La vie et la mort
cellules très simples : les monères, et si toutes les formes de la vie n'étaient pas sorties par une lente évolution de masses protoplasmiques assez peu cohérentes qui en auraient été les premiers rudiments. Darwin concluait : « Plusieurs des espèces actuelles sont cousines, comme le sont les rameaux d'un arbre généalogique. » Hœckel 1 conclut : « Toutes les espèces actuelles sont sorties comme les branches d'un grand chêne d'un tronc de vie unique. »
D'autre part, à mesure que la science biologique a avancé davantage,, elle a trouvé des confirmations nouvelles des vues évolutionnistes. Elle en a découvert dans Y embryologie. Cette science a révélé l'étrange ressemblance qui existe, au début de leur formation, entre les fœtus des divers animaux vertébrés ; elle a fait voir comment chaque embryon avant de prendre sa forme définitive hésite, pour ainsi dire, entre diverses formes spécifiques ; elle a constaté comment beaucoup d'entre eux portent, à un moment de leur développement, des organes qu'ils perdent ensuite avant la naissance, alors que ces organes subsistent, pleinement utiles, dans certaines espèces animales. Elle a ainsi suggéré cette idée que chaque embryon pouvait bien vivre en raccourci, avant sa naissance, les phases par lesquelles, avant de devenir elle-même, son espèce, avait sans doute passé. — La paléontologie a été plus suggestive encore. Elle montre comment, dans l'univers, les formes vivantes ont singulièrement varié. Les plus anciens des fossiles connus appartiennent à des espèces animales et végétales relativement très simples. Ce sont, d'abord, des trilobites, des mollusques d'un caractère assez rudimentaire, plus
l. Haeckel, Les énigmes de l'univers. Le monisme.
tard des poissons ganoïdes. C'est seulement aux époques secondaires qu'on voit surgir toute une végétation de cryptogames, fougères arborescentes, cicadées, lichens géants ; à ce moment-là, les animaux sont représentés par des reptiles gigantesques, des sauriens monstrueux. A l'époque houillère vivaient des libellules avec des ailes larges de deux mètres ; les mammifères n'existaient pas encore. Ils ont apparu plus tard, à l'âge tertiaire, en môme temps que les plantes phanérogames dont le type existe encore aujourd'hui. Encore est-il que la plupart des espèces de ces temps anciens ont disparu sans retour. Les époques géologiques nous montrent donc une succession d'espèces dont les plus simples ont vécu les premières, les plus complexes les dernières. Elles nous montrent une infinité d'espèces disparuest une infinité d'autres qui sont nées. Faut-il donc admettre, avec Cuvieri, une série de cataclysmes détruisant une à une les flores et les faunes et suivis de créations nouvelles ? Mais la géologie ne croit plus aux cataclysmes. Elle explique par l'action lente de l'air, de l'eau, des glaciers, des affaissementsr des soulèvements, les diverses formes terrestres. Y a-t-il encore place ici pour des suppositions analogues à celles de Cuvier ? Les libellules gigantesques ont disparu. Il en reste de petites. Celles-ci sont-elles d'autres espèces créées à une autre époque ou les premières transformées ? Les fougères arborescentes ont diminué de grandeur. Sont-elles des espèces anciennes modifiées, ou faut-il admettre que la nature, après avoir détruit les premières, en a créé d'autres ? Le mammouth n'existe plus. L'éléphant lui a succédé. Est-il