LES BARRICADES. 2G
GCISE.
Dieu me garde , Sire , d'oser vous imposer des lois ; mais vous me permettrez de souhaiter que Votre Majesté s'inquiète davantage des vœux de son peuple et du salut de notre sainte église.
LE ROI
Duc de Guise !..
GUISE
Je conçois que mon langage vous étonne ; les hommes que je viens de vous dénoncer ne vous ont accoutumé qu'à la flatterie et au mensonge.
LE ROI
Duc de Gruise , vous passez les bornes du respect.
crisE.
Sire , je veux remplir mon devoir.
LE ROI
Vous voulez... ! je vous en dispense.
GUISE
J'obéis , Sire ; mais ne croyez pas que je renonce à vous présenter ma requête ; j'ai trop à cœur la gloire de Votre Majesté, l'intérêt de notre sainte religion et le bonheur du peuple.
LE ROI
Comme vous voudrez , mon cousin, mais pas en ce moment.
GUISE , d'un ton assuré.
Non, Sire, pas en ce moment j je prends congé de Votre Majesté.
LE ROI
Allez, mon Cousin.
Guise , après avoir adressé quelques saluts au Roi et à la Reine , fait un signe à ses gentilshommes qui se retirent à la file Lui même ayant fait un noui'eau salut, reprend le chemin par lequel il est venu , accompagne' de Brissac et de Bois -Dauphin. 'Alors le Roi qui jusque-là a gardé le silence , se retourne vers sa mers et lui dit :
Eh bien ! madame , voilà votre ouvrage ;
vous voyez comme il est parti ! — Et vous ,
Villequier , je vous remercie de vos conseils ;
vous m'avez bien servi ! Hier j'en aurais eu
bon marché 5 mais aujourd'hui le voilà
en force ; il est enraciné dans cette maudite
ville... .
CATHERINE
N'en croyez rien , mon fils , je vous réponds encore qu'il n'osera rester.
LE ROI
Qu'il fasse ce qu'il voudra ; qu'il reste, qu'il s'en aille , peu importe ; mon parti est pris : il faut en finir avec un tel homme j il faut vivre en repos.... demain.... ce soir , peut-être, les Suisses entreront dans la ville. — Adieu , ma mère.
CATHERI>"E.
Vous partez déjà , mon fils !
LE ROI
Oui ; voici l'heure du dîner , la Reine m'attend. — Alphonse, suivez-moi , et vous aussi ,
Bellièvre.
Le Roi et sa suite sortent.
viLLEQuiER , à la Reine.
Pour le coup, je suis disgracié. Voilà pourtant ce qu'on gagne à servir Votre Majesté
CATHERINE
Heureusement les disgi'âces ne vous fout pas grand'peur , et vous avez le secret de leur donner courte durée. Villequier , Villequier , ne perdons pas courage !
VILLEQUIER
Votre Majesté doute-t-elle du mien?
CATHERINE
Non , mon ami , et jespère bien que vous allez retourner au Louvre , malgré la disgrâce.
VILLEQUIER
Je ne demande pas mieux ; mais je crois que nous n'y gagnerons rien. Le roi a ses Suisses dans la tète , et pour rien au monde....
CATHERINE
S'il ne veut pas vous écouter vous irez chez la Montpensier, puis à l'hôtel de Guise— Entre nous , je ne crois pas que notre lorrain soit aussi résolu qu'il en a l'air.,..
VILLEQTJIER.
Je ne dis pas non ; mais on le pousse, et nous n'en obtiendrons jamais....
Essayez toujours , Villequier; tant qu'ils ne seront pas aux prises , il faut tout faire pour les séparer.... Vous savez , au surplus....
La Reine lui prend le bras et ils s'enfoncent dans une allée.
DAviLA , à Gugîielmo.
Eh bien ! monseigneur , et la gageure?
GUGLIELMO
Ne te crois-tu pas déjà vainqueur?
DAVILA
Mais , à-peu-près. Demain ou ce soii', peutêtre. .. Tu as entendu?
GrCLIELMO.
C'est justement parce qn'il le dit qu'il ne le fera pas.
DAVILA
Prépare - toi toujours a fouiller à l'escarcelle.
GUGLIELMO
Mais non , morbleu ! ton pénitent n'osera
jamais Je m'apprête à manger tes sorbets j
va nous les commander , mon garçon , va, je ferai tes honneurs.
Ils rentrent dans l'hôtel.