‹ Les Banques LorrainesChapitre 16 sur 35 · I. — L'escompte · texte numérisé non relu

I. — L'escompte

Cette pénétration intime des banques de Nancy avec l’industrie, leur a permis de s'engager à fond dans les opérations de crédit à longue échéance. Ces maisons réalisent ainsi le type le plus complet et peut-être le plus parfait de la banque locale.

Elles ne négligent pas cependant le crédit à court terme. Elles font l’escompte du papier de commerce dans de grandes proportions. Mais leur but n'est pas là. Ce n’est pour elles qu'un moyen. Elles n’abandonnent pas ce travail qui, avec les opérations courantes de caisse, constitue le pur commerce de banque ; car nombre de leurs clients, en dehors de quelques avances temporaires, ne leur demandent pas d’autres services. Mais la concurrence des grands établissements de crédit les obligent à consentir des taux si bas qu'ils leur laissent de faibles bénéfices ; et leurs conditions dites «exceptionnelles » leur font même perdre un peu sur cet article-réclame. Pourtant, lorsqu'un industriel les sollicite de prendre une émission, les banques de Nancy subordonnent leur acceptation, ou au moins le

tarif de leur commission à la promesse de leur remettre

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toutes les opérations d'escompte de la société intéressée. Si elles tâchent ainsi d'augmenter le mouvement d'entrées de leur portefeuille, ce n'est pas, comme les banques de dépôts, pour avoir une encaisse productive à peu près égale au montant de leurs engagements à vue : c'est pour se procurer des ressources. Au lieu de conserver les effets presque jusqu'à leur échéance, elles réescomptent immé. diatement le papier long à deux ou trois mois. Aussi l’ensemble de leurs bilans ne présente qu'un solde débiteur du portefeuille de 25.000.000 pour un mouvement total de 1.550.000.000 de francs, soit une proportion de 1,6 0/0 contre 4 0/0 au Crédit Lyonnais et de 3,7 0/0 dans les

banques du Nord (1).

Il, — Le réescompte.

Cette pratique à pour conséquence de donner à la succursale de la Banque de France de Nancy, des bénéfices bien supérieurs à ceux de la succursale de Lille, qui cependant fait un chiffre d’affaires plus élevé. Celle-ci gagne moins, car les banques du Nord réescomptent des effets à très courte échéance. La succursale de Nancy a le premier rang pour les profits en 1910 et le sixième seulement pour le montant des opérations. Cependant le chiffre de ces dernières en 30 ans a augmenté de 424 0,0,

(4) Le Crédit du Nord, les banques Devilder et Cie, Dupont et Cie, Verley-Decroix el Cie, et la banque régionale du Nord ont dans leur bilan un compte portefeuille global de 164 millions pour un mouve-

mént total de 4,475 millions, J, —5

66 TROISIÈME PARTIE. — SÉCTION I. — CHAPITRE Ii

proportion que n’approche, même de loin, aucune autre succursale (1).

Les progrès parallèles des banques lorraines et de la Banque de France en Meurthe et-Moselle montrent combien est inexacte la thèse qui prétend que la Banque de France est la concurrente des banques locales. Celles ci, lorsqu'elles comprennent leur véritable rôle, empêchent l’escompte direct à la Banque de France, en appliquant au papier des maisons de premier ordre le taux officiel sans commission, ou avec 1/4 0/0 de commission. Si elles ne gagnent rien sur cette opération, l'appui de la Banque de France leur permet de réaliser indirectement des bénéfices. La Banque de France est leur banquier. Elle leur prend les effets qui en général ne leur rapportent presque rien ou même leur coûte un peu, et leur prête en échange de l’argent à 30/0. Les banques locales peuvent ainsi trouver au fur et à mesure de leurs besoins les disponibilités nécessaires pour alimenter les comptes débiteurs qu'elles ouvrent. Elles ont l'avantage d'augmenter leurs profits non seulement par la différence entre le taux moyen de l’escompte et celui des diverses avances, mais elles payent leur instrument de travail moins cher que si elles émegtaient des bons de caisse. C'est ce qui se passe à Nancy. Les banques lorraines, en suivant cette politique, n'accroissent pas outre mesure le chiffre de leurs immobilisations. Une

(1) La succursale qui après Nancy s’est le plus développée dans

l'Est, est celle d'Epinal, dont le coefficient d'augmentation est 250 0/0, les autres ne dépassent pas 165 0/0,

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ue

] partie des comptes débiteurs constitue en effet des opéra-

tions de crédit commercial de courte durée. Elle correspond aux avances annuelles qui sont nécessaires à beaucoup d'industries dans l'intervalle qui sépare les achats de malière première de la période active des ventes. Mais si le découvert disparait par les remises régulières de maisons en pleine prospérité, il n’en est pas de même des industries qui subissent une crise, des affaires nouvelles qui se lancent, etavant de trouver une clientèle suffisante, ou d'arriver à une fabrication parfaite, accumulent les stocks. Le compte débiteur alors correspond à des avances qu'il faut renouveler et consolider lorsque leur durée

s’accroil. Il devient du crédit industriel.

IL — Le compte débiteur.

Comme tel, il a d’abord le caractère de crédit réel : avances garanties de diverses natures (avances sur titres, sur nantissement, sur hypothèque) ; mais il peut aboutir au crédit personnel (avances sur signature des administrateurs, ouverture de crédit à découvert) et présenter de eraves dangers. Les banques lorraines se sont engagées sans crainte dans cette voie : leur actif en 1909 comprend 126.581.000 francs d'avances diverses, dont 737 millions de comptes débiteurs et 48 inillions d’avances diverses : ce qui représente 62 0/0 du chiffre qui résume l'ensemble de leurs bilans, et 150 0/0 de leur capital. Les banques du

Nord(r},avec 196.300.000 franesd’avances,donto2 millions

(1) Crédit du Nord, Verley-Decroix, Devilder, Dupont, Banque régionale du Nord,

de comptes débiteurs et 64 millions de comptes garantis, aticignent la même proportion que les banques lorraines par rapport à leur capital social 150 0/0 (156.3 millions contre 103 millions). Mais leurs avances ne forment que 37 o/o du chiffre global de leurs bilans qui est de 425 millions. Ces opérations leur procurent des bénéfices notables, car « pour l'industriel, comme l'écrivait le rédacteur de la circulaire d’une banque de Nancy (1), pour le débutant, l'important n’est pas de payerle crédit plus ou moins cher : c'est d'en obtenir. Le véritable service rendu à l'industrie réside dans l'aval permanent, excluant toute précarité que donne un banquier aux engagements d'un débutant, aval qu'ont toujours donné les banques régionales avec une

ampleur qui n’a pas été imitée... »

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