I .< fragment rapproché «les antiquœ du Code montre, de ta
manière la plus claire, la Bource d'où elles ont été liféi
1rs articles de ce fragment se retrouvent dam le Code sous le
nom d'antiquœ, dans un autre ordre toutefois et avee un teste souvent remanié, modifié1.
Do quelle époque, de quel prince est cette loi, source bien reconnue des antiquœ du Code? M. Blubme, à qui l'on en doit la publication , l'avait attribuée à Reccared 1", sous le règne duquel les Visigoths embrassèrent le catholicisme. Un savant Allemand, M.Gaupp2, l'a reportée bien plus haut, jusqu'au temps d'Euric, en se fondant sur ce que l'histoire rapporte qu'Luric donna des lois aux Goths régis jusque-là par de simples coutumes. Mais la loi nouvellement retrouvée est trop romaine pour qu'on puisse y voir la rédaction des coutumes gothiques qui se fit sous Euric. C'est ce qu'a compris M. de Petigny 3, et il a imaginé que cette loi est d'Alaric 11. Lorsqu'Alaric donnait à ses sujets romains le Breviarium, ne dut-il pas codifier aussi le droit de ses sujets goths? Ainsi raisonne M. de Petigny. La conjecture est spécieuse; mais rien ne la confirme. Loin de là, le caractère si romain de la loi retrouvée révèle une époque où la transformation des Goths était encore plus avancée. Il y a mieux : si cette loi est Vantiqua lex du Code des Visigoths, ce qui n'est pas douteux, elle est nécessairement postérieure à leur conversion au catholicisme; car plusieurs antiquœ du Code confèrent des privilèges à l'Église4. Nous nous trouvons
naître en 1839 à un Allemand, M. Knust, que c'était un palimpseste. Il fut soumis aux procédés par lesquels on fait revivre les écritures effacées. M. Bluhme a publié, après la mort de M. Knust, le texte qu'il avait ainsi ressuscité. Die Westgothische antiqua. Halle, 1847, in-8°. — C'est une série d'articles qui s'ouvre par un n°CCLXXVI, et se poursuit avec quelques lacunes jusqu'au n° CCCXXXVI.
* Les articles correspondants du Code, mis par M. Bluhme en regard des articles nouvellement découverts, ne peuvent laisser aucun doute. Je signalerai particulièrement un point. L'article CCLXXXY1I de la loi publiée par M. Bluhme présentait une disposition qui fut changée par Chindaswind (L. \isig., V, 4, 13). On lit dans la loi nouvelle : « Quum promulgata sanctio juris antiqui... piseceperit. ., providention decreto consuiimus •• » — Voilà bien clairement indiqué le jus antiquum d'où furent tirées les Antiquœ.
2 Gaupp, Germanùtiche abhandlungen, p. 27 et s.
3 Dans un travail publié par la Rexue historique du droit français, t. II
* C. Yisig., V, i, 3 et 4.
ainsi ramenés à- l'idée de M. Bluhme, au temps de Reccared 1er. Jl se conçoit fort bien qu'à la suite de la conversion des Gothaun grand travail législatif ait eu lieu : l'unité venait de se faire dans les croyances; on était conduit à la mettre aussi dans les lois. C'est en effet, la tradition l'atteste1, ce qui fut fait par Reccared I". Un indice précis confirme l'idée que la loi eu question est due à ce prince. Le législateur y parle de lois publiées par son père2: L'histoire mentionne en effet des lois du père de Reccared Ier, Leovigild 3.
III. Le Code de Reccared paraît avoir été revisé, amplifié un peu plus tard. On trouve en effet au Code visigoth dec articles qui ne portent ni le titre d'antiqua, ni le nom du prince qui les a ajoutés. Cette circonstance révèle un travail législatif intermédiaire. Sa date coïncide avec l'époque où le siège de Sévi lie était occupé par l'illustre évoque dont le nom est resté attaché dans la tradition au Code des Vlsigoths. On est donc autorisé à croire que, sous sa direction, le Code de Reccared 1er fut remanié dans son texte; les articles en furent distribués dans un ordre plus méthodique; on y inséra des lois nouvelles en les distinguant de celles de Reccared par le titre dantiquœ donné à celles-ci. Le Code visigoth prit ainsi une forme qui ne devait plus changer : les rois ne firent ensuite qu'y intercaler leurs lois en les marquant de leur nom.
Voilà l'histoire probable du Code visigoth ; voilà la part qui revient dans sa composition au prélat de race royale, plus grand encore par sa science et ses vertus que par sa naissance, qui est resté la première gloire de l'Église d'Espagne.
Cette législation fut mise en action dans des formules assez nombreuses qui ont été publiées de notre temps \ Elles montrent comment ses principes étaient entendus et pratiqués.
1 Le continuateur de la chronique d'Isidore, Lucas de Tuy, dit de Reccared 1er : « Anno regni sui sexti gothicas leges compendiosè fecit abbreviari. » (Lucx Tudensis chronic., a. G80.)
» Art. CCLXXXV, reproduit au Code Visigoth, V, 5, 8.
3 V. supr., p. 34, note 2.
* On en doit la découverte à M. de Rozière qui les a publiées. (Formules wisigothiques inédites, publiées d'après un manuscrit de la bibliothèque de Madrid. Paris, Durand, 1854, in-8°.) — Elles ont été rééditées en Allemagne avec un commentaire par Biedenweg. (Berlin, 1856.)
Tout co droit a pour L*Etp&gH6 un intérêt particulier. DftM les petits royaumes qui se formèrent plus tard par des conquêtes faites successivement sur les Arabes, le vieux Code visigoth constitua le fond du droit. Il s'établit des coutume^ locales nées de situations nouvelles (fueros locos); au-des'éleva une législation royale (fueros reaies). Mais les Espagnols n'avaient pas oublié qu'ils étaient fils des Goths ; ils se glorifiaient de ce titre, et le Code visigoth restait entouré do respect comme la vieille loi du pays, loi toujours subsistante en tant qu'il n'y avait pas été dérogé par des coutumes ou des lois postérieures : dans cette mesure il demeurait la règle des jugements. Il fut en conséquence traduit en langue castillane, sous le titre de Fuero Juzgo K Les progrès de la législation espagnole ont dû affaiblir de plus en plus l'autorité du Codn visigoth -, cependant il a continué de former comme les Douze Tables du droit de l'Espagne. Exemple unique d'un Code barbare ayant conservé quelque autorité jusqu'à nos jours.
Quoique l'étude de cette législation soit particulièrement intéressante pour l'Espagne, elle mérite, sous plus d'un rapport, notre attention. Les Yisigoths avant d'être refoulés en Espagne avaient occupé une partie de la Gaule ; en se retirant ils durent y laisser quelque chose de leurs usages. Le droit des Yisigoths a contribué ainsi à la formation des coutumes du midi de la France. Malheureusement nous ne connaissons ce droit que par des monuments postérieurs à l'expulsion des Visigoths,. Mais plaçons-nous à un point de vae plus général. C'est îe droit d'une branche de la famille germaine; il éclaire les coutumes germaniques qu'on ne peut bien saisir qu'en les cherchant dans tous les monuments qui les révèlent. Il est vrai que de toutes les législations barbares, voici celle où le vieil esprit germanique est le plus altéré; cette altération elle-même est un sujet d'étude intéressant : il est curieux de suivre chez les Visigoths l'action de la civilisation romaine et de l'Église; double action qui s'exerça sur tous les peuples
1 Ce titre a fait supposer que le Code latin avait été nommé Forum judicum, et on le désigne quelquefois sous ce nom; mais rien n'en prouve l'authenticité.
Le fuero juzgo a été imprimé. Le rapprochement du texte latin et du texte castillan montre que celui-ci ne fut pas une simple tradu. (V. Laboulaye, Cond. des femmes, 134. n° 1).
barbares, nulle part d'une manière aussi marquée, aussi décisive que chez les Visigoths.
Des deux influences que je viens de mentionner, c'est celle de l'Église qui prédomina. Le cachet ecclésiastique est protondément empreint sur la législation des Visigoths et lui donne un caractère particulier. Cette législation a été traitée avec trop de dédain par Montesquieu. Il la trouve puérile, gauche, idiote; pleine de rhétorique et vide de sens, frivole dans le fond et gigantesque dans la forme. Assurément le Code visigoth offre beaucoup de passages qui prêtent à ces critiques, mais beaucoup d'autres suggèrent un jugement différent; c'est d'après son ensemble que cetlCode veut être apprécié, et pour le faire avec justice il faut le comparer aux autres lois barbares. Tandis qu'elles sont des recueils grossiers de coutumes barbares, on trouve dans le Code visigoth une certaine philosophie. Il s'ouvre par une théorie de la loi qui a de l'élévation. C'est que la législation visigothique fut surtout l'œuvre du clergé, et c'est dans le clergé que se trouvaient les philosophes du temps. Le style prétentieux, la rhétorique vide est une imitation des constitutions impériales qui depuis longtemps ne parlaient plus le langage simple et précis des anciennes lois de Home. Oubliez le Digeste; rapprochez le Code Théodosien, le Code même et les novelles de Justinien du Code visigoth, et vous lui pardonnerez sa mauvaise phraséologie.