‹ Les Barmécides d'après les historiens arabes et persansChapitre 14 sur 16 · L'ORIGINE ET LES DÉRIVÉS DU NOM DE « BARMEK · texte numérisé non relu

L'ORIGINE ET LES DÉRIVÉS DU NOM DE « BARMEK

On a vu dans le chapitre I'^'^ que M. H. Kern rattache au sanscrit paraînaka^ supérieur » le nom deBarmek, qui aurait été ainsi le titre des pontifes du Nooûbehar {Histoire du bouddhisme dans ilnde, II, 434). De ce titre, les Arabes et les Persans ont fait un nom propre, celui du père de Khâlid, qui, le premier de sa famille, dit-on, se serait convertie rislam, et qui, d'après Ibn Khallikân {Biogr. Dictionary, trad. De Slane, l, 3o4), était fils de Djâmâsp et petit-fils de Yâchtâsp. D'autres étymologies ont été proposées pour ce nom ; elles sont peu satisfaisantes, comme on va le voir; les premières surtout.

Selon la légende, le pseudo-Dja'far de Balkh, voulant expliquer au khalife que, s'il portait du poison sur lui, c'était pour le cas où

il lui arriverait malheur, aurait dit: ^^y, bermekem, ce qui signifie à la

fois «je suce » et « je suis Barmek »; d'oii son nom. Le Borhân-é Kâté' accepte cette bizarre étymologie.

Ce que dit Hâmâdhànî (Ki tâb al-Boldân, éd. De Goeje, 3 2 3) à propos du Nooûbehar construit, dit la tradition, sur le modèle du temple de la

Mecque, ne vaut pas mieux : ^l K>\ ^ ^^ ^ VI l^'.sL' I jJîLJ

A.\.« (JiJ ^ *^ «..• ceux qui avoient l'intendance de cette mosquée [sic]

portoient le nom de Barmek, comme s'ils eussent été les intendants du temple même de la Mecque ; et, parce que cette charge étoit attachée par droit de patronage aux fondateurs, ils en conservoient toujours le titre et le nom. » (D'Herbelot. Bibl. orientale, éd. de 1783, II, 26.) Les PP. Anastase et Cheikho, qui dans Al-Machriq{lj 1898, pp. 284-

286, ^J^^^ r*^i (^5**-«)» ont consacré au nom de Barmécides une

étude dans laquelle ils examinent les diverses étymologies proposées

en Orient, lui donnent une origine arabo-syriaque : Barmek signifierait d'après eux, « fils (en syriaque bar) de la Mecque (Makka) » ; en arabe Ibn al-Makka.

Justi {Iranisches Namenbuch, i5), propose le persan /»^ barm « cresson » ; cette explication, de même que celle des PP. Anastase et Cheikho, nous semble peu satisfaisante, malgré l'autorité de ceux qui les ont fournies.

En dehors du Barmek qui, le premier de sa famille, se serait converti àl'Islam, et que Mas'oûdî appelle Barmek le Grand,^VI ^ii^.,

tandis que Ibn 'Asâkir et Ibn Khallikân le nomment Djamâsp, père de Yachtâsp (Firoùz dans Tabarî), nous ne connaissons qu'un seul personnage ayant porté ce nom : c'est le Déilémite Barmek ibn 'Abdallah Ad-Dâbilî, « l'un des cheikhs de Dâbil », contemporain de Balâdhorî, qui le cite deux ïo\s{Liber expugnationis regionum, ig2> et 201). On voit, il est vrai, dans Tabarî un certain Al-Barmekân, dont le nom signifierait « fils de Barmek », le suffixe persan an indiquant la filiation [Chronicon, éd. De Goeje, I, 2346).

Barmekî, ^3^^ au pluriel Bardmika, ^V«i^ « Barmécide » est le

nom d'origine ou nisba de Barmek, et son pluriel a subi de nombreuses déformations : Beramké, en Syrie, où il est le nom d'une localité voisine de Damas ; Baram'ka, Baramiké et Bormeké en Egypte, Beramka, Borainik et Bormata âu Maghreb, où il a, comme équivalent touareg, Ikedaten \cï. le chapitre VIII, in fine). Ce nom s'applique: i® aux membres delà famille des Barmécides ; 2° à leurs soi-disant descendants ; 3° à leurs clients et affranchis, comme, par exemple, la chanteuse Danânîr ; 4° aux personnes originaires du quartier de Bagdad nommé Al-Barâmika, parce que les Barmécides l'habitaient. Yâkoût {Geogr. Worterbuch, éd. Wûstenfeld, I, 339-540) en énumère plusieurs : le jurisconsulte Aboû Hafs 'Omar ibn Ibrâhîm ibn Ismâ'îl, auteur d'un traité des successions intitulé. La Décision des parents sur

les biens de leurs enfants ^\j<^J^'>ô^ JU ^j •o-OiJl Ss>- ,^llJ, mentionné par Hâdjî Khalîfa {Lexicon, éd. Flugel, V, 76, n° ioo63), et qui a, de plus, collaboré à un Traité du Jeûne, /»L^1 v^ll5 \opere

citato, V, 110, n° 10262) ; il serait mort en djoumâdhâ I«^ 389 (avrilmai 999) ; — ses trois frères Aboû Ishâk Al- Barmekî Al-Baghdâdhî, mort en 441 (1049) ou 471 (1068), à l'âge de quarante-cinq ans, traditioniste

LES BABMÉCIDES d'aPRÈS LES HISTORIENS ARABES ET PERSANS 125

célèbre qui a formé, entre autres élèves, Aboû *Alî Al-Bardhânî, 'Abd Al-Kâdir ibn Mohammed et Aboû Bekr Mohammed ibn *Abd Al-Bakî, cadi du Mâristân (voir Ibn Al-Athib, Kâmil, éd. Tornberg, X, 3y3, 427; XI, 53) ; 'Alî ibn 'Omar Aboû'l-Hasan Al-Barmekî, jurisconsulte chaféite, né enSyS (983-984)et mortendhoû'l-hidjdja45o(janvier-février 1059); Aboû'l-'Abbâs Ahmed ibn 'Omar Al-Barmekî, mort en 441 (1049); — son fils Ahmed ibn Ibrâhîm ibn 'Omar Aboû'l-Hasan ibn

Abî Ishak, « le dernier des Barmécides », AX«i^i «uoj

Dans certaines localités d'Egypte, le nom de Barmekî est devenu une injure. Le cheikh Mohammed 'Abdoh, commentateur de Badî' az- Zamân Al-Hamadhânî {Séances, éd. de Beyrouth, 89), rattache ce sens injurieux à la disgrâce des Barmécides :

^li>-j Jl ^^^ Lti; <ôl ^ ^Ij Ai j^ M^-j j\ dUij 4.X--WW Jjfel jl c>i«i ^3-^^ i>. ^^i^ ^-*^ (3 *^^ j*-*-^ ^^U-' j^-^ ^

,j--a^ (3 ^!yUI (j^ *C^] 3 ^jJl Jl ^i (5^J ^ J^-^

On devra plutôt y voir une conséquence du mauvais renom dont jouissent, parmi les Égyptiens, les Ghawâzî ou pseudo-Barmécides dont il a été question à la fin du chapitre VIII. Un savant syrien qui, sur la demande de M. Mohammed Kurd-Ali, le distingué directeur de la revue Al-Moktabas, avait bien voulu faire des recherches à ce sujet, lors d'un séjour récent en Egypte, a constaté que seuls, dans ce pays, des gens illettrés, n'ayant jamais entendu parler des vizirs des Abbasides, employaient comme terme de dédain le nom de Barmekî, au féminin Barmekîya, porté par ces Ghawâzî qu'il compare aux Bohémiens appelés Ghadjar en Egypte, Nawar en Syrie, Tchingané ou Coptes {Koubtî) en Turquie. Bien que généralement connue et comprise des Égyptiens, l'expression, toutefois, n'a guère cours qu'en province. Partout ailleurs, le nom de « Barmécide » évoque une idée favorable. Boutros Al-Boustânî (Mo/z//a/-Mo/2ff, I, 88) constate que, dans le langage populaire, bartnekî est synonyme de karîm «généreux »:

j.v> jA3| -Jt.«o c5^-^ j.>^-*I---> <^-«UJl

Le Rabî al-Abrâr de Zomakhcharî nous apprend que Pexpression «temps des Barmécides » signifiait « tout ce qui était bon et le plus haut degré du bonheur et de l'abondance»; Makkarî emploie l'épithète barmekî pour exprimer « ce qui était digne des Barmécides » (voir la Note de Quatremère déjà citée, p. ni). Un lettré africain de notre temps, le cheikh 'Abdallah ben Salâh ben El-Mokri, faisant le panégyrique de Cheikh Saadibouh, compare sa générosité à celle des Barmécides {Daou'al-Asfâr fi Charh Mandhoûmat al-Ach'^âr, ouvrage analysé par l'auteur du présent travail dans Cheikh Saadibouh et son entourage d'après un manuscrit inédit, apud Revue du Monde musulman, t. XVIII, mars 1912, pp. 196-197).

Un parfum dit barmekiya, <X«^, ou al-bouhoûr al-barjnekî, j y>cJl

, doit son nom aux Barmécides; il est mentionné dans VAkra-

bâdhîn, traité de pharmacie de Sâboûr ibn Sahl (f 255 = 869 ; cf. la Geschichte der arabischen Literatur de M. Carl Brockelmann, 1,282), et, d'après le Ferheng-é Chou'oûri, se composait de sucre, d'aloès et d'aromates divers. Ibn Al-Baitar distingue les barmekiyât des bouhourât et des mouthallathât (Quatremère, opère citato, 119; Vullers,. Lexicon, I, 226, et Dozy, Supplément aux dictionnaires arabes, I, 78)..

Page 1