MAYNEVILLE
Oui , monseigneur , ils disent qu'ils ne veulent le recevoir que de vous : ils ont refusé
celui que le maréchal de Biron leur a envoyé selon la coutume.
LA DUCHESSE
Allons, vive Dieu! ma bonne étoile ne m'abandonne pas 5 mais pour le coup , c'est encore mieux que les cinq cents doublons.
d'espignac.
Certes voilà des bourgeois bien honnêtes. C'est une manière de vous souhaiter la bienvenue , monseigneur.
Li. DUCHESSE.
Mais à quoi peusez-vous , Henri? vous ne descendez pas vers ces braves gens ?
GUISE , distrait.
Rien ne presse , ce me semble.
LA DrCHESSE.
Comment , rien ne presse ? ijjas.) Vous voulez donc qu'ils se défient de vous ? Prenez garde , Henri.
GUISE , à demi-voix.
Ma chère amie , ne vous donnez pas tant de
peine. Croyez-vous donc que je sache assez
peu mon métier de capitaine , pour refuser le
mot d'ordre à des soldats qui le demandent ?
Il sort, suivi de Mayneville.
LA DLCHESSE.
En vérité, d'Espignac , je ne comprends pas mon frère : il est d'une froideur... ! Elle se dirige avec d'Espignac vers la fenêtre ;
l'ambassadeur et Brissac restent devant la chc
minée.
Le voilà cependant au milieu d'eux : allons , courage, il ne s'y prend pas mal... — Ah! les braves gens que ces bourgeois ! C'est bien bon signe de les voir en si belle disposition à dix heures du soir : ils n'ont pas besoin du soleil pour se monter la tête. — Mais que va dire de cette visite le frère pénitent ?
d'esptgxac.
Il m'est avis qu'il va se ruiner en cierges.
LA. DUCHESSE
Ah ! quand il ferait fondre toute la cire du royaume en l'honneur de la bonne Vierge , il ne ferait pas que son mot du guet ait été accepté ce soir. La ville est ix nous, n'est-ce pas d'Espignac?
EÀle se rapproche de la cheminée et dit à l'ambassadeur :
Je suis sûre que monsieur l'ambassadeur est au moins aussi content que moi de tout ce qui se passe ?
l'ambassadeur.
Ah! madame... oui , madame... c'est un grand bonheur pour moi... et pour la sainte église catholique.
La duchesse et d'Espignac retournent devant la croisée.
LA DUCHESSE
C'est , je crois , maître Bussy , notre procureur , que j'aperçois la-bas ? il est partout , ce petit homme. — Mais voyez donc comme ils ont bonne mine tous ces bourgeois I d'honneur . j'en suis folle.
d'espignac.
Ces pauvres diable5 ne se doutent guère de leur bonne fortune.
LA DUCHESSE
Allez les en instruire . si vous voulez : ajoutez même que s" il le faut je les embrasserai tous les uns après les autres.
d'espig>"ac.
Miséricorde î vous n'êtes pas difficile : je n'en dirais pas autant de leurs femmes. LA DUCHESSE , riant.
Seigneur-Dieu ! je le crois bien , un archevêque... !
Les bourgeois crient de nouveau : Vive Guise! vive monseigneur de Guise !
d'espignac.
Voilà la conférence terminée ; dites adieu à
Tos chers bourgeois.
Entre Guise.
GUISE , à la duchesse.
Eh bien ! êtes-vous contente , madame ?
Madame , dites-vous ? est-ce sérieusement ?
GUISE
Comme vous le voudrez.
LA DUCHESSE , luifaisaut la réuérence.
Eh bien ! Sire , je vous en remercie.
l'ambassadeur , à d'Espignac.
Ne dit-elle pas Sire ?
d'espignac.
Oui , monseigneur 5 plaisanteries de famille j c'est une manière de dire , mon frère , en Lorraine.
la duchesse.
Je ne suis pas curieuse , mon cher Henri , mais si vous pouviez , sans indiscrétion , nous faire connaître ce fameux mot du guet ? guise.
Trois noms de ville.
LA ÈUCHESSË*
Je lèâ devine : Rome , Nancy , PâHâ,
t)'£SPîGNACi
Il y en a pour tous les goûts.
l'ambassadel'r , à cPEspignac.
Et Madrid ? pourquoi n'avoir pas dit Madrid ?
d'e8PIGNAC.
C'estsous-entendu, monsieur Tambassadeur.
Guise prend a part d'F.spii^nac , la duchesse s'approche d'eux; l'ambassadeur reste devant la chemine'e avec Mayneville et autres,
GUISE , à cCEspîgiiac.
Je viens de faire un grand pas ; me voilà hors de la ligne que je m'étais tracée, et dans la nécessité de tout précipiter 5 à mon avis , c'est un malheur , mais les événemens sont plus forts que moi.
LA DrCHESSE.
Dieu soit loué et vous aussi, mon cher Henri ! Je tremblais de vous voir marcher à pas de tortue, et j'en mourais déjà d'impatience.
GUISE
Et toi , d'Espignac , que dis-tu du nouveau plan ?
■2gS LES BARRICADES.
d'espignac.
Pour mou compte je ne serai pas fâché que mon ami d'Épernon soit pendu quelques jours plus tôt.
GUISE
Tu ne doutes donc pas du succès ?
d'espignac.
J'en suis aussi sûr que de ma haine pour ce chien de d'Epernon.
GUISE
Il faut pourtant ne rien négliger : nous passerons la journée de demain à recruter des amis
d'espignac.
Vous en trouverez , soyez tranquille.
GUISE
Surtout ne rien laisser au hasard.... î
d'espignac.
Avec des cartes comme les vôtres , croyezmoi, monseigneur, on peut jouer jeu sur table j c'est une partie gagnée.
LA DUCHESSE