‹ Les barbaresChapitre 35 sur 38 · LE « FALABA · texte numérisé non relu

LE « FALABA

Dans touto l'AlIf-magne, dit le conespoiiduiil ilu Daily Mail à Copr-nlitij^uo, la perle du Falaba a été applaudie. Le Lokal-Anzeiger amioucf qu'un nouvel acte a été aj(julé à la pantoniimepatrio* tique jouée en ce uiutuent au cirque Scliuuianii. Elle représente un sous-niarin allemand torpillant un paquebot anglais. Quand IVxplosiou eut lieu et que les passagers du paquebot, en costumes britanniques, tombèrent à l'eau et luttèrent pour leur existence, tous les spectateurs se levèrent en chantant: «L'Allemagne au-dessus de tout ! •{Le Temps, 3 avril ujiô.)

Parti pour l'ouest île lAIViiiue

En dépit du péril germain,

Le grand navire [juiifique,

L'œil au guel, poursuit son ehemin,

Lorsque de la brume incertaine Un sous-marin brusquement sort Et donne Tordre au capitaine De quitter sur l'heure son bord.

Après un vain essai de fuite, Cédant à son destin amer, Le steamer stoppe, et tout de suite On met les canots à la mer ;

Mais, sans pitié pour l'équipage, Sans pitié pour les passagers, — Des Teutons la fureur sauvage Frappe au hasard les étrangers —

Sur le pont pendant qu'on se presse.

Le sous-marin, tranquillement, Lance sa torpille traîtresse Qui perce au cœur le bâtiment.

Elle éclate, le steamer sombre,

Et beaucoup partagent son sort ;

Mais dans les flots le plus grand nombre

Se débattent contre la mort.

Et, comble de 1 ignominie, Les Huns, qui les laissent i)érir, Insultant à leur agonie.

S'esclaflent de les voir, mourir.

Ils s'esclaflent, et l'Allemagne, Fière d'eux, lit avec bonheur Les hauts laits de cette campagne.

Tombeau de son reste d'honneur.

L'amirauté se félicite :

Son plan a si bien réussi Que l'Angleterre, déconfite, Demain demandera merci.

Les journaux, remplis de la gloire, De la vaillance des bourreaux, Erigeut leur meurtre en victoire Et les meurtriers en héros .

Les cirques, dans leur pantomime, Pour plaire au public d'outre-Rhin, Font l'apothéose du crime Dont s'est souillé le sous-marin,

Et, quand éclate la torpille, Quand, hors des canots fracassés, La grappe humaine s'éparpille Au milieu des flots courroucés,

C'est un universel délire :

A cet exploit de vrais Germains, Toutes les classes de l'empire, A l'unisson battant des mains,

Dans un transport de joie intense Se dressent et cluinlent, debout, L'hymne où s'étale leur jactance :

« L'Allemagne au-dessus de tout !

Voilà donc — la pente est fatale — Dans quelle déi,a"a(lalion L'orgueil de la loree brutale Fait tomber une nation !

De rhyi)ereuUure allemande, Dont ils vantaient la floraison, Voilà le fruit, — jusiju'à l'amande Gonflé d un monstrueux poison !

Ah ! que libres de toute g<ine, Ils se révèlent tels qu'ils sont, Pour que du gouffre où les entraîne Leur idole, on sonde le fond !

Qu'exempts d'une pitié niaise

Pour le neutre, pour l'innocent,

Radieux, ils se pâment d'aise

Quand la mer se teint de leur sang l |

De l'honneur ne tenant nul compte, Qu'aux forbans ils fassent accueil, Et qu'en se vautrant dans la honte.

Ils hurlent leur hymne d'orgueil !

Écoutez ! A leur joie immonde Un cri d'horreur et de dégoût Répond des quatre coins du monde :

<( L'Allemagne? Au-dessous de tout ! »

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