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LES CONSÉQUENCES DE LA CHUTE DES BARMÉCIDES

■ « La prospérité de l'empire, dit Mas'oûdî (i), décrut après la chute des Barmécides, et chacun put reconnaître combien l'administration de Rachîd était imparfaite et son gouvernement mauvais. » Fadl ibn Rabî\ chambellan de Hâroûn, qui avait largement contribué à la chute des Barmécides, devint vizir à la place deYahyâ, qu'il fît regretter par sa mauvaise administration.

La conduite de Hâroûn fut généralement désapprouvée. « On disait que, s'il n'eût pas été question de sa sœur, tout ce qu'il aurait fait eût paru légitime, tandis que maintenant il s'est déshonoré par son mauvais procédé (2). » Il y eut dans la plupart des provinces des troubles et des révoltes, notamment en Khorassan, où Hâroûn dut aller luimême rétablir l'ordre. Il prononça la harangue suivante à Kermânchâh : « Il y a eu des troubles en Occident et en Orient. L'Occident est pacifié, je saurai également pacifier l'Orient, quoique Yahyâ, fils de Khâlid, et sa famille ne

(i) Livre de l' avertissement, trad. Carra de Vaux, 444.

(2) Tabarî, Chronique, trad. Zotenberg, IV, 468. Il est question, dans ce passage, du prétendu mariage de Dja'far et de 'Abbâsa (voir le chapitre IX). Mais si le fait dont parle ici Tabârî est légendaire, les témoignages ne manquent pas pour confirmer ce qu'il dit du mécontentement provoqué par le coup de force de Hâroûn.

LES BARMÉCIDES d'aPBÈS LES HISTORIENS ARABES ET PERSANS qS

soient plus là ; mais, comme je n'avais personne à qui j'eusse pu confier cette mission, je suis venu moi-même. » — « On désapprouvait généralement ces paroles, dit le traducteur persan de Tabarî, et on disait que Hâroûn n'aurait pas dû manifester publiquement ses regrets et le besoin qu'il avait des Barmécides (i). »

L'antagonisme des races fut ravivé par cet événement, et Hâroûn, en désignant pour lui succéder, son fils Al- Amîn et, après celui-ci, Al-Ma'moûn, crut toutefois devoir diviser Tempire entre eux : le premier recevant l'Irak et la Syrie; le second, fils d'une Persane, les provinces de l'Est : de la sorte, chaque partie de l'empire avait un chef se rattachant à elle par ses origines. On verra, du reste, qu'une fois Al-Ma'moûn arrivé au pouvoir, les Barmécides rentrèrent en faveur (2).

Voici maintenant une anecdote, qui montrera combien la disgrâce de cette famille fut regrettée.

Hâroûn avait défendu aux poètes de composer des élégies sur les malheurs des Barmécides, mais cet ordre fut souvent enfreint. Un homme, que l'on avait surpris au moment où il récitait en pleurant des vers sur les malheurs de Yahyâ et de sa famille, fut amené devant Hâroûn. — Connaissait-il la défense du khalife? — Oui, mais il demandait la permission de raconter son histoire. Hâroûn la lui donna.

Cet homme avait été l'un des secrétaires de Yahyâ, qui le pria un jour de lui donner à dîner chez lui. Fort embarrassé à cette demande, il pria son maître de lui accorder un an de délai. — C'est trop. — Quelques mois alors. — Soit.

Au jour convenu, Yahyâ, accompagné de ses fils Fadl et Dja'far, et de quelques intimes, se présenta chez son secré-

(i) TABARÎ,C/2ron2^Me, 469.

(2) NicHOLsox, A literary History of the A7-abs^ p. 262. Voir aussi Vos* Kremer, Die herrschenden Ideen des Islams, 372.

taire. Le repas terminé, il voulut parcourir la maison. Quand il en eut vu toutes les salles, il dit à son hôte de lui montrer sa maison en entier. — Le vizir a tout vu. — Non. — Par Allah, il a tout vu !

Yahyâ fit venir un maçon, qui, malgré les protestations de l'hôte, se mit à pratiquer une brèche dans le mur contigu à la maison voisine. Tous pénétrèrent dans cette maison, qu'ils trouvèrent somptueusement meublée, peuplée d'esclaves des deux sexes et pourvue d'un magnifique jardin. Yahyâ donnait tous ces biens à son hôte, mais voulait que celui-ci possédât des revenus en rapport avec sa nouvelle propriété. Dja'far lui donna une ferme, et Fadl 10.000 dinars pour les premières dépenses.

Le khalife, touché, pardonna à l'obligé des Barmécides (i). En revanche, Ibrahim ibn 'Othmân ibn Nâhik paya ses regrets de sa vie (2). Quand Hâroûn fit le pèlerinage après la disgrâce de ses vizirs, Ibn Mounâdhir, qui se trouvait alors à la Mecque, se présenta devant lui. « Voici le poète et le panégyriste des Barmécides ! » dit Fadl ibn Rabî\ qui pria le khalife d'ordonner à Ibn Mounâdhir de réciter quelques-uns des vers qu'il avait autrefois composés à la louange des Barmécides. Sur les menaces de Hâroûn, Ibn Mounâdhir dut s'exécuter. Quand il eut terminé, il ordonna à l'un de ses serviteurs de souffleter le poète, qui, chassé de la cour, acheva sa vie dans la misère (3).

Hâroûn avait fait proposer à Yahyâ de rester à Bagdad, mais celui-ci refusa, voulant partager le sort de son fils Fadl. Ils furent emprisonnés d'abord à Rafîka, près de la vieille Rakka, où ils conservèrent quelques esclaves et jouirent d'une liberté relative; mais, quelques mois plus tard, accusés de complicité dans la conspiration de 'Abd Al-Ma-

(i) Ibn At -TiKjkK. a, a l-fakhrî, éd. Derenbourg, 272-274.

(2) Ibn Khaldoùn, Kitâb al-^Jbar, éd. de Boulaq, III, 224.

(3) Aghâni, XVII, 25. Le récit est d'Ibn Mounâdhir lui-même.

lik ibn Sâlih, on les conduisit au couvent de Dair Kâ'im Al-Aksâ, sur la route de Rakka à Bagdad, où ils furent traités avec la dernière rigueur. Fadl et Yahyâ montrèrent une grande résignation dans leurs épreuves. Un ami ayant écrit une lettre de condoléances à Yahyâ, celui-ci répondit (i) : « Je suis résigné à la volonté d'AUâh et reconnaissant de ses bienfaits : Allah ne reprend ses serviteurs que pour leurs fautes; ton maître n'est point un oppresseur pour ceux qui le servent et pardonne le plus souvent (2). La louange soit à Allah ! »

Hâroûn essaya d'arracher des aveux à Yahyâ, qu'il croyait complice de 'Abd Al-Malik ibn Sâlih. Yahyâ déclara n'avoir pris aucune part à la conspiration, et ajouta qu'il ne désirait que le bonheur et le succès du khalife. Celui-ci le menaça, s'il persistait à nier, de faire mettre à mort son fils Fadl. — Qu'on fasse ce qu'on voudra, répondit Yahyâ, l'Émir des croyants est le maître, mais Fadl est étranger à tout cela. Le messager dit alors à Fadl de se tenir prêt à obéir aux ordres de Hâroûn. Croyant qu'on allait le mettre à mort, Fadl fit ses adieux à son père. — N'es-tu pas satisfait de moi? lui dit-il. — Sans doute; qu'Allah, lui aussi, soit satisfait de toi! Mais la complicité de Yahyâ ne put être prouvée, et Hâroûn renvoya Fadl dans sa prison (3).

Le bruit courait que les Barmécides avaient conservé des biens considérables. Khalîl ibn Al-Haitham Ach-Cha'bî, qui fut chargé de la garde de Yahyâ et de Fadl, a raconté que Masroûr se présenta un jour chez lui, accompagné de

JU.:>J1 ^j jS\ AÀil y* Uj J^ ^>ïii> dlij Uj j^^'i-»

Tabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III, 685.

(2) Coran j XLI, 46.

(3) Tabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III, ôgS.

gS LES BABMÉCIDES d'aPRÈS LES HISTORIENS ARABES ET PERSANS

plusieurs esclaves. L'un d'eux portait une serviette pliée, et Khalîl crut que c'était un présent. Masroûr fit appeler Fadl. — Il est avéré, lui dit-il, que, malgré toutes tes dénégations, tu as conservé des sommes importantes, et TÉmir des croyants veut savoir où elles sont. Si tu ne me réponds pas sincèrement, tu recevras deux cents coups de fouet. — Aboû Hâchim, s'écria Fadl, je suis perdu ! Masroûr lui conseilla d'avouer. — J'ai toujours préféré Thonneur à la fortune, répondit Fadl, et j'aimerais mieux perdre le monde entier, si je le possédais, plutôt que de recevoir un seul coup de fouet. Exécute les ordres que tu as reçus ! On déplia la serviette, qui contenait un fouet à nœuds, et les esclaves en donnèrent deux cents coups à Fadl avec la dernière cruauté. On crut le prisonnier perdu. S'adressant à son second Aboû Yahyâ, Khalîl le chargea de chercher dans la prison un homme capable de soigner de pareilles blessures. Un homme vint,qui,pourrendrecourage au prisonnier, feignit de croire que celui-ci n'avait reçu que cinquante coups de fouet. Puis il piétina Fadl, dont la chair restait adhérente à la natte. Le prisonnier guérit. Il chargea Aboû Yahyâ d'aller demander à un certain Nisâ'î (ou Sinânî) lo.ooo dirhems pour son sauveur. Celui-ci refusa. Fadl lui envoya 20.000 dirhems. Cet homme refusa encore, disant que le premier présent ne lui avait pas semblé mesquin, comme le craignait Fadl, mais qu'il n'accepterait rien pour avoir soigné un des abnâ' (nobles persans devenus arabes). Yahyâ ibn Khâlid, rempli d'admiration, dit que les Barmécides, au temps de leur prospérité, n'avaient rien fait de comparable à l'action de cet homme (i).

Mohammed ibn Yahyâ a raconté que Fadl, ayant besoin

(i) Mas'oûdî, Prairies d'or, éd. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, VI, 408-413. — Baranî fait un récit analogue d'après Ahmad ibn yosain,i'un

des rédacteurs du bureau de la correspondance dipIomatique,»wJ Vl ô]yi^- {Akhbâr-é Barmekiyân, éd. de Bombay, 120-125.)

d'une petite somme, envoya une femme nommée Kathîra la demander à Zobaida. — J'aurais honte d'envoyer si peu à cet homme généreux, dit Zobaida, et elle remit à Kathîra une pierre précieuse estimée 6.000 dinars, lui disant que, quand elle aurait besoin d'argent, elle n'aurait qu'à la prévenir en lui envoyant cette pierre, qui serait entre elles un signe convenu {nichân). Kathîra remit la pierre à Fadl, qui la renvoya aussitôt. — Cent mille miséricordes soient sur Fadl ! s'écria Zobaida. Je le savais grand au temps de sa prospérité ; mais dans sa prison je le vois encore bien plus grand (i) !

On refusa à Yahyâ malade de l'eau chaude pour ses ablutions. Fadl exposa alors une aiguière à la flamme d'une lampe, et, à son réveil, Yahyâ trouva Teau chaude dont il avait besoin. Les geôliers, s'en étant aperçus, enlevèrent leur lampe aux prisonniers. Fadl tint alors Taiguière contre son corps pendant toute une nuit, s'efforçantd'échauff'erde la sorte Teau qu'elle contenait (2).

Mas'oûdî attribue à Fadl les vers suivants sur sa captivité :

« C'est vers Dieu que, dans notre infortune, s'élèvent nos supplications ; car le remède à notre douleur et à notre affliction est dans ses mains.

« Nous avons quitté ce monde, et pourtant nous l'habitons encore : nous ne comptons ni parmi les morts, ni parmi les vivants.

« Et, lorsque le geôlier entre pour son service dans notre cachot, nous le regardons avec étonnement, et nous disons: Cet homme vient du monde habité (3). »

(i) Baranî, p. 121.

(2) Opère citato, 32-33. Ibn Khallikàn fait un récit analogue. {Biogr. Dictionary, trad. De Slane, II, 467.)

Yahyâ mourut subitement le 3 moharram 190(29 novembre 8o5), âgé de soixante-dix ans selon les uns, de soixante-quatorze, selon les autres. Il fut enterré au Rabad Harthama, sur les bords de l'Euphrate, et Fadl dit sur lui les dernières prières. Après sa mort, on trouva dans ses vêtements un billet ainsi conçu : « Le demandeur est venu le premier; le défendeur ne tardera pas à le suivre; le cadi sera ce juge intègre qui ne commet point d'injustice et n'a pas besoin d'une preuve évidente. » Hâroûn pleura abondamment en lisant ce billet (i).

Trois ans plus tard, Fadl fut atteint d'une paralysie de la langue. Al-Amîn, le futur khalife, qui lui avait gardé son affection et lui témoigna beaucoup d'intérêt dans sa captivité, lui fît donner des soins, et le prisonnier revint à la santé (2). On le croyait sauvé, quand, au bout de quelques mois, une rechute survint: sa langue et son côté, dit Tabarî, furent paralysés. Il resta deux jours dans cet état et succomba un vendredi de moharram 193 (mars 809), au moment de Vidhân du matin (3). La mort de Fadl fut universellement regrettée, et l'on vit une affluence extraordinaire à ses funérailles, auxquelles assistèrent Al-Amîn, sa mère Zobaida et tous les notables de Bagdad (4). Apprenant la mort de Fadl, Hâroûn se serait écrié : « Ma destinée est proche de la sienne (5) ! » Cinq mois

[Prairies d'or, éd. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, VI, 405-406. (i) S^\ j Jb ^llilj ^*V1 J <As^ ^aJ(j jv-^I ^-UT jJ

Cf. Ch. Schefer, Chrest, persane, II, pp. 25-26 des notes.

(2) hx^K^î, Akhbâr-é Barmekiyân, éd. de Bombay, 162.

(3) Tabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III, 733.

(4) Baranî, p. i63.

(5) l^\ ^ ^J ^^\ jl.

plus tard, en effet, il mourait à Tous. Telle était, ajoute Baranî, la prédiction des astrologues (i).

Mohammed ibn Khâlid, qui, comme on l'a vu, avait conservé la faveur du khalife, mena une vie obscure après la catastrophe des Barmécides, et l'on ne connaît pas la date de sa mort. Hâroûn, dit Baranî, assista à ses funérailles et récita sur lui les dernières prières.

D'après Khâlid ibn 'Othmân, personnage considérable de la cour de Bagdad dont le récit nous a été conservé (2), le khalife, peu de temps après la disgrâce de Yahyâ et des siens, nomma 'Abd AUâh, fils de Mohammed ibn Khâlid, émir de Mossoul. Quand Hâroûn quitta Bagdad pour aller réprimer les séditions qui suivirent la disgrâce des Barmécides, continue Baranî (3), il apprit la mort de Châliba, mère du nouvel émir de Mossoul, femme remarquable par son intelligence, sa vertu et son savoir, et qui ne le cédait en rien aux Barmécides par son mérite et sa générosité. Hâroûn s'appropria les biens de Châliba et ordonna à sa favorite Hamdoûna de surveiller l'éducation des jeunes enfants de Châliba avec autant de soin que s'ils eussent été les propres enfants du khalife. Ces enfants, pour lesquels Hâroûn avait une réelle affection, parvinrent dans la suite à de hautes situations.

Voici maintenant deux anecdotes, au caractère plus ou moins romanesque, relatives à la persécution des Barmécides.

Ibn Châhik As-Sindî aurait mandé devant lui Al- 'Abbâs ibn Fadl et, à la grande indignation des habitants de Bagdad, le contraignit de répudier sa femme, qui était

(i) Baranî, i6o.

(2) Op. cit.., i36-i37.

(3) Ibid.

fille de Mohammed ibn Yahyâ. Al-Ma'moûn étant devenu khalife ordonna à Al-'Abbâs de reprendre sa femme (i). Mohammed ibn 'Abd Ar-Rahmân Al-Hâchimî, chef de la prière {sâhib a^-^alât) à Koûfa, a raconté qu'étant allé chez sa mère le jour de la fête des sacrifices, il y vit une femme d'apparence respectable, mais couverte de haillons « Connais-tu cette femme? demanda sa mère à Hâchimî. — Non. — C'est 'Abbâda, mère de Dja'far ibn Yahyâ. » Hâchimî salua alors 'Abbâda avec respect et, au bout de quelques instants de conversation, lui demanda ce qu'elle avait vu de plus extraordinaire dans sa vie. « Il fut un temps, répondit la mère de Dja'far, où, pour cette fête, je me voyais entourée de quatre cents esclaves, et je trouvais mon fils ingrat. Maintenant je ne désire plus que deux peaux de mouton, pour me servir, l'une de lit, l'autre de vêtement. » Hâchimî donna 5oo dirhems à 'Abbâda, qui faillit mourir de joie et ne cessa pas de le visiter, lui et sa mère, le reste de sa vie (2).

'Ouraib, très jeune lors de la disgrâce des Barmécides, fut volée à ce moment et mena longtemps une vie errante. Étant venue à Bagdad, elle y fut très recherchée, tant pour sa beauté que pour son talent comme musicienne et chanteuse. Séduite par un kaid du Khorassan nommé Hâtim ibn *Adî (ou, selon d'autres, ^Mohammed ibn Hâmid), dont elle eut une fille, elle s'enfuit avec son séducteur, et Al-Ma'moûn la fit longtemps rechercher. Retrouvée enfin, 'Ouraib fut amenée devant le khalife. Celui-ci consentit à son mariage avec Hâtim (3), qu'elle d^evait abandonner plus tard pour Moundhir ibn Al-Hâkim. La rivalité de 'Ouraib et de la chanteuse Châriya est

{\) Op. cit..

(2) Mas'oùdî, Prairies d'or, éd. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, VI, 406-407.

(3) Aghânl, XVIII, i83.

LES BARMÉCIDES d'aPHÈS LES HISTOHIENS ARABES ET PERSANS Io3

restée célèbre. Cette rivalité, qui partagea les dilettanîi de Bagdad en deux camps, amena des luttes passionnées, mais le mérite de 'Ouraib resta incontesté (i), et elle conserva toujours la faveur d'Al-Ma'moûn, qu'elle accompagna dans son expédition contre les Grecs. On ignore à quelle époque mourut 'Ouraib.

Les Barmécides rentrèrent en grâce sous le khalifat d'Al- Ma'moûn (198-218= 8i3-833) (2). Fadl ibn Sahl, l'ancien protégé de Yahyâ ibn Khâlid, étant parvenu au vizirat, recommanda au khalife les parents de son bienfaiteur. Al- Ma'moûn, s'étantfait présenter Al-'Abbâs ibn Fadl, Mohammed ibn Yahyâ, 'Abd Allah ibn Fadl et l'une de ses sœurs, les combla de bienfaits, prit soin des enfants de Dja'far ibn Yahyâ et nomma Mohammed et Al-'Abbâs gouverneurs, le premier de Basra, le second du Khorassan. Revenu plus tard à Bagdad, Al-'Abbâs occupa une brillante situation à la cour des khalifes. Mohammed ibn Yahyâ mourut à Médine on ne sait à quelle époque, laissant plusieurs fils : Ibrahim, Mâlik, Dja'far et 'Omar (3).

Ce fut du temps d'Al-Ma'moûn que Ghassan ibn 'Abbâd, gouverneur du Sind, chargea Moûsâ ibn Yahyâ de le remplacer dans son gouvernement pendant un voyage qu'il fît à Bagdad. Moûsâ surveilla activement les frontières de cette province et fît mettre à mort le roi indien Bâlah (?), qui ofiTrit vainement une rançon de 5oo.ooo dirhems. Devenu plus tard gouverneur du Sind, Moûsâ se distingua par sa bonne administration. A sa mort, arrivée en 221 (835), son

(i) On a vu plus haut le jugement d'Ishàk Al-Mausilî sur 'Ouraib. Seul, le musicien Aboù 'Abd AUâh Al-Hichâmi, qu'elle avait raillé, osa contester son talent.

(2) Babanî, Akhbar-é Barmekiyân, éd. de Bombay, 164-166. Voir, dans AuGusT MûLLER, Der Islam irn Morgenland und Abendland, I, 464-483, le chapitre consacré à Al-Ma'moûn et aux Barmécides.

(3) Kitâb al-imâma, attribué à Ibn Kotaiba, manuscrit arabe 4835 de la Bibliothèque nationale, f" 523.

fils 'Imrân lui succéda dans son gouvernement (i). On a conservé les noms de deux autres fils de Moûsâ. L'un, Dja^far, fut le père de Djahtha; l'autre, Ya'koùb, épousa, dit Yezdî (2), une fille de Fadl ibn Yahyâ.

'Imrân ibn Moûsâ, qui en 196 (811) avait été chassé d'Al-Madâ'in, où il commandait les troupes d'Al-Amîn, par Tâhir, général d'Al-Ma'moûn (3), fut, de 218 à 227 (833- 841), gouverneur du Sind pour le compte du khalife AlxMo'tasim, fit avec succès plusieurs expéditions dans l'Inde. Après avoir soumis les habitants de Kîkân, il fonda dans leur pays une ville forte qu'il nomma Al-Baidâ « la blanche », s'avança jusqu'à Kandabîl, pilla Mîd et soumit la nation des Zoutts. Pendant les luttes des Yéménites et des Nizarites, 'Imrân fut tué, dit Balâdhorî (4), par 'Omar ibn 'Abd Al-'Azîz Al-Habbârî, qui descendait d'un de ceux qui firent la conquête du Sind sous Al-Hakam ibn 'Awâna Al-Kalbî.

Aboù'l-Hasan Ahmed ibn DjaTar, plus connu sous le surnom de Djahtha (le compagnon de coupe) que lui donna 'Abd AUâh ibn Mo'tazz, était petit-fils de Moûsâ ibn Yahyâ et naquit à Bagdad en cha'bân 224 (juin-juillet 839). Musicien et narrateur distingué, il fut encouragé à ses débuts par 'Ouraib (5) et devint le familier du khalife Al-Mouktadir (295-320= 907-932), qui se montra fort généreux avec lui (6). P'ort laid, mais très spirituel, il fut recherché pour ses reparties. On l'accusait d'avoir des mœurs dissolues et de manquer de religion. Djahtha est l'auteur de plusieurs ouvrages qui ne nous sont pas parvenus, et parmi lesquels

(i) BalAdhorî, Liber expugnationis regionum, ^5.

(2) Tarïkh-é âl-é Barmek, manuscrit 1842 du supplément persan de la Bibliothèque Nationale, fol. 41».

(3) Tabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III, 759-760, et Ibn Al-Athîr, Kâmil, éd. Tornberg, VI, 184. A noter que ces historiens ne nomment pas 'Imrân autrement qu'Al-Barmekî.

(4) Liber expugnationis regionum, 445-446.

(5) Aghânî, XVIII, 178.

(6) Op. cit., V, 32 et sq.

on cite un Divan estimé (i), un Recueil de biographies des joueurs de tounbour, un livre intitulé Sikbâdj et quelques traités d'histoire, d'astrologie et d'art culinaire. Il mourut à Wâsiten 326 (gBy-gSS) ou, selon d'autres, en 824 (gSS). La vie de Djahtha a été écrite par Aboû Nasr Al-Marzoûbân et Aboû'l-Faradj Al-Isfahânî (2).

La tradition veut que Chams Ad-Dîn Aboû'l-'Abbâs Ahmed, généralement connu sous le nom d'Ibn Khallikân, kâdî des kâdîs de Damas et biographe célèbre (né à Arbil en 608 = i2ii,mortà Damas en 681 = 1282), ait été un descendant des Barmécides par son aïeul Mâlik ibn Dja'far ibn Yahyâ (3).

Du neuvième au douzième siècle, le surnom d'Al-Barmekî « le Barmécide » a été porté par plusieurs personnages; mais ils étaient, pour la plupart, étrangers à la famille des vizirs des Abbasides. Quelques-uns peuvent avoir été des affranchis ou des clients des Barmécides : c'est ainsi que la chanteuse Danânîra été surnommée Al-Barmekiya (4). D'autres furent ainsi surnommés parce qu'ils

(i) Quelques vers de Djahtha ont été conservés dans VAghànî, XII, 60.

(2) Cf. la notice de Djahtha dans Ibn KuallikAn, Biogr. Dictionary% irad. De Slane, l, 118-1 19.

(3) Notre savant ami le cheikh Mirza Mohammed Khan, de Kazvin, nous a signalé une curieuse anecdote dans l'appendice de l'édition persane des Décès des hommes illustres (Téhéran, 1284 = 1867-1868, II, 610-611). On accusait Ibn Khallikân de s'être fabriqué une fausse généalogie, de s'adonner au hachich et d'avoir des mœurs contre nature. Il répondit, à la première de ces accusations, que, s'il avait eu le désir de se rattacher à quelque illustre personnage, il se serait donné comme descendant du fondateur des Abbasides, du khalife 'Alî ou de l'un des compagnons du Prophète : pourquoi se serait-il glorifié de descendre d'une famille de mages dont nen n'est resté ? Le hachich était une chose interdite ; il n'aurait pas enfrein la loi religieuse pour si peu de chose, et lui aurait préféré de beaucoup le vin. Quant au troisième chef d'accusation, il se réservait d'y répondre plus tard. C'est le kâdî Djemâl ad-Din ibn'Abd Al-Kâhir At-Tabrîzi qui rapporte ce fait.

4A.«J| ^l'^. Aghânî, XVI, i38. Au siège de Samâloû, unastrologue

lOb LES BARMECIDES d'aPRES LES HISTORIENS ARABES ET PERSANS

étaient originaires d'un quartier de Bagdad qui avait reçu, en souvenir des vizirs de Hâroûn, le nom d'Al-Barâmika (i).

On ne connaît pas très bien la vie de Mohammed ibn Djahm Al-Barmekî, traducteur d'oeuvres persanes et astrologue en renom, qui fit l'horoscope d'Al-Ma'moûn et fut nommé par lui gouverneur d'Al-Ahw^âz, de Koûr et de Sous. Comme poète, il avait obtenu du succès à la cour de son protecteur. Tombé en disgrâce après l'avènement d'Al- Mou'tasim, il allait être mis à mort, quand, sur la prière d'Ibn Abî Douwad, son exécution fut différée. Apaisé ensuite, le khalife renditla liberté, moyennant finances, à Mohammed ibn Djahm, qui, du reste, mourut peu après (218 = 833) (2). Sa parenté avec les Barmécides n'est pas prouvée.

Tabarî cite un certain Ibn Khâlid Al-Barmekî, peut-être le fils de Khâlid ibn Fadl ibn Yahyâ, qui vivait sous Al-Mou'tazz, en 252 (866) (3).

Environ un siècle plus tard, vivait le jurisconsulte 'Alî ibn Bandâr ibn Ismâ' il ibn Moûsâ ibn Yahyâ ibn Khâlid, qui, après avoir étudié sous Aboû'l-Hasan 'Oubaid AUâh, quitta Bagdad pour l'Espagne, en 337 (948-949), où il forma

qui avait accompagné Khâlid ibn Barmek, reçut aussi le surnom de Barmekî (Tabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III, 497).

(i) YAkoùt, Geogr. Worterbuch, éd. Wûstenfeld, I, 539-540. Cf. Maximi- LiAN Streck, Die alte Landschaft Babylonien, I, 137. Les plus connus de ces « Barmécides » sont énumérés dans l'Appendice I. On retrouve encore le nom de Barâmika, vulgairement Beramké, en Syrie : il est porté par une localité voisine de Damas qui, en 1905, fut substituée, comme tête de ligne du chemin de fer du Hedjaz, à Kadam, primitivement désigné; ce qui fit penser que le Gouvernement ottoman, en construisant cette ligne, poursuivait surtout un but économique, Beramké ayant de l'importance seulement au point de vue commercial, tandis que Kadam était un centre religieux (L'Asie /rançaise^ n° i33, juin 1912, pp. 146-149).

(2) Cf. le Kitâb al-Aghânî, XIII, 16, et Ibn KhallikAn, Biogr. Dictionary, trad. De Slane, I, 63-64.

(3) Tabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III, 1659.

plusieurs élèves. 'Alî ibn Bandâr a laissé plusieurs ouvrages, dont les titres ne nous sont pas parvenus (i).

Dans les derniers temps de leur domination, les Samanides eurent pour vizir un « Barmécide » nommé Aboû'l- Kâsim'Abbâs ibn Mohammed (2), sur lequel on sait fort peu de chose. De même pour le Danichmend Hasan Barmekî, qui représenta plusieurs fois les Ghaznévides à la cour des khalifes, au onzième siècle de notre ère (3). Vers la même époque vivait le lexicographe Aboû'l- Ma'âlî ibn Tamîm Al-Barmekî. Il composa en 897 (1006- 1007), sous le titre de : la Limite dans les principes (4), un ouvrage qui, dit Hadjâ Khalîfa, n'est qu'une compilation faite d'extraits du Sihâhi mis dans un nouvel ordre et légèrement accrus (5).

Parmi les dynasties locales qui surgirent à l'époque mon-

(i) Nous devons à l'obligeance de MM. Francisco Codera et Miguel Asin, à qui nous adressons ici tous nos meilleurs remerciements, d'avoir eu communication de la biographie de 'Ali ibn Bandâr. Cette biographie se trouve dans la Takmila d'Ibn Al-Abbâr, manuscrit possédé par Suleïman Pacha Abaza, du Caire, et dont M. Julian Ribera a fait une reproduction photographique. En voici le texte, malheureusement défectueux, tel qu'il se trouve à la page i52 du manuscrit :

^X^tJl /^ <**^ j [sic] ^y^>- {7nanquent trois mots) A^iûJI ^^ *^"~ ^\*

(2)Baihakî, éd. Morley, 441 etsq.

(3) W. Barthold, Turkestan v. epokhou mongolskago nachestvia, II, 278 (d'après Gardizî); cf. du même auteur, l'article Barma^/rfe5 dans l'Encyclopédie de r Islam, 1 1« liv., p. 682.

(4) ^>ll J (3«^l-

(5) Lexicon, éd. Fluegel, VI, 180, n" i3i22.

I08 LES BARMÉCIDES d'aPRÈS LES HISTORIENS ARABES ET PERSANS

gole, on en remarque une, celle des Serbédârân, qui passe pour se rattacher à lafamille des Barmécides. C'est du moins l'opinion deMirkhond, dans son Roou^at os-Safâ « Jardin de Pureté», et deKhondémir,dansson//a^f6o5-5rrèr« Ami des biographies ». L'un et l'autre disent que Khâdjè Chihâb od-Dîn Fazlollâh, père de l'émir 'Abdor-Rezzâk, fondateur de la dynastie, descendait, par son père, de Hoseïn, fils du khalife 'Alî, et, par sa mère, de Yahyâ ibn Khâlid. Toutefois, Dooulètchâh, qui parle avec quelques détails de cette dynastie peu connue, ne fait aucune allusion à cette origine. Les Serbédârân, qui se firent remarquer de leurs contemporains par leur faste et leur bravoure, prirent le pouvoir après la mort de l'émir d'Aboû Sa'îd et régnèrent sur la plus grande partie du Khorassan pendant une cinquantaine d'années. Bâchtîn était la résidence de leur famille, lorsqu'ils prirent le pouvoir, et Dooulètchâh donne les noms de ceux d'entre eux qui régnèrent. Ils sont au nombre de neuf: 'Abd or-Rezzâk ; Vedjîh od-Dîn Mas'oûd, son frère ; Chems od-Dîn Fazlollâh ; Khâdjè 'Alî Chems ed-Dîn ; Yahyâ Kerâbî ; Zahîr Kerâbî ; Haïder KassâbDjechouî; Hasan Dameghânî et, enfin, 'Alî xMo'ayyed (i).

Au Touat on trouve une population dite des Barmécides, Borâmik^ Berâmka^ ou Bormata, fixés dans le pays depuis de longs siècles, et se donnant pour des habitants de Bagdad qui, fuyant la persécution des Abbasides, seraient venus se fixer en Afrique. L'exode se serait fait en deux fois : une partie des Borâmik aurait émigré vers 1040 de notre ère, tandis que le restant n'aurait quitté Bagdad que dans les derniers temps de la dynastie abbaside. Lors de l'invasion hilalienne, au douzième siècle, les Borâmik, qui étaient installés dans l'Oued El-Henné, d'où ils partaient pour faire

(i) Voir le Roou^at os-Safâ, manuscrit i55 du supplément persan de la Bibliothèque Nationale, fol. 255 v° et 256 r», et le Te!{keret och-Cho'arâ, de Dooulètchâh, éd. Browne, 277-278.

LES BARMECIDES D APRES LhS HISTORIENS APABtS ET PERSANS lOQ

des razzias de tous les côtés et coupaient les routes, firent venir des Sanhadja de TAzaouad, les Dahahna ou Ouled- Dahhane ; ceux-ci, joints au Oulâd-Hâriz et aux Guedouâ, alliés des Borâmik, leur permirent de tenir tête d'une manière efficace aux Meharza vainqueurs, qui menaçaient de leur enlever la suprématie dans la région, et aux tribus qui avaient pris le parti des Hilaliens. Après la mort d'Al- Mo'tasim, les Borâmik restés à Bagdad quittèrent cette ville, en 1260, et vinrent en Tripolitaine, au Djebel Nefousa, où ils restèrent jusqu'en i3o2.En iSog, ils allaient rejoindre leurs frères du Touat, qui, en 1272, aidés par les Mâkiliens, avaient étendu leur domination sur les Zénètes du Fenoughil, et venaient de résister victorieusement aux envahisseurs venus de Tunisie, formant la tribu El-'Arifât. Menacés par les Oulâd-Cheïkh-'Alî, une vingtaine d'années plus tard, ils parvenaient, grâce à l'appui de tribus voisines, des Oulâd-Mohammed en particulier, à exterminer leurs adversaires et à se rendre maîtres du ksarde Boû-'Alî. En 1845 ils repoussent victorieusement les Abda. D'après une tradition rapportée par le caïd de Sali, en 1908, les Borâmik formaient trois groupes:

i*" Les Ba-Guelmane, installés à Boû-'Alî; 2" Les Ba-Temtane de Sali ;

3"" Les Ba-Bahine de Tinoulaf en Reggane,OLi ils s'étaient superposés auxZénètes, maîtres de la région avant eux.

Le caïd de Sali ajoute que les Borâmik et leurs alliés, lors de l'expédition de iSog, auraient séjourné quelque temps au Hoggar, où un oued est encore appelé Ikedaten, du nom touareg des Borâmik (i)

(i) C'est à M. l'interprète A,-G.-P. Martin que nous devons ces renseignements si intéressants, empruntés, sok aux traditions locales, soit aux chroniqueurs arabes : JVloulaï-Ahmed ben Hâchem (f lyoS) ; 'Abdesselàm ben Ahmed ben 'Ali, d'Adrar en Tiinmi, qui écrivait en 171 3; El-Helàli ; El-Ouadjdî ; Mobârek ben Ali El-Menaceri ; Abdesselàm ben Mohammed EI- Adghaghi et El-Amourî (/es Oasis sahariennes,!, 64-77,83-84, 102-108).

I 10 LES BARMÉCIDES d'aPRÈS LES HISTORIENS ARABES ET PERSANS

En Egypte enfin on trouve, encore de nos jours, « une classe de prostituées, de bohémiennes », dites Ghawâzî dans l'idiome local, et appartenant à une tribu qui se donne comme étant de la descendance des Barmécides,dont elle a pris le nom, Barâmika, vulgairement Barâm'ka, et aussi Bormekè{i), nom qui est devenu une injure dans certaines localités égyptiennes (2). L'origine des Ghaw^âzî est douteuse, et il serait difficile de fournir, à l'appui de la thèse qui les rattache aux vizirs des premiers khalifes abbasides, aucun argument sérieux.

(i) QuATREMÈRE, Note sur les Barmécides, 119; cf. Lane, An Account of îhe Manners and Customs of Modem Egyptians, éd. de i8go, 349. La Description de l'Egypte donne force détails sur l'art des Ghawâzî, « danseuses publiques sans mœurs et sans pudeur », mais ne dit rien de leurs origines (Etat moderne, 2^ édition, XIV, 170-180). << Quoique les Ghawazys différent légèrement, dans l'aspect; du reste des Égyptiens, nous doutons fortement qu'ils soient d'une race distincte, comme ils l'affirment eux-mêmes. Toutefois leur origine est enveloppée de beaucoup d'incertitude. Ils prétendent s'appeler Baramikeh ou Bormekeh et se vantent de descendre de la fameuse famille des Barmécides, qui fut l'objet des faveurs et ensuite de la tyrannie de Haroun al-Raschid, dont il est question plusieurs fois dans les contes arabes, » dit Gérard de Nerval. Il est beaucoup plus raisonnable de rattacher avec lui les Ghawâzi aux danseuses de l'antique Egypte, que l'on voit représentées, dans des postures licencieuses, sur les plus anciens monuments du pays. Ghawâzî se dit surtout des femmes de la tribu qui fournit les danseuses ; c'est le pluriel de Ghât{iyé, et les hommes sont appelés Ghâ!{î. En général, les uns et les autres ne se marient pas en dehors de la tribu. Les hommes servent de domestique, de pourvoyeurs et de musiciens à leurs femmes, à moins que, chose assez rare, elles n'exercent une autre profession. Ghâzîs et Ghâziyés font usage entre eux d'un argot spécial {Voyage en Orient^ 5* édition, 1860, I, 36i).

(2) Voir l'Appendice I.

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