LE « FALABA
Dans touto l'AlIf-magne, dit le conespoiiduiil ilu Daily Mail à Copr-nlitij^uo, la perle du Falaba a été applaudie. Le Lokal-Anzeiger amioucf qu'un nouvel acte a été aj(julé à la pantoniimepatrio* tique jouée en ce uiutuent au cirque Scliuuianii. Elle représente un sous-niarin allemand torpillant un paquebot anglais. Quand IVxplosiou eut lieu et que les passagers du paquebot, en costumes britanniques, tombèrent à l'eau et luttèrent pour leur existence, tous les spectateurs se levèrent en chantant: «L'Allemagne au-dessus de tout ! •{Le Temps, 3 avril ujiô.)
Parti pour l'ouest île lAIViiiue
En dépit du péril germain,
Le grand navire [juiifique,
L'œil au guel, poursuit son ehemin,
Lorsque de la brume incertaine Un sous-marin brusquement sort Et donne Tordre au capitaine De quitter sur l'heure son bord.
Après un vain essai de fuite, Cédant à son destin amer, Le steamer stoppe, et tout de suite On met les canots à la mer ;
Mais, sans pitié pour l'équipage, Sans pitié pour les passagers, — Des Teutons la fureur sauvage Frappe au hasard les étrangers —
Sur le pont pendant qu'on se presse.
Le sous-marin, tranquillement, Lance sa torpille traîtresse Qui perce au cœur le bâtiment.
Elle éclate, le steamer sombre,
Et beaucoup partagent son sort ;
Mais dans les flots le plus grand nombre
Se débattent contre la mort.
Et, comble de 1 ignominie, Les Huns, qui les laissent i)érir, Insultant à leur agonie.
S'esclaflent de les voir, mourir.
Ils s'esclaflent, et l'Allemagne, Fière d'eux, lit avec bonheur Les hauts laits de cette campagne.
Tombeau de son reste d'honneur.
L'amirauté se félicite :
Son plan a si bien réussi Que l'Angleterre, déconfite, Demain demandera merci.
Les journaux, remplis de la gloire, De la vaillance des bourreaux, Erigeut leur meurtre en victoire Et les meurtriers en héros .
Les cirques, dans leur pantomime, Pour plaire au public d'outre-Rhin, Font l'apothéose du crime Dont s'est souillé le sous-marin,
Et, quand éclate la torpille, Quand, hors des canots fracassés, La grappe humaine s'éparpille Au milieu des flots courroucés,
C'est un universel délire :
A cet exploit de vrais Germains, Toutes les classes de l'empire, A l'unisson battant des mains,
Dans un transport de joie intense Se dressent et cluinlent, debout, L'hymne où s'étale leur jactance :
« L'Allemagne au-dessus de tout !
Voilà donc — la pente est fatale — Dans quelle déi,a"a(lalion L'orgueil de la loree brutale Fait tomber une nation !
De rhyi)ereuUure allemande, Dont ils vantaient la floraison, Voilà le fruit, — jusiju'à l'amande Gonflé d un monstrueux poison !
Ah ! que libres de toute g<ine, Ils se révèlent tels qu'ils sont, Pour que du gouffre où les entraîne Leur idole, on sonde le fond !
Qu'exempts d'une pitié niaise
Pour le neutre, pour l'innocent,
Radieux, ils se pâment d'aise
Quand la mer se teint de leur sang l |
De l'honneur ne tenant nul compte, Qu'aux forbans ils fassent accueil, Et qu'en se vautrant dans la honte.
Ils hurlent leur hymne d'orgueil !
Écoutez ! A leur joie immonde Un cri d'horreur et de dégoût Répond des quatre coins du monde :
<( L'Allemagne? Au-dessous de tout ! »