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CONTRASTE

Pas de lune, la nuit est sombre :

Vrai temj)s de Boche. De leur bois, Doucement, ils sortent dans l'ombre Et s'avancent à pas sournois.

De l'ordre, de la discipline.

Oh ! certes, mais de l'entrain, point; Les chefs activent la machine.

Qu'ils suivent revolver au poing.

LES BARBARES lO

La marche est lente, et loin le terme C'est là-bas, au bout du chemin.

Que se dresse la grosse ferme, But du nocturne coup de maiu.

On approche enfin : tout repose.

Plus doucement 1 Chut ! Pas d'éveil I Le Welche a la paupière close, On le tuera dans son sommeil...

Elle est là, la bande assassine.

Mais le Welche veille sans bruit Le mur crénelé s'illumine.

Les balles sifflent dans la nuit.

Sur^îris quand il croyait suri)rendre.

L'assaillant s'arrête, interdit ; Puis, soudain, sans vouloir entendre La voix deschels qui les maudit.

Les premiers rangs font volte-face.

« Lâches ! crie un chef, gare à vous ! » Et, joignant l'acte à la menace, Sur eux il dirige ses coups.

La mort devant, la mort derrière !

Le troupeau, d'abord hésitant, Prend une attitude guerrière :

Autant mourir en combattant.

Ils sont bien défendus, les Boches.

La pente est raide, et trois fossés Du sommet gardent les approches, Tous trois d'obstacles hérissés.

Sur la cime llullcnl, i-aillt'u>cs, Leurs couleurs, et, de[)uis cin([ jours, Leurs canons et leurs mitrailleuses Balavent tous les alentours.

Contre la puissante redoute On expédie un régiment ; L'ordre est formel: coûte que coûte, Il faut en chasser l'Allemand.

« En avant, et vive la France ! »

Tonne le chef, l'épée au clair, Et la troupe à l'assaut s'élance Sous une rafale de fer.

En avant! Superbe d'audace, Elle gravit l'abrupt coteau ; Les rangs se creusent, mais la masse Monte toujours vers le plateau.

En dé]3it des lignes fauchées EUe monte sans s'émouvoir, Et les deux premières tranchées Déjà sont en notre pouvoir.

Les Boches n'en tiennent plus quune.

Mais ils font un suprême effort, Et leur dernière demi-lune De toutes parts crache la mort.

Le régiment s'arrête, hésite...

Eh quoi ! va-t-il tourner le dos ?

Vont-ils, après tout, par la fuite Ternir leur gloire, ces héros ?

Non, leur chef sait comment les prendre, Non, ses hommes ne fuiront point ; Contre la peur pour les défendre Le vieux guerrier connaît le joint.

Sans leur dire un mot. il ramasse Le fusil d'un soldat blessé, Et, sous la mitraille qui j[)asse.

L'arme haute, court au fossé.

— loi

C'est fini, plus de défaillance.

Honteux comme s'ils avaient fui, Tous, enlevés par sa vaillance, Se montreront dignes de lui.

Ils vont, chantant la Marseillaise :

Sur eux vomit un vrai volcan :

Sans broncher, droit à la fournaise Ils vont dans un sublime élan.

La terre de morts est jonchée, Le chef tombe, — mais ses soldats, D'un bond sautant dans la tranchée.

Mettent tous les Boches à bas.

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