‹ Les baptêmes à Toulouse pendant la révolutionChapitre 4 sur 13 · L. Hubert, curé de St-Sernin de Toulouse · texte numérisé non relu

L. Hubert, curé de St-Sernin de Toulouse

Ge batêrne est rapporté ici à la prière du G" Gatala, pour suppléer au défaut de registr'os que ne tenoit pas le G" Lavau "^ . >>

A l'exception de deux, on présenta donc tous les enfants à M. Nayral, le vrai curé, qui célébrait dans Saint-Sernin: quel en fut le nombre ?

' IJ Anti-Terroriste.

■^ Le Grifloul, fontaine de la place Saint-Etienne; l'obélisque qui la domine, élevé par les Capitouls, date de 15i5.

3 L'Anli-Terroriste.

* Arcli. inunicip , rcg. des rlélib. municip. IV séance du 11 thermidor an III. s Abbé Salvan, t. IV, p. .566.

" Arch. parois, de Sainl-Scrnin.

' Ibid.

nous rignorons : car les actes dressés sur des feuilles volantes par les prêtres orthodoxes de cette paroisse cessent à la fin de juillet pour reparaître le 12 octobre. Dans cet intervalle de paisible jouissance de son iglise, M. Nayral consigna sûrement ses baptêmes, comme il devait le refaire en 1800, sur un cahier qui a disparu. Mais, ce silence d'une part, et de l'autre le registre d'Hubert corroborent les déclarations du maire Cames.

Ainsi, M. Nayral administrait les sacrements à Saint-Sernin et M. Fortic à Saint-Pierre. Ailleurs, en l'absence des curés légitimes exilés, leurs vicaires ou des prêtres délégués, munis de pleins pouvoirs, géraient les paroisses.

M. Bernard-Louis Maison ' « exerçait publiquement et en paix le saint ministère en l'église du Taur -, » et signait « prêtre délégué pour le Taur » .

Les registres de la cathédrale offrent, pour l'histoire religieuse du reste de la ville, des renseignements inédits.

Ces registres in-folio ^, d'une belle et large écriture due à la plume du sacristain fidèle Pierre-Raymond Brumas *, commencent le 10 août 1795. Nous notons les signatures suivantes : Jean-Joseph-Marie Ortric cadet 5, « vicaire régent de la paroisse Saint-Etienne », Paul-Antoine Bénahen, Couret etRuhle, vicaires; Laffon, Fons, Gouazé, Carrel, prêtres délégués. Divers certificats de publications ou délégations matrimoniales nous apprennent que le P. Henri Le Gry était délégué pour la Dalbade ; qu'à Saint-Nicolas étaient vicaires MM. Mauricourt et Donarrc s, l'un des héros du sacerdoce sous la Terreur, et à la Daurade, MM. Falgaires et Baron, de retour de la déportation.

La vie catholique débordait. En deux jours '^, trente-huit assermentés se rétractèrent, « se blanchirent », selon l'expression du temps, entre les mains de M. du Bourg. Découragé, Sermet se réfugia à Cazères, pour y exercer les modestes fonctions de curé s. Plusieurs des jacobins les plus compromis avaient pris dans les prisons la place de leurs victimes. Desbarreaux, l'ex-président du club, redevenu acteur, se vit honteusement chassé de la scène où il implorait à genoux le pardon de la foule ^.

Mais le triomphe ne dura pas. Hubert nous annonce sa rentrée à Saint-Sernin, le 11 octobre. Les terroristes s'enhardissaient. Avant de se dissoudre, et tout en proclamant la liberté rsligieuse dans la Constitution de l'an III, la Convention promulguait le 7 vendémiaire an IV (28 sep-

* Avant la Révolution, prébende de Saint-Etienne.

2 Arch. parois, du Taur.

3 Arch. parois, de Saint-Etienne.

* Dans VAlmanach historique du Languedoc, de 1788, à la suite du clergé de Saint- Etienne, nous lisons : « M. Î\-R. Brumas, secrétaire de M. le Curé, est chargé de lu recherche des registres des baptêmes, mariages et morts. »

■'' Son frère, Ortric aîné, était en Espagne. ;iinsi que M. Bornadct, curé do Sainl-Elionae.

" Il se déguisait en pelil-iiiaitro, portant à la boutonnière une lleur d'oranger.

^ Le 26 et le 28 juillet 1795. [L'Anli-Tervonste.)

" Voir Lettres uu'dites de Sernict, ibid., p. 105.

" Taine, t. III, p. 598, d'après Archives nationales, F' 3219.

tembre 1795) une grande loi « sur la police des cultes », et exigeait de tout ministre une nouvelle promesse de soumission et d'obéissance aux lois de la République. Elle ressuscita les décrets contre les prêtres sujets à la déportation ou à la réclusion. C'était l'automne : les libertés allaient tomber comme les feuilles.

Conformément à la loi du 7 vendémiaire an IV, un second registre fut ouvert à la Maison Commune portant cette autre formule de déclaration imposée à tout ministre du culte : « Je reconnais que l'universalilé des citoyens 'français est le souverain, et je promets soumission et obéissance aux lois de la République. »

Devait-on s'opposera la prestation de ce nouveau serment? Sans discuter la question délicate de l'origine des pouvoirs, persuadés, avec l'évêque d'Alais, que « dans les objets civils et politiques la soumission ne comporte jamais l'approbation, mais bien l'engagement de s'abstenir de tout ce qui pourrait être contraire à l'ordre et à la tranquillité publique », les prêtres orthodoxes de Toulouse estimèrent que l'intérêt supérieur de la religion les autorisait à souscrire la formule K

La première signature, au 12 octobre 1795, est celle d'Hubert. Son registre de baptêmes atteste qu'il était rentré la veille à Saint-Sernin 2, Ne fallait-il pas se montrer empressé à reconnaître les services rendus à la cause des schismatiques par le nouveau représentant du peuple? Clausel, de l'Ariège, successeur du sympathique Laurence, avait remis en honneur les procédés arbitraires et tracassiers des jacobins. Forts de son appui, quelques intrus usèrent de la faculté qu'accordait la loi du 11 prairial de célébrer différents cultes dans le même local, assurés que le clergé légitime de notre ville, réfractaire à l'idée de cette humiliante cohabitation, préférerait déserter ses temples. Leurs prévisions se réalisèrent.

Après Hubert, Manaud adopta cette ligne de conduite. Nous lisons en tête d'un registre : « État des baptêmes de la Dalbade depuis le 23 octobre i795, an 4' de la République. C'est F époque où je suis rentré dans la susdite église pour y reprendre les fonctions de curé , deux ans après avoir été forcé de les interrompre^. » On en a conclu et imprimé que sa réclusion dura deux ans. Nous avons réfuté, plus haut, cette erreur en établissant, documents en main, qu'il ne demeura pas dix mois emprisonné aux Carmélites, et qu'il dut sa mise en liberté à sa lâche abjuration.

En l'absence du P. Pvoure, le vrai curé, l'administration diocésaine avait provisoirement conféré les pouvoirs au P. Claude Henri Le Gry,

' Du 21 vendémiaire au 3 frimaire an IV (12 octobre-23 novembre 1795) nous avons CuinpU; 180 siytialurcs de prôlros, ortliodoxes en grande majorité : nous n'avons pas trouvé celle de M. du 15ourg : la persécution recommençant, jujjea-t-il prudent de rester dans l'ombre? Peut-être. (Arch. municip., reg. Soumission des prêtres et des religieuses, an IV- VI 11.)

2 IJaptèmes et mariages faits « à Sainl-Sernin, où je rentrai le 11 octobre 1795 ». Reg. de 1795, Arcli. parois, de Saint-.Seriiin.

•* Arch. parois, de la Dalbade.

augustin réformé du couvent de la place Saint-Georges, qui signait ses actes « délégué pour la desserte de la paroisse de la Dalbade » ; ses auxiliaires avaient nom Arnaud et Sicm^dK

Où se réfugier devant l'intrusion de Manaud? Un riche fonds d'archives ignorées que nous avons eu la bonne fortune de découvrir à la cathédrale nous fournit, avec la réponse à cette question, des éclaircissements inédits sur la vie paroissiale de l'époque à Toulouse et dans le diocèse 2.

L'église des Grands-Carmes, dans laquelle M. du Bourg avait inauguré la série des cérémonies de réparation, restait ouverte, desservie par plusieurs ecclésiastiques: MM. Jammes et Berger ot, jeunes prêtres ordonnés luitamment à l'archevêché d'Auch, au début de la Révolution, Férmid, Jacques Saint-Amans, ci-devant religieux feuillant, et Maury, ci-devant eligieux grand-carme 3. Ces membres des clergés séculier et régulier vivant en frères accueillirent fraternellement le P. Le Gry, qui indique, 3ans le corps d'un acte de baptême, le nouveau centre de son ministère : ï Baptisé par moi, prêtre délégué pour la paroisse de la Dalbade transportée dans V église des Carmes '*■. »

Il est juste d'ajouter que les généreux paroissiens de la Dalbade, dont es offrandes avaient facilité la reprise du culte, ne souffrant pas que Manaud pût bénéficier de leurs largesses, réclamèrent tous les objets par eux prêtés à l'église. Le sacristain Lanaspèse dressa l'inventaire des apisseries, tableaux, reliquaires, tabernacles, autels, chandeliers, bancs, tapis, etc., que la municipalité fit restituer aux réclamants, au nombre lesquels Roaldès, respectable médecin de la rue des Filatiers^.

Un acte de mariage de Saint-Etienne nous apprend indirectement 5ue Taverne suivit de près l'exemple de ses amis Hubert et Manaud : ( Vu, y est-il dit, que l'église paroissiale des contractants (la Daurade) 3st occupée par des prêtres d'une communion différente de la nôtre '^. » Le 3 brumaire an 4 (24 octobre 1795), il commença, par l'inscription i'un baptême, ses nouveaux registres qu'il devait tenir avec régularité, ui aussi, jusqu'au Concordat '^.

Ce même jour, la Convention agonisante, irritée de l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire, décréta, dans un dernier hoquet de sectarisme, que les lois de 1792 et 1793 contre les prêtres réfractaires sujets i la déportation, s'ils avaient moins de soixante ans, ou à la réclusion, s'ils étaient sexagénaires ou infirmes, seraient rigoureusement exécutées.

* Arch. de la métropole Saint-Etienne.

2 Ces archives, où les souris ont mordu à belles dents, se rapportant à la période révoluionnaire, se composent de registres ou d'actes épars de baptêmes et mariages de Saint- Etienne, de quelques autres paroisses de la ville, et de nombreuses paroisses de l'ancien liocèse de Toulouse.

^ Arch. de Saint-Etienne, registre des Grands-Carmes, 1795.

* Ibid., reg. de la Ualbade, 14 novembre 1795, baptême Belet.

•'• Arch. municip., reg, Dt-librralions du Jnircau de police cm 111, IV, séance du 8 lirnnairc au IV (29 «clobie 1795,, loi. '2.")(), où l'on li'ouve la liste des ellets réclaïut's (.•! les loms des réclamants.

Arch. d(' Saint-Etienne, reg. des mariages 1795, fol. 14, mariage Caiion-l.acazin, Î8 cclobre 1795.

' Arch parois, de la Daurade.

Satisfaite de son œuvre, elle expirait, contlant au Directoire le soin de faire valoir, au moyen de mesures hypocritenient oppressives, son héritage de haine anticatholique. On sait les bienveillantes dispositions religieuses de Rewbel, l'un des cinq Directeurs, qui, six mois plus tôt, à la tribune de la Convention, qualifiait, en termes très académiques et très amènes, les prêtres réfractaires : « Ce sont des bêtes fauves qu'il faut exterminera »

Ainsi, le régime de la séparation limitait jusqu'à l'étranglement la liberté des orthodoxes et favorisait de fait les menées des schismatiques.

Ceux-ci, décimés par l'apostasie, le mariage et le blanchissage — ou rétractation de leurs erreurs — ne faisaient à Toulouse qu'une médiocre figure. Tandis que cédant à la tyrannie des derniers décrets, les confesseurs de la foi sortaient de leurs églises pour s'abriter dans le silence des oratoires privés autorisés par la loi du 7 vendémiaire 2, le clergé de Sermet disposait de cadres trop restreints pour les remplacer.

En 1796, il n'occupe officiellement que quatre paroisses de la ville. A Hubert, Manaud et Taverne vint se joindre Bébian, ancien vicaire épiscopal, qui s'installa dans l'église des Chartreux, et ouvrit en février, pour inscrire les baptêmes et m^ariages de Saint-Pierre, un registre dont les premiers feuillets ont disparu, et dont il signe les actes : « Bébian, faisant fonctions de curé 3. » Lavau continuait de remplir son ministère à Lardenne et Gleyzes à Lalande.

C'est à ces six prêtres que Sermet fait allusion dans une lettre datée de Gazères, le 28 mars 1796 :

« J'ay écrit aux six curés qui sont actuellement en exercice dans la ville et la banlieue de Toulouse pour les inviter à commencer la formation du presbitère ^... »

De préférence il prenait conseil d'Hubert, qu'il allart nommer son principal archiprêtre. Le curé de Saint-Sernin méritait sa confiance par ses qualités d'ordre et de zèle. Son registre accuse, pour l'année 1796, 126 baptêmes célébrés dans son église. Il a soin de déclarer les paroisses étrangères, d'où de nombreux enfants furent apportés : Le Taur, Croix- Daurade, Lalande, Saint-Martin de Lasbordes, Balma... H nous apprend que « pendant peu de temps le citoyen Garros desservit la paroisse de Croix-Daurade en 1796 », qu'on venait à Saint-Sernin « faute de prêtre à l'église Notre-Dame du Taur », et que « le 15 mai, jour de la Pentecôte, fut faite la première communion s. »

On connaît sa vénération pour les reliques, vénération qui ressort

» Séance du 25 germinal an III.

s Pourvu qu'il n'y eût pas plus de dix personnes étrangères à la famille.

3 Arch. parois, de Saint-Pierre : le premier baptême inscrit est du 21 avril 1796.

^ Lallrns inédites do Sermet, ibid., p. 109. Cette lettre est adressée aux citoyens Desbois, évèqiie d'Amiens, Priiiiat, évèciue de Cuinljr;iy (le l'ulur urclievè(iue do Toulouse), Grégoire, évoque de Blois, Royer, évéquo de Belley, Saurine, évéque des Landes. — Le presbytère, en souvenir des anciens chapitres, était un conseil de prêtres destiné à aider l'évêtiue àcbismalicpie dans son administration et à gouvcmer pendant la vacance du siège.

■"• Arcli. i);ir()is. de SiiiMl-Serniu, rcg. d'iluberl, p. 22, 2i', 27, 37, 41.

t.ES BAPTEMES A TOULOUSE PENDANT LA RÉVOtUTION 65

encore d'un avis qu'il adressa à Bébian pour le prier d'en donner connaissance à ses fidèles :

« Citoyens, « Vous êtes avertis que dimanche prochain, le 4e après Pâques, 24 avril, on solennisera dans l'église de Saint-Sernin la fête de toutes les reliques qui y reposent. Il y aura indulgence plénière, procession et la bénédiction du Très Saint-Sacrement K »

Dans le cours de cette même année, Bébian inscrivit 38 baptêmes sans remarque particulière, Taverne 122, aidé parfois de Latapie, ancien vicaire constitutionnel de Saint-Sernin, et Manaud 131.

Ces chiffres semblent attribuer aux schisniatiques quelque crédit, plus apparent que réel, dii, d'une part, à la possession des églises, et de l'autre, à la persécution renaissante qui intimidait les chrétiens pusillanimes, sans paralyser le dévouement des prêtres orthodoxes.

Contraint, dès le mois de décembre, de se réfugier dans les chapelles domestiques, le clergé de la métropole, en dépit des visites domiciliaires-, poursuivait son administration. En feuilletant le registre in-folio des baptêmes pour l'année 1796, magniliquement rédigé par le sacristain Brumas, imprimeur de profession, nous lisons les signatures suivantes : Ortric cadet, vicaire, Long, Joannis et Thuries, prébendes de Saint-Etienne, Carayon, matutinaire de Saint-Pierre de Lombez, Théron, doctrinaire 3, Auzowj, vicaire d'Azas, Triholet, Depeijrot, Lézian, Ripert, Couretf Dilhan, Lacassaigné, Rihet, Fiiniel, Barre, Carrel, Diipuy, Falguiére de la Martigue, Bonaventiire Sudre, religieux cordelier de la grande observance de notre ville.

L'abbé Ortric déléguait tous ces prêtres. Nous ne serions point surpris qu'il habitât encore le même domicile que son vicaire général, puisque le fils de son frère aîné eut, au baptême, pour représenter sa marraine absente, « Valentine Duhourg » *, nièce de l'abbé du Bourg, fille du conseiller au Parlement qui porta sa noble tête sur i'échafaud de la barrière du Trône, à Paris, sœur de Melchior, qui mourut en apprenant l'arrestation de son père, et sœur d'Armand, ce généreux enfant de treize ans qui suivit à pied, de Toulouse à la capitale, le convoi des parlementaires prisonniers s.

Toutefois nous n'avons compté que 86 baptêmes pour toute l'année, tandis que le total des cinq derniers mois de l'année précédente s'éleva

' Arch. parois, de Saint-Pierre. — Au dos de ce billel écrit de la main d'Hubert, Bébian a noté trois baptêmes en avril 1796.

' Le 1i pluviôse an IV (2 février 1796) la municipalité ordonna de perquisitionner à l'hospice d'humanité, ci-devant Saint-Jacques, qui renfermait des prêtres réfracta i res ; le 23 pluviôse suivant (Il février) on dressa une liste de quinze maisons soupçonnées de receler des prêtres. MM. Paul-Antoine Bénaben et Ruble, de Saint-Etienne, furent au nombre des prêtres arrêtés. (Arch. municip., reg. Con-esponciance du maire.)

3 Le P. Théron, recteur de la maison de Saint-Rome, et le P. Rouai.x, recteur du collège de rEs(|nile, furent les seuls doctrinaires qui refusèrent le serment en 179L

* Arch. d(i Saint-Elienne; bapléiiio Orli'ic, l.'i juillcl 179G. fol. 5.

■'' « Ou a raconté que le fils du conseiller du Bourg, apercevant son père dans l'ellroyable cortège, perça la foule et s'i'cria : « Je suis son fils! » ICcartanI les ba'ionnelles, il franchit les degrés de I'échafaud et tomba à genoux aux pieds de son père qui lia donna sa dorniùrc béniHliction. » (.M. Dubédat, Histoire du /'arli'uifut de Toulouse, t. Il, p. 7li3.)

66 LES BAPTÊMES A TOULOUSE PENDANT LA HÈvOLUTIGN

jusqu'à 294. Il est vrai que certains prêtres, tels que MM. Gaulejac, Carayon, Calvet, dit le médecin, etc., notaient leurs baptêmes sur des feuilles spéciales non collectionnées.

A Saint-Sernin, les orthodoxes ne tenaient pas de registre otficiel ; on rédigeait les actes sur des feuilles disparates dont un grand nombre ont pu être recueillies. Nous connaissons ainsi la plu|>art des prêtres cachés dans le voisinage de l'église : MM. Nayral, curé, Dirat, vicaire, Devin de Serville et Flory, chanoines de Saint-Sernin, Penne et Justrobe, prébendes de Saint-Sernin, Reilliefi, maître des cérémonies, et F«V/ai, sacristain du ci-devant chapitre, Castanié, prébende du chapitre de Moissac, Lafon, Saint-André, Alexandre Garrigues, mineur conventuel... Ils baptisèrent 91 enfants*.

Dans tous les quartiers de la ville on administrait les sacrements. Une page de V Anti-Terroriste, trop curieuse pour ne pas être citée tout entière, nous transporte sur la paroisse Saint-Nicolas :

« Le 11 brumaire, jour de la Toussaint — 1er novembre 1796 — vers 2 h. Va de l'après-midi, le citoyen Lafontaine, prêtre qui a fait sa soumission aux lois de la République, baptisait un enfant dans sa maison d'habitation, au faubourg Saint- Cyprien.

Deux hommes qui n'ont jamais eu d'autre profession que de rouler les cabarets, fameux comme tous les fainéants leurs pareils, sachant qu'on célébrait cette cérémonie religieuse, prirent sur eux de poster quelques-uns de leurs amis en sentinelle sur la porte de la maison.

Cette précaution prise, ils courent à la commune, et ils amènent le commissaire de police Lafcenc, batteur d'or. Le commissaire arrive ; les exclusifs qui lui servent d'escorte, frappent à la porte principale.

La citoyenne Gastéra, propriétaire de la maison où logeait Lafontaine, s'empresse d'aller ouvrir; on lui demande le prêtre. Celui-ci paraît et dit au commissaire : « Je vous suivrai pour éviter tout scandale ; mais faites-moi voir la loi qui vous autorise à violer mon domicile et à me mettre en prison, parce que j'exerce dans ma chambre un culte que la loi me permet d'y exercer, toutes les fois surtout que j'ai fait ma soumission aux lois de la République. »

Le commissaire ne répond mot ; mais les satellites n'en saisissent pas moins Lafontaine en l'accablant d'outrages. Les femmes qui assistaient à la cérémonie accourent au moment où on entraînait le prêtre ; elles l'arrachent des mains de ceux qui le tenaient et le font évader. Alors le commissaire fait prendre le nommé Pélégri, on le plonge dans les cachots où il est encore, ainsi que la citoyenne Castéra et un frère de Pélégri qu'on a pris depuis on ne sait pourquoi ^. »

Cette scène ne caractérise-t-elle pas les mœurs du temps?

Pour s'exposer à moins de périls, en remplissant leurs fonctions, les prêtres adoptaient souvent un nom de guerre : Lafontaine était celui de l'abbé iJouarre, vicaire de Saint-Nicolas 3. Il avait le droit de célébrer en chambre, conformément à la loi du 7 vendémiaire, sans craindre que le

* Arch. parois, de Sainl-Sernin.

' ]J Anii-Tnrronsli' du 18 brumaire an V, mardi 8 novcml)ro 1796.

•' Dans le registre dos délibérations municipales YII, séance du 3 thermidor an III, nous lisons : « Dnuarre-Lafonlaine, » prètro, demande à faire attester sa résidence dans la présente commune depuis 1789. » (Arch. municip.)

décret du 3 brumaire le touchât, puisque, n'ayant jamais été pensionné de l'Etat, il n'avait pu être assujetti aux serments de 1792 et 1793 i. Mais les agents gouvernementaux appliquaient à la lettre, sur tous les points du pays, la formule du Directoire : « désolons leur patience » ; et, s'ils faiblissaient, des auxiliaires résolus sortaient de l'ombre pour les stimuler.

Espèces d'Apadies, reconnaissables à une ganse jaune, leur signe de ralliement, les exclusifs bousculaient, frappaient, assassinaient même les paisibles citoyens dans les rues, et, à l'occasion, commandaient en maîtres à la police intimidée. Dans le cas présent, de simples femmes leur tinrent tête, attestant l'efficacité de la résistance aux assauts des malandrins et le dévouement du peuple à la cause du vrai clergé.

Sous le règne de ce désordre social, la moralité publique pouvait-elle progresser? « La hache a fait place à l'éventail «s, et « la corruption de la période directoriale est une des vérités banales de l'histoire » 3. En ce temps-là, on adorait le symbole païen, et les Directeurs avaient de l'esprit : ne leur parut-il pas plaisant de nommer ministre de « la police générale, de la salubrité et des mœurs » le citoyen Cochon?^.

Toulouse ne pouvait échapper absolument à la contagion. Pour mettre en un plus saisissant relief le mouvement de la natalité et la proportion des enfants illégitimes, il nous suffit de dresser le tableau suivant d'après les registres de l'état civil s.

ANNÉE

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