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CHAPITRE IV

FAPL IBN YAHYA

Aboû'l-'Abbâs Fadl ibn Yahyâ était né à Médine le 23 de dhoû'l-hidjdja 148 (26 février 765), sept jours avant Hâroûn Ar-Rachîd. Ce fut Kheïzourân, mère de Hâroùn, qui allaita Fadl, et la mère de celui-ci, Zobaida bint Mounîr ibn Barma, allaita Hâroûn (i),

Yahyâ étant parvenu au vizirat (170 = 786), Fadl, qui avait été chargé de l'administration du harem, fut nommé par Hâroûn gouverneur de son fils Mohammed, plus tard khalife sous le nom d'Al-Amîn. De nombreux Abbasides prétendaient succéder à Hâroùn, et on trouvait généralement Mohammed trop jeune. 'îsâ ibn Dja'far, petit-fils d'Al-Mansoûr et oncle de Mohammed par sa mère Zobaida, supplia Fadl de faire reconnaître son neveu comme héritier présomptif du khalife et de lui prêter serment. « Mohammed est pour toi un fils, dit-il; son khalifat sera le tien (2). »

(i) Yezdî, Tarîkh, i6. Hâroûn fit élever à Zobaida un tombeau sur les bords de l'Euphrate, au Dair Ma Sardjabis. Ce tombeau était connu sous

le nom de « la coupole des Barmécides » O^l ^1 aJIs. Yâkoùt, Geogr.

Wôrterbuch, éd. Wustenfeld, II, 293-294. Cf. Barani, Akhbâr-é Barmekiyân, éd. de Bombay, i34-i35.

(2) SS 0>U>-J viJJ jJj Ajli. Jabari, Chronique, éd. De Goeje, III,

Fadl venait alors (176 = 792) d'être nommé gouverneur du Khorassan, avec autorité sur les provinces de Djordjân, Tabaristân, Djibâl, Arménie, Koûmes, Reï et Demavend, et se préparait à rejoindre son poste. Il distribua des sommes considérables à Farmée, qui prêta serment à Mohammed, et Hâroûn dut reconnaître celui-ci pour son successeur. Fadl partit ensuite pour le Khorassan (i).

Il venait de prendre possession de son gouvernement, quand l'alide Yahyâ ibn 'Abd AUâh se révolta en Deïlem. La sédition fît des progrès très rapides et donna de grandes inquiétudes au khalife, qui envoya contre Yahyâ ibn 'Abd Allah une armée de cinquante mille hommes, commandée par Fadl. Celui-ci, arrivé à Nehrbîn où il séjourna quelque temps, chargea Al-Mouthannâ ibn Al-Hadjdjâdj ibn Kotaiba ibn Mouslim du Tabaristân, et 'Alî ibn Al-Hadjdjâdj Al-Khouzâ'î du Djordjân. Il avait laissé à Bagdad un homme de confiance, Mansoûr ibn Ziyâd, pour le représenter auprès de Hâroûn. Celui-ci, pendant toute la durée de la campagne, prodigua à Fadl des marques d'estime et d'affection. Yahyâ ibn Khâlid entretenait une correspondance suivie avec son fils, qu'il aidait de ses conseils.

Fadl passa par Tâlekân, Reï et Debesteï, puis arriva à Achab où Thiver, très rigoureux, le contraignit de séjourner. Il entra en pourparlers avec Yahyâ ibn 'Abd Allah et lui offrit un million de dirhems pour sa soumission. Yahyâ accepta, mais exigea une lettre d'amnistie écrite de la main du khalife. Celui-ci l'accorda. En présence des jurisconsultes, des kâdîs, des notables et des cheikhs hâchimites, Hâroûn pardonna solennellement à l'alide révolté, à qui il fît beaucoup de promesses et envoya des présents.

Yahyâ ibn 'Abd AUâh et Fadl partirent ensemble pour Bagdad, où une magnifique réception les attendait. L'alide,

{i)Txhkmy Chronique.

logé d'abord chez Yahyâ ibn Khâlid, puis dans un palais que lui donna Hâroûn, fut comblé d'honneurs et de richesses (i). Mais cinq mois plus tard, le khalife, au mépris de sa parole, le fît jeter en prison (2).

Ibrahim, fils du célèbre médecin Bakhtichoû*, était commandant des gardes de Fadl, qui lui fît faire une expédition dans le Caboul. Ibrahim s'empara de Chah Behâr, où se trouvait un temple d'idoles qu'il brûla, et dont les habitants fîrent leur soumission (176= 792) (3). Fadl lui confîa ensuite l'administration du Sedjistân. Ayant levé les impôts de cette province, il en apporta le montant à Fadl, qui lui en fît don après y avoir ajouté 5oo.ooo dirhems. D'après un autre récit, Ibrahim, devenu fort riche, se fît construire à Bagdad une maison, qu'il pria Fadl de visiter. De magnifiques présents y attendaient le vizir, et dans un coin de la maison avaient été déposés 4.000.000 de dirhems, produit des impôts de sa province. Fadl donna cet argent à Ibrahim et, malgré les instances de celui-ci, ne voulut accepter qu'un fouet du Sedjistân (4).

Fadl envoya encore Mohammed ibn Al-Mouzâhim contre <jhoûravend, ville forte au sud-est de Balkh, dont il s'empara. Mohammed reçut de Fadl le gouvernement de Bâmyân, auquel, en souvenir de son aïeul, il donna le nom -de Chîr Bâmyân (5).

Fadl, qui avait été envoyé en Khorassan pour y faire prêter serment à Hâroûn, fut remplacé dans cette province par Khâlid ibn Ghitrîf et alla recevoir les serments des habitants de l'Irak (6). En 177 (798) il devenait, pour la

(i) Op. cit., 111,612-614.

(2) Op. cit., III, 619-620.

(3) Ya'koùbi, Kitâb al-Boldân, éd. De Goeje, 291.

(4) Tabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III, 635.

(5) Ya'koùbî, Kitâb al-Boldân, éd. De Goeje, 289.

(6) Tabarî, Chronique, trad. Zotenberg, IV, 459.

seconde fois, gouverneur du Khorassan, avec autorité sur Reï et le Sedjistân, en remplacement de Hamza ibn Mâlik. Il prit possession de son gouvernement l'année suivante et l'occupa un an, d'après les uns, sept mois, d'après les autres. D'après Hamza Al-Isfahânî, Fadl eut pour lieutenant Yahyâ ibn Mo'âdh qui arriva le i3 ramadan 177 (21 décembre 798) à Merv. Le nouveau gouverneur vint y rejoindre Yahyâ le 7 safar 178(13 mai 794) (i). Mas'oûdî prétend qu'au début Fadl négligea ses devoirs pour la chasse et les plaisirs. Le directeur des postes du Khorassan s'en plaignit à Hâroûn, qui montra la lettre à Yahyâ ibn Khâlid. Celui-ci, après avoir écrit quelques lignes d'admonition au verso, l'envoya à son fils, qui, de ce moment jusqu'au jour où il quitta ses fonctions, passa ses journées à la mosquée (2).

D'après Aboû'l-Kâsim ibn Ghassan conservé par Yezdî (3), Hâroûn, en envoyant Fadl en Khorassan, avait pour but de préparer les voies du vizirat à son favori Dja'far ibn Yahyâ, qu'il s'efforçait de rendre populaire. Fadl étant un obstacle à la réalisation de ce projet, Hâroûn résolut de Téloigner de Bagdad. Bien supérieur à son frère sous tous les rapports, plus généreux et mieux vu, Fadl fut toujours le rival de Dja'far, et Yahyâ, qui, tout en préférant Fadl, voyait avec douleur l'animosité de ses fils, chercha vainement à les réconcilier. Cette rivalité fut une des causes de la disgrâce des Barmécides. On avait surnommé Fadl le petit vi\ir (4). D'après Ibn At-Tiktakâ, Hâroûn, choqué d'entendre désigner ainsi le gouverneur du Khorassan, alors que personne ne donnait un tel titre à son favori Dja'far, en fit la remarque à Yahyâ. Celui-ci, pour satisfaire le kha-

(i) Annales, éd. Gottwaldt, p. 224 du texte et p. 174 delà traduction.

(2) Prairies d'or, éd. Barbier deMeynard et Pavet de Courteille, VI, 362.

(3) Tarïkh, 27-29.

LES BARMÉCIDES d'aPRÈS LES HISTORIENS ARABES ET PERSANS 6l

life, donna à Dja'far l'administration du palais: on put de la sorte le nommer, lui aussi, vi^ir (i).

A peine installé, Fadl eut à diriger une expédition contre Kharâkhâra, prince turc d'Osrouchna^ fort puissant en Transoxiane. Il prit Tâlekân, battit le prince turc, dont il dispersa l'armée, faisant un butin considérable (2), puis leva en Khorassan des troupes persanes dites « les Abbasides (3) », dont un passage de Tabarî, visiblement altéré, porte Teffectif à cinq ceîit mille hommes. Vingt mille de ces soldats, envoyés par Fadl à Bagdad, y étaient appelés « les Karanbites (4) ».

Fadl, par sa bonne administration, sa générosité et sa justice, obtint une immense popularité en Khorassan, où il fît oublier jusqu'au nom de Hâroûn. Un jour, sortant de son palais, il entendit une femme donner à son fils le nom de Fadl. Il lui en demanda la raison. Cette femme répondit que le pays avait un « roi » généreux, juste et bienfaisant dont elle avait voulu donner le nom à son fils. Heureux de se voir si populaire, le gouverneur du Khorassan donna à cette femme 3. 000 dirhems, la priant d'inscrire le nom de Fadl dans son calendrier [î^oû^nâmètchèyè se'âdei) : ce serait pour lui un grand bonheur si, une fois dans l'année, chaque mère se souvenait de ce nom pour le bénir. Voyant alors à qui elle avait affaire, elle tomba aux pieds de Fadl, se confondant en excuses et en remerciements. On a prétendu que pendant le gouvernement de Fadl en Khorassan, vingt mille enfants reçurent son nom en reconnaissance de ses bienfaits (5).

(i) Ibn Wàdih Al-Ya*koùbî, Historiée, éd. Houtsma, II, 492. (2) Al-Fakhrî\ éd. Derenbourg, 281.

(4) <-J 3ÛI. Tabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III,63i.

(5) Yezdî, Tarîkh, 27-29.

Dès son arrivée en Khorassan, Fadl, dit Djehicharî (i)^ fît brûler les registres des impôts arriérés, augmenta la solde des troupes et, dans l'espace d'un an, distribua 10.000.000 de dirhemsaux fonctionnaires et aux personnes qui vinrent lui rendre visite. La mosquée de Boukhârâ étant devenue trop petite, les habitants décidèrent d'en construire une nouvelle entre le château et la cité intérieure (2). Fadl donna pour cette construction des sommes considérables. Ce fut lui qui, le premier, fît placer des lampes dans la mosquée pendant les nuits du ramadan. Ayant réuni devant la porte du Nooubehâr les docteurs de Balkh, rapporte Safî ad-Dîn, il leur dit : «. C'est par la construction du Nooubehâr, kibla des Mages (sic), que mon ancêtre s'est rendu célèbre; dites-moi par quel moyen je pourrai m'afifranchir de cette honte. » Sur les conseils de ces docteurs, Fadl fît creuser un canal au milieu de Balkh (3).. Il fît encore construire en Khorassan un grand nombre de mosquées et de caravansérails.

Les succès de Fadl exaspérèrent Dja'far ibn Yahyâ, qui demanda au khalife le rappel de son frère, le disant inca-pable et s'ofïrant à le remplacer (4). Hâroûn, tout en écrivant au gouverneur du Khorassan une lettre des plus élogieuses, lui ordonna de revenir et nomma à sa place 'Amr

(i) Apud Ibn Khallikân, Biogr. Dictionary, trad. De Slane, 11,460. (2) Cette mosquée ne fut achevée qu'en 184 (800).

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Fe^â'il-i Balkh, dans Ch. Schefer, Chrest. persane I, 71. (4) Yezdî, Tarîkh, 20.

ibn Chourahbîl (7 rabî'al-awwal 179 = 80 mai 795). Péniblement surpris à cette nouvelle, Yahyâ essaya de ramener Dja'far à de meilleurs sentiments. — Les Barmécides, lui dit-il, avaient de nombreux ennemis, et leur élévation avait fait bien des jaloux. La rivalité des deux frères était donc aussi absurde que dangereuse. Quel tort d'ailleurs pouvait faire à Dja'far son frère, si éloigné de la cour du khalife? Yahyâ enfin éprouvait une vive douleur en voyant, à la fin de sa vie, une pareille animosité entre ses deux fils. Mais toutes ces exhortations furent inutiles (1).

Revenu à Bagdad, Fadl y reçut le meilleur accueil du khalife et des habitants. 11 suppléa quelque temps son père au vizirat; mais en 180 (796) Hâroûn lui enleva le sceau pour le donner à Dja'far, qui lui-même ne le garda que quelques mois.

Fadl devait épouser la fille du Khâkân, roi des Khazars^ mais elle mourut à Bardha'a avant d'arriver à Bagdad (182 = 798). L'escorte revint auprès du roi des Khazars et lui dit que sa fille avait été tuée par trahison. Furieux, le Khâkân se prépara à la guerre contre les Musulmans, et^ l'année suivante, les Khazars envahissaient l'Arménie, où ils firent de nombreux captifs. Yazîd ibn Mazyad et Khouzaima ibn Khâzim les en chassèrent (2).

(i) On cite, entre autres, l'anecdote suivante sur l'animosité de Fadl et de Dja'far. Sa'id ibn Wahb, célèbre poète originaire de Basra, mort sous Al- Ma'moùn et qui dut sa fortune aux Barmécides, était le familier de Fadl. Etant allé un jour chez Dja'far, il s'eflorça vainement de distraire celui-ci par ses saillies. Dja'far, qui regardait dédaigneusement Sa'îd, ne lui adressa pas la parole et, une fois le protégé de Fadl sorti, demanda : « Quel est ce radoteur?— Sa 'id ibn Wahb. — Je ne vois en lui que froideur et que choses inspirant le dégoût et l'aversion, » dit Dja'far. Anas ibn Abî Chaikh, l'un des familiers de Dja'far, étant allé chez Fadl, celui-ci le reçut comme Dja'far avait reçu Sa'îd et porta sur lui le même jugement {Aghânî, XXI, 108-109).

(2) Tabari, Chronicon,éd. De Goeje, III, 648. D'après Mohammed ibn 'Abd Allah, rapportant le récit de son père, le gouverneur d'Arménie Sa'îd ibn Salm ayant fait mettre à mort l'astrologue Soulami, le fils de celui-ci se réfugia chez les Khazars, qu'il excita contre Sa'id dans le désir de venger son père, et ce fut là le véritaWe motif de l'invasion de l'Arménie. Ibid.

Deux des fils de Fadl : Al-'Abbâs qui, d'après Yezdî, épousa une fille de Dja'far ibn Yahyâ (i), et 'Abd AUâh, jouirent de la faveur du khalife Al-Ma'moûn et occupèrent de hautes situations. Le Kitâb al-Imâma^ attribué à Ibn Kotaiba (2), a conservé les noms de plusieurs autres fils de Fadl: 'Abd Al-Malik, Al-'Âsî, Mazyad, Khâlid et Ma'mar.

Le plus libéral des Barmécides, Fadl, mérita d'être surnommé « Hâtim de Tislamisme et sceau des hommes généreux (3) »; mais il était orgueilleux et d'un abord moins facile que son frère Dja'far. Plus austère que lui, il s'abstenait de vin et refusa d'être le compagnon de plaisir de Hâroûn (4). Nous citerons sur lui quelques anecdotes caractéristiques.

On a rapporté que Mohammed ibn Ibrahim Al-Imâm étant venu demander à Fadl un million de dirhems qu'il n'avait pu se procurer, ofi'rit en gage une perle d'un grand prix. Fadl renvoya le gage avec la somme et fit donner à Mohammed par le khalife un autre million de dirhems (5). Ishâk ibn Ibrahim Al-Mausilî lui offrit une esclave d'une grande beauté, à laquelle il avait fait donner une brillante éducation. « Un envoyé du gouverneur d'Egypte, dit Fadl, est arrivé, me demandant une faveur pour son

(i) Tarîkh-é âl-é Barmek, manuscrit 1842 du supplément persan de la Bibliothèque Nationale, fol. 41 r».

(2) Manuscrit arabe 4835 de la Bibliothèque nationale, fol. 523. On a prétendu que le poète Mohammed Dimachkî reçut pour des vers composés à l'occasion de la naissance d'un des fils de Fadl, 10.000 dirhems. Après la disgrâce des Barmécides, Mohammed, se trouvant au bain, récita quelquesuns de ces vers. Le garçon qui le servait, et qui n'était autre que le fils de Fadl, s'évanouit. Touché d'une telle misère, Mohammed, qui était vieux et sans enfants, voulut faire une donation de ses biens au fils de son ancieri protecteur ; mais celui-ci ne voulut rien accepter. — (D'Herbelot, Bibl. orientale, éd. de 1783, 11,416-417. — Contes du cheikh El Mohdy, trad. Marcel, 379-381.)

^\X}\ p^l^5 ^>UVI pTU^.

(4) Jabarî, Chronicon, éd. De Goeje, III, 676.

(5) Ibn At-Jiktakâ, Al-Fakhrî, éd. Derenbourg, 279-2^0.

^ ,^^i^5- vfeW^T i>&i^4Ji;,;r.

'Abd ol-Djelîl Yezdî, « Histoire des Barmécides ».

Manuscrit 1342 du Supplément persan de la Bibliothèque Nationale, exécuté au XVl" siècle et provenant de la collection Ch. Schefer, folio 87 verso. (Histoire de Fadl, d'Ishàk ibn Ibrahim Al-Mausili et de l'esclave.)

maître. J'exigerai de lui qu'il me fasse présent de la jeune fille; mais je te défends de la donner à moins de 5o.ooo dinars. »

Après un long débat avec l'envoyé du gouverneur d'Egypte, Ishâk céda son esclave pour 3o.ooo dinars. Fadl lui en fit des reproches et, lui rendant la jeune fille, lui dit qu'il l'exigerait une seconde fois en présent de l'ambassadeur de Byzance; mais Ishâk devrait s'en faire donner 5o.ooo dinars. Cette fois encore, on conclut pour 3o.ooo. Fadl ayant, une troisième fois, demandé cette esclave à renvoyé du gouverneur du Khorassan, Ishâk en reçut 40.000 dinars. Faisant venir la jeune fille, Fadl dit à Ishâk : « Prends ton esclave et emmène-la. » Le protégé du vizir épousa cette esclave, à laquelle il devait sa fortune (i).

Fadl combla de bienfaits le poète Aboù'n-Nadîr, qui, toute sa vie, resta attaché aux Barmécides (2). Un autre poète, Fadl Ar-Rakâchî, recevait de lui i.ooo dinars par an (3). Ce fut à une poésie à Téloge de Fadl que Mansoûr An-Nimrî dut sa fortune (4).

Un poète indien venu du Sind et ne connaissant que sa langue maternelle se présenta un jour devant Fadl et lui Vécita des vers dans lesquels il vantait sa générosité (5). Le

(i) Aghânîy V, 21. Cf. Al-Fakhrî, 276-279.

(2) Aghânf, X, 100.

(3) Op. cit., XV, 36.

(4) Op.ciU.XlU 17.

(5) Voici ces vers, tels que les donne Yezdî avec leur traduction arabe :

)ijX^ ^\f ^\f « Quand on mentionne les actions généreuses telles qu'on ne peut les sur-

c'est-à-dire :

vizir, d'un ton dédaigneux, demanda ce que cela signifiait. Un Arabe lui ayant traduit les vers de l'Indien, F'adl fit aussitôt donner à celui-ci i.ooo dinars, un chameau de course et une robe. L'interprète, de son côté, reçut 5oo dinars (i).

passer, c'est de toi seul qu'il s'agît, de toi dont la générosité passe en proverbe. » — Le Modjmel ot-tevârîkh, qui renferme aussi cette anecdote, donne une autre leçon (fol. 223) :

Cf. Ch. Schefer, Chrest. persane, II, p. 38 des notes. (1) Yezdî, Tarikh, 26. — Baranî, Akhbâr-é Barmekiyân, éd. de Bombay, 2g-3o.

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