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CHAPITRE II

Les Vandales en Afrique.

Dès avant la catastrophe de 476 qui mit fin au premier Empire d'Occident, plusieurs de ses provinces lui avaient échappé : la côte d'Afrique, l'île de Bretagne, une grande partie de la Gaule avaient été occupées par des peuples Germains. En Afrique ce furent les Vandales.

Ils habitaient les bords de la mer du Nord dans le voisinage des Goths, lorsqu'ils se portèrent comme ceux-ci vers le Danube. Pour s'en débarrasser, l'Empire d'Orient leur concéda la Pannonie. Ils l'occupaient lorsque la ligne du Rhin fut dégarnie de troupes pour couvrir l'Italie que menaçait Alaric. Les Vandales firent alors irruption dans la Gaule qui resta pendant plusieurs années en proie à ces hordes. Elles furent enfin rejetées de l'autre côté des Pyrénées par les Visigoths, à qui l'Empire d'Occident venait de céder une partie de la Gaule. Les bandes vandales erraient en Espagne lorsqu'un gouverneur d'Afrique qui avait à se plaindre de l'empereur les appela. Elles vinrent, mais ce ne fut pas pour le soutenir: les Vandales firent pour leur propre compte la conquête du pays.

Jetons un rapide coup d'œil sur son passé ; c'est une histoire faite pour nous intéresser, puisqu'une partie de l'Afrique romaine est de nos jours devenue terre française. Le nord de l'Afrique était habité par des peuples que Strabou appelle. Maures, — ce sont les ancêtres des Berbères et des Kabyles, — lorsqu'une colonie phénicienne s'établit dans ces régions sur un territoire qui dépend aujourd'hui de la régence de Tunis. Carthage étendit autour d'elle sa domination, mais elle ne fit qu'imposer sa puissance aux populations primitives sans changer leurs mœurs. Lorsque Rome eut vaincu Carthage, elle eut à soutenir contre les Numides une longue guerre dont Salluste a raconté la fin : on croirait lire le récit des campagnes de notre armée d'Afrique. Rome soumit ces peuples belliqueux sans réussir mieux que Carthage à les transformer. Sa civilisation pénétrante, qui opéra ailleurs tant de merveilles, y échoua. Mais une colonisation vigoureuse se superposa à ces populations résistantes, et l'Afrique prit ainsi à la surface une physionomie romaine. La décadence de l'Empire la livra de nouveau à la barbarie.

L'historien Procope fait un sombre tableau du sort qu'elle subit sous les Vandales 1 : les propriétaires les plus riches furent dépouillés de leurs biens qui formèrent la part des chefs ; le reste des meilleures terres fut distribué à l'armée vandale; ce qu'on laissa aux Romains fut chargé de si lourds impôts qu'ils semblaient ne plus cultiver le sol que pour des maîtres. — Mais il faut que ce tableau soit chargé, ou que la conquête se soit promptement adoucie; car on voit, au bout de quelque temps, des impôts modérés et des Romains en possession de grandes fortunes.

Les Vandales gardèrent leur organisation militaire. Us gardèrent aussi leurs coutumes nationales. Le gouvernement prit un caractère nouveau. Mais sous ce gouvernement barbare les Romains continuèrent d'être régis par le droit romain qui leur était appliqué par des tribunaux distincts. Ils continuèrent même d'exercer beaucoup de fonctions : les traditions de l'Empire se conservèrent ainsi dans l'administration. L'idée d'extrême barbarie qu'on a attachée au nom des Vandales n'est donc pas en accord avec l'histoire2.

1 Procop., YandaL, I, 5.

2 Ceci me rappelle un mot de Louis XVI que M. Ampère nous a conservé

— la —

Ce qui tes pnrdit, ce fut leur intolérance rel . Htétau

ariens comme les autres peuples germains convertis m curis-

lianisme avant de s'établir dans l'Empire. Ils voulurent imposer leur croyance à la popuiaiiofl catholique. Un édit de cutioo publié par H une rie mérite de li \»-r- l'attention* Le roi vandale y rappelle les lois rendues par lea empereurs contre les ariens, et il présente ses mesures de proteriplion du catholicisme comme une Juste rétorsion de ee que les catholiques ont fait souffrir à ^a croyance. Voilà le elrâlin, réservé à l'intolérance religieuse : les persécuteurs d'aujourd'hui seront peut-être domain persécutés à leur tour... L'Empire d'Orient épiait l'occasion de reprendre l'Afrique aux Vandales. Justinien jugea que le moment était venu. L< 8 Vandales avaient été amollis par le climat, par les jouissance* d'une civilisation nouvelle pour eux. Les population- roma allaient de leurs vœux au-devant de qui les délivrerait de conquérants spoliateurs de leurs biens et persécuteurs de leur foi. Les Maures, jamais domptés, étaient prêts à se soulever. Une expédition commandée par Bélisaire réussit, et la domination vandale fut renversée après un siècle de durée. L'Afrique fut ainsi rattachée à l'Empire d'Orient jusqu'à ce qu'elle lui lût enlevée par l'Islamisme.

L*édit d'Huryeric que j'ai cité est le seul monument de la législation des Vandales qui nous soit parvenu. Leur établissement en Afrique méritait néanmoins de nous arrêter un moment. C'est une page de l'histoire si variée des établissements barbares. Il faut les étudier tous pour arriver, par rapprochement, à en saisir les caractères généraux et les particularités.

[Rev. des Deux-Mondes, décembre 1857). Au dix août, Louis XVI, chassé dé son palais, était venu chercher un asile dans l'Assemblée nationale. Les insurgés y pénètrent et défilent devant le malheureux prince en lui jetant leurs injures. Comme un de ces furieux le traitait de Vandale, Louis, resté calme dans cette situation tragique, se retourne vers le président de l'Assemblée, Lemontey, de qui Ampère tenait ce récit, et lui dit tranquillement • « Ces Vandales n'étaient pas si barbares qu'on le croit. »

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