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Vallery-Radot, Vie de Pasteur

72 LES BASES DE LA riIILOSOHlIE NATURALISTE,

impossible et que ce soit un leurre de la supposer ?

Telle n'est pas ridée de la plupart des naturalistes actuels.

A vrai dire, il y a une chose à laquelle ils ont renoncé. Ils n'ont plus l'espoir de produire par la synthèse d'éléments inorganiques inertes, des individus appartenant à une espèce vivante actuelle, cette espèce fût-elle celle d'un microbe infiniment petit. Ecoutons, sur ce chapitre, ce que dit avec profondeur M. Le Dantec i : « Si l'on arrivait à la synthèse d'une substance vivante, que serait-elle? Il est bien probable qu'elle n'appartiendrait à aucune des espèces actuellement connues... La vie a revêtu et revêt encore tant de milliers de formes différentes que nous n'avons aucune rateon de penser qu'il n'y en a pas une infinité d'autres possibles. Dans la sérénité avec laquelle les adversaires de Pasteur acceptaient l'apparition spontanée des infusoires dans tous les liquides, ce qui nous étonne le plust c'est qu'ils ne s'émerveillaient pas devant l'apparition d'animaux ou de végétaux appartenant à des espèces connues. Et pourtant, ils venaient après Darwin ! Ils ne devaient pas ignorer qu'une espèce aujourd'hui vivante suppose une continuité de vie de milliers de siècles, au cours desquels des événements infiniment variés se sont inscrits dans l'hérédité de la lignée ; chaque espèce actuelle est quelque chose d'infiniment précis et qui raconte, à qui sait la lire, toute une longue histoire pleine de détails extraordinaires, de cataclysmes et de lentes variations. Comment admettre que le premier hasard déterminant, avec la banalité que lui prêtait Pouchet, l'apparition d'êtres vivants dans les infusions,, reproduisît précisément les espèces déjà exis-

l. La lutte universelle.

tantes avec le fardeau de leur hérédité séculaire ? » Si l'on doit pouvoir réussir un jour la synthèse vitale, ce qu'on trouvera vraisemblablement, ce sera une matière d'un caractère très simple et d'une forme très indécise qui présentera ce trait qui est celui de la vie : la faculté d'assimilation.

Or, faut-il penser qu'une découverte de ce genre se fera ou ne se fera pas ? Les biologistes actuels croient presque tous à sa possibilité. Les raisons qu'ils invoquent en ce sens sont d'ailleurs spécieuses.

Il y a un siècle à peine, on jugeait impossibles les synthèses des produits organiques. Les substances qui sont le résultat de la vie chez les êtres vivants, paraissaient de telle nature que la vie seule fût capable de les élaborer. Aujourd'hui, ces substances sont fabriquées couramment dans les laboratoires. N'y a-t-il donc pas des chances pour que ceux qui nient la possibilité de la synthèse vitale soient dans la même situation d'esprit où étaient jadis ceux qui niaient la possibilité des synthèses organiques ? « Quand on considère, écrit Biichneri, les résultats étonnants auxquels est arrivée la chimie synthétique qui a réussi à former de toutes pièces, par des procédés chimiques et avec des substances inorganiques ou inanimées, une série de ccrps dont le développement ne semblait pouvoir s'opérer que par l'intermédiaire des phénomènes vitaux dans le règne animal et végétal, tels que l'urée, l'alcool, l'étlier, le sucre de raisin,, l'acide urémique, les acides oxalique, formique, butyrique, acétique, lactique, des matières grasses et amylacées, des alcaloïdes, etc., on ne doute pas qu'il ne soit possible d'arriver un jour à former, d'une matière artificielle, le protoplasma

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