DT
nul cas de leur individu. partout où se présente un danger, semblables en cela aux amibes qui animent les appareils tégumentaires de défense, que l’on observe chez les métazoaires, et surtout aux phagocytes qui, bravant tout et n’écoutant que leur devoir, c’està-dire obéissant aveuglément à une impulsion mystérieuse, à une force réactionnelle d’origine interne, se précipitent sur l'ennemi et lui défendent l'entrée de l'organisme avec un acharnement dont la mort sera souvent la seule récompense.
La nutrition est assurée par l’empressement que déploient les travailleurs en allant sans cesse quérir audehors des aliments et des matériaux de toutes sortes, en les accumulant dans des magasins spéciaux, en les préparant pour en faire la bouillie des larves et l'ambroisie de la reine, liqueur d’immortalité au vrai sens du mot.
La dénutrition et l’excrétion sont assurées par le soin que prennent les ouvrières, de recueillir et conduire au-dehors les cadavres, les déjections et tout ce qui pourrait souiller l’air et le sol de leur demeure. Quand des abeilles ouvrières, occupées au nettoyage de la ruche, se trouvent en présence d’un objet (petit mammifère parasite mort, etc.) trop volumineux pour qu'elles puissent l’entraîner au dehors et qui, par la putréfaction qu'il va subir, menace de vicier l'air de la ruche, elles l’enveloppent soigneusement d'une substance résineuse (propolis) correspondant assez bien au point de vue des usages auxquels elle est employée à la fibrine des métazoaires. De même, dans un organisme-métazoaire, lorsque les amibes ouvrières rencontrent un objet (corps étranger ou tubercule) qu’elles ne peuvent éliminer et qui menace, par ses propriétés
RON re
nocives, le bon fonctionnement de l'organisme, elles l’enveloppent soigneusement de fibrine ou de calcaire et le mettent ainsi hors d'état de nuire.
La circulation des travailleurs et, par suite, des matériaux et des vivres, s'effectue sans interruption dans toutes les parties, dans tous les coins même les plus reculés de ce magnifique organisme, etil n’est pas jusqu à l'appareil propulseur de cette circulation qui n'y soit représenté par ces soldats qui, apostés de distanceen distance, activent lezèledes travailleurs, cependant déjà si empressés, par le claquement régulier et cadencé de leurs formidables mandibules.
Des dispositions fort ingénieuses ont été prises pour assurer la ventilation, le maintien d'une température douce et constante et d’un état hygrométrique convenable.
L'innervation est effectuée par ce frôlement réitéré des antennes, à l’aide duquel un termite ne manque jamais de se mettre en communication, nous allions dire en communion d'idées, avec tout autre termite qu'il rencontre, d’où il résulte qu'en un instant, un ordre, d’où qu’il émane, fait le tour de la termitière et se trouve promptement et ponctuellement exécuté. En raison même de l'éloignement possible et fréquent des associés, — car ici les éléments sont mobiles dans un édifice fixé, tandis que chez le métazoaire les éléments sont pour la plupart fixes dans un édifice mobile, — en raison, disons-nous, de l'éloignement possible et fréquent des associés, les procédés de continuité nerveuse se sont modifiés chez eux et ont acquis une subtilité incroyable. Lesinsectes ont appris à agir les uns sur les autres à distance à l'aide d’une conductibilité nerveuse dont le mécanisme nous échappeet qu'invoquent, à tort
ou à raison, à l'appui de leurs croyances, les adeptes de l'envoûtementet des influences hypnotiques et SUL0'estives à distance. On reste confondu, quand on voit une Pilulaire en détresse trouver réunir et mettre aucourant de son embarras, en fort peu de temps, les auxiliaires dont elle a besoin. La femelle de certains papillons nocturnes, même encore renfermée dans sa coque nymphale, attire de loin les mâles ; la ruche exerce sur l'abeille, à la distance de plusieurs kilomètres, comme le nid exerce sur le pigeon et l’hirondelle, à des distances extraordinaires, une attraction à laquelle ils peuvent à peine se soustraire. On a parlé d'odorat, de sensspéciaux, mais on n’a encore donné, croyons-nous, de ces étonnants phénomènes, aucune explication satisfaisante. Sans prétendre à mieux faire que nos devanciers, disons seulement que ces liens, quiunissent entre-eux les divers éléments constituant d’un organismecité, sont certainement de même nature que ceux qui, dans un organisme-métazoaire, relient entre elles les diverses amibes. Ici cette solidarité s'explique le plus souvent par la continuité qu'établissent les filets nerveux, mais on ne saurait expliquer ainsi l'appel des leucocytes dans un point lésé de l’organisme, ni l’appel dans les germes, ovules et spermatozoïdes, de cocci issus des diverses parties de l'organisme mâle et femelle, fait sur lequel nous aurons à revenir plus tard. La liberté relative dont jouissent les éléments constituants d’un organisme-cité n’est pas telle qu'elle doive nous faire méconnaître les liens invisibles qui les unissent. C’est même à la solidité de ces liens impalpables qu'est dû le caractère de fatalisme et d’automatisme empreint sur tous leurs actes.
À lafaveur decette merveilleuse organisation, la reine
TU
termite, exempte de toute autre préoccupation, se livre tout entière à son devoir de mère, pondant journellement ses œufs par milliers. De nouvelles chambres sont construites à mesure qu'augmeute le nombre des larves et tous les membres de l'association veillent à qui mieux mieux à la conservation et à l'entretien de ce trésor, raison déterminante de toute leur activité et fruit de leur commun labeur. Enfin, de cet organisme hermaphrodite, sortent en foule, au jour fixé pour là reproduction, les insectes mâles et femelles nés dans le courant de l’année. La copulation a lieu ; les mâles meurent par milliers et les œufs de la cité, connus sous le nom d’essaims, constitués chacun par une femelle fécondée, entourée d’un groupe nombreux d’ouvrières dévouées, expérimentées etbien pourvues de provisions vont créer, à quelque distance de là, autantde nouveaux organismes-cités.
Voilà donc deux groupes bien distincts qui résultent de la différenciation fonctionnelle et anatomique des membres d’une cité : un groupe de reproducteurs ayant pour fonction de créer la population de nouvelles cités (femelles fécondées) et un groupe d'ouvriers chargés de construire ces nouvelles cités et d'accomplir en elles les diverses fonctions dont elles vont devenir le siège. Nous n’insisterons pas davantage sur l’étroite solidarité qui existe entre ces deux groupes et nous nous contenterons de remarquer que toute l'activité déployée par le groupe ouvrier a pour but suprême la protection et l'alimentation du groupe privilégié, de la reine, mais tout particulièrement de la substance vivante transmissible qu'elle porte en elle sous formes d’ovules, — nous nommons/ransmissible cette portion de la SUBSTANCE YIVANTE, parce qu'elle est destinéeà se transmettre indéfi-
AP rieh ré Sd
niment, d’un organisme à un autre, sans interruption, | par voie ovulaire, non pas éternellement, maistout le temps qu'elle trouvera réalisées les conditions nécessaires à satransmission.
La partie mortelle, périssable, de l’organisme-cité, en entendant par là à la fois l'édifice et tout le groupe ouvriér, n'a donc pour but que de favoriser la multiplication, la protection et l’alimentation des germes qui. à l'époque de leur maturité, vont le quitter pour se disséminer et fonder à leur tour de nouvelles cités chargées des mêmes fonctions.
MÉTAZOAIRES, — Cet exposé sommaire de la physiologie d un organisme-cité supérieur a sans doute évoqué dans l’esprit du lecteur le souvenir de celle du métazoairesupérieur, —1la même comparaison pourrait d’ailleurs être établie entre cités inférieures et métazoaires inférieurs. — Or, nous le demandons, l'identité de fonctionnement présenté respectivement par ces deux sortes d'organismes n'est-elle pas frappante ?
. Nous ne nous étendrons pas davantage sur le mode de
fonctionnement du métazoaire, il est bien connu, et nous nous contenterons d'appeler l’attention sur un point important de la biologie de cet organisme.
Déja Weissmann avait reconnu, longtemps avant que nous ne le fassions nous-même, à une époque où nous n'avions pas encore lu ses travaux, que les amibes constituantes d’un organisme-métazoaire forment deux groupes distincts qu’il appelle cellules somatiques et cellules reproductives où de propagation. Ces dénominations sont justes et cependant nous leur préférons celles que nous avons adoptées : amibes ouvrières et amibes transmissibles, parce qu’elles expriment plus complètement leur nature et leur destination. C'est, on le voit,
une distinction correspondant trait pour trait à celle que nous avons établie tout à l’heure entre les divers métazoaires, membres d’une même cité. Aussi réunissons-nous les cocci ouvriers, les amibes ouvrières et les métazoaires ouvriers, d'une part et, d'autre part, les cocci transmissibles, les amibes transmissibles et les métazoaires transmissibles sous les deux rubriques : caste sacrifiée et caste privilégiée. (1).
AMIBES. — L'amibe étant beaucoup moins connue que le métazoaire, exigera de plus amples développements. Nous croyons devoir, avant de commencer sa description,avertir le lecteur qu’il yrencontrera chemin faisant des vues personnelles qui pourront le choquer momentanément en raison de la discordance qu’elles offrent avec les idées généralement reçues. Notre facon d’interpréter l’amibe n’est pas hypothétique, cependant ; elle est la conséquence rigoureuse delagrande loi biologique que nous exposons en ce moment; elle est confirmée, enfin, par l'analyse histologique.
Delage, après avoir étudié les fonctions de la cellule : assimilation, travail, reproduction, observe que, « dans « la plupart des phénomènes dont se compose sa vie, « l'être pluricellulaire ne diffère en rien d’essentiel de la « cellule isolée : l'assimilation et l'accroissement, letra- « vail sous ses deux formes, production de substances «et production de mouvements, ne sont, dit-il, dans « l'individu pluricellulaire que la somme des assimila-
(1) La distinction que nous établissons entre caste privilégiée et caste sacrifiée a une importance majeure, mais ilne faut pas la croire absolue. Il s'est établi, dans le cours de l’évolution de la suBsraNcE vIVANTE, entre ces deux castes, une lutte dont nous nous proposons de retracer les curieuses péripéties dans un chapitre intitulé la Guerre des castes.