sujet, lors de l’assemblée générale du 27 juillet 1899 (1).

4. — La banque de la Guyane. — La Guyane avait pris un cerlain développement avant 1848. Mais l’abolilion de l'esclavage lui a porté un coup mortel et sa réputation d’insalubrité l'a achevée. C'est maintenant une colonie complètement abandonnée au point de vue agricole, malgré la maind'œuvre des forçats et des relégués que l'administration pénilenciaire ne semble pas très désireuse d’utiliser. Et cependant la banque de la Guyane vit, elle continue à donner des dividendes superbes.

Ce phénomène économique provient simplement de ce que la Guyane recèle de l'or un peu parloul

(4) Banque de la Réunion. Assemblée générale des actionnaires du

27 juillet 1899, page 23.

dans l'immensité de son territoire. Découvert en 1855 par un Indien nommé Paolino, le métal jaune a été (rouvé depuis en beaucoup d’endroits ; ce ne sont pas là, 1l est vrai, les placers monstrueux du Transwaal ou du Klondyke, qui font sortir les villes de terre comme par enchantement. L'Eldorado guyanais est plus modeste, mais {ant qu’il produira la banque est assurée de faire des bénéfices (1).

Cela provient de ce que les principales opérations de cette banque portent sur les effets de place et sur les prêts sur dépôts de titres. Deux des principaux éléments qui figurent au bilan des autres banques ne donnent lieu à aucune transaction à La Guyane : ce sont les prêts sur récolles et les prêts sur marchandises; dans le dernier bilan, nous voyons cependant pour la première fois ces derniers figurer pour le chiffre minime de 16.742. fr.

De 1874 à 189%, la banque de la Guyane n’a pas cessé de donner des dividendes superbes, en moyenne 41 fr. 95 par semestre. Un seul semestre fait exception, c’est le 1% de 1889,où le dividende a été réduit à 1 fr. 95. Cet abaissement subit est dû à ce que l'incendie qui a éclaté à Cayenne les 10 et 11 août 1888 a détruit l'immeuble de la banque et lui a occasionné des pertes qui, reportées sur le premier semestre 1889, sont venues absorber la plus grosse part des bénéfices.

(1) Denizet, op. cit., page 185,

Le capital de 600.000 francs de la banque de la Guyane est placé en tolalité en rentes 3 0/0 perpétuel, cet établissement n'ayant pas consenti à l’arbitrage qui a transféré le capital dès autres banques en 3 0/0 amorlissable. Sur les 12.000 aclions représentant ce capital, au 30 juin 1899, 770 étaient inscriles au siège de la banque, à Cayenne, el 450 à l'Agence centrale à Paris. Depuis le 30 juin 1891 le fonds de réserve a atleint son chiffre statulaire de 300.000 fr.

On a reproché à la banque de la Guyane de ne prêler qu'un concours restreint à l’agricuilure, au commerce el à l'industrie,et des’occuper trop exclu. sivement des bénéfices à réaliser au profit des aclionnaires. Ces criliques ne sont peul-êlre pas enlièrement méritées et la banque n’est pas complètement responsable, croyons-nous, de ces maux, qui tiennent plutôt à la situation climatérique et économique de la colonie. La banque a fait au contraire en général tout ce qui lui était possible de faire en faveur du pays (1).

Depuis deux ans la prospérité de cet établissement a subi un cerlain ralentissement. Pour remédier à l’exporlalion des pièces d'argent de 5 fr. qui se pro-

(4) Sur ce point, lire le 4me rapport fait par M. Léveillé au nom de la commission des colonies et la réponse faite par le directeur de la Banque de la Guyane dans son compte-rendu à l’assemblée géné-

rale du 27 juillet 1898, p. 9.

duit vers le Surinam el le Brésil, la banque se voit en effet obligée de faire venir de France, pour alimenter les caisses du Trésor et le pays tout entier, le numéraire nécessaire aux transactions journalières ; il y à là pour elle un sacrifice qui devient de plus en plus onéreux. Néanmoins, à la fin du dernier exercice elle avait un solde créditeur en sa faveur au Comptoir d’escomple à Paris.

Le jour où l'on entreprendra l'œuvre du relèvement de la Guyane, la banque de la Guyane aura un grand rôle à jouer; c’est elle qui devra fournir des capitaux pour l'immigration de travailleurs africains ou annamites et pour les travaux de défrichement et d'assainissement.

D. — Labanque du Sénégal. — La banque du Sénégal a commencé à fonctionner seulement à la fin de 1855. Ses débuts furent modestes ; à partir de 1870 elle se développe un peu plus : son capital, qui jusque-là avait élé Lout entier en circulation, est placé cette année-là enrentes sur l'État.Enfin une nouvelle période a commencé pour elle en 1885 quand a élé achevé le chemin de fer de Dakar à Saint-Louis : elle accrut alors sensiblement le chiffre de ses opéralions. Mais en 1894 la commission de surveillance découvrit que le portefeuille contenait des effets revèlus d’une seule signature, contrairement aux statuts ; et aussi beaucoup d'effets sans cause ou renouvelés depuis plusieurs années. La banque fut

invitée à passer 400.000 fr. aux valeursen souffrance, De plus en 1895 une maison de commerce à qui elle avait avancé 300.000 fr. dut liquider. Le fonds de réserve de la banque fut absorbé pour couvrir ces pertes et toute distribution de dividende fut inlerdite en 1895-96 et 1896-97. L'année dernière, la situation s'étantaméliorée,la banquea donné 2.500/0 pour le deuxième semestre ; celte année 2.50 0/0 pour chaque semestre (1).

Le capital primitif de 230.000 fr.puis de 300.000fr. de la banque du Sénégal, ainsi que la réserve qui dépassait son plein de 150.000 fr., élaient placés en rentes 3 0/0 perpétuel. Au moment de l'émission du 3 0/0 amorlissable, qui eut lieu en février 1884, la banque a consenti la vente de ces litres, et leur remploi en cette dernière valeur.

Son capital, ayant élé porté à 600.000 fr. par décret du 4 juillet 1888, a été constitué dès la promulgation de cet acte dans la colonie, à l'aide d’un prélèvement de 150.000 fr. sur les différentes réserves de la banque qui étaient de 244.000 fr. el d’un complément de pareille somme fourni parles actionnaires (à raison de 250 fr. par action). Le fonds de réserve atleignait au 30 juin 1899 le chiffre de 64.706 fr. 90 seulement : mais il est probable qu'avec l’augmentation du chiffre des opéralions qui

(1) Denizet, op, cit,, p. 192.

s'annonce il atteindra bientôt de nouveau le chiffre stalutaire.

La totalité des actions de la banque du Sénégal est immatriculée dans la colonie, bien qu'elles soient en grande partie possédées par des négociants de la métropole, mais qui ont de gros intérêts dans la colonie. Il va sans dire que les actions de cette banque ne donnentlieu àaucune transaction en France ; elles ne se négocient guère non plus dans la colonie et restent volontiers dans les mêmes mains.

Le mouvement des affaires de la banque du Sénégal, principalement en ce qui concerne les opérations de change, est loin d’être en rapport avec le commerce du Sénégal. Cela tient à ce que ce commerce est entre les mains de grosses maisons mélropolitaines qui font elles-mêmes la banque et le change (1).

(1) Voici en eftét ce que nous lisons dans le compte rendu du Directeur de la Banque du Sénégal à l’assemblée générale des actionnaires du 42 juillet 1897 :

« Non seulement les grandes maisons, c'est-à-dire celles qui ne sont que les succursales des établissements principaux dont la tête est en France, ne sont d’aucun rapport pour notre Banque, mais si on voulait aller au fond des choses, on verrait que, par l'exportation du numéraire qu'elles font, à l’aide de leurs propres vapeurs, dès la

clôture de la campagne d’arachides, nous subissons un réel préjudice de leur part.

« Deux ou trois d’entre elles ne viennent à nous que pendant la campagne d’arachides pour le numéraire dont elles ont besoin, c’est tout.

« A partir de la fin de la récolte jusqu’à l’année suivante on n’entend plus parler d'elles, »

Malgré cette situation fâcheuse pour la banque, ses affaires sont en bonne voie; après l'agence de Dakar, elle vient d'en ouvrir une à Rufisque au mois de mars dernier el le mouvement général de l’exercice 1898-99 présente une augmentalion appréciable de 857.800 fr. 37 sur celui de l'exercice précédent.

En présence de ce mouvement ascensionnel, il est probable que la banque du Sénégal sera bientôt obligée d'augmenter son capilal. Cette question vient, en effet, d’être mise à l'étude par le conseil d'administration ainsi que celle de la création d'agences à Kayes et à Konakry (1). Ce serait le commencement de la mise à exécution d’un projet dont nous aurons l’occasion de parler plus loin et qui donnerait à la banque du Sénégal une importance considérable.

6.— La banque de l'Indo-Chine. — Nous arrivons enfin à la dernière banque coloniale qui, si elle est La plus récente, est cependant de beaucoup la plus importante et la plus florissante. Nous avons vu en effet, dans le chapitre que nous lui avons consacré, quelle extension considérable elle avait donnée peu à peu à son champ d’opéralions, par la création successive de succursales et d'agences. Elle rayonne aujourd'hui sur loules nos possessions en Extrême-Orient el chaque jourelle voit dans chacun de ses comptoirs le chiffre de ses opérations augmenter.

(4) Banque du Sénégal. Assemblée générale des actionnaires du 10 juillet 1899, pp. 4 et 18.

rue

Et cependant la banque de l'Indo-Chine a elle aussi à surmonter deux difficultés : la première provient de la crise monélaire dont nousavons parlé dans notre chapitre précédent, et qui se traduit par une hausse du change que ne peut enrayer une balance commerciale très favorable à l’Indo-Chine; les variations continuelles du cours de la piastre sont une source de complications, pour les opérations de la banque et font qu'il est assez difficile de se rendre compte de l'accroissement oude la diminution réelle des affaires de la banque d’une année à l’autre.

Quant à la deuxième difficullé elle vient de la récolte du rizen Cochinchine qui, à à peu prèsla même importance que celle de la canne dans les Antilles. La Cochinchine en effet se livre presque exclusivement à la cullure du riz; au Tonkin, où le riz est aussi cullivé,on fait même deux récoltes par an,mais dans les années moyennes toute la production est absorbée dans le pays; il n’y a d'exportation que dans les années très abondantes, et si au contraire la récolte est mauvaise il faut importer du riz de Cochinchine : on voit tout de suile quelles variations peuvent résulter de là dans les opérations de change et d'escompte à Haïphong et Hanoï (1).

Mais on comprend aisément que la banque de l'Indo-Chine,ayant un champ d'action plus vaste que les autres banques coloniales,ressent les crises loca-

(4) Denizet, op. cit., p. 199.

les beaucoup moinsvivementqu'elles; le contre-coup de ces crises se perd dans la masse de ses opérations. d

L'importance des diverses opérations auxquelles se livre la banque de l'Indo-Chine varie du reste suivant les pays. Les prêls sur récolles ne se font qu'à Saïgon, à Hanoï et à Tourane : ils sont du reste en augmentation sensible pour le dernier exercice et ilest probable qu'ils vont prendre maintenant une grande extension. L'émission ‘de billets au porteur n’a lieu que dansles possessions françai ses;elle pourrait bien en émettre aussi dans ses agences d'Hong- Kong, de Bangkok et de Shangaï, mais elle ne jouit à naturellement d'aucun privilège : elle est sous le régime de la liberté comme les autres banques étrangères ; effet du décret qui donne à ses billets cours légal dans les possessions françaises s'arrête à la frontière de ces possessions.

Pour montrer l'imporlance respective des différentes succursales el agences voici le mouvement général des opéralions pendant l'exercice 1898 :

Succursale de Saïgon et agence

fr,

de PUOM-PeRR. AN EE Le 123. 187.759 .90

Agence de Hong-Kong..... 90.277.771.80 Succursale d Haïphongetagences

d'Hanoï et de Tourane....... 41.967.456.70

Agence de Bangkok....... 19.363.930.25

Succursale de Pondichéry...... 16.620.322.50

Succursale de Nouméa........ 24.030.341.64

Agence de Shanghaï........ 71.602.113.70

Comme conclusion à cet aperçu sur la situation de la banque de l’Indo-Chine, voici un passage que nousempruntonsaurapport du conseil d’administraon à l'assemblée générale des actionnaires du 17 mai 1899 : « En résumé, le total général des affaires trailées par nos succursales et agences en 1898 a été de 390.049.696 fr. 49, et nous ne comprenons dans ce chiffre que les affaires productives, à l'exclusion des opérations de caisse, de trésorerie et de dépôts, et de celles traitées par notre siège de Paris qui ne fait que centraliser le mouvement des succursales el agences. En déduisant le chiffre d’affaires de notre nouvelle agence de Shanghaï, nous avons en-

core un excédent de 18 millions et demi sur 1897 (1). »

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