‹ Les barbaresChapitre 30 sur 38 · LA BÊTE · texte numérisé non relu

LA BÊTE

« Distinguons, dit, humanitaire, La dupe aux naïfs sentiments, Entre la caste militaire Et le troupeau des Allemands. »

Distinguer ? Frères de nature, Dans le même moule pétris, Du même bouillon de culture N'ont-ils pas tous été nourris ?

Le penseur, l'homme de science, Pontiies par l'orgueil grisés, Brûlent d'imposer leur croyance Aux esprits prussianisés.

Tourmenté d'une soif improbe, A son comptoir le commerçant Rêve la conquête du globe, Dût-il le noyer dans le sang.

L'ouvrier, malgré ses tirades, Aux maîtres qu'il subit pareil, Veut expulser les « kamarades »

Pour prendre leur place au soleil.

Dans celte caverne, l'empire , Du plus grand jusqu'aux plus petits, Tous, atleinls du inL^me délire, Soullrcul des mêmes a[»pélits,

Et si la monstrueuse Bête, Qui s'épuise en sanglants efforts, Comme l'hydre a plus d'une tête, Elle ne forme qu'un seul corps.

Page 1