I^ES BARRICADES
mez mieux vous promener à Tentour de notre Paris , débaucher nos soldats , frapper nos villes de conti^ibutions , ou les prendre en votre nom : métier de maraudeur plutôt que d'un fils de Lorraine ! Par la sainte messe ! vous avez là une singulière façon d'entendre le zèle pour la religion ! vous nous inventez de nouveaux articles de foi, mon cousin ! A votre compte , tous ceux qui osent me servir . sont des hérétiques , et c'est contre eux que vous tirez répée. Dites-moi , étaient-ils huguenots ces deux régiments de mes gardes que vous avez taillés en pièces devant Boulogne ? et toutes ces villes dont vous avez forcé les portes , Péronne, Abbeville, Provins et tant d'autres, étaient-elles hérétiques? Morbleu ! la chose est claire ; tout ce beau dévoùment pour la sainte cause n"est qu'aune couleur hypocrite dont vous déguisez vos vrais desseins. Ne pensez pas que je m'y trompe 4i»'est à moi que vous faites la guerre ! '^ '
GUISE
Sire , pouvez- vous croire ...
J'en crois vos amis , qui ne se donnent pas ,
comme vous, la peine de cacher leurs projets. Ne vont- ils pas prêchant au peuple que vous êtes fils de Charlemagne , et que , si je suis roi, c'est en usurpant votre place ? Vous avez beau vous envelopper de ténèbres , il fait grand jour sur vos actions et vos pensées. Par bonheur , ces hommes perfides contre lesquels vous vous déchaînez si bien, sont là pour m'éclairer. Je conçois à merveille votre rage contre eux ; mais ce que je ne comprends pas , c est que vous choisissiez si mal les motifs de vos accusations.. A qui ferez-vous croire que La Valette est hérétique ? n a-t-il pas fait cent fois ses preuves ,, et ne vient-il pas encore d'exterminer tous les huguenots du Dauphiné ? Quant à d'Épernon , ne Tavez-vous pas vu vous-même jouer sa vie vingt fois dans nos dernières rencontres avec les Allemands? Mais, en vérité, je suis bienbon de descendre à les justifier ; ne suffit -il pas , pour les absoudre , que je les honore de mon amitié ? S'ils me plaisent , n'est-ce pas assez ? faut - il encore qu'ils soient à votre goût ? ne devrais -je pas aussi prendre conseil de vos maudits bourgeois? Morbleu ! ce n'est pas assez d'oser me dicter des lois ils voudraient encore
régler mes affections à leur fantaisie ! mais ne suis-je donc plus roi.... roi de France? Grâce à Dieu , cette troisième coui'onne dont on se promet de me décorer n'est pas encore sur ma tète!...
Sire , je ne comprends point ce que Votre Majesté veut dire...
LE ROI
Demandez à votre sœur , elle vous montrera ses ciseaux d'or , elle vous dira l'usage qu'elle veut en faire j demandez-lui aussi comment il se peut que , depuis quinze jours que je lui ai donné l'ordre de sortir de la ville , elle soit assez osée pour s'y montrer publiquement...
GCISE.
Sans doute elle n'aura pas cru que Votre
Majesté...
LE ROI
Justifiez-la si vous voulez , mais ne l'imitez pas 5 ou , du moins , si vous ne pouvez vous arracher de ce cher Paris , changez votre discours et votre conduite , et ne venez plus me donner vos volontés pour lois.