‹ Les barricades, scènes historiques, mai 1588Chapitre 19 sur 61 · L.4. GUICHE · texte numérisé non relu

L.4. GUICHE

Dites plutôt comme une amoureuse suit son

fiancé.

Murmure moqueur.

d'elbesne.

Monsieur , ce sont -là de mauvais propos.

LA cncHE , riant.

Allons , monsieur l'abbé , ne vous effarouchez pas : vous savez fort bien , tout comme nous ,

<ine nous avions deux reines de France, et que le signor d'Epernon en était une.

d'elbe>>"e.

Pour le coup , ceci est scandaleux.

LE CHANCELIER

Messieurs , messieurs , trêve sur ce sujet.

Pendant ce colloque, sont entres quelques gentilshommes, et ni'ec eux , Miron le me'decin etGeorget le fauconnier.

GEORGET , s^ approchant de V oreille de Miron. Notre ami La Guiclie est un sot : il ne sait pas que c'est à sa femme que va revenir l'emploi du d'Épernon j il chante un gloria pafri a. son

MIRON

Tais-toi , mauvaise langue.

VILLEÇriER

Qu'est-ce que raconte mon bon ami Geor-

get?

LE CHANCELIER

Il a l'air tout triste , le cher enfant.

GEORGET

Oui, parbleu î je suis triste, j'ai bien de quoi.

i68 LES BARRICADES.

LA GTJICHE.

La fouille a-t-elle tordu le cou à tes faisans ?

GEORGET

Oli! si ce n'était que la fouine , je n'aurais pas peur • mais c'est bien autre chose vraiment.

VILLEROI

Allons , hâte-toi , mauvais pasquin.

GEORGET

Messieurs, je suis disgracié, moi et les miens. — Vous riez? mais savez-vous que voilà vingt jours au moins que je n'ai reçu de visite royale; voilà vingt jours que Sa Majesté n'a donné une miette de biscuit à ses bijoux , ni un grain de tournesol à ses perruches 5 vous direz ce que vous voudrez , mais mes affaires prennent une vilaine couleur.

LA GUICHE

Mon pauvre garçon , c'est qu'il y a de grandes réformes chez nous depuis ces vingt jourslà. Tu n'es pas le seul qui t'en plaignes ; demande plutôt à la Sainte-Beuve et aux autres de sa trempe.

Tu vois bien que nous ne portons plus nos bilboquets....

VILLEROI

Et nos sacs de pénitens non plus.

GEORGET

Oui , je comprends tout cela 5 mais mes pauvres camarades qui n'y entendent rien sont tout consternes : les petits chiens pleurent , les écureuils gémissent.

VILLEQUIER

Et les loups , que font-ils?

GEORGET

Les loups ! vous savez bien que nous les avons mis à la porte avec les lions et tous ces messsieurs à grande gueule et à grosses dents....

VILLEQriER.

Ah ! c'est vrai , depuis ce rêve

GEORGET

Oui, depuis que Sa Majesté s'est vue, en songe , dévorée par des animaux qu'elle nourrissait de sa main. Mais je crois qu'on aura eu ))ien tort de donner congé à ces innocentes

bêtes , car tous les bons astrologues disent que c'est de loups portant pourpoints ethautsde-chausses que le rêve a voulu parler.

VILLEROI

Maitre Georget fait Tinsolent, ce me semble.

VILLEQUIER

En tout cas , le plus grand loup de tous n'est plus dangereux pour Sa Majesté.

d'elbenne.

Vous en êtes donc toujours sur ce chapitre , monsieur ?

VILLEQriER.

Ma foi , monsieur , vous me permettrez de parler de ce qu'il me plaît.

d'elbe>>e.

Vous me permettrez aussi de défendre ceux, que vous insultez.

VILLEQUIÈR.

Si vous le prenez sur ce ton-là , monsieur .

vous n'aurez pas le dernier.

La porte de la chambre du Roi s'ouvre , deux pages sortent, l'un portant le chapeau , l'autre le missel ; le Roi les suit, accompagné de Du Haldi: son e'cuyer et de deux officiers des gardes.

tK DES PAGES , annonçant .

Le Roi.

LE ROI

D'où vient donc tant de bruit, messieurs? Voilà un quart-d'heure que vous me troublez dans mes dévotions. — Pourquoi cet air animé , d'Elbenne? je vois qu'on s'est encore pris de querelle. En vérité, nous avons déjà bien assez de soucis, sans nous en créer encore à plaisir par nos discordes. Comment faisiez-vous donc les autres années , messieurs ? il me semble que vous étiez toujours en paix. Il est vrai qu'alors on s'amusait davantage à la cour. Eh bien ! l'on peut encore user du remède : nous ne porterons pas long-temps le deuil de mon cousin de Condé , et mon dessein est de ressusciter pour ce mois de mai quelques-unes de nos belles fêtes. Nous irons mercredi à Saint-Germain saluer le retour du printemps : je veux y voir mes lilas en fleur 5 ils promettaient déjà beaucoup la semaine passée , quand nous accompagnâmes d'Epernon.

d'elbenre, s"* approchant du Roi, lui dit à Voreiîîe.

Sire , faites , je vous supplie , que je puisse

entretenir un instant Votre Majesté : il y va

du salut de votre personne et de l'État.

LE ROI

Tout-à-l'heure , mon cher abbé, tout-à- 1 heure; vous me laisserez bien cinq ou s« minutes pour faire mes civilités.

d'elbenne , has à Miron.

Eh bien ! que vous avais-je dit ? on a plus de peme à lui parler raison qu'à faire aller cent paresseux à l'école.

Ah çà ! Villequier , vous allez avertir vos dames de nos nouveaux projets ; il faut préparer a force les joyaux et les dentelles. Nous porterons les fraises à quatre rangs cette année. — ( a c?'0. ) Est-ce que la surintendante compte encore faire l'exilée durant tout l'été ? diteslui donc que notre cour vaut bien ses jardins , fussent-ils plus beaux que ceux d'Armide.— ( à La Guiche. ) Et votre femme , nous la verrons aussi , j'espère ? voilà huit jours que je la cherche en vain chez la reine.

LA GUICHE

. S;re , une indisposition légère....

LES BARRICADES. ijS

LE KOI , voyant (TElbenne qui s' avance pour lui renouveler sa demande.

Messieurs , la reine reçoit ce matin : veuillez

descendre auprès d'elle , vous lui annoncerez

ma venue.

Les gentilshommes sortent peu- a- peu ; Villequier donne le bras à La Guiche , et lui dit :

D'où vient donc cet accès de bonne humeur?

LA GUICHE

Il faut qu'il n'ait pas encore vent des nouvelles.

VILLEQriER.

Mais monsieur l'abbé est là pour le mettre au courant.

LA CriCHE.

Justement , le voilà qui reste ; il va lui défiler son chapelet.

Ils sortent.

LE ROI , resté seul avec d'Elbenne.

Eh bien ! d'Elbenne , vous venez donc encore sonner l'alarme ? sans doute quelque nouveau complot du genre de celui de Vincennes ? d'elbein'ke.

Oui, Sire, c'est encore un complot 5 mais

i74 LES BARRICADES.

pour cette fois il ne sera pas si facile de le déjouer. Ecoutez , je vous prie : ce matin au lever du jour, le lieutenant Poulain est venu chez moi

LE ROI

Comment , toujours votre Nicolas Poulain ?

d'elbekxe.

Que voulez-vous, Sire, son zèle est aussi infatigable que la méchanceté de vos ennemis,

LE ROI

Mon cher d'Elbenne- voulez-vous m'en croire , vous êtes dupe de cet homme-lk. Je lui trouve une odeur de huguenot .'...

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