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CHAPITRE PREMIER

Fondées pour soutenir l'industrie locale, lui procurer son fonds de roulement, permettre son développement et ses transformations, Suppléer enfin aux capitaux fixes qui lui font temporairement défaut à ses débuts ou entre les émissions, les banques lorraines devaient entrer en relation intime avec leur clientèle, pour pouvoir la seconder d’une manière efficace et sans péril. Le meilleur moyen d'y parvenir était d'appeler les industriels eux-

mêmes aux conseils des banques. Ceux-ci habilement

6o TROISIÈME PARTIE. — SECTION I. — CHAPITRE I

choisis parmi les représentants les plus autorisés des diverses branches de l’activité régionale, pouvaient ainsi exprimer directement les désirs de la clientèle, donner des avis éclairés sur les entreprises qu'ils connaissent par les rapports quotidiens d’affaires qu'ils ont avec elles, ou par la part qu'ils prennent en personne à leur administration, et arrêter le zèle d’un directeur parfois trop hardi, ou vaincre les hésitations d’un commandité souvent trop prudent. Cette politique est celle des firmes allemandes (1). Elle fut et elle est restée, plus encore que de l’autre côté du Rhin, celle des banques lorraines. Nous avons vu plus haut (2) la composition du premier conseil d’administration de la Société Nancéienne. Aujourd’hui encore, les mêmes principes président à ce choix (3). En dehors d'un élément contentieux indispensable, représenté par un notaire ou un avoué, les conseils des quatre banques de Nancy ne comprennent que des industriels ou commerçants. S'il existe quelques exceptions, elles sont en général justifiées par la compétence financière des personnalités qu'elles concernent. Sur 35 membres qui forment le total des conseils des quatre banques de Nancy, il y a 21 indus-

triels, ingénieurs et commerçants, auxquels il convient

(1) La Berlinerhandels gesellschaft a 12 industriels dans son conseil, la Disconto et la Dresdner 5 chacune, la Deutschebank, la Darmstädterbank, 4 chacune. <

(2) Voir plus haut, p. 52

(3) Les banques de la région du Nord suivent aussi cet exemple, Le Crédit du Nord a 9 industriels dans son conseil, la banque régionale du Nord 3, la banque Dévilder, 10.

d'ajouter les deux administrateurs français de la Banque d’Alsace-Lorraine qui tous les deux occupent une situation industrielle importante. Ces 23 fauteuils se répartissent entre tous les domaines de l’activité régionale, qui trouvent ainsi chacun une voix qualifiée pour le défendre. IL y à trois représentants de la grande métallurgie : MM. de Saintignon, Cavallier, Grosdidier ; un de l’industrie de l'alimentation, M. Benoist: deux de l’industrie du bâtiment : MM. Fisson et Keller ; deux des filatures : MM. Francin et Marchal ; un des maisons de construction mécanique : M. de Meixmoron de Dombasle ; deux des salines : MM. Payelle et de Stucklé ; deux de l'industrie du verre : MM. Michaut et Daum ; un de la tannerie: M. Luc; un des entreprises de transport : M. Giron ; deux ingénieurs : MM. Berveiller et Variot-Norbert ; cinq négociants : MM. Bécus, Bournique, Fauville, Hinzelin et Weille.

L'élément contentieux est représenté par un avoué, M. Georgel, et par trois anciens notaires, MM. Cosson, Ferry et Garnier. La longue expérience des affaires qu'ont acquise ces trois derniers, et la part active qu'ils prennent dans l’administration de nombreuses entreprises les désignaient pour occuper une place au conseil des plus importantes banques de Nancy.

Pour coordonner ces bonnes volontés, leur donner une direction technique, on a fait appel à des financiers de carrière : M. Buffet, ancien inspecteur des finances, le comte de Laudrian, ancien receveur des finances, M. H. Thomas, ancien banquier, M. Duperron, ancien directeur

de la Société Nancéienne.

Quatre places seulement sont prises par des hommes qui n'ont pas été dans les affaires. MM. de Metz-Noblat, Picot, le marquis de Ponton d’Amécourt, le baron de Ravinel, mais qui, par leur famille ou leur valeur, ont dans la région une influence appréciable.

Ainsi, en résumé, les 35 fauteuils se répartissent de la façon suivante :

22 industriels, négociants ou ingénieurs ;

5 financiers ; 4 officiers ministériels ; l propriétaires.

Ces 35 administrateurs font partie à divers titres de 143 conseils d'administration d'entreprises régionales (1) qui représentent un capital de 605.000.000 de francs (2), dont h41.000.000 d'actions et 164.000.000 de francs d'obligations.

Ils y occupent 234 sièges (3), dont 46 de président, ro d'administrateur délégué, 144 d'administrateur, 34 de commissaire. Les banques possèdent donc en moyenne deux places dans le conseil des affaires qu’elles surveillent,

En réalité, dans beaucoup, elles n’en ont qu'une, Par con-

(1} 6 affaires d'alimentation, 16 de brasseries, 10 de chemins de fer et tramways, 9 de constructions mécaniques, 8 de matériaux de construction, 9 d’eaux et d'hôtels, 8 d'éclairage, 18 de textiles, 8 de charbonnages, 6 de mines, 16 de métallurgie, 3 de papeteries, 5 de salines, 3 de verreries, 17 de valeurs diverses. — Voir le détail ci-dessous pour chaque banque, p. 63.

(2) Voir le détail, p. 78, 99, 416, 122, 125.

(3) Voir le détail, p.63.

tre, dans les autres, 53 sur 143 (1) ; elles réunissent la majorité des membres, ou une forte minorité, et possèdent quelquefois la présidence et la fonction de commissaire. Elles peuvent donc dominer les entreprises et contrôler leur gestion financière.

Ainsi un grand nombre d’industriels, d’une situation personnelle très importante, dont l’action rayonne sur beaucoup de sociétés ; des officiers ministériels bien au courant du contentieux ; quelques propriétaires, dont la fortune est grande, la famille nombreuse; le tout dirigé par des financiers de carrière et de haute compétence : voilà la physionomie des conseils des banques. Elle leur donne, par sa puissance, une clientèle étendue; par sa variété, des éléments nombreux d'information. Il reste à voir comment ces avantages ont été mis en œuvre :

Présidents Administ. Administ. Commissaires

délégués Société Nancéienne. . . 10 4 50 11 Banque Renauld . . . . 22 4 61 21 Bque d’Alsace-Lorraine. 1 2 22 Lévy-Bettinger et Cie. . 3 0 7 Banque de Nancy. . . . 4 0 4 0 46 10 144 34

(4) 11 affaires qui ont des administrateurs de plusieurs banques ; 42 qui ont plusieurs administrateurs d'une même banque, dont 8 ayant le président et le commissaire.

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