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LES BANQUES DU TKUPLE

30 à 50 thalers, de 115 à 185 fr. environ. C'est peu, il est vrai, mais les résultats qu'on obtient sont pourtant importants.

Ne perdons pas de vue que la majorité des associés n'a jamais peut-être possédé en propre une pareille somme, et qu'il ne fallait pas moins que le double stimulant de la satisfaction des besoins de crédit, et de la part proportionnelle dans les bénéfices de l'entreprise, pour amener des gens, qui jusqu'alors n'avaient vécu qu'au jour le jour, à faire tous les sacrifices qu'exige la pratique suivie de l'économie. Au lieu de s'abandonner aux sollicitations d'un bien-être momentané, ils s'accoutument à penser à l'avenir; ils apprennent à s'imposer des privations, afin de s'assurer par la suite des avantages durables.

Ces efforts individuels, ces modestes commencements d'un avoir, ne sont pas sans produire d'heureux effets non-seulement au sein de l'association, mais même au dehors. Le niveau moral s'élève en proportion du niveau matériel ; les caractères se fortifient , les intelligences se développent ; les travailleurs, trop faciles à entraîner, demandent à l'épargne ce qu'on leur conseillait d'exiger de l'Etat, et ne cèdent plus en

aveugles aux honteuses séductions d'aventuriers politiques.

M. Schulze-Delitzsch attribue le succès des banques d'avances au soin extrême qu'il a pris d'éloigner d'elles le moindre soupçon de subvention publique ou privée. Il a poussé le scrupule au point de refuser des capitaux qui lui étaient offerts sans intérêt par des personnes bien intentionnées.

Le crédit, en effet, est de sa nature une chose tellement, sensible que le plus léger contact avec la bienfaisance lui cause le plus grand mal.

Aussi évite-t-on d'avoir recours à de pareilles ressources tant qu'on n'y est pas contraint par la nécessité.

Mr Wirth , un disciple zélé de M. Schulze , a cité des chiffres qui ne laissent aucun doute à ce sujet. Il a établi un parallèle écrasant entre les caisses de prêts établies sous le patronage de l'Etat, des communes ou de la bienfaisance privée, et les banques du peuple, fondées sur le principe de l'association solidaire.

Il existe à Francfort une caisse de prêts à la petite industrie. Dans le courant de l'année 1859, le chiffre de ses opérations n'a été que de 61,600 florins, tandis que celui de la banque du peuple

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d'Eisleben, une ville cinq fois plus petite, s'est élevé à 1,071,000 florins. S agit-il de caisses de prêts créées par l'Etat, la disproportion est encore plus marquée. Le gouvernement prussien avait fondé, en 1848, plus de cent caisses à Berlin, et les avait dotées d'un capital social de 85,000 thalers. Cependant leur chiffre d'affaires n'a atteint que 08,000 thalers; il est resté au-dessous du fonds de roulement ; Ton n a même pas daigné faire usage des moyens disponibles, quoique les besoins fussent pressants à cette époque.

L'association industrielle de Nordlingen avait fondé une caisse d'assistance avec des dons et des capitaux ne portant pas d'intérêt. En 1850, elle possédait 13,200 florins, mais le chiffre de ses opérations n'a pas dépassé 9,4G8 florins. « C'est à peine , disait le rapport annuel , si de temps à autre on nous réclame une avance. »

Et il en est de même partout, à Nuremberg, à Anspach, à Gotha, à Ohruff, àZelle, à Ruhla, etc. Nulle part les caisses établies sur le principe dé l'assistance n'çnt réussi à faire un chiffre d'opérations équivalant au montant du fonds de roulement; tandis qu'il n'est pas une banque du peuple qui n'ait renouvelé, pour le moins trois fois, son capital dans le cours d'une année.

Est-ce concluant? »

L'éloignement du public pour les comptoirs subventionnés est tel que, dans le principe, il a nui au développement des banques du peuple. De peur de compromettre son crédit , on s'est tenu éloigné de ces ' dernières jusqu'au moment où Ton a eu la certitude qu'on avait affaire non à des caisses d'assistance, mais à de véritables entreprises commerciales, dont on avait à rémunérer les services comme ceux des maisons de banque ordinaires.

Nées au sein de la petite industrie, ces institutions populaires ne sont pas restées enfermées dans d'étroites limites; elles ont étendu le rayon de leur activité ; elles s'adressent également au marchand, à l'ouvrier, au paysan, à tous ceux qui ne sont pas en position de s'ouvrir un crédit chez un banquier.

De simples associations d'avanoes ( Vorschuss- Vereiné) qu'elles étaient à l'origine, elles se sont élevées rapidement au rang de banques du peuple ( Vottsbanken). C'est la dénomination que nous avons adoptée, avec M. Schulze-Delitzsch, parce qu'elle ne laisse subsister aucun doute, aucune incertitude sur la portée et le vrai caractère de ces remarquables institutions.

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