‹ Les bases de la philosophie naturalisteChapitre 21 sur 39 · Buchner, Force et matière · texte numérisé non relu

Buchner, Force et matière

moins certain, déclarent les psychologues d'esprit naturaliste. Sans doute, on ne peut pas prouver d'une façon absolue que l'homme n'est point libre. Mais beaucoup de sérieuses raisons portent à le croire, et les preuves qu'on invoque pour démontrer le libre arbitre humain sont très loin d'être irréfutables.

Que signifie, d'abord, au juste, cette proposition : l'homme est doué de libre arbitre ? Soit un certain individu d'un certain caractère que nous désignerons par la lettre A. Cet individu est placé dans une série de circonstances B ,Ct D, E. Il pense à accomplir un acte, par exemple à lever le doigt. Deux partis sont, pour lui, possibles : le lever, ne pas le lever. Admettre que l'individu en question est doué de libre arbitre, c'est admettre que, quand il prend l'un des deux partis, il aurait pu aussi bienr au même moment, prendre l'autre. Lui refuser un libre arbitre, c'est, au contraire, déclarer qu'au moment où il prenait le parti qu'il a adopté, notre individu n'aurait pas pu prendre le parti inverse. Le partisan du libre arbitre est donc celui qui admet comme une vérité l'affirmation suivante. Placé dans certaines circonstances, un individu a pris un parti X. S'il était replacé avec le même caractère dans les mêmes circonstances, il prendrait peut-être le parti Y. Le déterministe est celui qui admet le contraire : Replacé dans les mêmes circonstance où il a pris le parti X, avec son même caractère, l'individu recommencerait, selon lui, à prendre le même parti X. Pour le déterministe, l'action de l'homme est soumise à une loi comme l'ébullition de l'eau. Pour le partisan du libre arbitre, il n'en est rien.

Cela posé, quelle est l'apparence ? Assurément, celleci est en faveur de ceux qui prêtent à l'homme un libre

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arbitre. Nous avons tous, en agissant, le sentiment de notre liberté. Je lève le doigt. J'ai, à cet instant, l'impression intense que j'aurais aussi bien pu ne pas le lever. Si je me laisse aller à mon sentiment, je me crois donc pourvu d'un libre arbitre. Et si je dois penser que mon sentiment n'est point trompeur, je dois aussi penser que je suis libre. C'est pourquoi un Descartes, par exemple, n'hésitait pas à dire : je me sens libre, donc je suis libre. Mais quelle est la valeur du sentiment que j'ai de ma liberté ? Ne puis-je pas me sentir libre sans l'être, avoir l'illusion de ma liberté ? Nous avons le sentiment de l'immobilité de la terre. Pourtant la terre tourne autour du soleil. Nous avons le sentiment de l'existence hors de nous, des sons que nous entendons. Pourtant le son se réduit, dans sa réalité physique, à des vibrations et des ondulations. Nous nous sentons libres. Est-ce donc que nous le sommes ? Assurément, la preuve n'est pas décisive. Quand nous serions libres, nous ne pourrions pas, à proprement parlert sentir que nous le sommes. Se sentir libre, ce serait sentir, en faisant un acte, que nous aurions pu aussi bien en faire un autre. Mais c'est là une chose que notre conscience ne peut pas nous faire saisir par une intuition i. Nous apercevons directement par elle ce que nous faisons. Nous n'apercevons pas ce que nous aurions pu faire. Ce n'est donc pas par un sentiment immédiat que nous saisissons notre prétendu libre arbitre. C'est grâce à un raisonnement compliqué que nous nous imaginons être libres. Comment donc prétendre que le sentiment de notre liberté soit une preuve suffisante de son existence ? Comment le prétendre surtout quand on voit la raison pour laquelle nous pouvons

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