‹ Les barbaresChapitre 4 sur 38 · LEURS ANNI VERSA TRES · texte numérisé non relu

LEURS ANNI VERSA TRES

Sedan

De l'Orient à rOi-tiJeiil,

Dans les palais, dans les échoppes.

L'Allemagne ïùie Sedan

A grand renfort d'énormes chopes.

L'orgueil luit dans tous les regards.

Sur chaque bouche erre un sourire On hénit le dieu des hasards Grâce auquel lut fondé l'empire.

Partout on fait des embarras

Eu l'honneur de l'anniversaire,

Et partout ce sont des hourras,

Des « hoeh ! hoeh ! hoch ! », des cliants de guerre

11 faut qu'ils soient fous à lier Si, par ces ébats frénétiques, Ils se flattent d'humilier La plus fière des républiques ;

Car leur délire exorbitant Est, j)our tout témoin perspicace, L'hommage le plus éclatant Qu'ils puissent rendre à notre race.

Par elle ils furent tant de fois Mis en pleine déconfiture Que, lorsque Prussiens, Bavarois, Saxons, Huns de toute nature.

Nous ont accablés et meurtris Pour des raisons que nul n'ignore, Ils en ont été si surpris Qu'ils n'en reviennent pas encore !

Modestie teutonne

Quel vaniteux que le Français !

En fut-il jamais de la sorte ?

Gomme il exalte ses succès Quand, par hasard, il en remporte !

Et comme, lorsqu'il est vaincu, Lorsque son dos touche la terre, Il prétend, d'un ton convaincu, A tous les honneurs de la guerre !

De quel air fat et fanfaron Il Irise sa grosse moustache, Se hausse, bombe son plastron Et fait ondoyer son panache !

En regard de ce déploîment Qui soulève l'auiipalhie, Qu'il est doux pour un Allemand De mettre notre modestie !

Quel peuple aussi vaillant que nous.

Si jamais en connut l'histoire, A pris le môme soin jaloux De ne rien dire de sa glq^re ?

Nous sommes, à n'en pas douter.

Lei)ays le plus fort du monde :

Nous entend-on le répéter rius iTunc ou deux lois par seconde ?

Bien mieux encor, voyez Sedan Oh ! la colossale victoire !

Et ce n'est qu'une fois par an Que nous en fêtons la mémoire

EnTRK « SOZI VLnÉMOKUATES »

« Encor des lêtes militaires !

Que ces gens-là sont embêtants!

On n'aura bientôt plus le temps, Avec tous leurs anniversaires,

« De gagner seulement son pain !

Dans ce vieux bazai'dr royaume, Acliaque instant il laul qu'on chôme!

Tant pis poui- qui crève de faim!

« Hier c'était pour Sedan, la danse ; Aujourd'hui, tu vois, pour Leipzick; Demain... Ça devient un vrai tic; Et tout ça, pour vexer la France !

« — Allons, calme ce beau courroux !

Qu'au nom des morts faisant ripaille

Ils commémorent leur bataille.

Mais c'est, mon cher, tant mieux pour nous.

« — Toi, tu vois toujours tout en rose. — Et toi, tu veux tout voir en noir.

Je te dis que, sans le savoir.

Ils travaillent pour notre cause.

« — Comment ! — Au lieu de te fâcher, Laisse-les donc dans leurs histoires Chercher encor quek[ues victoires ; Tâche avec eux d'en dénicher.

« Pour moi, j ai jadis ouï-dire Que nous avons, à coups d obus, Détruit les troupes de Varus Du temps où Rome avait l'empire

« Succès digne de souvenir !

D'ailleurs, dans nos vieux faits et gestes Il est tant d'exploits manifestes...

— A quoi diable en veux-tu venir ?

« — Mais qu'à leur liste triomphale Ilsajoutenl quatre ou cinq noms.

Et de leurs mains nous la tenons !

— La... quoi? — La grève générale ! »

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