‹ Les barbares et leurs loisChapitre 20 sur 24 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Loi i>^ PtifOf

iNous nous sommes éloignés do Khiu; ii faut v reTeoif et le descendre jusqu'à ses embouchures. Là, nom IroOTODl la Frise qui s'étendait le long de la mer jusqu'à la Saie, comprenant ainsi le pays qui a pris le nom de Hollande (hol — land, terre basse, en partie couverte par les eaux).

La soumission de la Frise ne commença que vers la fin de l'époque mérovingienne. Pépin d'Héristal attaqua le chef des Frisons, Ratbod, et le vainquit. Il est même dit qu'il soumit la Frise *. Cela ne peut s'entendre que de la Frise occidentale. Encore ne fut-elle, cette fois, soumise que pour peu de temps : le duc Ratbod reprit ce qu'il avait perdu, détruisit les églises que les Francs avaient élevées 2. Mais Charles Martel renouvela la conquête de son père 8, et Chariemagne acheva, par la soumission du reste de la Frise, l'œuvre commencée par ses ancêtres. Le christianisme s'établit chez les Frisons avec la domination franque, et consolida la conquête.

On n'éprouve pas, par rapport à la loi des Frisons, l'embarras que cause pour les autres la diversité des manuscrits. Il n'en existe plus qui contienne cette loi. Nous n'en connaîtrions que le nom si Hérold ne l'avait publiée autrefois d'après quelque manuscrit aujourd'hui perdu4.

L'édition nouvelle x que M. de Richthofen en a donnée dans la collection Perlz % ne présentait donc pas les mêmes difficultés que d'autres. Il n'a pu que reproduire le texte 4'Hérold, et exposer les vues que ce texte lui suggérait.

1 « Peppinus aux Ratbodum ducem Fresonum bellando vicit, Fre&ianique sibi subjugavit. » (Annal. Xantenses, a. 694.) — Alcuin donne à Ratbod le titre de roi. {In Vit. S. Villibrord.)

» Fit. S. Bonif., c. 11.

3 « Karolus subjugavit Frisiam suo imperio. » (Chron. Moiss., a. 73i.)

k Ap. Walter, 1, 351.

6 Ap. Pertz, Leg., 111, 631.

La Frise n'avait pas tout entière les mêmes coutumes. La loi mentionne fréquemment qu'un usage règne d'un côté de telle rivière, et que de l'autre côté l'usage est différent. En rapprochant ces indications, on arrive à distinguer trois régions : Frise occidentale entre Sinkfal et Fli, Frise moyenne entre Fli et Laubach, Frise orientale entre Laubach et Visare.

La loi des Frisons présente une autre particularité. On lit à la suite, sous le titre d'additio sapientum, des décisions de sages hommes qui y sont nommés : c'est Wlemar, c'est Saxmund *.

M. de Richthofen a conjecturé que la loi des Frisons fut rédigée après la conquête d'une partie de la Frise par Charles Martel. Lorsque le reste du pays eut été soumis par Charlemagne, la loi fut complétée en constatant les coutumes particulières des régions nouvellement conquises. Une révision s'en fit un peu plus tard vers 802; c'est alors qu'y fut ajoutée Yadditio sapientum.

Ces conjectures, qu'aucune raison solide n'appuie, sont peu plausibles. La conquête d'une partie de la Frise par Charles Martel fut trop éphémère pour qu'on puisse avec vraisemblance placer une rédaction de la loi à celte époque : le temps n'était pas alors aux travaux législatifs de ce genre. Mais ils furent un des soins de Charlemague : il y a tout lieu de ranger la loi des Frisons parmi les lois non encore rédigées qui le furent sous son règne. Le travail général de révision auquel Charlemagne fît procéder, et dont j'ai déterminé le caractère, ne dut pas s'appliquer à une loi aussi récente. Quant aux décisions de Wlemar et de Saxmond,je ne puis y voir autre chose que des constatations de coutumes, de jurisprudence, analogues aux fVeisthumer de l'Allemagne; un copiste les transcrivit à côté de la loi des Frisons, parce que c'étaient aussi des monuments du droit du pays : c'est à nous de discerner les caractères différents des pièces qu'on a ainsi assemblées. Comment supposer que cette addition fut faite à la loi par l'autorité de Charlemagne? Est-ce Charlemagne qui aurait établi la peine barbare qu'on lit dans un article contre la violation des temples païens? Est-ce Charlemagne qui aurait prescrit d'immoler le coupable aux dieux 2?

1 <' Haec Vulemerus addidit. — Hœc judieia Saxmundus dictavit.

2 « Qui fanum effregerit et ibi aliquid de sacris tulcuit, durit ur ad mare,

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