RUMEURS DE PAIX
Le bruit se répand à la ronde Que d'adroits courtiers allemands, Depuis peu, s'en vont par le monde Débiter de beaux sentiments.
Verser des pleurs de crocodile Sur la guerre et sur ses noirceurs Et chanter comme en une idylle De l'heureuse paix les douceurs.
Ainsi donc, — je le crois sans peine, O Guillaume, ô triste histrion. Malgré Ion allure hautaine De singe de Napoléon,
Tu trembles que pour ta couronne L'aube du dernier jour n'ait lui Et que ton Dieu ne t'abandonne, Toi qui te cramponnes à lui ;
Tu sens vaciller Ion empire Dont le destin sonne le glas, Et ton cœur angoissé soupire Après la paix — que tu troublas,
La paix, oui, lorsque notre glaive, Vengeant le droit que tu meurtris, T'aura l'ail du luiut ilo ton ri've Tomljcr aux bas-fonds du mépris,
Lorsque, les ailes déplumées, Ton aigle, rampant sur le sol, Sur les nations opprimées Ne pourra plus prendre son yol,
A ton peuple, par ta déroute Pour longtemps guéri des combats, Nous dicterons la j)aix sans doute, — Mais pour toi ne l'espère pas !
Non pas du moins la paix de l'âme :
Tu l'as tuée, oli 1 sans réveil, Gomme, par une nuit infâme, Macbeth poignarda le sommeil.
Le jour te verra, solitaire Et morne, errer dans ton palais.
Ton front las courbé vers la terre Sous le fardeau de tes forfaits ;
Il t'entendra, vers le Dieu juste
Lançant des imprécations,
Crier, comme à Varus Auguste :
« Rends-moi, rends-moi mes légions 1 »
La nuit, hideuse» tragédies, Passeront sous tes yeux hagards, A la lueur des incendies, Tous les crimes de tes soudards.
Situ clos enfin la paupière, Les cris des viclimes, perçant Pour t'atteindre les murs de pierre, Te réveilleront, frémissant ;
Et, quaml viemlra l'heure où succombe L'esprit, où se dissout le corps, Ce n'est qu'à regret que la tombe T'accordera la paix des morts.