ET LEUR RÔLE SOUS LES KHALIFES OMEYYADES VIE DE BARMEK ABOÙ KHÂLID
Persans d'origine, les Barmeks étaient, disent de vieilles traditions arabes, pontifes du Nooubehâr, célèbre temple d'idoles fondé à Balkh bien des siècles avant l'islamisme. 'Omar ibn Al-Azrak Al-Kermânî (i), qui semble avoir vécu dans la première moitié du neuvième siècle de notre ère, dit qu'avant le temps des chefs des satrapies [mouloûk attawâ'if) les Barmeks, qui étaient idolâtres et avaient le premier rang parmi les habitants de la contrée, entendirent parler de la Mecque, de la Ka'ba et du culte professé par la tribu de Koraich. Ils élevèrent alors, dans l'enceinte sacrée, à Balkh, un temple pareil à celui de la Mecque, le
(i)Le récit de Kermânî a été conservé par Ibn Al-Fakîh Al-Hamâdhâni (sans indication de source), Yakoût et Yezdî. Il y a quelques différences entre ces trois versions. Celle de Hamadhâni [Kitâb al-Boldân, éd. De Goeje, pp. 232-235) est à peu près la même que celle de Yâkoût, qui en a seulement retranché quelques détails (Geogr. Wôrterbuch, éd, Wûstenfeld, IV, 817-821 ; Barbier de Meynard, Dict. de la Perse, ôôg-Syo). En revanche, Yezdî s'écarte assez des deux versions antérieures. Il nomme Kermânî 'Omar ibn 'Abd Ar-Razzâk, au lieu de 'Omar ibn Al-Azrak, et Telkhân, le roi turc qui fit assassiner le père de Barmek Aboû Khâlid, au lieu de Tarkhân. D'après Hamadhâni et Yakoùt, Barmek aurait épousé la fille du roi de Saghanian, et, d'après Yezdî, une fille des mages remarquable par sa beauté. {Tarîkh-é âl-é Barmek, dans Ch. Schefer, Chrest. persane, II, 2-3.)
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peuplèrent d'idoles et couvrirent ses murs de soie, de brocart et de pierres précieuses. Pour Kermânî, le mot Nooubehâr signifie « nouveau printemps (i) », et il en donne cette bizarre explication : quand on construisait un édifice remarquable, on couronnait, ou, selon d'autres, on enduisait ses murs de basilic (raihânP). Cette cérémonie avait lieu au printemps, au moment où le basilic sort déterre. Le Nooubehâr était en grande vénération chez les Persans. Les pèlerins, fort nombreux et venus souvent de contrées lointaines, revêtaient ses murs d'étoff'es précieuses et plaçaient des drapeaux sur sa coupole (2). Son dôme, nommé Al- Oust (3), de 100 coudées de circonférence et de plus de 100 coudées de hauteur, était entouré d'anneaux circulaires. Le temple renfermait trois cent soixante chambres pour les prêtres, dont un était de service chaque jour. Aux environs se trouvaient de nombreuses fondations pieuses (aukâf) et des fermes dépendant du temple. Les rois de Perse, de rinde, de la Chine, du Caboul, du Sind, du Zaboulistan et de la Transoxiane venaient en pèlerinage au Nooubehâr. Ils se prosternaient devant l'idole principale et baisaient la
(i) C'est Rawlinson qui a identifié le nom du Nooubehâr avec le sanscrit Napa Vihâra (Monograph on tlie Oxus, apud Journal of the Royal Geographical Society, t. XLII, année 1872, p. 5io). Les auteurs chinois le nomment Sin-sse. Yâkoût [Geogr. Wàrterbuch, éd. Wûstenfeld, IV, 817) donne Ja prononciation Noiîbehâr, pour Naubehâr ou Nooubehâr, qui est la forme persane. Ce nom se retrouve à Boukhara (Ibn Haukal, Viœ et régna, éd. De Goeje, 385, et Istakhrî, Viœ regnorum, éd. De Goeje, SoS-Sog); il désigne aussi une localité à deux men^ils de Rey (Yâjçoùt, loco citato). Balkh, Boukhara et Samarkand avaient chacune leur porte du Nooubehâr. On peut rapprocher ce nom de celui de Chah Behâr, localité où se trouvait un temple d'idoles qu'Ibrahim ibn Djibrâil, envoyé par Fadl ibn Yahyâ, détruisit en 176 (792). Cf. Ya'koûbî, Kitâb al-Boldân, éd. De Goeje, 291.
(2) On retrouve, dans les descriptions du Nooubehâr faites parles auteurs arabes, les caractères distinclifs des vihâras bouddhiques; les bannières ou drapeaux en sont un. VAvesta, nous a fait remarquer M. Cl. Huart, donne à Balkh l'épithète de eredwà-drafcha « aux hautes bannières » (voir Vendidad, I, 8), qu'il faut rapprocher pour le sens du pehlvi bâmîk (pour bâmi) « la brillante », autre surnom de Bakhdhi et équivalent de l'avestique çrîra (Vendidad, I, 7) ; le Yaçna donne bakhdhim çrîrâm (cf. Marquardt, Erân- Isahr, 87).
(3) Peut-être le turc Ustun, d'après M. Barbier de Meynard.
main du grand-prêtre. Le sacerdoce était héréditaire chez les Barmeks. Ils possédaient tout le territoire autour du temple, sur une superficie de sept parasanges carrés (i), et avaient sur ce fîef un pouvoir absolu. Tous les habitants étaient leurs esclaves, et la piété des pèlerins leur avait valu d'immenses richesses.
Au siècle suivant, nous trouvons d'autres légendes sur le Nooubehâr. D'après Dakîkî Lohrâsp, le quatrième des Keïaniens (2) (que quelques auteurs regardent comme le fondateur de Balkh) quitta son ancienne capitale, Istakhar ou Chadyâkh de Nichâpoûr, pour la ville de Balkh, où il construisit le Nooubehâr. Ayant abdiqué en faveur de son fils Gouchtâsp, il se retira dans ce temple célèbre, « pour lequel les adorateurs de Yezdân avaient, à cette époque, la même vénération que les Arabes pour la Mecque », et y passa les trente dernières années de sa vie dans la prière et la méditation. Pour Dakîkî, Persan demeuré fidèle à la religion des Mages, le Nooubehâr ne pouvait être qu'un temple du feu. Firdoousî, qui reprit l'œuvre de Dakîkî, ajoute que Lohrâsp, plein de zèle pour le culte des Mages, fît construire à Balkh un grand temple du feu nommé Berzin, et ménagea dans chaque carrefour de cette ville un endroit pour célébrer la fête de Sedè (3).
Le Nooubehâr, dit Mas'oûdî, était un temple consacré à la Lune parMenoutchehr, d'une hauteur et d'une solidité remarquables, et sur le faîte duquel on avait placé desbanderolles de soie verte longues de 100 coudées. Son mur
(i) Ou, selon d'autres, 8 de long sur 4 de large, soit, dit M. Barthold, 1.568 kilomètres carrés.
(2) Lohrâsp, successeur de Keï-Khosrô, régna, dit la légende, pendant cent vingt ans. Son amour pour sa nouvelle résidence lui valut le surnom de Balkhî. 11 y fit venir un grand nombre d'Indiens, et donna à un château fort qu'il fit construire à Balkh le nom de Château des Indiens. Lohrâsp fut tué par les Turcs lors de la prise de Balkh par Ardjâsp.
(3) Chah Nâmè, éd. Mohl, IV, 278-281.
d'enceinte avait plusieurs milles de circuit. Sur la porte du Nooubehâr on lisait l'inscription suivante, en langue parsie : « Boûdâsp a dit : Il faut à la cour des rois trois qualités : l'intelligence, la patience et la richesse. » Au-dessous, une autre main avait écrit, en arabe : « Boûdâsp a menti. Quand un homme possède une de ces trois qualités, il doit fuir le séjour des rois. » Le grand prêtre gardien {sâdin) du Nooubehâr portait le titre de Barmek. Il avait l'administration des richesses du temple, et les rois eux-mêmes lui obéissaient [i).
Ces légendes sont également inexactes. Les relations de Hiouen-Thsang et de I-Tsing, qui séjournèrent à Balkh au septième siècle de notre ère, nous apprennent que le Nooubehâr (en sanscrit, Nava Vihâra« le nouveau temple », ou Nava Sànghârâma « le nouveau couvent ») était un lieu de culte bouddhique (2). On sait que, bien avant les Sassanides, l'Inde avait envoyé des missionnaires bouddhistes jusqu'en Bactriane « et étendu ses conversions parmi les fils des lieutenants d'Alexandre (3) ». Le premier roi du pays, dit la légende bouddhique, d'accord sur ce point avec la légende persane, fonda à Balkh un temple célèbre, où il renonça au monde et termina sa vie (4).
D'après Hiouen-Thsang, il y avait à Po-Ho (Balkh) cent
(i) Prairies d'or ^ éd. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, IV, 48.
(2) D'après Abel Rémusat, le bouddhisme dominait dans cette partie de l'Asie dès le commencement du cinquième siècle. Quand la religion bouddhique se fut répandue en Chine, de nombreux pèlerins se rendirent dans l'Inde, soit pour y vénérer les reliques du Bouddha Çakyamouni, soit pour y chercher les textes sacrés de leur nouvelle religion. Dans leurs voyages ils parcoururent toute l'Asie centrale et ne s'arrêtèrent qu'aux frontières du royaume de Po-la-se (Perse).
(3) James Darmesteter, Coup d'œil sur ihistoire de la Perse, 3i.
{4) I-Tsing rapporte cette légende d'une manière un peu différente :« Il y eutencore un homme de la suite de l'envoyé, par le chemin du nord. Arrivé dans le pays de Fo-koMouo (Balkh), il renonça au monde dans le Nouveau- Temple, au Na-po-pi-ho-lo (Nava Vihâra). » {Les Religieux éminents, trad. de M. Chavannes, p. 48.)
couvents, avec trois mille religieux suivant la doctrine du petit véhicule {Hmdiydindi). En dehors de la ville, au sud-est, se trouvait le couvent de Na-po-seng- kia-lan ou Na-fo-kialan (Nava Safighârâma). Il contenait, dans une salle richement ornée, une statue du Bouddha, faite de matières précieuses. Les richesses du Nava Safighârâma tentèrent souvent les princes voisins. Quelques années avant le voyage de Hiouen-Thsang, on y voyait une statue du dieu Pi-Cha- Men (Vâiçvrana), « qui, avec sa pénétration divine, lui offrait un sûr appui, et l'entourait d'une protection secrète»; mais Sse-che-hou-khan, fils de Che-hou, roi des Turcs, envahit le couvent pour s'emparer des objets précieux qu'il renfermait. D'après la légende, le roi turc, dans la nuit qui suivit son arrivée, vit en songe le dieu Pi-Cha-Men, qui, après lui avoir reproché son audace, le perça de sa lance. A son réveil, le khan, rempli de douleur, voulut quitter Balkh et envoya chercher les religieux pour leur exprimer son repentir ; mais il mourut avant le retour du messager.
Dans le Nava Sanghârâma, dit Hiouen-Thsang, au milieu de la salle méridionale du Bouddha, se trouvait la cuvette dont celui-ci se servait pour ses ablutions. Elle était faite d'une pierre et d'un métal inconnus, mais de couleurs éblouissantes. On conservait dans le couvent une dent du Bouddha et son balai fait de la plante Kiache (Kaça). Chacun des six jours de jeûne, religieux et laïques venaient vénérer ces reliques. Au nord du couvent était un Stoupâ d'environ 200 pieds de haut, brillant comme le diamant et orné de pierres précieuses. Il renfermait des CAe-/z (çarinas, reliques) et répandait sans cesse un éclat divin.
« Au sud-ouest du couvent il y a un Vihâra. Depuis sa fondation, il s'est écoulé bien des années. C'est le rendezvous des peuples lointains et des hommes d'un talent supérieur. Il serait difficile de citer complètement tous ceux qui y ont obtenu les quatre degrés de sainteté.
« Maintenant il y a environ cent religieux qui montrent nuit et jour un zèle infatigable (i). »
Autour du couvent on avait élevé, en mémoire des religieux qui y avaient obtenu les quatre degrés de sainteté, une centaine de stoupâs, dont les antiques fondements étaient presque contigus. Hiouen-Thsang vit encore deux stoupâs élevés par les hôtes du Bouddha et, à 70 H à l'ouest, un stoupâ haut de 20 pieds, construit par Kia-chefo (Kâcyapa), bouddha du temps passé.
Hiouen-Thsang, qui reçut à Balkh le meilleur accueil^ vit dans le Nava Vihâra un religieux de Tchêka ayant étudié le petit véhicule, nommé Pouan-jo-hie-lo (Pradjnâkara), qui était venu dans cette ville pour honorer les monuments sacrés. Homme fort remarquable, maître dans les quatre Han (Âgamas) et célèbre dans l'Inde entière par son vaste savoir, Pradjnâkara reçut avec joie le voyageur qui le consulta sur des points difficiles.
Hiouen-Thsang passa un mois dans le Nava Vihâra. Il s'y lia avec deux autres religieux : Ta-mo-pi-li (Dharmapriya) et Ta-mo-kie-lo (Dharmakara), qui lui témoignèrent beaucoup de respect (2).
Les pèlerins bouddhistes ne disent rien d'une famille de Barmeks, pontifes héréditaires du Nooubehâr. D'où vient ce nom de Barmek? Diverses étymologies persanes, arabes ou syriaques ont été proposées, et on les trouvera réunies à la fin de ce travail : certaines ne méritent pas Texamen, et les autres sont peu satisfaisantes. M. H. Kern voit dans Barmek la déformation du sanscrit par amaka « supérieur ». Ce nom se rattacherait donc à la période où le bouddhisme s'était implanté à Balkh. Les plus anciennes traditions musulmanes font du Nooubehâr un temple d'idoles, dont
(i) Hiouen-Thsang, Mémoires, trad. St. Julien, I, 3o-32. (2) HoEÏ-Li et Yeng-Thsong, Histoire de la vie et des voyages de Hiouen- Thsang, trad. St-Julien, 6-7.
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elles donnent une description qui rappelle singulièrement celle des vihâras bouddhiques : M. Barthold explique la transformation du Nooubehâr en temple du feu par le désir de rattacher à l'empire sassanide les Barmeks, qui auraient été les successeurs de ses ministres, tandis que M. Kern admet que le Nava Sanghârâma, détruit par la conquête musulmane, serait devenu, une fois reconstruit, un pyrée zoroastrien (i).
D'après Tabarî, Chirouï, parvenu au trône, prit pour vizir un Barmek, qui fut l'aïeul des Barmécides. Nizâm ol- Ç\ \ Molk dit que, depuis Ardéchir, les Barmeks étaient de père en tils vizirs des rois de Perse. Ils avaient composé « des traités sur les règles administratives et sur la conduite que doivent tenir les rois », que leurs enfants apprenaient par cœur. Le khalife Solaimân, parvenu à l'apogée de sa grandeur et de sa puissance, voulut avoir un vizir digne de lui et, sur les conseils de ses familiers, envoya chercher à Balkh Khâlid fils de Barmek. Il ne faut pas oublier que Khâlid, né vers 710 de notre ère, ne peut avoir été le vizir de Solaimân qui mourut en 99 (717) (2). D'après le Nou^hat al-Kouloûb, Dja'far de Balkh, aïeul des Barmécides, descendait de Goûderz, destoûr ou vizir d'Ardéchir Bâbegân, et devint en 96 (714-715) vizir desOmeyyades. Il fit frapper des monnaies d'or et d'argent d'un excellent titre, et ce fut à lui que l'or djafarî dut son nom. Pendant quatrevingts ans la dignité de vizir resta dans sa famille, et cinq de ses descendants en furent revêtus (3). Khondémir enfin
(i) Histoire du bouddhisme dans l'Inde, II, p. 484; cf. M as'oûdi, Prairze^ d'or, éd. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille,IV, 48. — BARTKOLD,art. Barmakides, dans VEncyclopédie de flslam, ii« livr., pp. 680-681 ;voir aussi le Sîa^^e^ Nameh, éd. Ch. Schefer, i5i. Pour les étymologies du nom de Barmek, se reporter à l'Appendice I.
(2) Ch. Schefer, Chrest. persane, II, pp. 17-18 des notes.
(3) QuATREMÈRE, Note sur les Barmécides, dans le Journal asiatique, 5" série, t. XVII, année 1861, p. ni.
fait des Barmécides les descendants des anciens rois de Perse.
La même incertitude règne sur la conversion des Barmeks à l'islamisme et leur arrivée à la cour des khalifes. On sait que sous Mou'âwiya, en 42 (663-664) le Khorassan fut envahi par 'Abd AUâh ibn 'Amr ibn Koraith, qui envoya contre Balkh Kais ibn Al-Haitham As-Salmî et 'Atâ ibn Sâ'ib, qui s'emparèrent de la ville et détruisirent le Nooubehâr(i). Mais Barmek, dit Soûlî, citant 'Alî ibn Mohammed An-Naufalî, répara le temple et l'habita (2).
Kermânî dit que sous le khalifat de 'Othmân ibn 'Affân (entre 23 = 644 et 35 — 656), Ahnaf ibn Kais ayant conquis le Khorassan, le grand prêtre du Nooubehâr alla trouver le khalife avec des otages, se convertit à l'islamisme et reçut le nom de 'Abd Allah. Mais, à son retour, les habitants de Balkh lui reprochèrent son abjuration et donnèrent sa dignité à l'un de ses fils, qui d'ailleurs se convertit comme lui (3). Un roi turc du voisinage, Tarkhân Nezîk (ou Telkhân) (4), ayant appris cette nouvelle conversion, écri-
(i) Balâdhorî, Liber expugnationis reg-fon m m, 408-409. En 175(791) Cheref oz-Zemân Nasr Khân fit enlever les trois portes de fer du Nooubehâr, qui furent transportées à son château de Kondouz. Safî ad-Dîn, Fe^à'il-i Balkh, apud Ch. Schefer, Chrest. persane, 11, 21-26. D'après un autre récit {ibid., 76), le Nooubehâr avait une porte d'argent. Une tradition peu vraisemblable fait venir à Bagdad, vers la même époque, Ziyâd ibn Chirvîn, « mage » du Nooubehâr. Yaiiyâ ibn Khâlid, dit Yezdi, le reçut avec sa générosité habituelle et lui servit d'introducteur à la cour de Hâroûn. (Tarîkh-é âl-é Barmek, manuscrit 1842 du supplément persan de la Bibl. Nationale, fol.46r°-52r». Il faut cependant observer que, d'après Tabarî {Chronicon, éd. De Goeje, II, 120), un prince de la région, Nîzak. (ou Nezîk?) aurait prié dans le Nooubehâr en gode l'hégire (708-709). Cf. Marquardt, Erânsahr, 69. Relevé de ses ruines, le Nooubehâr aurait-il subsisté jusqu'à la fin du huitième siècle ?
(2) Barbier de Meynard, Dict. de la Perse, 571.
(3) Kermânî apud Hamadhânî, Yâkoût et Yezdî.
(4) Le roi turc Nezîk Tarkhân, ou Telkhân, est cité plusieurs fois, dans l'Histoire de Boukhara, de Nerchakhî, parmi les souverains du Turkestan qui s'unirent à ceux de la Sogdiane pour résister à l'invasion arabe. Ch. Schefer, Chrest. persane, 11, p. 17 des notes. Cf Yâkloût, Geogr. Wô?'terbuch, éd. Wûstenfeld, II, 411, et Balâdhorî, Liber expugnationis regionum, 3i5,
LES BARMÉCIDES d'aPBÈS LES HISTORIENS ARABES ET PERSANS 33
vit au Barmek pour l'engager à revenir à l'ancien culte. Mais, converti de son plein gré et n'ayant que du mépris pour la religion des idoles, le Barmek refusa. Tarkhân menaça de marcher contre lui. Le Barmek, à son tour, menaça le roi turc d'une intervention musulmane, puis fit appela sa générosité. Un certain temps se passa en pourparlers. Finalement Tarkhân eut recours à la ruse. Ayant feint de s'éloigner, il conspira contre le Barmek, qui fut tué avec dix de ses enfants, et dont tous les biens furent pillés. Seul Barmek Aboû Khâlid échappa au massacre. Sa mère, qui avait réussi à le soustraire aux Turcs, se réfugia avec lui dans le Kachmîr. Barmek reçut dans ce pays une brillante éducation, étudia la médecine, l'astrologie, les mathématiques et les sciences naturelles. Il avait gardé la religion de ses ancêtres.
Une maladie contagieuse s'étant déclarée à Balkh, les habitants se crurent punis de leur apostasie et quittèrent l'islamisme pour revenir à l'ancien culte. Ils rappelèrent Barmek et lui rendirent le sacerdoce. Revenu à Balkh, celui-ci épousa la fille du roi de Saghanian, dont il eut trois fils : Al-Hasan (de là le nom d'Aboû'l-Hasan donné quelquefois à Barmek), Khâlid, 'Amr, et une fille, Oumm Khâlid. Il eut encore, d'une femme originaire de Boukhâra un fils, Solaimân, et, d'une esclave qui lui fut donnée par le souverain de cette ville, un cinquième fils, nommé Kâl, et deux filles, dont Tune se nommait Oumm Kâsim.
Quelques historiens ont prétendu que, le premier de sa famille, Khâlid ibn Barmek se convertit à l'islamisme. Ses frères Al-Hasan et Solaimân auraient suivi son exemple. Pour Kermânî, Barmek Aboû Khâlid, ayant abjuré sa religion vers la fin de sa vie, se rendit avec une suite nombreuse à la cour du khalife 'Abd Al-Malik, qui le nomma gouverneur des deux Iraks. Il guérit le khalife Hichâm «d'un mal épouvantable dont il vaut mieux ne pas rappeler
le nom », dit Yezdî, et que tous les médecins déclaraient incurable. Barmek voulut ensuite retourner en Khorassan, mais le khalife lui dit : « Il vaut mieux que tu restes constamment auprès de nous, et nous pourvoirons à ta subsistance », et lui donna en fîef deux villes dans la montagne de Soumâk : Mâr Hannâ et Hibâl (sfc, peut-être Djibâl). Barmek ayant déclaré que les revenus de ces villes ne pourraient couvrir ses dépenses, Hichâm lui abandonna en outre l'impôt prélevé sur le couvent de Mâr Hannâ, qui rapportait chaque année deux millions de dirhems (i).
Il existe d'autres traditions sur la conversion de Barmek Aboû Khâlid à l'islamisme et sur son arrivée à la cour des khalifes omeyyades, mais elles ne méritent aucune confiance. D'après Baranîet le DjâmVal-hikayât, Barmek (que Baranî et quelques autres historiens nomment DjaTar), peu après l'avènement de 'Abd Al-Malik, quitta Balkh pour Damas, où il entra en déployant un luxe extraordinaire et devint l'ami des courtisans du khalife, qui inspirèrent à celui-ci le désir de voir le fastueux étranger; mais les détails plus qu'invraisemblables que donnent les deux écrivains persans sur l'entrevue de Barmek et de 'Abd Al-Malik, ne permettent pas d'ajouter foi à leurs récits (2).
(i) Yezdî, apud Ch. Schefer, Chrest. persane, II, pp. 16-17 des notes. Le récit est de Mohammed ibn Abî'I-Kâsim ibn 'Oyaina, d'après un muezzin, témoin oculaire, qui avait été au service d'Al-Hâdî et avait accompli sa cent vingtième année. Pour Ch. Schefer, ce récit s'appliquerait plutôt à Khâlid, qui, comme son père, avait des connaissances médicales, mais il ne faut pas oublier que Barmek (seul nommé dans ce récit) vivait encore sous Hichâm. Tabarî lui attribue la guérison de Maslama ibn 'Abd Al-Malik {Chronicon, éd. De Goeje, II, 1181, et trad. Zotenberg, IV, i53-i54). Dans tous les cas, c'est à tort que l'on a voulu voir dans Barmek un vizir d'As-SafFâh. Cf. De Hammer, Litteraturgeschichte der Araber, III, 49,
(2) D'après Baranî, Dja'far, l'ancêtre des Barmécides, contraint de quitter Balkh, vint à la cour de Damas sous le khalifat de 'Abd Al-Malik ou, selon d'autres, de son fils Solaimân. Le khalife, voyant Dja'far, changea de couleur et ordonna qu'on le fît sortir, car il avait du poison sur lui. Le frottement de deux pierres attachées à son bras l'en avait averti, et ce signe était infaillible. Dja'far avoua qu'en effet il portait du poison dans le chaton de sa
Une légende qui semble avoir été inventée pour faire des Barmécides les alliés d'une famille désireuse de profiter de leur crédit, au temps de leur puissance, se trouve dans Tabarî. En 85 (705-706), dit cet historien (i), Balkh s'étant révoltée contre les Musulmans, Kotaibaibn Mouslim, alors gouverneur du Khorassan, vint la soumettre. La femme du pontife du Nooubehâr, prise par les Musulmans, fut donnée à 'Abd AUâh ibn Mouslim, frère de Kotaiba, qui eut commerce avec elle. La femme du Barmek, rendue à son mari, déclara à 'Abd Allâh qu'elle était enceinte de ses œuvres. Avant de mourir, 'Abd Allâh demanda que l'on réclamât en son nom l'enfant qui naîtrait. Cet enfant, au dire de Tabarî, fut Khâlid ibn Barmek qui, étant venu à Reï longtemps après, y trouva les fils de 'Abd Allâh ibn Mouslim, qui réclamèrent les droits de la parenté. Mouslim ibn Kotaiba leur dit : « Interrogez la femme; si elle avoue le fait elle-même et se réclame de vous, vous aurez la femme et son fils... » D'après la loi, pareille réclamation ne pouvait être admise que sur le témoignage et avec le consentement de la personne qui en était l'objet. Les fils de 'Abd Allâh se retirèrent alors. Il est nécessaire d'ajouter que Kermânî et Balâdhorî ne disent rien de pareil.
Quoiqu'il en soit, Barmek et son fils Khâlid, par leurs mérites et leurs richesses, exercèrent une grande influence [à la cour des khalifes omeyyades. En 107 (725-726), dit Ibn |A1-Athîr (2),Hichâm chargea Barmek de faire reconstruire
bague pour le cas où il lui arriverait malheur, et dit, en langue persane :
/*X^, bermekem, ce qui signifie à la fois «je suce » et « je suis Barmek ».
Le khalife, rassuré, témoigna dès lors beaucoup de bienveillanceîà DjaTar. Celui-ci dut à cette circonstance le nom de Barmek, qui resta à ses descendants. — Akhbâr-é Barmekiyân, éd. de Bombay, pp. 6-9, d'après Aboû'l-Kâsim At-Tâ'ifi). 11 existe de ce récit une rédaction arabe intitulée : Histoire de Soliman et de Dja^ar, dont un manuscrit, accompagné d'une traduction française par un jeune-de-langues, est conservé à la Bibliothèque Nationale (n» 282 des traductions in-4). Voir l'Appendice 1.
(i) Chronicon, éd. De Goeje, II, 1181. — Trad. Zotenberg, IV, i53-i54.
(2) Kâmil, éd. Tornberg, V, 102- io3.
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Balkh. D'après Aboû'l-Mahâsin cette ville fut reconstruite par Asad ibn 'Abd Allah Al-Kasrî, et Barmek en fut nommé gouverneur (i).
On ignore à quelle époque il mourut.
De toutes ces traditions il semble résulter que les Barmeks, dont l'origine persane n'est pas douteuse, occupaient un rang élevé parmi les habitants de la Transoxiane avant la conquête musulmane. Peut-être exerçaient-ils des fonctions religieuses à Balkh. Leur conversion à l'islamisme et leur soumission aux vainqueurs, qui eurent lieu dans la seconde moitié du septième siècle de notre ère, lors de l'invasion du Khorassan, leur valurent les persécutions des rois turcs. Sous le khalifat de 'Abd Ai-Mal ik ou de son fils Solaimân, à la fin du septième siècle de notre ère ou au commencement du huitième, le chef de cette famille, qui reçut peut-être le nom de Dja'far après s'être converti à l'islamisme comme ses ancêtres, vint à la cour de Damas, où il jouit d'un grand crédit auprès des khalifes omeyyades. Les successeurs de 'Abd Al-Malik conservèrent leur faveur aux fils de Barmek.
(i) QuATREMÈRE, Note sur les Barmécides, ni.