‹ Les bas-bleusChapitre 39 sur 42 · L\ .SOEUR EMMERICH · texte numérisé non relu

L\ .SOEUR EMMERICH

c'est presque un autel,* et dans le désert, un autel est sublime encore ! Seulement, parce qu'il a fait son métier de prêtre, désintéressé de gloire humaine, -et profond d'intention religieuse, est-ce une raison pour que nous, les critiques mondains, nous soyons dispensés de faire le nôtre, en ne portant pas la lumière sur ce qui est beau de la beauté humaine... et littéraire, la plus nette, la plus pathétique, la plus impérieusement incontestable, et cela indépendamment du sujet sur lequel s'est produite cette beauté inouïe et de l'explication surnaturelle qu'il faut en donner?

Parce que nous n'avons pas mission de dire avec ascendant le grand mot religieux qui convient sur les mérites extraordinaires de la sœur Emmerich, est-ce une raison pour ne pas risquer notre humble mot de crftique littéraire sur ce quelque chose qui, en lin de compte, s'est résolu en elle par ce qu'on est bien obligé d'appeler du talent, et du talent jusqu'au génie...? Et parce que la cause de ce l'ésultat est surnaturelle, fautil renoncer à caractériser, comme nous le ferions dans un poëte inconnu s'il venait à naître, le genre de beauté qu'elle a laissé derrière elle à la Critique et à la Littérature, ces deux jouisseuses, dont l'adorable âme en Dieu qu'elle était, cette sœur Emmerich ne se doutait pas !

Repétons-le sans cesse, elle ne se douta jamais de rien. Elle ne sut jamais rien, du moins avec nos manières de connaître... Elle n'avait rien appris que de son Ange gardien, qu'elle voyait toujours, extatique dès l'enfance, sans se douter de son extase ! Elle était la fifle de paysans westphalicns, gardeuse de brebis ou de vaches, dès qu elle put se tenir debout sur ses pieds en sabots ou nus, qui devaient, un jour, éclater du carmin lumineux des stigmates ! C'était une enfant de la pâle et sainte misère et de la rose Patience, comme dit si profondément Shakespeare, qui se connaissait en Anges, mais qui, lui, ne les avait pas vus ! Elle n'eut jamais de quoi payer sa

vêture au couvent, et elle n'y fut reçue que par- dessus le marché d'une autre religieuse plus riche, qui l'y fit entrer, comme en la traînant après elle.

Eh bien ! cette petite va-nu-pieds, ce brin de genêt à mettre au pied d'un bénitier tout au plus, était, même dès lors, destinée à devenir une Sainte et un poëte du même coup, — du même coup de la grâce de Dieu sur son berceau ! La Sainte ! Il faudrait presque être saint soi-même pour en dire l'histoire. Mais c'est du poëte, de l'immense poëte, qui s'ignorait, caché dans la sainte, qui s'ignorait aussi, que nous voulons vous parler ! Abîme d'ignorances, lun sur l'autre, avec le génie et la sainteté, tout au fond !!

Ah ! la sainte ! nous l'honorons spécialement dans la sœur Emmerich, qui est une sainte à grâces spéciales, dans la sainteté même, une sainte à visions...^ et ce motlà est pur d'ironie, puisque nous sommes chrétien et que sur cette question de visions comme sur celle de miracles, nous n'avons pas d'autres doctrines que celles de l'Église romaine. Nous savons bien que la vie de la sœur Emmerich renverse ce que les savants appellent modestement les lois naturelles, comme s'ils les tenaient dans leur main ! Nous savons bien, enfin, que cette terriblement privilégiée de Dieu, cette marquée par lui. cette grande stigmatisée, n'est explicable et intelligible que comme l'Église l'explique, à cette forte époque incrédule qui, hier encore, s'affolait de tables tournantes ; et, par parenthèse, on peut apprendre comment l'Église l'explique dans les introductions très-bien faite? que M. l'abbé Cazalès a placées à la tête des œuvres de la sœur Emmerich.

Mais comme ces points sont pour nous hors de doute, nous n'avons pas à les discuter. Toute notre affaire à nous, — nous l'avons dit, — c'est de montrer le poëte qu'on ne voit pas plus que la sainte dans la sœur Emmerich ; le poëte, dans cette paysanne qui parle patois westphalien, invisible encore plus peut-être que la

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